Georges Linze, né à Liège le et mort dans la même ville le , est un poète, écrivain, animateur de revue, critique d'art et essayiste liégeois dont l’œuvre, proche du futurisme et marquée d'optimisme, exalte le progrès, les machines et les découvertes du monde moderne.
Biographie Georges Linze nait à Liège dans une famille originaire de La Roche-En-Ardenne installée à Liège rue Xhovémont, dans une maison qu'il habite ensuite toute sa vie. Il étudie dans l’enseignement officiel puis devient instituteur à l’école communale du quartier Sainte-Walburge, dont il deviendra directeur.
Il montre un goût précoce pour la littérature et écrit déjà vers douze ans des vers sentimentaux puis, au lendemain de la Première Guerre mondiale, publie des poèmes influencés par Émile Verhaeren dans deux revues locales : Le Mai fleuri, publication éphémère qu'il crée avec Gaston Wilkin, et La Lucarne.
A l'issue du conflit, Georges Linze considère que l'avènement d'un monde nouveau, celui de la paix, doit avoir « un art à lui », en phase avec cette nouvelle civilisationInterview de Georges Linze, coll. Voix de chez nous : Des Liégeois vous parlent, catalogue MPL 012, 1982, extrait en ligne. Dès 1920, Linze publie son premier recueil, Ici, Poèmes d'Ardennes. En de la même année, avec le poète René Liègepseudonyme de René Tilman et le peintre Marcel Lempereur-Haut, il fonde à Liège le « Groupe d’Art moderne de Liège », groupe littéraire dont le manifeste, co-signé par d’autres personnalités de la littérature belge francophone comme Joseph Duchesne, Géo D’Estemy ou encore Constant de Horion, parait l'année suivante. Le groupe dont le mot d'ordre la modernité, s'insurge contre toute prise de position mercantiliste et est rejoint, en 1925, par le peintre Fernand Steven.
En mars 1921, parait le premier numéro d’Anthologie, revue futuriste qui, jusqu'en 1940, diffuse ses théories littéraires et plastiques : pour Linze, l’art doit abandonner cénacles intellectuels pour toucher toutes les couches de la population car « la masse est isolée de l’avant-garde ». Anthologie publie des poètes de toutes nationalités, français, italiens, espagnols, anglo-saxons, russes… La revue, cultivant un éclectisme revendiqué et dont le but est d'établir le plus de contacts possibles avec des artistes du monde entier, connait un succès international.
Le premier essai de Georges Linze, Le prophète influencé, parait en 1928. En 1930, il adhère à la franc-maçonnerie et, l'année suivante, avec Géo Norge, Pierre Bourgeois, Maurice Carême et Edmond Vandercammen, bientôt rejoints par Pierre-Louis Flouquet, il est au nombre des fondateurs du Journal des PoètesCeux-ci seront rapidement rejoints par Céline Arnauld, Géo-Charles, Paul Dermée, Henry Fagne, Claire et Yvan Goll, André Salmon, Henri Vandeputte, René Verboom, Paul Werrie ; cf. .
Pionnier des émissions parlées à la radio, il est l'un des premiers à écrire des pièces pour ce nouveau média. S'intéressant également à l'architecture moderne, il collabore avec la revue moderniste L'Équerre et prend part à l'élaboration de l’Exposition internationale de la technique de l'eau de 1939 à Liège, ainsi qu'à la décoration du Palais des Congrès de Liège. Entre 1940 à 1944, il s'engage dans la presse clandestine et, bien que pacifiste, rejoint la résistance armée, ce qui lui vaut la Croix de guerre. La Seconde Guerre mondiale entame la confiance dans le progrès qui caractérise jusqu'alors son travail. Après la guerre, sa production reste néanmoins abondante et il publie son dernier recueil, Poème pour comprendre arbres et machines, en 1984.
Georges Linze a en outre voyagé à travers l'Europe, l'Afrique et l'Asie en moto, véhicule dont il avait la passion . Il décède à Liège en 1993, trois mois après sa compagne de longue date, Fernande Descamps, qu'il a épousée en 1927 et a partagé ses passions tout au long de leur vie commune. Il a pour neveu l'écrivain Jacques-Gérard Linze qui, enfant, se rend fréquemment chez son oncle pour y découvrir les livres de la bibliothèque.
Œuvre Marquée par l'optimisme, l’œuvre de Georges Linze est abondante, composée de plus de vingt recueils de poèmes, d'une vingtaine d’essais, de plusieurs romans et de livres pour enfants. Également théoricien, il publie aussi plusieurs manifestes qui traduisent ses doutes et ses interrogations sur le sens du monde dans lequel il vit. Cherchant inlassablement la réconciliation entre l'art et la machine, proposant un lyrisme de la vie moderne, il est l'un des rares poètes à avoir célébré les progrès que la technique peut apporter dans la destinée de l'hommeJacques Stiennon, « Les Lettres latines et françaises », in Freddy Joris (dir.), Wallonie. Atouts et références d'une Région, éd. Gouvernement wallon, Namur, 1995, article en ligne.
Bien qu'il soit inspiré par le futurisme italien et corresponde avec Filippo Tommaso Marinetti, les convictions de Linze s'accordent peu avec les principes du futurisme italien dans la mesure le liégeois est plutôt pacifiste que belliciste, qu'il ne rejette pas le passé ni ne célèbre outrancièrement l’innovation, pas plus qu'il ne s'attache à dynamiter le langage.
Georges Linze, pour lequel — à l'instar d'Achille Chavée ou de Jean Cocteau — tout est poésie, la décrit ainsi : Georges Linze, Poème de la ville survolée par les rêves, éd. Anthologie, 1948 ; cité par . Les titres de ses recueils de poésie évoquent largement de ses préoccupations d'écrivain : Poème du miracle d'exister (1951), Poème d'aujourd'hui ou des délices du changement (1967), Poème de la grande invention (1968), Poème de la paix incroyable (1974), Poème de la magie de mon siècle (1976)…
En 1995, Jacques Cels définit le poète liégeois comme un « pourfendeur de tout passéisme (...) [qui] invite à fabriquer une aptitude à voir combien le transitoire et l’obsolescence de toute chose sont peut-être signes de mort, mais toujours gros d’avenir, de potentialités » dont l'œuvre poétique « ne demande qu’une lecture capable de dépasser les mots pour parvenir à retrouver l’énergie qui les porte ».
En 2003, Jacques Izoard décrit Linze comme un Jacques Izoard, préface à Georges Linze : Poésies 1919-1940, éd. Le Taillis-Pré, 2003
Distinctions Georges Linze a été Vice‑Président de l'Association des écrivains belges de langue française, membre correspondant de l'Académie luxembourgeoise et membre titulaire de l'Académie internationale de Culture française. Entre autres prix, il reçoit le prix Marcel Loumaye (1929), le Prix du Reportage René Jauniaux (1945) pour le livre de guerre intitulé Les Ardennes Désolées, le prix des Amitiés françaises (1948) pour Le père et le fils ou les secrets, le prix Félix Denayer pour l'ensemble de son œuvre (1957)La mort du poète Georges Linze, dépêche Belga in Le Soir, 30/01/1993, 9, article en ligne ainsi qu'en 1972 le prix René Lyr pour Poème des bonheurs insolites.
Œuvres Poésie
Romans Les enfants bombardés, éd. La Renaissance du Livre, 1936 Le fantôme de Paris ou l'homme malade, éd. La Renaissance du Livre, 1937 Sébastien ou le jeu magique, éd. La Renaissance du Livre, 1940 Marthe ou l'âge d'or, éd. L’Étoile, 1946 Le père et le fils ou les secrets, éd. La Renaissance du Livre, 1950 Les dimanches où le monde est jeune, éd. La Renaissance du Livre, 1954 Renée ou la mère héroïque, éd. La Renaissance du Livre, 1958
Essais Avis et force du temps, éd. L’Écrou, n.d. Propos d'art contemporain, 1923 Le prophète influencé, éd. La Renaissance d'Occident, 1928 Méditation sur la machine, éd. L’Écrou, Liège, 1930
Littérature jeunesse
Riquet en Ardennes, roman d’aventures, éd. Desoer, 1931 Les vainqueurs de l'océan, éd. Desoer, 1931 La peuplade inconnue : roman d'aventures, éd. Desoer, 1934 Raymond Petit-Homme, éd. Gordinne, 1936 Vers le nord mystérieux, éd. Desoer, 1937 Gilles Loiseau en Amérique, éd. Deoer, 1948
Bande dessinée Morzi l'inventeur ou La découverte de l'irinium, illustré par Étienne Le Rallic (1891-1968), éd. Gordinne, 1937
Théâtre Cinq événements, éd. Anthologie, n.d., ouvrage en ligne
Rééditions Les enfants bombardes, éd. Labor littérature, 2002Poésies 1919-1940 (préfacé par Jacques Izoard), éd. Le Taillis-Pré, 2003 Poésies 1948-1984, éd. Le Taillis-Pré, 2006
Notes et références
Bibliographie Exposition Georges Linze et son époque 1920-1940 : Anthologie, le groupe moderne d'art de Liège du 8 au , éd. Les amis de Georges Linze, 1974À propos de Georges Linze, choix de textes par Tristan Sautier, L'arbre à paroles'' , éd. Maison de la poésie d'Amay, 1993
Voir aussi
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