Charles-Henri Sanson, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un bourreau français, officiellement exécuteur des hautes œuvres de Paris sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, puis sous la Première République. Il est notamment connu pour avoir guillotiné le roi Louis XVI ainsi que plusieurs figures de la Révolution, dont Danton, Desmoulins et Robespierre.
Issu d’une lignée de bourreaux actifs à Paris depuis la fin du , il administra la peine capitale pendant plus de quarante ans. Selon le journal de la famille Sanson, personnes furent exécutées entre le et le — dont 370 femmes, 22 jeunes de moins de et neuf octogénairesExécuteurs professionnels de père en fils : quand les bourreaux formaient des dynasties, Sciences et Avenir..
Famille
Charles-Henri Sanson appartient à une dynastie d’exécuteurs qui tint la charge des hautes œuvres à Paris pendant six générations. La famille est originaire d’Abbeville, où vécut Nicolas SansonH.-C. Sanson, Mémoires des Sanson, 1879, p. 63-64, 66, 100..
Son arrière-grand-père, Charles Sanson (1658-1695), ancien soldat, fut nommé exécuteur des hautes œuvres en 1684 par Louis XIVSargent, Lucius Manlius (1855), Dealings with the Dead, vol. II, Dutton & Wentworth, p. 635.. À sa mort, la charge passa à son fils Charles Sanson (1681-1726). Celui-ci ayant disparu prématurément, une régence fut instaurée jusqu’à la majorité de son propre fils Charles-Jean-Baptiste Sanson (1719-1778)Croker, John Wilson (1857), Essays on the Early Period of the French Revolution, John Murray, p. 570-571..
La famille s’installa à Brie-Comte-Robert en 1754Caltot, J.-F., « Sur les traces de Charles-Henri Sanson, le bourreau de Louis XVI à Brie-Comte-Robert », Notre département, no 28, 1992-1993.. Aîné des dix enfants de Charles-Jean-Baptiste, Charles-Henri apprit le métier très tôt, travailla plus de vingt ans aux côtés de son père et prêta serment à sa mort en 1778.
Biographie
Jeunesse Charles-Henri Sanson naquit à Paris de Charles-Jean-Baptiste Sanson et de Madeleine Tronson. Enfant, il fut placé dans un couvent à Rouen ; il dut en partir en 1753 lorsque le père d’un élève découvrit son origine familiale et craignit pour la réputation de l’établissement. Il reçut ensuite une éducation privée et manifesta très tôt une aversion marquée pour la profession de bourreau, qu’il ne souhaitait pas reprendre.
Selon plusieurs sources, il envisagea un temps d’étudier la médecine ou la physique. Ces projets furent interrompus lorsque son père, paralysé vers 1754–1756, ne put plus assurer ses fonctions. Charles-Henri dut alors revenir à Paris pour le seconder.
Dynastie des Sanson Issu d’une lignée de bourreaux actifs depuis la fin du , Charles-Henri Sanson appartient à ce que l’historiographie nomme la « dynastie des Sanson ». La charge se transmettait de père en fils, pratique fréquente pour une fonction techniquement spécialisée et socialement stigmatisée.
Son père, Charles-Jean-Baptiste Sanson (1719-1778), exerça la charge de « Monsieur de Paris » durant plusieurs décennies. Il initia son fils très jeune aux tâches du métier, bien que la famille ait longtemps souffert de l’ostracisme attaché à cette fonction. La transition entre le père et le fils s’opéra progressivement : avant même 1778, Charles-Henri effectuait la majeure partie du travail, assisté de son beau-grand-père François Prudhomme.
La succession officielle en 1778 marqua pour la famille une nouvelle étape, qui coïncida avec la période de modernisation des méthodes d’exécution et, à partir de 1792, avec l’introduction de la guillotine.
Carrière de bourreau
En raison de l’invalidité de son père, Charles-Henri fut associé très tôt à l’exercice de la charge familiale. Selon Lenotre, il exerçait déjà, au moins nominalement, dès 1751, avant d’être officiellement nommé exécuteur de Paris le à la mort de son père. Il fut connu sous l’appellation traditionnelle de « Monsieur de Paris ». Le , il épousa Marie-Anne Jugier. Leur fils Henri (1767-1840) lui succéda comme exécuteur de Paris.
Dès 1757, il assista son oncle Nicolas-Charles-Gabriel Sanson, exécuteur de Reims, lors du supplice de Robert-François Damiens, écartelé après sa tentative de régicide contre Louis XV. L’horreur de l’exécution, qui exigea la section manuelle de nerfs et d’articulations, décida l’oncle à renoncer à sa charge.
Le , Charles-Henri exécuta le chevalier de La Barre, condamné pour blasphème. Il exécuta également l’empoisonneur Antoine-François Desrues en 1777. La même année 1766, il manqua la décapitation du comte de Lally-Tollendal, contraignant son père — chef-bourreau — à achever le supplice d’un coup supplémentaire.
À la mort de son père, il fut officiellement nommé maître exécuteur le . Il conserva cette charge jusqu’au , date à laquelle il démissionna pour raisons de santé et fut remplacé par son fils Henri.
En 1787, Sanson obtint du Conseil du roi qu’il fût interdit de désigner officiellement les exécuteurs des arrêts criminels sous le nom de « bourreaux », terme auquel il cherchait à substituer une appellation moins infamanteG. Lenotre, La Guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1893, p. 125..
Partisan de la guillotine vignette|Assiette révolutionnaire : « Exécution de Louis Capet », musée d’Amiens.
Dès les débats des états généraux de 1789, la question du mode d’exécution fut discutée. Sur la base des propositions du député Joseph Ignace Guillotin, l’Assemblée décida d’adopter un procédé mécanique destiné à rendre la décollation plus rapide et moins douloureuse. Charles-Henri Sanson, confronté à l’usure rapide de ses équipements et aux risques physiques liés aux exécutions multiples, soutint activement cette réforme. Il adressa à l’Assemblée un Mémoire d’observations exposant les limites des méthodes traditionnelles et la nécessité d’un instrument plus sûr et plus uniformeDu Bois, Recherches historiques..., 1843, p. 31-32.Pichon, Code de la Guillotine, 1910, p. 75-77.. Il y expliquait notamment que son épée s’émoussait après chaque décapitation et que les exécutions collectives rendaient la tâche dangereuse autant pour les assistants que pour les condamnésGerould, Guillotine: Its Legend and Lore, 1992, p. 14 ; Croker, 1857, p. 534..
Le service de Sanson reposait sur une organisation relativement importante. Dans un mémoire détaillant ses charges, il indiquait employer deux de ses frères, chargés notamment de répondre aux magistrats et de diriger les domestiques lorsque plusieurs exécutions devaient avoir lieu le même jour, ainsi que quatre domestiques, trois charretiers et une cuisinière. Il entretenait également quatre chevaux pour le service de Paris et des environs. Son foyer comprenait en outre son épouse, ses deux enfants, un oncle âgé qui avait longtemps servi dans l’office et une sœur infirmeG. Lenotre, La Guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1893, p. 138-139..
Le prototype de la future guillotine fut testé à Bicêtre le , en présence de Sanson, de ses deux frères et d’observateurs médicaux tels qu’Antoine Louis, Philippe Pinel et CabanisMémoires des Sanson (1862), t. III, p. 406-407.. Après des essais sur des ballots, des animaux et des cadavres, les résultats furent jugés satisfaisants. Le , Sanson exécuta le premier condamné par cette méthode, Nicolas-Jacques Pelletier, sur la place de GrèveNational Museum of Crime and Punishment ; Arasse, The Guillotine and the Terror, 1989, p. 26..
Accusations de royaliste et statut de citoyen actif En , Sanson fut accusé par plusieurs journalistes, dont Antoine Joseph Gorsas, Camille Desmoulins et François Louis Prudhomme, d’héberger une presse royaliste à son domicile de la rue Neuve-Saint-JeanPlaidoyer prononcé..., 27 janvier 1790.Goulard, Charles-Henri Sanson, Mercure de France, 1951, p. 263.. Il fut acquitté par le tribunal de police de l’Hôtel de Ville. Dans ces polémiques, il demanda publiquement l’abandon du terme jugé insultant de « bourreau » et réclama une rétractation.
Selon Leuwers, Desmoulins lui-même espérait qu’une machine — celle que proposait Guillotin — mettrait fin aux supplices traditionnelsLeuwers, Camille et Lucile Desmoulins, 2018, p. 135..
Bien que les exécuteurs payassent les mêmes taxes que les autres citoyens, beaucoup considéraient encore inconcevable qu’ils puissent être électeurs ou éligibles. Le , Sanson offrit de démissionner en faveur de son fils aîné, mais l’Assemblée rejeta sa propositionDelarue, Le Métier de bourreau, 2014.. Il s’inscrivit à la garde nationale de Paris du district des Filles-DieuMémoires (1879), p. 364. et obtint finalement la qualité de citoyen actif en 1791 après avoir protesté contre les discriminations persistantesArasse, The Guillotine and the Terror, 1989, p. 120-121.. En , une loi imposa la décapitation comme unique mode d’exécution.
Événements de 1792 et arrestations Lors des journées d’, Sanson et plusieurs membres de sa famille furent élus sergents et caporal dans la garde nationale, ce qui les obligea à une présence accrue dans les événements politiquesMémoires (1862), t. III, p. 462.. Il semble qu’il ait été brièvement arrêté après le et relâché pour procéder à diverses exécutions, dont celles de faux-monnayeurs.
Exécution de Louis XVI À l’approche du procès du roi, Sanson reçut des menaces l’informant qu’un complot monarchiste pourrait tenter de libérer Louis XVI pendant son transfertMémoires (1862), t. III, p. 468.. Le puis le lendemain même, il hésita — non par sympathie monarchique, mais par crainte d’un assaut — et se fit accompagner par ses demi-frères Charlemagne et Martin, lourdement armésDelarue, Le Métier de bourreau.. Son fils Henri servit dans un bataillon de la garde nationale, non sur l’échafaud mais « au panier »Mémoires (1862), t. III, p. 472..
Plus tard, Sanson affirma avoir organisé à La Villette (Seine) une messe expiatoire pour l’âme du roiMémoires (1879), p. 400., mais aucune source contemporaine ne corrobore ce récit, généralement considéré comme douteuxMercure de France, 1 novembre 1951, p. 479-480..
Activité durant la Terreur
vignette|Emplacement de l'ancienne maison de Charles Henri Sanson Rue Bleue 14
Contrairement à une opinion répandue au XIXᵉ siècle, reprise notamment par Alexandre Dumas, Charles-Henri Sanson ne mourut pas en 1793La Presse littéraire, 14 juin 1857.. G. Lenotre, s’appuyant sur des documents officiels, a au contraire réfuté cette tradition et établi que Sanson resta en fonctions jusqu’en 1795G. Lenotre, La Guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1893, p. 147-150.. Il demeura en fonctions et, assisté de son fils, exécuta notamment Marie-Antoinette, les députés Girondins (), puis successivement Hébert, Saint-Just et Fouquier-TinvilleH.-C. Sanson, Sept générations d’exécuteurs, 1879, p. 466..
Selon le témoignage familial, l’équipe comptait alors jusqu’à dix aides et cinq charretiers, chargés d’évacuer les corps vers des paniers installés derrière la guillotineSept générations d’exécuteurs, p. 474-478.. L’intensité des exécutions — parfois plusieurs dizaines par jour — provoqua des conditions de travail extrêmes.
Sanson cessa ses fonctions le pour raisons de santé. Dans sa lettre de démission, il invoquait une affection néphrétique et sollicitait un secours annuel, tout en se déclarant disposé à reprendre son activité si son état s’amélioraitG. Lenotre, La Guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1893, p. 149-150..
Influence de Beccaria et regard sur la Terreur
thumb|Portrait de Cesare Beccaria