Le Gharb al-Ândalus (« Ḡarb al-ʾAndalus », en français : Andalousie de l'ouest) est une ancienne province d'Al-Andalus qui correspond aux régions du sud du Portugal, avant la Reconquista. Par extension, on inclut généralement dans al-Gharb al-Ândalus la province musulmane d'al-Tagr al-Adna, qui correspond au centre du Portugal actuel, et qui constituait en réalité une entité politique et administrative distincte.
L'histoire du Gharb commence à partir de 711, lorsque l'ancienne Lusitanie romaine est progressivement intégrée dans le vaste empire omeyyade de Damas sous les noms d'al-Tagr al-Adna (Marca Inferior) et de Gharb al-Ândalus. Elle s'achève en 1249, avec la conquête de l'Algarve par le roi Alphonse III de Portugal, qui met fin à la Reconquista portugaise. Dans le langage courant, l'expression Gharb al-Ândalus sert à désigner la période d'occupation musulmane de l'actuel territoire continental du Portugal. Le terme Al-Gharb al-Ândalus, adapté à la phonétique et à l'orthographe portugaises, est à l'origine du nom de la province historique et de la région administrative actuelle de l'Algarve au Portugal.
Histoire La conquête musulmane de la Lusitanie
thumb|left|Wittiza, le roi renversé par Rodéric La conquête musulmane de la Lusitanie par les Omeyyades se fait à partir du Maghreb. Après avoir conquis une grande partie de l'Afrique du Nord, auparavant byzantine, les chefs de guerre musulmans jettent leur dévolu sur la péninsule Ibérique. Leur projet d'expansion est facilité par des divisions au sein de la monarchie wisigothique et des rivalités entre nobles d'Hispanie. Le nouveau roi Rodéric est contesté au sein de son propre clan, où on lui reproche d'avoir usurpé le pouvoir en assassinant son prédécesseur Wittiza, Par ailleurs, le gouverneur byzantin de Ceuta, Julien, l'accuse d'avoir violé sa fille venue étudier à Tolède, ce qui prive les wisigoths du soutien de Constantinople. Averti de l'invasion musulmane, en guise de représailles, Julien en colère aide même les armées arabo-berbères à envahir la péninsule en leur fournissant des navires. Le , Rodéric affronte à la bataille du Guadalete le général omeyyade Tariq ibn Ziyad. Fort de ses hommes, le roi wisigoth est confiant sur l'issue de la bataille. En face, l'armée omeyyade n'est composée que de combattants, auxquels s'ajoutent soldats fraîchement arrivés sur la péninsule. Mais les Wisigoths sont divisés. Croyant que le but des musulmans est le pillage, certains nobles souhaitent utiliser cette incursion pour se débarrasser de Rodéric. Du fait de la trahison de ses nobles, les musulmans sortent victorieux, et Roderic est tué. Mais contrairement aux espérances des Wisigoths, après leur victoire, les envahisseurs poursuivent leur avancée. Mal défendues, les villes d'Hispanie ouvrent leurs portes une à une. Rapidement, les armées arabo-berbères de Tariq ibn Ziyad occupent une partie du sud de la Péninsule Ibérique. Rejoints en 712 par des renforts musulmans dirigés par Moussa Ibn Noçaïr et son fils, ‘Âbd al-‘Âziz Ibn Mussâ Ibn Nussâyr, les Omeyyades arrivent aux pieds des Pyrénées dès 714. L'occupation se fait sous l'autorité de Moussa Ibn Noçaïr, gouverneur omeyyade de l'Ifriqiya et commandant des troupes musulmanes (à l'exception d'un foyer chrétien dans le Nord, qui constituera le royaume des Asturies) . thumb|Tariq Ibn Ziyad imaginé par Theodor Hosemann
Dans la foulée de la conquête de la péninsule et de la Septimanie, les armées musulmanes remontent en 719 vers Narbonne , débarquent en Sicile en 720, puis en Sardaigne, en Corse et dans les Baléares en 724.
Conquise, l'ancienne Lusitanie romaine est alors intégrée dans le vaste empire omeyyade de Damas sous les noms d' al-Tagr al-Adna , la « Marche Inférieure » (Marca Inferior) et de Gharb al-Andalus, « l'Andalousie de l'ouest ». Délaissant le nord-ouest de la péninsule, les musulmans s'intéressent prioritairement au centre et au sud du pays, qui présente en plus l'avantage d'être relativement proche de Cordoue, la capitale de l'Hispanie musulmane. Durant les premières décennies, Al-Andalus est considérée dans sa globalité comme une province lointaine du califat omeyyade de Damas et le pays est dirigé par un Wali d'al-Andalus (gouverneur). Très vite cependant, des tensions apparaissent entre les chefs berbères, arabes et Damas au sujet du partage du butin des vaincus Article sur Tariq ibn Ziyad (Britannica). Des particularismes liés à l'histoire spécifique de la région émergent. La chute des Omeyyades de Damas en 750 et leur remplacement par les Abbassides qui s'installent dans leur nouvelle capitale Bagdad contribuent à éloigner encore davantage la péninsule du centre du monde musulman. En 756, le prince omeyyade , un rescapé du massacre de Damas, s'installe dans la péninsule Ibérique, prend une large autonomie vis-à-vis de Bagdad et se proclame émir d'Al-Andalus, créant et donnant son indépendance de fait à l'Émirat de Cordoue.
L'organisation du Gharb al-Andalus D'un point de vue administratif, Al-Andalus est divisé en différents districts nommés kuras (au singulier kura). À son apogée, Gharb Al-Andalus est constitué de dix kuras, qui possèdent chacune une capitale. Les principales villes sont à l'époque Beja, Silves, Alcácer do Sal, Santarém, Lisbonne ou Coimbra. Au début du , le califat de Cordoue éclate en plusieurs petits royaumes ou taïfas. Gharb Al-Andalus n'échappe pas à cela et c'est ainsi que plusieurs villes du sud tombent sous la direction de la taïfa de Badajoz ou de Séville. Après la chute des Almoravides en 1147, le taïfa de Silves retrouve brièvement son indépendance avant de tomber sous le joug des Almohades en 1151.
Avec la conquête musulmane, de prestigieuses familles arabes s'installent dans la région du Gharb et notamment dans les villes de Séville, Beja, Huelva jusqu'aux côtes d'Alentejo. Regroupés en fonction de leur tribu d'origine et en nombre réduit par rapport aux Latins ou aux Berbères, les Arabes forment un groupe solidaire entre eux, cette solidarité qui perdurera jusqu'au . Quant aux Berbères installés dans le nord, ils sont chassés par le roi des Asturies Alphonse et viennent s'installer dans le sud du Gharb et rapidement surpassent en nombre les Arabes. Enfin quant aux Latins, leur situation dépend de la manière dont la ville s'est rendue aux conquérants arabes ; lorsqu'une ville capitulait pacifiquement comme à Mérida, Beja ou encore Évora, les nobles wisigoths pouvaient conserver leurs terres, si bien que certains documents attestent de la présence de très riches propriétaires terriens wisigoths jusqu'au et l'Église, elle aussi, pouvait conserver ses terres. En revanche si, comme à Séville, la ville s'était révoltée à l'arrivée musulmane, les Arabes divisaient les terrains des nobles et les réattribuaient à un grand nombre de personnes comme aux serfs, favorisant ainsi les petites propriétés. Ces derniers, opprimés durant le règne des rois wisigoths, jouissent d'une certaine indépendance dans l'exploitation de ces terres dans la mesure où leurs nouveaux maîtres sont de piètres agriculteurs et donc laissaient leurs subordonnés cultiver comme ils le souhaitaient. La particularité du Gharb est le fait que la noblesse y a toujours été très indépendante et cela bien avant l'arrivée arabe.
L'époque de l'émirat ( - ) Conquête puis fondation de l'émirat sous Abd Al-Rahman
En 750, le califat omeyyade s'éteint avec la défaite de la bataille du Grand Zab et toute la famille est assassinée par les Abbassides, hormis . Après avoir franchi la Palestine, l'Égypte puis l'Afrique du Nord avec sans cesse la volonté d'arracher une terre où il peut gouverner, le dernier héritier omeyyade comprend qu'il lui est impossible d'affirmer son autorité au milieu de ces vastes étendues composées d'une grande multitude de populations et de tribus. Finalement, après maintes péripéties, il comprend que son unique issue serait d'atteindre la péninsule Ibérique où la famille omeyyade compte encore beaucoup de partisans.. D'autant plus qu'il présente un avantage certain, son père est arabe mais sa mère est une berbère du Maroc (de la tribu dite Nafza plus exactementThe great caliphs, Amira K. Bennison, ). Avec le soutien de plusieurs clans andalous, Abd Al-Rahman franchit la Méditerranée et commence une longue lutte pour la récupération du pouvoir. Finalement au mois de , il parvient à vaincre ses adversaires et se proclame émir en arrachant une large autonomie vis-à-vis du califat de Bagdad. Cette conquête n'est pas du goût de tous et notamment des nombreux soutiens que comptent les Abbassides en Andalus et dans la région du Gharb plus exactement.
Parmi les plus farouches opposants aux Omeyyades le clan des Yahsubi est un des plus virulents et notamment un certain Al-Ala Mughit. Ce dernier prête serment au califat Abbasside et devient par conséquent son représentant officiel dans la péninsule. En 762/763, à partir de la ville de Beja il lève les étendards noirs de la famille abbasside où il rencontre un fort succès populaire et plus particulièrement au sein du clan yéménite. Il est important de noter que contrairement au clan Yahsubi qui voue une haine envers la famille omeyyade, la popularité des Abbassides dans la ville de Beja et au sein de sa population n'a pas la même origine. Beja était en ébullition perpétuelle depuis plus d'une vingtaine d'années vis-à-vis du gouvernement central quel qu'il soit, les Yahsubi n'ont fait qu'utiliser la population pour arriver à leur but. Bien que les raisons profondes de cette contestation soient obscures (selon certains historiens arabes une réparation inégale des terres entre les tribus arabes à leur arrivée un demi-siècle plus tôt serait à l'origine de cette opposition) l'importance militaire et stratégique que représente Beja pour l'émirat de Cordoue ne permet pas à Abd Al-Rahman d'ignorer cette contestation. La menace est d'autant plus grave qu'Al-AlA Mughit parvient sans lutter à s'emparer des terres entre Beja et Séville et à se constituer une puissante armée. L'émirat d'Abd Al-Rahman si difficilement arraché en Andalousie est en plein morcellement c'est pourquoi il décide de partir en guerre et pour ce faire il s'entoure de ses plus fidèles amis et guerriers et s'installe à Carmona où Al-Ala Mughit n'hésite pas à l’assiéger avec une armée plus puissante que celle de l'émir. Malheureusement pour Al-Ala Mughit le siège s'enlise et avec lui la combativité de ses hommes ce qui permet à Abd Al-Rahman de sortir de la ville et de livrer une bataille de plusieurs jours et parvient à vaincre Al-Ala Mughit qui meurt durant la bataille mais cela a pour conséquence d’exacerber encore plus la haine du clan Yahsubi envers les Ommeyades. Plusieurs chefs de ce clan continueront leur lutte envers le gouvernement central de Cordoue dans les années qui suivent mais l'émirat d'Abd Al-Rahman est sauvé.
Les révoltes du thumb|left|Badajoz ville fondée par Ibn Marwan thumb|Ibn Marwan