Jeumont-Schneider était une entreprise française créée en 1964 par l'apport des activités de ses deux actionnaires, tous deux appartenant au groupe Empain, dans plusieurs domaines: construction électromécanique, électrique, électronique et nucléaire, afin de répondre à des contrats de mise en oeuvre générale pour la construction de grands sites industriels, en particulier des combinats sidérurgiques intégrés et des centrales nucléaires, dont le siège social se situait à Puteaux, près de Paris. Grâce à cette fusion et à plusieurs contrats peu après le groupe avait acquis une position leader en automatisation industrielle. Historique Situation avant la création En 1929, l'achat à Westinghouse d'une première licence, pour la construction de matériel électrique, se traduit par la création d'une filiale de Schneider, « Le Matériel Électrique Schneider-Westinghouse ».

Une des composantes de JS à sa fondation en 1964 est ainsi l'établissement Schneider-Westinghouse de Puteaux, le premier à utiliser et populariser le recours à la CAB500, première machine de calcul scientifique et statistiques ne nécessitant aucun aménagement spécial et permettant fonctionner en mode interactif via une machine à écrire télétype, après sa création par Alice Recoque en , car soixante exemplaires étaient « en exploitation en ». La diffusion était effectuée par la Sepsea, créée en 1961"Une aventure qui se termine mal : la SEA François-Henri Raymond", Extrait de Colloque sur l'Histoire de l'Informatique en France, Actes édités par Philippe Chatelin, 2 volumes (461+428 p.), tome 1, p. 375-386 ; Grenoble, mars 1988 , comme filiale de Schneider et SEA, dont l'un des paris fut ensuite l'investissement dans l'automatisme industriel.

Création par le groupe Empain En 1963, les successeurs de Schneider « peu compétents en matière de stratégie industrielle » et divisés ont appelé l'oncle du baron Empain « à la rescousse » pour arbitrer leurs conflits. Appartenant au Groupe Empain-Schneider, JS a été créée l'année suivante, en 1964, pour réunir deux firmes anciennes et connues : Les Forges et ateliers de constructions électriques de Jeumont (groupe Empain) et Le Matériel Électrique Schneider-Westinghouse (groupe Schneider).. Toutes deux avaient participé activement, dès la fin du , aux premières électrifications du réseau français. Les débuts de l’activité électrique de Schneider et Cie remontent à cette époque, avec d’abord pour mission d’aider deux autres secteurs, locomotives et constructions navales et amènent la société à disposer d’une chaîne de production intégrée, incluant de nouveaux ateliers qui fabriquent les appareils électriques qui équipent les navires de guerre"Schneider et Cie et l’hydroélectricité de 1895 à 1949" par Agnès D’Angio, dans le Bulletin d'histoire de l'électricité en 1996 , au début souvent sans mener un effort de recherche soutenu dans le domaine électrique, préférant travailler sous licence Ganz, de Budapest.

Contrats dans les combinats sidérurgiques intégrés et les centrales nucléaires Sidérurgie Jeumont-Schneider pilote la construction et la mise en service du laminoir automatisé de tôles de grandes dimensions du l'aciérie géante de Galați, érigée dans le Delta du Danube en Roumanie, permettant à cette dernière de devenir exportatrice de tôles, produit dont la conjoncture internationale est alors très bonne"Un test de la politique de Bucarest : le futur combinat de Galatz" Article par Philippe Ben le 4 août 1965 dans Le Monde.

Le laminoir automatisé doit être terminé fin 1965 et mis en marche dès le début de 1966., avec la participation de quelque 60 ingénieurs et techniciens français et anglais, dont le nombre doit être porté à cent, et « des milliers d'ouvriers roumains ».

Ce laminoir doit être automatisé à 100% deux ans après le début de sa mise en marche. Jeumont-Schneider assure l'engineering et la fourniture de technologies, et « a conçu et réalisé les cerveaux électroniques, au nombre de trois, qui assureront l'automatisation des laminoirs », le constructeur informatique Bull « fournissant les lecteurs de cartes perforées qui leur sont associés », précise la presse en ..

Centrales nucléaires Jeumont-Schneider a eu aussi un rôle important dans la construction et la mise en service de la première centrale nucléaire de Chooz (Ardennes), automatisée dès l'époque de sa construction, et qui sera trente ans après la première à être pilotée par un système de contrôle-commande entièrement informatisé, « unique au monde » et utilisant près de 2 millions de lignes de programme en langage ADAL'Usine nouvelle, 26 octobre 1995 , les panneaux de signaux et voyants divers, cède la place aux écrans d'ordinateurs"Boom informatique dans le nucléaire", par Laetitia Van EEckhout, dans Le Monde du 19 septembre 1995.

En décrochant ce contrat franco-belge de technique nucléaire eau légère, Jeumont-Schneider avait gagné 10 ans sur ses concurrents, EDF décidant dès 1966, quatre ans après le début de la construction en et avant l'entrée en service d'.., d'une deuxième centrale, 3 fois plus grosse que Chooz, à Tihange, se calant sur la même technologie"L'aventure du nucléaire" par Philippe Boulin, ex-PDG de Creusot-Loire, Jeumont-Schneider, Merlin-Gérin et Framatome , les crédits du nucléaire progressant de 40% entre 1966 et 1970 face un doublement de la consommation d'électricité tous les 9 ansLe Monde, 1966 puis de faire culminer le processus d'automatisation au barrage de Grandmaison"Retour d’expérience des centrales informatisées ", aux Editions Techniques de l'ingénieur , et en 1989 de remplacer l'automatisation par informatisation avec la valorisation à Chooz du simulateur S3C, de la centrale du BugeyLe Monde du 24 novembre 1989 à .

Deux ans après une première tentative en 1968-1969, la CGE ambitionne toujours et depuis longtemps d'annexer Jeumont-Schneider, qui participe, via la Société des forges et aciéries du Creusot, à l'appel d'offres pour la construction de la chaudière nucléaire de la centrale de Fessenheim, la CGE étant aussi candidate au contrat"Les deux concurrents se trouvent dans des situations différentes à l'égard de leurs répondants américains", par Nicolas Vichney, dans Le Monde le 22 juin 1970 . L'opérateur électrique EDF et le gouvernement se trouvent alors en opposition. Le premier « souhaite pour les commandes à venir, comme pour celle de Fessenheim », pouvoir être en présence de deux concurrents mais le gouvernement, de son côté, a manifesté depuis longtemps l'intérêt qu'il portait à la constitution d'un grand groupe industriel français autour de la CGE. Création de la CERCI, pour les systèmes en temps réel Le groupe Schneider est entré dans l'informatique bien avant de créer Jeumont-Schneider par le renommage de sa filiale Le Matériel SW en 1964. Il s'y est intéressé dès 1959, en acceptant de participer au financement de la SEA en difficulté. Pour « une action plus tournée vers les services », Schneider fonde aussi, dès , la CERCI, société qui travaille sur des projets divers, comme celui en 1965, encore lointain, de Métro de Caracas, des systèmes d'automatisation de centrales hydroélectriques pour EDF, ou sur des système de capteurs météo en SuèdeBulletin de l'ambassade de France aux USA, en 1966 et plus tard sur l’informatisation de la presse pour remplacer les linotypes et monotypes par l’informatique..

La CERCI fonde le une « association sans profit » dénommée Institut de formation et recyclage en mathématiques, traitement de l’information et contrôle automatique (INFORMATICA) dont l’objectif général est l’amélioration de l’utilisation de l’automatisme dans l’industrieCédric Neumann. L”’immatériel de direction” : l’informatique au service des cadres. Boussard Valérie et Dujarier Marie-Anne, Ricciardi Ferruccio (dir.). Les travailleurs du management : acteurs, dispositifset politiques d’encadrement, Octarès, 2020..

La CERCI « va grossir jusqu'en 1967 »Inventaire publié en 2011 sur le site de l'Aconit par Henri Boucher, ingénieur général de l'armement, ex directeur d'études à l'IRIA et membre du service Technique des Constructions Navales pour la Marine nationale , année où lui est confié le département d'automatismes industriels et de calculateurs de process control de JS, vendus aussi sous licence Westinghouse, avec un logiciel d'application associé, JS étant à la même époque pas inclus dans la création de la CII, même si la CERCI fait partie de la nébuleuse de nombreux fournisseurs de l'Etat français concernés par les réflexions du Plan Calcul annoncé fin 1966.

Parmi ses produits, un petit calculateur d'automatisme, le PSP 77, suivi du PSP 100, doté d'un tambour SEA.

Elle est présidée de 1966 à 1969 par Bernard Kuhn de Chizelle, qui avait été directeur général de Gaz de France de 1959 à 1964, puis patron de la société grenobloise Bouchayer-Viallet-Schneider. Après 1967, la CERCI n'est pas incluse dans le Plan Calcul et ainsi voit ses ventes revenir à 5 millions de francs par an, en s'appuyant sur des calculateurs Télémécanique, DEC ou Micral.

La CERCI réalise cependant vers 1971 le Reseda (restitution d'enregistreurs de données d'accident pour l'aviation)Base aérienne [a217.free.fr/article.php3?id_article=65], mais aussi système de contrôle industriel à base de mini-ordinateur Mitra 15, machine microprogrammée puissante pour l'époque, finalisée par la chercheuse Alice Recoque, travaillant pour la CII, qui l'industrialise comme calculateur temps réel.

Dans une tribune du , son directeur Philippe Sahut d'Izarn analyse que les techniques de temps partagé, efficacement utilisées grâce à des terminaux passifs, n'ont cependant pas réellement permis de diffuser l'informatique dans le public et milite pour l'implantation de grands systèmes à points d'accès nombreux car le frein principal est dans l'organe d'entrée nécessaire pour saisir l'information, le succès de la carte magnétique ne suffisant plus"Une nouvelle révolution industrielle" par Philippe Sahut d'Izarn, directeur général de CERCI, dans Le Monde du 20 septembre 1973 . Maurice Cancelonni, son président depuis 1973, en remplacement de Jean Kaufmant, dirige aussi la SGTE et pilote avec cette double casquette le projet de Métro de Caracas qui prend forme en avec une forte dimension applicative de la Cerci pour le contrôle des trains par la communication, avec pilotage automatique et signalisation, via un système informatique de gestion et de simulation, comprenant un ordinateur central situé au poste de commandes centralisées et une liaison téléphonique automatisée, dopant l'offre menée par groupe Empain-Schneider, qui décroche une grande commande d'un milliard de francs"LE METRO DE CARACAS SERA CONSTRUIT PAR UN CONSORTIUM D'ENTREPRISES FRANÇAISES", dans Le Monde du 16 mai 1978 et gagne l'appel d'offres de "Le métro de Caracas", par Maurice Cancelonni, directeur Général de la SGTE et président du directoire de France Métro Caracas .. Il a ouvert la voie au véhicule automatique léger (VAL), premier métro urbain intégralement automatique au monde, ouvert en 1983 pour le nouveau métro de Lille, issu des recherches combinées de l'Université Lille-I, de l'IDN. et du brevet d'automatismes d’un système sans conducteur déposé le par le professeur Robert GabillardBrevet FR2151440., qui s'est exporté à Toulouse, Rennes, Turin, Uijeongbu, Taipei ou dans les aéroports de Paris ou Chicago.

Dans les années 1970, la Cerci est la « première société européenne en informatique industrielle » et "l'une des premières firmes européenne d'ingénierie en informatique et automatique en 1981, avec 500 collaborateurs à Paris, Grenoble, Lyon et Lille"La jaune et la rouge", octobre 1981 , le rapport Nora-Minc, commandé le et rendu en , prévoyant une automatisation plus rapide des entreprises industriellesRapport Nora-Minc de janvier 1978 .