Carlos Gardel, né Charles Romuald Gardès le à Toulouse (France). ou Tacuarembó (Uruguay) et mort le près de Medellin en Colombie, est un chanteur-compositeur de tango et un acteur.
Il est considéré comme la figure la plus importante du tango de la première moitié du . Son œuvre et sa voix sont classées Mémoire du monde de l'UNESCO en 2003original-records-of-carlos-gardel-horacio-loriente-collection-1913-1935 www.unesco.org..
Biographie Né en France ou en Uruguay, il émigre à l'âge de deux ans avec sa mère en Argentine, à Buenos Aires, où il grandit dans une zone située entre les quartiers d'Almagro et de Balvanera. C'est dans ce quartier que se trouve le fameux Abasto, le marché central de fruits et légumes, dont le bâtiment style Art déco a été conservé jusqu'à aujourd'hui, converti en centre commercial. Il vit à partir de 1927 au 735, rue Jean-Jaurès, dans une maison devenue le musée Carlos Gardel en 2003.
Créée en 1893, la zone devient un espace où se concentreront principalement les immigrants, les maisons closes, les conventillos (bâtisses familiales et pauvres), les cantinas (bistrots), l'avenue Corrientes est l'avenue des théâtres et des bars à Buenos Aires. L'Abasto est considéré comme l’un des quartiers les plus tangueros depuis longtemps.
Pendant son adolescence, en quête d'indépendance, il abandonne son foyer et fait divers petits boulots pour subsister. Il est toujours attiré par le chant, s'amusant à imiter les grands ténors. Dès 1902, Carlos Gardel commence à se faire remarquer dans ce quartier comme un grand interprète du tango. Par exemple au café O’Rondemán..
Le payador (gaucho « troubadour », en Argentine) lui donnera alors un surnom qui deviendra vite populaire, « El Zorzal Criollo » (la grive musicienne créole ; les criollos étant les descendants des premiers colons espagnols ayant habité Buenos Aires) et il motivera Gardel à chanter dans les centres politiques. On le connaîtra aussi comme « El Melenas » (le chevelu), « El Morocho del Abasto » (le brun de l'Abasto, le quartier ou il vivait) et comme « Le Muet », jeu de mots qui fait référence à sa voix exceptionnelle.
Devenu adulte, il donna ses lettres de noblesse à ce mode culturel de musique et de danse qu'est le tango argentin. En 1911, il rencontre , qui devient son compagnon de scène et grand ami tout au long de sa vie avec qui il chantera dans toutes ses présentations. Ses grands débuts ont lieu à la Saint Sylvestre 1913 dans un grand cabaret appelé Armenonville en duo avec le guitariste . Ils participeront largement à la renommée de ce cabaret avant de connaître un succès mondial. vignette|Carlos Gardel et Rosita Moreno dans le film Le Jour où tu m'aimeras. Gardel tourne dans de nombreux films à succès de cette époque comme Le Jour où tu m'aimeras (1935), où il chante également.
L'une des plus belles salles de danse à Paris, le Balajo (rue de Lappe), fut décoré en mode kitsch et dédié à sa mémoire en 1936. Cette salle, dont on a conservé la décoration d'origine, est toujours fréquentée ; on y danse notamment le tango argentin en alternance avec la salsa.
Sa dernière grande tournée de spectacles s'est déroulée en , à Paris, puis à New York, et dans les grandes villes d'Amérique du Sud. Le , Carlos Gardel meurt au sommet de sa gloire près de Medellin en Colombie, dans l'accident de l'avion où il avait pris place. Il ne devait pas revoir sa ville de Buenos Aires. L'un de ses grands succès, Volver (en français le Retour), fut pour lui l'impossible retour et c'est par bateau, mode de transport qu'il avait toujours préféré, que son corps fut ramené en Argentine. Il est enterré dans le cimetière de la Chacarita à Buenos Aires. Sa tombe est visitée par des admirateurs venant des quatre coins du monde.
Argentins et Français ont souvent eu des relations amicales, ainsi au cours de la Première Guerre mondiale, la cause de la France fut soutenue par le peuple argentin et Carlos Gardel composa un tango en hommage aux soldats de cette guerre alors qu'il tournait en 1932 dans les studios Paramount à Joinville-le-Pont. Ce tango se nomme Silencio. La couverture de la partition originale représente un soldat penché sur un bébé dans son berceau.
La qualité de sa voix et sa mort prématurée sont des éléments déterminants qui feront de Gardel un mythe populaire. Son nom est associé au tango et il est une figure nationale argentine.
En 2003, la Unesco déclare Memoire du monde une collection de disques du chanteur, qui appartiennent a l'Uruguayen Horacio Loriente..
Son tango Certaines de ses chansons ont été composées pour des films dans lesquels il jouait ou chantait. Certains morceaux comportent donc parfois des changements de tempo en fonction des sentiments qui se dégagent de ces films et que l'on retrouve dans les paroles. On peut ainsi passer de l’allegro au moderato ou au lento afin de donner plus de relief au film. Dans le film et la chanson du même nom, on peut entendre des changements de tempo peu importants.
Par ailleurs, le tango argentin, en règle générale, garde une liberté de rythme qui lui est propre et qui fait son charme et sa sensualité. Les cadences différentes le sont de par la volonté du chef d'orchestre ou du musicien, si celui-ci joue en solo. Ce tempo varié au sein d'un même tango explique en partie pourquoi on ne trouve pratiquement jamais de batterie (percussion) dans les orchestres spécifiques au tango argentin.
Controverse sur son lieu de naissance vignette|387x387px|La photo de gauche appartenait à la mère de Gardel et celle de droite à Henriette Lasserre, une des deux filles reconnues de Paul Lasserre. Le lieu de naissance de Gardel fait l'objet d'une vive controverse, alimentée par la fierté patriotique de trois nations. Deux thèses s'affrontent. Le fait est qu'il existe un testament qui déclare Gardel né en France, mais quelques documents officiels le déclarent né en Uruguay, ce qui conduit les chercheurs de ces pays à soutenir l'une ou l'autre des thèses.
Français vignette|right|Statue en bronze de Carlos Gardel à Toulouse. Plusieurs théorie affirment que Carlos Gardel est né à Toulouse le de 1890.
Dès 1998, la professeure Christiane Bricheteau prouve les origines toulousaines de Carlos Gardel du côté maternel. Elle démontre qu'il est le fils naturel de Marie Berthe Gardes et qu'il est né à Toulouse, à l'hospice Saint-Joseph de la Grave, le . En 2008, elle découvre que Carlos Gardel était aussi le fils illégitime d'un Toulousain nommé Paul Lasserre. En 2010, photographies à l'appui, elle en fait la démonstration dans son livre intitulé Carlos Gardel fils de Toulouse - Vérité et preuves en imagesCarlos Gardel fils de Toulouse, ..
Le choix de la nationalité uruguayenne par Gardel aurait eu pour but de lui éviter certains problèmes lors de ses tournées européennes et plus particulièrement en France. En effet, de par sa naissance dans ce pays, le citoyen Charles Romuald Gardes était mobilisable dans l'armée française. Une première fois en 1910, pour effectuer son service militaire d'une durée de deux ans à l'époque, puis surtout en 1914 : Charles Romuald Gardes, célibataire, était mobilisable et, cette fois, pour toute la durée du premier conflit mondial.
Ne s'étant pas présenté aux autorités militaires françaises par deux fois, Charles Romuald Gardes fut donc considéré comme « insoumis » récidiviste. Pour sa première défection, Charles Romuald Gardes risquait cinq ans d'emprisonnement. À partir de 1914, et ce jusqu'au , date à laquelle il aurait été automatiquement amnistié, la deuxième insoumission de Charles Romuald Gardes le rendait passible de la peine de mort. Mais en tant que ressortissant uruguayen et en absence de convention d'extradition entre la France et l'Uruguay (ce sera le cas jusqu'en 1966), Gardel put ainsi jouir d'une immunité totale.
Martha Báez fait en 1991 la connaissance de quelques membres de la famille maternelle du chanteur à Toulouse, qui lui montrent l'acte de naissance original de Charles Romuald Gardes Martha Baez, Los herederos del exilio (lire en ligne).. Sandrine Jean écrit en 1993 un mémoire de maîtrise sur Carlos Gardel et ses relations avec Toulouse, dans lequel elle fait part de sa rencontre elle aussi avec les membres de la famille du chanteur..
Concomitamment aux publications du professeur Bricheteau, en 2006, un premier ouvrageCarlos Gardel : ses antécédents français ., coécrit par un trio franco-argentin formé de Monique Ruffié, Juan Carlos Estéban et Georges Galopa, corrobore la thèse d'un Charles Romuald Gardes et d'un Carlos Gardel, personne unique. Les auteurs compléteront ce travail initial dans trois autres ouvrages.. Ce n’est pas par hasard si, dans les quartiers populaires de Buenos Aires en Argentine, Gardel était surnommé « El Francesito » (le petit Français). En France, la connaissance des origines toulousaines de Gardel est toujours restée vivace à Toulouse, de même que sa naissance entourée d'un parfum de scandale. Enfin, les nombreuses visites que Gardel fit à sa famille toulousaine et tarnaise, les photographies faites à ces occasions, ses courriers et son testament olographe étayent solidement et durablement la thèse des origines françaises de celui qui fut l'inventeur emblématique du tango chanté.
Dans le monde entier, de nombreuses voix s'élèvent pour que soient pratiqués des tests ADN des deux côtés de l'Atlantique, dans la mesure où des descendants existent tant du côté maternel que du côté paternel de Carlos Gardel, notamment en France.
Uruguayen vignette|Carlitos Gardel (tête encerclée) avec les camarades de classe grado C de son école primaire. Selon l'enquêteur uruguayen Nelson Bayardo : « Gardel n'a pas utilisé de documents français pour régulariser sa situation, simplement parce qu'il n'était pas Charles Romuald Gardès, de Toulouse ». L'histoire de la désertion aurait été ourdie pour dévaloriser le premier document de Gardel, daté de 1920, puisque jusqu'alors il ne possédait aucun document relatif à sa naissance. Les raisons profondes d’entretenir ce mystère ont vraisemblablement été motivées par le désir de permettre à Berthe Gardes, sa mère adoptive, d’accéder à l'héritage du chanteur, puisque c'était son souhait. Gardel se disait uruguayen parce qu'il était uruguayen. Ensuite, Gardel a adopté la citoyenneté argentine parce qu'il a aimé Buenos Aires et qu’il était reconnaissant et a toujours gardé un coin de son cœur pour les « amis de MA terre et de MA race » . Comme il l’a déclaré à la RCA Victor, « la France lui était étrangère » .
Pour les enquêteurs uruguayens, Gardel n'était pas la même personne que Charles Romuald Gardes car il aurait pu régulariser sa situation légale en 1920 mais ne l'a pas fait. S'il s'agissait du même homme, la loi française lui aurait permis de conserver sa nationalité jusqu’à sa majorité (, à cette époque) du fait de sa naissance en France, dans un premier temps. Mais ensuite, après le , s’il avait informé, par voie consulaire, les autorités civiles et militaires françaises de son choix définitif pour la nationalité argentine, il aurait pu être exempté de ses obligations militaires françaises. Que Charles Romuald Gardes n'ait jamais entrepris une telle action pourrait signifier qu’il n'était pas Carlos Gardel. Par ailleurs, Charles Romuald Gardes n'a jamais demandé la nationalité argentine. La seule personne qui l'a demandée s'appelait Carlos Gardel et il s’est dit né à Tacuarembó, Uruguay, le .