Émilie Charmy, née Émilie Espérance Barret le à Saint-Étienne et morte le à Crosne (Essonne), est une artiste peintre française qui s'est forgée une place uniqueBerthe Weill, Pan I... dans l'œil !... ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine 1900-1930, Paris, 1933, p. 62 : « (...] elle ne fait partie d’aucune chapelle » au sein de multiples mouvements d'avant-garde. Si sa peinture a été rapprochée de l'École moderne de peinture lyonnaiseLouis Vauxcelles, « Exposition Dufrenoy, Girieud, Braut, Mlle Charmy », La Vie Artistique, Gil Blas, 10 janvier 1906 : « Le talent de Mlle Charmy n’est pas d’ailleurs sans avoir reçu à ses débuts la marque de l’école lyonnaise - je ne sais si elle appartient à la patrie de Ravier, de Saint-Jean, de Seignemartin, mais je le croirais volontiers - et plus tard, elle a subi (sans en être trop marquée comme certains) l’empreinte de Cézanne. Elle peint les fleurs et les fruits avec une robustesse caractérisée, un sens de l’harmonie décorative très vif et un bonheur de coloris qui fait d’elle une arrière-petite-fille des Vénitiens. », de l'École de Paris, des expressionnistesPatrick Seale, « Émilie Charmy : une artiste renaît », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 35 : « L’oeuvre de Charmy au cours de la décennie suivante semblait parfois plus proche de celle des expressionnistes allemands que celle de ses contemporains français. » et des fauvesPatrick Seale, « Émilie Charmy : une artiste renaît », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 34 : « En 1905-6, Charmy avait développé un style libre, aux couleurs vives, très proche de celui des Fauves, dont elle fit la connaissance, sans doute par l’intermédiaire de la galerie de Berthe Weill. », elle n'en a assimilé que certaines influences, conservant toujours un langage autonome. Son œuvre, qui comprend notamment des fleurs, des paysages et de nombreux autoportraits, se caractérise également par une importante production de nus féminins, dont nombre d'entre eux se distinguent par leurs poses érotiques.
Biographie
Enfance Née le à Saint-Étienne dans une famille bourgeoise d'origine alsacienne, elle devient orpheline à au décès de sa mère. Vers 1895, son grand frère Jean devient son tuteur. Lorsqu'elle peint ses premiers tableaux en 1895, Jean repère en elle un talent précoce et décide alors de quitter Saint-ÉtienneArchives Émilie Charmy, « Biographie », Archives Émilie Charmy, en ligne : https://www.emiliecharmy.fr/biographie/ (consulté le 28 juin 2026)..
Formation En 1898, ils partent s'installer à Lyon. Jusqu’en 1902, Émilie Charmy prend des cours privés auprès du peintre lyonnais Jacques Martin, l’école des beaux arts de Lyon étant alors inaccessible aux femmes. Grâce à la modernité de son mentor, elle se forme dans un climat de liberté déjà éloigné de la tradition académique de son époque.
Les Salons : vers un début de reconnaissance Avec son frère, elle part s'installer à Saint-Cloud. En 1903, elle expose à Paris au Salon des indépendants huit de ses œuvres ; elle y exposera chaque année jusqu'en 1910. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'elle est remarquée par la galeriste de Montmartre Berthe Weill en 1905 : « C’est cette année-là que j’y remarque les peintures d’une jeune fille qui ne m’a pas encore présenté ses œuvres, que je ne connais pas et en laquelle je sens une personnalité. Je lui écris, la priant de m’apporter une ou deux peintures, ce qu’elle faitBerthe Weill, Pan I... dans l'œil !... ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine 1900-1930, Paris, 1933, p. 62.» Elle l'expose régulièrement entre 1905 et 1923.
Elle expose aussi régulièrement au Salon des artistes lyonnais, et au Salon d'automne à Paris, avec une première participation du au , où elle présente des natures mortes. Ce dernier évènement marque l'apparition du fauvisme. C’est à une exposition collective à la galerie Berthe Weill en qu’une première peinture de Charmy est vendueBerthe Weill, Pan I... dans l'œil !... ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine 1900-1930, Paris, 1933, p. 64..
Atelier et exposition personnelle En 1906, elle débute une relation avec le peintre fauve Charles Camoin avec qui elle fait plusieurs voyages : en Corse, puis à Toulon en 1906, Lyon, Toulon et Porquerolles en 1909, et la Corse et Cassis en 1910. Leur relation durera six ans. En 1908 Charmy possède un atelier, 88 rue de Clichy, loué par son frère devenu antiquaire, au bas de la butte MontmartreSylvie Carlier (dir.), « Biographie », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 46..
En 1910, elle installe son atelier au 54, rue de Bourgogne à ParisSylvie Carlier (dir.), « Biographie », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 46 : « Comme le mentionnent les livrets des Salons d’automne et des indépendants »et, selon Berthe Weill, y emménage définitivement en 1912Berthe Weill, Pan I... dans l'œil !... ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine 1900-1930, Paris, 1933, p. 178..
Sa première exposition personnelle importante se tient en 1911 à la galerie d’Eugène DruetExposition de peintures d'Émilie Charmy, cat. exp. (29 janvier–11 février 1911, Galerie E. Druet, Paris), Galerie E. Druet, Paris, 1911, consulté en ligne : https://www.emiliecharmy.fr/archives/ (consulté le 28 juin 2026).. L’exposition comprend quarante toiles et vingt-cinq aquarelles, principalement des paysages de Corse peints durant l’été 1906, puis en 1910. Un peu plus tard, la galerie Druet présente une œuvre de Charmy « Vue de l’Estaque » de 1906 à l’exposition de l’Armory Show, à New York, en 1913. Cette toile est achetée par le collectionneur Arthur Jerôme Eddy qui en fait don en 1931 à l’Art Institute de Chicago.
Entre 1911 et 1912, Charmy rencontre George Bouche, peintre lyonnais né en 1874. Elle passe ses étés avec lui à Marnat en Auvergne pour peindre. En 1914, George Bouche part à la guerre ; elle reste seule à Marnat. Elle donne naissance à son fils Edmond en 1915 à Paris, qu’elle fait immédiatement garder par une nourrice à ÉtampesSylvie Carlier (dir.), « Biographie », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 48., ne supportant pas la présence d'un enfant. Pour officialiser leur union vis à vis de leur fils, Bouche et Charmy ne se marient qu'en 1931Caroline Rosnet "Notes Biographiques" dans Philippe Chabert, Pierre Wat, Gérard Barrière, Georges Bouche (1874-1941), Troyes, Musée d'art moderne de Troyes, 1999, ..
Le comte Étienne de Jouvencel, son principal collectionneur après la guerre, la soutient et la promeut dans le monde littéraire et artistique. Il lui organise en 1921 une exposition personnelle aux Galeries d'œuvres d'art, 50 rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, avec un grand succès. Les textes du catalogue sont écrits par Henri Béraud, Roland Dorgelès et Pierre Mac OrlanHenri Béraud, Roland Dorgelès, Pierre Marc Orlan, Louis Léon-Martin, Charmy, Toiles, Galeries d'Oeuvres d'Art, Paris, juin 1921, consulté en ligne : https://www.emiliecharmy.fr/archives/ (consulté le 28 juin 2026). .
La critique de Colette En 1924, Colette écrit sur Charmy à l’occasion de l’exposition « Quelques toiles de Charmy, quelques pages de ColetteColette, Quelques toiles de Charmy, quelques pages de Colette, Galerie d'Art Ancien et Moderne, 1924, Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 4-V PIECE-7114 en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k329077m/f3.item.r=quelques%20pages%20de%20charmy.zoom (consulté le 11 juillet 2026) et aussi disponible en ligne sur https://www.emiliecharmy.fr/archives/ » à la galerie d'Art ancien et moderne à Paris où elle expose vingt toiles dont Portrait de Colette, Femme nue en buste et une Baigneuse à DeauvilleEn 1917, au cours d’un séjour à Deauville, Charmy fait la rencontre de Kees Van Dongen : « le pinceau subtil, sans artifice, et guidé par une lucide passion, le pinceau qui suspend, au-dessus de la mer, un pli onctueux de vague, une écume d’argent, une brume où jouent, insaisissables et visibles, les changeantes couleurs de l’iris, c'est bien ce pinceau-là qui attache, d'une léchade infaillible, la goutte de lumière aux feuilles vernies du camélia, le gras velours au pétale de la rose, la houppe ensoleillé à la branche du corchorus — et la plaque de nacre sur l’épiderme d'une hanche ou d'un sein bien tendu. Car les forces les plus impérieuses de son génie semblent conduire Charmy, ou la ramener à ce but, à cet obstacle incomparable : une femme nue. » Colette lui servira de modèle à de multiples reprises.
Décoration de la Légion d'honneur Par l'entregent d'Élie-Joseph Bois, directeur du Petit Parisien, Émilie Charmy est décorée de la Légion d'honneur en 1926 . Il la présente à de nombreuses personnalités politiques, Édouard Daladier, Aristide Briand et Louise Weiss, dont elle sera proche. George Bouche acquiert la même année une grande demeure à Ablon-sur-Seine pour sa famille, Edmond habitant avec eux depuis 1923.
De la reconnaissance parisienne aux années d'après-guerre Outre ses expositions personnelles régulières dans les galeries Jeanne Castel et Charpentier, elle expose en 1946 au Salon des Femmes Artistes ModernesSylvie Carlier (dir.), « Biographie », Émilie Charmy, 1878-1974, cat. exp. (12 octobre 2008- 15 février 2009, Musée Paul Dini, Villefranche-Sur-Saône), Musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône, p. 51. dont elle est la secrétaire et Marie-Anne Camax-Zoegger la présidente. Elle est présente sur la liste des artistes présentant une œuvre à la Galerie Bernheim-Jeune en 1935.
En juin 1928, elle participe à une importante exposition au profit de la Société des amis du Musée du Luxembourg, intitulée Portraits et Figures de Femmes d’Ingres à Picasso. Plus de 180 tableaux sont présentés, notamment peints par Césanne, Boldini, Gaugin, Ingres, Matisse, Modigliani, Picasso, Toulouse-Lautrec..., ce qui démontre son importance. Elle expose le portrait de la célèbre couturière Jenny Sacerdote.
Le 11 juin 1940, devant l'avancée des troupes nazies, Émilie Charmy et George Bouche quittent précipitamment leur maison d'Ablon-sur-Seine pour rejoindre Marnat. Déjà très affaibli, le peintre apprend quelques mois plus tard que sa demeure a été pillée et qu'une partie des œuvres restées sur place a été saccagée, il meurt à Marnat le 12 mai 1941. Après la Libération, elle revient dans son atelier de la rue de Bourgogne. Charmy participe au Salon des femmes peintres et sculpteurs au palais des Beaux-Arts à Paris aux côtés de Berthe Morisot, Marie Laurencin et bien d’autres. En 1950, elle se rend au Maroc. Elle expose chez Jeanne Castel en 1949 et en 1952, à la galerie Paul Pétridès en 1963. Dans la préface du catalogue par Dorgelès est mentionnée et reproduite une œuvre de Valadon offerte à Charmy en 1926 avec la dédicace « À Charmy pour son beau talent. » Elle continue à travailler dans la solitude, une période au cours de laquelle elle réalise notamment de nombreux autoportraits.
Décès Elle meurt en 1974 à . Elle est enterrée dans le cimetière de Celles-sur-Durolle (Puy-de-Dôme) auprès de George Bouche.
L'exposition organisée par le musée de Villefranche-sur-Saône en 2008 a permis de la faire connaître du grand public.
Pratique artistique