Le Râle des genêts (Crex crex) ou Roi caille, est une espèce d'oiseaux de l'ordre des Gruiformes et de la famille des Rallidae, la seule représentante du genre Crex. Il s'agit d'un oiseau migrateur nichant au sol. Il est assez farouche, mais est connu pour son cri nocturne (« crex crex »). Il établit son nid à la mi-mai dans les prairies de fauche en Europe. Sa nidification dure deux mois. Durant l'hiver septentrional, il migre dans le sud de l'Afrique.
Autrefois commune, l'espèce a subi un déclin marqué dans la plupart des pays d'Europe occidentale depuis plus d'un siècle , victime de la disparition de son habitat et de l'intensification agricole entraînant une fauche des prés précoce fatale aux jeunes voire aux adultes eux-mêmes .
Noms et étymologie Le nom binominal du Râle des genêts, Crex crex est un tautonyme : son épithète spécifique est identique au nom de genre. Le terme crex vient directement du grec ancien qui désigne un oiseau à longues pattes dont l'identification est incertaine .
Chez Aristote, le krex est l'ennemi de plusieurs autres oiseaux, dont le Hibou grand-duc (Bubo bubo), le Merle noir (Turdus merula) et le Loriot d'Europe (Oriolus oriolus) ; il s'en prend aux adultes comme aux poussinsAristote, Histoire des animaux, 609b 9-11.. Il est pugnace et plein de ressoucesAristote, Histoire des animaux, 616b 19-21.. Il possède de longues pattes et un doigt postérieur courtAristote, Parties des animaux, 695a 19-22.. Hérodote le décrit comme ayant la taille d'un ibis, c'est-à-dire , II, 76, cf. scholie à Lycophron 513.. Dans sa comédie Les Oiseaux, Aristophane le présente comme capable d'équarrir les pierres d'assise des maisons avec son bec 1138., sans doute parce que ce bec est aiguisé et dentelé, comme le mentionne la SoudaSouda, κ2372.. Élien indique que le krex est l'ennemi du Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo)Claude Élien, Personnalité des animaux, IV, 5. et Manuel Philès dit qu'il bat des ailes lentementManuel Philès, 881.. On a reconnu dans ces descriptions le Râle des genêts en raison du cri typique du mâle, crex, mais aussi le Combattant varié (Calidris pugnax), dont l'ancien nom binominal Philomachus pugnax renvoie à la pugnacité évoquée par Aristote. Aucun de ces deux oiseaux ne correspond au reste des descriptions, aussi on a proposé, à la suite de Pierre Belon, d'y voir l'Échasse blanche (Himantopus himantopus).
Le Râle des gênets est plus vraisemblablement l'oiseau grec antique appelé par Aristote , littéralement « la mère des cailles », car il dirige ces dernières lors de leur migration automnaleAristote, Histoire des animaux, 597b 19-23 ; voir aussi X, 66, Isidore de Séville, Étymologies, VII, 12, 65 et Solinus XI, 22.. Alexandre de Myndos indique qu'il a la taille d'une Tourterelle des bois (Streptopelia turtur), qu'il est doté de longues pattes et qu'il est de caractère doux et timideAlexandre de Myndos, fragment 16 Wellmann chez Athénée 393a.. Ces descriptions correspondent bien au Râle des genêts, encore appelé « mère des cailles » en grec moderne () . Plusieurs langues l'appellent similairement « roi des cailles » ou « guide des cailles », comme l'allemand , l'espagnol , l'italien ou le néerlandais ..
Le mot français râle est un nom vernaculaire pour désigner plusieurs espèces de la famille des Rallidae. Il vient du verbe bas latin , « racler », qui renvoie aux bruits respiratoires de ces oiseaux. L'appellation « des genêts » est plus curieuse, car l'espèce fréquente surtout les prairies et les prés. Elle tirerait son origine des chasseurs de l'Ouest de la France, qui débusquaient les oiseaux en halte migratoire dans les friches couvertes de genêts. En anglais, le Râle des genêts s'appelle . Crake est un terme onomatopéique renvoyant au cri de l'oiseau et qui a pu également désigner la Corneille noire (Corvus corone) dans le nord de l'Angleterre.. Là encore, le Râle des genêts fréquente peu les champs non fauchés.
Buffon, qui appelle l'espèce le « râle de terre » (expression également connue en anglais, ), explique que
Description vignette|gauche|Râle des genêts, le cou tendu. Cet oiseau mesure entre de longueur, pour une envergure de .. Le poids est de environ, entre pour les mâles et entre pour les femelles.. Le gabarit est plus grand que celui du Râle d'eau (Rallus aquaticus), mais avec un bec plus court, et similaire à celui d'une Perdrix grise (Perdix perdix). L'allure se rapproche de celle des marouettes (genre Porzana). Mâles et femelles sont très semblables et difficiles à distinguer. Les mâles ont généralement le plumage du cou et de la tête plus gris que les femelles.
Chez l'adulte, le plumage est beige strié de noir sur le dessus, beige clair strié de crème sur le dessous. Le sourcil, la mandibule inférieure, la gorge et le haut de la poitrine sont d'une gris-bleu léger. Le bec et les pattes, assez forts, sont beige-rosé. Les ailes, plutôt courtes sont d'un roux quasi-uniforme quand l'oiseau est au sol. Les flancs et les sous-caudales portent des stries rousses.
Les oisillons naissent noirs et n'acquièrent leur plumage juvénile qu'au bout de trois semaines. Ce plumage est plus jaunâtre sur le dessus que celui des adultes et moins coloré sur le dessous.
Le Râle des genêts se différencie du Râle des prés (Crex egregia), qui le côtoie dans ses zones d'hivernages, par une taille plus grande, un dessous plus pâle, des couvertures supérieures marrons, une tête moins grise et un dessous barré de marron rougeâtre et de blanc. Son plumage le distingue facilement des autres râles sympatriques, aussi bien sur ses zones de reproduction que d'hivernage..
Comportement Locomotion vignette|gauche|Râle des genêts en pleine course.
Régime alimentaire Le Râle des genêts est omnivore, mais son régime alimentaire se compose principalement d'invertébrés et notamment d'insectes : coléoptères, mouches, orthoptères, formicules, libellules, mille-pattes et fourmis. Il se nourrit également d'araignées, vers de terre, escargots, limaces et autres mollusques, ainsi que de jeunes batraciens. En période de reproduction il peut ingérer des végétaux, comme des jeunes pousses et des graines, mais il n'est pas clair s'il mange ces dernières directement, si ces graines se trouvent dans l'estomac des invertébrés qu'il consomme ou s'il s'en sert comme gastrolithes.. Sa consommation de petits mammifères et oiseaux est attestée, mais en captivité..
Il semble être avant tout opportuniste : son alimentation est représentative des espèces d'invertébrés présentes localement. Ainsi, un estomac prélevé en mai dans le Yorkshire, en Angleterre, contenait deux Grands Charançons du pin (Hylobius abietis) et des restes végétaux ; un autre prélevé en juin dans le Cumberland, toujours en Angleterre, contenait des coléoptères (Pterostichus melanarius et Barynotus obscurus) ; un autre prélevé en septembre contenait des Loches blanches (Deroceras agreste), des vers de terre, des syrphes et une mouche non identifiée. Des estomacs prélevés en été et à l'automne dans ce qui était alors le centre et le sud de l'URSS ont livré des insectes, mais aussi des graines d'avoine et, dans un cas, une petite coquille d'œuf.
Les éléments non digérés de son alimentation sont rejetés sous forme de pelotes d'environ de long.
Vocalisations
Le chant du mâle rappelle le bruit d'une crécelle ou celui obtenu en raclant un ongle sur les dents d'un peigne : « crèx crèx ». Ce son est à l'origine de son nom scientifique .. Bien que les mâles chantent à longueur de nuit en début de saison, il a été montré que le chant est largement réduit lorsqu'ils sont accompagnés ou ont été accompagnés récemment par une femelle .
Mâles et femelles peuvent aussi émettre de faibles gloussements rappelant ceux d'une poule.
Cycle annuel Le Râle des genêts est un oiseau migrateur au long cours, il passe l’été en Europe et repart en direction de l’Afrique orientale dans le courant du mois de septembre. Son arrivée est très discrète, en général, on peut entendre des mâles chanteurs dès la mi-mai, lorsque les prairies ont atteint une croissance suffisante pour abriter l’espèce. Néanmoins, les premiers mâles ont pour habitude de continuer leur route plus au nord. Les femelles arrivent un peu plus tard, environ quinze jours. Après s’être accouplé, le mâle part tenter une deuxième nidification et laisse la femelle s’occuper seule de la couvée. Pour ce faire, il prend la direction de prairies d’altitude ou part dans l’est de l’Europe. Dès la mi-août, la migration recommence, elle atteint son pic à la mi-septembre et se termine environ un mois plus tard.
Reproduction vignette|Un œuf de Râle des genêts. À la fin mai, lorsqu’une femelle est fécondée, elle construit seule le nid. Il consiste en une simple dépression du sol couverte de végétaux. La femelle pond entre six et 12 œufs mais ce nombre tend à se réduire avec le recul des populations. À présent, il ne serait plus que de six à huit . La femelle pond environ un œuf par jour parfois plus, la durée de la ponte est donc d’environ huit jours. À la fin de la ponte, le mâle quitte la femelle qui s’occupe seule de l’incubation pendant 16 à 19 jours. Elle ne s’éloigne du nid qu’une dizaine de minutes par heure afin de se nourrir dans les environs. C’est à ce stade du cycle de reproduction que le râle est le plus menacé. La fauche trop précoce des prairies est la plus grande menace pour l’espèce. On retrouve régulièrement des femelles mortes sur leurs couvées, n’ayant pas voulu l’abandonner. Les jeunes sont sevrés deux à quatre jours après l’éclosion des œufs.
La mère est très proche de ses petits pendant les premiers jours suivant la sortie de l’œuf, on estime que l’éducation des jeunes dure environ 34 à 38 jours, c’est à cette période qu’ils commencent à pouvoir voler. Le cycle complet de reproduction dure donc environ 50-55 jours. Il existe deux périodes de pontes qui se succèdent. Les individus n’ayant pas pu mener à terme leur première nichée tentent alors un deuxième essai ailleurs. Certains effectuent même deux pontes dans l’année sans que la première ait échoué. Dans ce cas, les petits de la première nichée sont abandonnés précocement.
Survie
La plus grande longévité enregistrée chez un Râle des genêts bagué européen était, en 2023, de et pour un oiseau néerlandais abattu, suivie par une donnée de pour un oiseau tchèque en vie, contrôlé par le bagueur..
Situés au sol, les nids sont particulièrement vulnérables à la prédation. Une étude menée en Allemagne, dans la basse vallée de l'Oder, montre que les principaux prédateurs sont le Renard roux (Vulpes vulpes) et les mustélidés — Belette d'Europe (Mustela nivalis), Putois d'Europe (Mustela putorius), hermine (Mustela erminea) et Vison d'Amérique (Neogale vison) introduit —, et dans une moindre mesure le Grand Corbeau (Corvus corax) et la Corneille mantelée (Corvus cornix).. Le sanglier (Sus scrofa) a également été identifié comme un prédateur notable en Hongrie...
Les jeunes et les adultes peuvent être attaqués par le renard, la Loutre d'Europe (Lutra lutra), le Vison d'Amérique, le furet (Mustela furo) féral et le chat, féral ou domestique.. Une étude menée dans les Hébrides extérieures, dans ce qui était à l'époque la zone de protection spéciale de Ness et Barvas, suggère que le Hérisson d'Europe (Erinaceus europaeus) pourrait également être un prédateur..
Répartition et habitat Répartition vignette|upright=1.2|
L'aire de reproduction du Râle des genêts couvre historiquement une large part de l'Europe du nord et de l'Europe centrale, entre les 41° N et 62° N, et s'étend en Asie via la Sibérie occidentale jusqu'au 120 méridien est. Elle s'est depuis sensiblement restreinte et fragmentée, notamment en Europe de l'ouest et en Europe centrale.
Son aire d'hivernage va de l'est de la république démocratique du Congo et du sud de la Tanzanie à l'est de l'Afrique du Sud.
Habitat