La grammaire de l'irlandais () décrit les règles régissant les phrases irlandaises. Langue flexionnelle gaélique, l'irlandais comporte quatre modes, et cinq déclinaisons présentant quatre cas (même si les interprétations divergent selon les auteurs). Ces déclinaisons entraînent des modifications de la forme des consonnes (« fines » ou « larges »), notées par la modification des voyelles qui les précèdent.
Caractéristiques générales de l'irlandais L'irlandais est une langue gaélique insulaire au même titre que le mannois ou que le gaélique écossais. Il s'agit donc d'une langue flexionnelle présentant des mutations consonantiques Guide grammatical simplifié anglo-irlandais, sur nualeargais.ie (consulté le juin 2011).
La déclinaison des noms irlandais possède quatre cas mais les différences sont faibles. La conjugaison irlandaise comporte quatre modes (indicatif, impératif, conditionnel, subjonctif). Les adjectifs sont, comme en latin, fléchis à la manière des noms.
Syntaxe
L'ordre des mots dans une phrase est peu mobile en irlandais. Contrairement à la plupart des langues indo-européennes, les phrases suivent généralement la structure VSO, plus précisément verbe-sujet-objet-compléments :
L'interrogation ne change pas l'ordre des mots, mais est marquée par l'ajout d'une particule interrogative (an ou ar selon les cas : voir section verbes) devant le verbe. De même, la négation du verbe est marquée par la particule préverbale ní ou níor. La négation interrogative a également une particule dédiée, nach ou nár.
Chuala tú mé. - "Tu m'as entendu" Ar chuala tú mé? - "Est-ce que tu m'as entendu ?" Níor chuala tú mé. - "Tu ne m'as pas entendu." Nár chuala tú mé? - "Ne m'as-tu pas entendu ?"
Lorsque l'objet direct est un pronom personnel, un objet prépositionnel sémantiquement proche du verbe sera placé avant lui dans la phrase :
Tabhair dom é! - "Donne-le-moi" Thug mé ó Shasana iad. - "Je les ai amenés d'Angleterre".
Lorsque la phrase est à l'aspect progressif marqué par l'auxiliaire bí, l'ordre devient auxiliaire-sujet-verbe-objet-compléments :
Tá | an cat|ag ólbainne go mall. est le chat à boire lait lentement « Le chat est en train de boire lentement du lait. »
L'objet direct d'un verbe à l'infinitif marqué par la particule a est placé avant ce dernier : l'ordre des mots est alors objet-verbe-compléments :
Is maithliomuibheachaa ithe don bhricfeasta. plaît à moi œufs manger au petit-déjeuner « J'aime manger des œufs au petit-déjeuner. »
La copule is suit une syntaxe différente des autres verbes : l'ordre des mots est copule-prédicat-sujet-compléments, et lorsque le sujet est un nom, le pronom personnel lui correspondant en genre et en nombre est inséré devant :
Is múinteoirmé. est enseignant moi « Je suis enseignant. »
Is múinteoir í mo dheirfiúr. est enseignant elle ma sœur « ma sœur est enseignante. »
L'ordre des mots est rendu plus mobile par l'usage fréquent de dislocation, correspondant à l'extraction du sujet ou de l'un des objets de la phrase et son rattachement par une proposition relative.
L'irlandais a un article défini, mais pas d'article indéfini : un nom indéfini est marqué par l'absence d'article :
carr - une voiture an carr - la voiture
Les déterminants (an « le/la », mo « mon/ma/mes » etc.) précèdent le groupe nominal qu'ils qualifient et sont toujours atones.
L'irlandais fait usage exclusif de prépositions, sans connaître de postposition.
Les adjectifs suivent le nom, avec quelques rares exceptions.
Transformation des voyelles
Les consonnes irlandaises existent sous deux formes : la forme « fine » (caol) et la forme « large » (leathan) (voir article Phonologie et graphie de l'irlandais) Grammaire et vocabulaires irlandais, sur daltai.com (consulté le juin 2011). Les déclinaisons particulièrement font souvent intervenir une modification de forme de certaines consonnes. Ces modifications sont notées à l'écrit par les voyelles avec lesquelles elles sont en contact ; une lettre est ajoutée à la graphie de la voyelle mais la prononciation de celle-ci n'est pas changée, c'est sur la consonne suivante qu'on entend la différence Système phonétique de l'irlandais, sur arbre-celtique.com (consulté le juin 2011). Par exemple, on dit « bád » pour « un bateau », et « báid » pour « des bateaux » - le changement au second est que le 'd' se prononce maintenant « fine » plutôt que « large ».
La table ci-dessous résume les dix voyelles de l'irlandais (sauf le schwa), avec des allographes courantes qui peuvent signifier un changement à la consonne précédente/suivante. +VoyelleAllographesAPIaea, ai/a/ei -/ɛ/iui, io/ɪ/ooi, io/ɔ/u iu/ʊ/áeá, ái/aː/ééa, ae*, aei, éi** /eː/íuí, oí, ío/iː/óeo, eoi, ói/oː/úiú, úi/uː/ao***aoi/eː/ ~ /iː/ *Ce digramme montre que les consonnes qui l'entourent sont larges des deux côtés, en dépit du « e » qui le termine.
**Ce digramme ne sert pas à changer la qualité de la consonne suivante ou précédente, mais on l'utilise plutôt que « é » seul si d'autres lettres le suivent.
***Phonème distinct dans l'histoire de la langue, mais maintenant généralement prononcé de même que « é » si une consonne large le suit, ou « í » s'il s'agit d'une consonne fine.
Mutations consonantiques
À l'instar des autres langues celtes modernes, les consonnes initiales irlandaises sont sujettes à changer ou "muter", c'est-à-dire changer de prononciation, sous certaines conditions morphologiques ou syntaxiques, comme après certaines particules et préfixes, à certains temps du verbe etc. Ce phénomène est analogue aux liaisons en français, mais affecte les consonnes en plus d'affecter les voyelles.
Les mutations des consonnes sont de deux types : la lénition (. séimhiú) qui correspond à un "affaiblissement" de la consonne (affrication des occlusives, débuccalisation des fricatives). l'éclipse (. urú) qui correspond à un changement de la consonne dans la direction d'une consonne nasale (vocalisation des consonnes sourdes, nasalisation des consonnes voisées) : pour cette raison, on l'appelle parfois aussi nasalisation.
+ Consonne Radical Lénition Éclipse p p /pˠ/ ph /fˠ/ bp /bˠ/ p /pʲ/ ph /fʲ/ bp /bʲ/ t t /tˠ/ th /h/ dt /dˠ/ t /tʲ/ dt /dʲ/ c c /kˠ/ ch /x/ gc /gˠ/ c /c/ ch /ç/ gc /gʲ/ b b /bˠ/ bh /w/ mb /mˠ/ b /bʲ/ bh /vʲ/ mb /mʲ/ d d /dˠ/ dh /γ/ nd /n̠ˠ/ d /dʲ/ dh /j/ nd /n̠ʲ/ g g /gˠ/ gh /γ/ ng /ŋ/ g /gʲ/ gh /j/ ng /ɲ/ m m /mˠ/ mh /w/ inchangé m /mʲ/ mh /vʲ/ f f /fˠ/ fh /-/ bhf /w/ f /fʲ/ bhf /vʲ/ s s /sˠ/ sh /h/ inchangé s /ʃ/ n n /n̠ˠ/ n /nˠ/ n /n̠ʲ/ n /nʲ/ l l /l̠ˠ/ l /lˠ/ l /l̠ʲ/ l /lʲ/
Les mots commençant par s + consonne (excepté sr- et sn-) sont insensibles à toute mutation. Les mots étrangers commençant par une consonne ne figurant pas dans cette liste (v, z etc.) y sont également insensibles.
Lorsqu'une consonne est ajoutée avant la consonne originelle, cette première est toujours écrite en minuscule même lorsque le mot commence par une majuscule : Corcaigh "Cork", i gCorcaigh "à Cork".
Pour un mot commençant en voyelle
Lorsqu'un mot commençant par une voyelle subit l'éclipse, n- lui est préfixé, qui s'écrit ave un tiret excepté lorsque le mot commence par une majuscule : ár dteach "notre maison", ár n-áthair "notre père".
Les voyelles peuvent également être sujettes à l'aspiration, qui consiste en l'ajout d'un h (sans tiret, toujours en minuscule) prononcé /h/. Les environnements qui entraînent l'aspiration appartiennent toujours à ceux qui n'entraînent ni lénition, ni éclipse.
Les voyelles sont inchangées par la lénition.
Notation
Dans cet article, les exposants L, E et H sont utilisés à la fin d'un mot pour indiquer que celui-ci provoque respectivement la lénition, l'éclipse ou l'aspiration du mot suivant : on notera par exemple doL pour indiquer que la préposition do est suivie d'une lénition, et goH pour indiquer que la préposition go est suivie d'une aspiration.
Noms
Les noms irlandais sont variables en nombre et en cas, on distingue deux genres (masculin et féminin), deux nombres (singulier et pluriel) et quatre cas (nominatif, datif, génitif et vocatif).
Il est à noter que, bien qu'on considère qu'il y ait ces quatre cas, c'est seulement entre le nominatif et le génitif qu'on voit de grandes différences à la formation du nom. Le datif est identique au nominatif sauf à quelques formes héritées (par exemple (« Irlande » : nominatif ) ou (« main » : nominatif ). Le vocatif diffère du nominatif seulement à la première déclinaison, et même là il est identique au singulier au génitif.
Les cas L'irlandais moderne a quatre cas: le nominatif, le vocatif, le génitif, et le datif, parfois appelé prépositionnel.
Nominatif Le nominatif remplit les fonctions suivantes : Sujet du verbe "Le chat est en train de boire." Objet direct (il correspond alors à l'accusatif des langues comme le latin, l'allemand etc.) "Seán a cassé la fenêtre." Prédicat d'une copule : "C'est un idiot." Objet des prépositions "sans", "(jusqu')à", "entre" et "comme". "sans l'argent" "jusqu'en France"
Vocatif Le vocatif est utilisé dans l'appellation directe, et il est toujours précédé à l'écrit de la particule a, qui provoque une lénition de la première consonne du mot, et est muette devant une voyelle. La première déclinaison est la seule ayant une forme du vocatif singulier distincte du nominatif : elle est alors identique au génitif. "Où es-tu, fils ?" "Seán, viens ici !"
Génitif Le génitif indique le complément du nom, exprimant généralement la possession ou la composition : "le chapeau de l'homme" "les enfants de la femme" "un anneau en or, d'or" "des chaussures de cuir"
L'objet direct d'un nom verbal est également mis au génitif : "en train de dépenser de l'argent, en dépense d'argent"
L'objet d'une locution prépositionnelle requiert le génitif : "derrière la porte" (lit. "à l'arrière de la porte") "pendant un mois" (lit. "pour la durée d'un mois") "pour l'Irlande, au nom de l'Irlande"
Dans un groupe nominal donné, l'article défini "an/na" ne peut apparaître qu'une seule fois : ainsi, lorsqu'un nom est modifié par un complément du nom défini, l'article devant le nom principal disparaît : (le chapeau) > (le chapeau de l'homme).
Lorsqu'un groupe nominal est sémantiquement défini mais n'a pas d'article défini initial (soit parce qu'il est modifié par un complément défini, soit parce qu'il s'agit d'un nom propre sans article comme "le Connemara"), son cas génitif est alors marqué par une lénition initiale et non plus par un changement de terminaison :
(la république) > (la capitale de la république) (la république d'Irlande) > (la capitale de la république d'Irlande) (le Connemara) > (les lacs du Connemara)
Datif The datif ou prépositionnel est exclusivement utilisé après une préposition, et la plupart des prépositions simples sont suivies du datif, à l'exception des prépositions déjà mentionnées ci-dessus qui sont suivies du nominatif :
"chez le père" "en orange" "en enfer" "avec l'argent" "d'Irlande"
Dans la langue standard, le datif du nom est presque toujours identique au nominatif, la différence étant visible sur l'article défini uniquement. Cependant, certains dialectes présentent des formes distinctes du nominatif au singulier des deuxième et cinquième déclinaisons. Dans la langue standard, seuls les mots ("Irlande") et ("vingt") ont des formes distinctes du datif - et , respectivement.
Des formes figées du datif sont également retrouvée dans certaines locutions prépositives contenant un nom de première ou deuxième déclinaison, comme ("au-dessus", lit. "au-dessus de la tête" – étant la forme ancienne du datif de ("tête")).
Le pluriel
Le nominatif pluriel est marqué de deux manières : par palatalisation de la dernière consonne (prépondérant à la première déclinaison, très rare sinon) : cat (un chat) > cait (des chats)