Le département de l'Aisne, qui fait partie de la région Hauts-de-France dont la capitale régionale est Lille, est subdivisé en cinq arrondissements administratifs, lesquels sont découpés en 21 cantons, encadrant 800 communes. thumb|Laon est la préfecture de l'Aisne depuis sa création en 1790. La préfecture est Laon et les sous-préfectures sont par ordre alphabétique : Château-Thierry, Saint-Quentin, Soissons et Vervins.
Dans le domaine de l'administration territoriale, le département de l'Aisne a, depuis ses origines, subi de nombreux changements, dont celui d’avoir changé de limites départementales depuis sa création, ou encore d’avoir connu des changements de la carte administrative (variation du nombre des communes comme de celui des cantons).
Dans l’Ancien Régime, et tout particulièrement au , l'administration des provinces était devenue si complexe qu'il était devenu pressant de la réorganiser en profondeur.
Le département actuel de l'Aisne est l’héritier d'une des anciennes provinces de la Picardie dont la capitale était Amiens, d'une portion de l'Île-de-France dont la capitale était Paris, d'une portion de la Champagne dont la capitale était Troyes et d'une petite portion des Flandres dont la capitale était Lille.
L'événement historique de la Révolution française avec la chute de la royauté et l'instauration d'une République laïque a contribué à un bouleversement considérable de la carte administrative de la France.
Depuis la loi de décentralisation de 1982, les attributions du conseil départemental de l'Aisne dont le siège départemental est fixé à Laon n'ont cessé de se multiplier et de se renforcer. Les nouvelles formes de gestion administrative de l'espace territorial n'échappent pas à l'Aisne qui est l'un des départements français les plus avancés en termes d'intercommunalités. En Hauts-de-France, il compte derrière l'Oise le deuxième plus grand nombre de structures intercommunales de la région avec le département du Nord.
Historique : les origines et les causes
Dans l'Ancien Régime et tout particulièrement au , l'administration des provinces était devenue si complexe qu'il était devenu pressant de la réorganiser en profondeur. L'événement historique de la Révolution française avec la chute de la royauté et l'instauration d'une République laïque bouleversa considérablement la carte administrative de la France.
Pendant l'Ancien Régime, le roi se faisait représenter dans ses nombreuses provinces, aux dimensions fort inégales, par un intendant qui avait la charge d’une circonscription portant le nom de généralité. Mais avec la centralisation du pouvoir monarchique absolu, l'administration des provinces était devenue particulièrement complexe, notamment au .
Tout d’abord, au , la généralité de Soissons incluait l’ensemble du département actuel sauf l'élection de Saint-Quentin qui relevait de celle d'Amiens. thumb|Dans l'Ancien Régime, Noyon appartenait à l'ancienne province de l'Île-de-France et était l'une des élections de la Généralité de Soissons. En 1595, une généralité est établie à Soissons par démembrement de celle de Paris, de Châlons et d'Amiens et gérée par un intendant... Son pouvoir s’étendait sur l'ensemble de l'Aisne actuel. La généralité de Soissons se subdivisait alors en sept élections : Château-Thierry, Clermont-en-BeauvaisisL'actuel nom de la commune est Clermont dans le département de l'Oise., Crépy-en-Valois, Guise, Laon, Noyon et Soissons. La fonction d’intendant comprenait la justice, la police et les finances. La justice était en fait du seul ressort du Parlement de Paris qui étendait son influence judiciaire sur l'ensemble de l'Aisne actuel en cas d'appel des décisions des juridictions royales inférieures.
En termes de bailliage, le département dans ces limites actuelles était divisé en dix bailliages : Château-Thierry, Chauny, Coucy, La Fère, Guise, Laon, Marle, Saint-Quentin, Soissons et Villers-Cotterêts.. Certes, elles étaient des circonscriptions judiciaires où on rendait la justice du roi mais sous l'Ancien Régime, elles avaient perdu de leurs importances par rapport à la généralité.
Quant à l'administration militaire, trois gouvernements généraux se partageaient le département dans ces limites actuelles: Picardie dont le siège était à Amiens, Île-de-France dont le siège était à Paris, et Champagne dont le siège était à Reims....
Quant à l’administration religieuse, quatre diocèses se partageaient l'Aisne d'aujourd'hui : Cambrai, Laon, Noyon et Soissons..
La Révolution française mit fin à cet enchevêtrement des pouvoirs administratifs, judiciaires, de la police et même religieux. Pendant la Révolution, l’Assemblée constituante décida une réorganisation administrative complète qui lui permettait d’enlever au roi une partie de ses moyens d’action et de constituer des circonscriptions électorales.
La création des départements correspondait au besoin de simplifier l'organisation territoriale de la France et de rendre l'administration plus proche de la population. Pour ce faire, le comité de constitution de l’Assemblée constituante s’adjoignit les députés qui se réunirent par province en novembre 1789, à Paris. Ces derniers élaborèrent la loi du 22 décembre 1789 instituant la création des départements.
Le , la France est donc divisée en 83 départements, eux-mêmes partagés en districts, lesquels sont subdivisés en cantons. Ces départements devaient avoir en moyenne 350 lieues carrées pour être formés – c’est-à-dire – et tout habitant devait pouvoir se rendre au chef-lieu de son département à cheval en une journée.
Création du département de l'Aisne Historique de la création du département thumb|Limites départementales de l'Aisne entre 1790 et 1799. À la suite de la décision de l'Assemblée nationale constituante de supprimer les anciennes limites territoriales des juridictions de l'Ancien Régime en , une commission nommée Comité de constitution est mise en place avec Thouret comme rapporteur et président, l’abbé Sièyes, Target, Démeunier, Rabaud Saint-Étienne, Talleyrand-Périgord, Lally-Tollendal et Le Chapelier comme membres.
Ce comité présente à l'Assemblée nationale constituante, le , un projet de découpage du territoire en 80 départements découpés de manière géométrique.. Avec le début des débats le Premier discours de Jacques-Guillaume Thouret sur la nouvelle division du royaume, 3 novembre 1789, site de l'Assemblée nationale., ce projet suscite une opposition de partisans sur le respect des frontières provinciales, unis autour de Mirabeau. Celui-ci présente d'ailleurs un contre-projet.Second discours de Jacques-Guillaume Thouret sur la nouvelle division du royaume, 9 novembre 1789, site de l'Assemblée nationale.. Avec ces débats et les discussions, le rapporteur Thouret présente un nouveau projet de découpage en tenant compte des observations dont les frontières des provinces. Le principe d'un nouveau découpage du royaume est adopté le .
Le projet de Thouret prévoit finalement 80 départements, dont un département formé de la Haute-Picardie et de la partie nord-est de l'Île-de-France et centré sur Laon, et un autre département formé de la partie occidentale de la Champagne, avec deux portions d'Île-de-France, l'une au sud-ouest, et l'autre au nord.. Le comité de constitution doit maintenant se charger de fixer les limites des nouvelles subdivisions principales du territoire et quatre commissaires sont choisis le par l'Assemblée nationale constituante pour intégrer le comité afin de fixer les limites des nouvelles divisions du royaume et d'écouter le souhait des localités par rapport au projet..
Le premier département aurait ainsi compris la partie orientale de la province de Picardie avec le Vermandois et la Thiérache et une portion du Nord-Est de l’Île-de-France. Ce département était centré sur Laon qui aurait revendiqué le titre de chef-lieu.. Ce département aurait inclus Soissons qui se serait retrouvée proche de la bordure du département, mais celle-ci veut un département composé de son ancienne généralité avec des rectifications de limite départementale et centré autour d'elle.. Elle aurait privé alors Laon du titre de chef-lieu du département..
Le deuxième département aurait été composé d'une partie de la province de Champagne avec la Brie dont un des projets de découpage en département prévoyait de lui donner un département. Château-Thierry aurait pu alors revendiquer le titre de chef-lieu de ce département. Ce nouveau territoire aurait inclus aussi Coulommiers, Meaux et Provins. Ces trois villes rivales voulaient obtenir le titre de chef-lieu.
Face à cette querelle entre Laon et Soissons, les députés et les représentants des bailliages concernées par ce découpage décident d'adopter le , le plan où Laon était le centre d'un département avec un territoire plus étendu au sud, mais elle donna la possibilité de modifier les limites départementales à l'Assemblée nationale constituante. Ce choix du projet mécontente Laon qui conteste cette extension au sud et demande le maintien du projet initial avec extension à l'ouest et l'inclusion de Noyon dans ce territoire. La commune de Soissons est réjouie de cette décision. La commune de Château-Thierry, déçue, finit par se rallier à ce plan et se rallie dans la volonté de Soissons de devenir chef-lieu du département.
Dans le même temps, avec l'adoption du découpage du , Melun est désormais incluse dans le département regroupant Meaux, Coulommiers et Provins. Une rivalité s'installe surtout entre Meaux et Melun pour devenir chef-lieu du département. Meaux souhaite d'ailleurs la réintégration de Château-Thierry dans le département afin d'obtenir le titre de chef-lieu, mais Château-Thierry maintient son soutien au plan adopté.
Après des discussions autour du plan adopté le , les députés, les représentants des bailliages et des villes concernés, acceptent définitivement la création du département le et l'adoption provisoire de ces limites départementales, même si des tensions entre Laon et Soissons demeurent autour des délimitations de ce territoire. L'Assemblée nationale constituante ratifie le cette décision et publie le décret de création du département de Soissons et Laon ou du Vermandois-et-Soissonnais.
Après le décret créant le département, des discussions ont lieu sur la fixation définitive des délimitations des départements entre les représentants des nouveaux départements à l'Assemblée nationale constituante entre le et le , date du procès-verbal fixant définitivement les limites du département de « Laon et Soissons ».
Ce département comprend : une portion du nord-est de l'ancienne province de l’Île-de-France; une partie est de la province de Picardie, représenté par le Vermandois et la Thiérache; une partie de la province de Champagne avec la Brie. une portion de l'ancienne province des Flandres incluant Le Sart, Molain, Fontenelle, Prémont, Serain, Aubencheul-aux-Bois et une partie de Vendhuile
Le décret du fixe le nom définitif du département. Il est dénommé Aisne, en référence au cours inférieur de l'Aisne qui est un affluent de l'Oise et, surtout, en vue d'effacer toute allusion possible aux noms des provinces qui le constituaient, ces dernières perpétuant le souvenir de l'ancien régime monarchique. Après la fixation du nom, le même jour, un décret d'application du nouveau découpage est adopté par l'Assemblée nationale constituante.. L'existence du département de l'Aisne prend effet le avec la publication des lettres patentes du roi.