Gaspard Clair François Marie Riche, baron de PronySes ouvrages parus avant ou après la Première république et le Premier empire étaient signés M. de Prony, sans prénom. Durant la Première République et le Premier Empire, ils étaient signés R. Prony. Des rééditions récentes le nomment parfois Riche Prony, bien que Riche ne fût pas son prénom mais son nom de famille., né à Chamelet (Rhône) le et mort à Asnières-sur-Seine le , est un ingénieur, hydraulicien et encyclopédiste français. Il tient son nom de la seigneurie de Prony, à Oingt (Rhône).

L'assistant de Perronet

Fils d'un magistrat élu au parlement des Dombes, Prony, après des études de lettres classiques, étudie les mathématiques pendant dix-huit mois et réussit le concours des ponts et chaussées le . Il exerce d'abord diverses missions en province, notamment la campagne des Sables-d'Olonne en 1779 qui lui vaut le brevet de sous-ingénieur. Bourges, Argentan, Dourdan, Lagny, le voient en cette qualité présider à la confection de plusieurs travaux. En 1783, il est rappelé à Paris par le ministre Calonne à la demande de Jean-Rodolphe Perronet, directeur de l'École des ponts et chaussées, qui, déjà vieux, sent le besoin d'avoir auprès de lui un aide à qui s'en remettre du soin des détails. Prony consolide sa faveur auprès de Perronet en se posant en défenseur du pont de Neuilly. Cette construction de Perronet vient d'être l'objet de critiques sévères dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, où il n'a pas été sans produire quelque sensation. Prony prend avec succès la défense du projet, confortant plusieurs membres de l'Académie qui avaient participé au plan du pont ou l'avaient sanctionné de leur approbation. Gaspard Monge, en particulier, lui témoigne sa satisfaction en l'initiant lui-même à la théorie des courbes enveloppes et des équations aux dérivées partielles.

C'est Prony qui a la part principale à la restauration du port de Dunkerque en 1785, bien que Perronet préside officiellement à cet ouvrage. Se trouvant alors au bord de la Manche, il fait un voyage en Angleterre, d'où il rapporte plusieurs observations sur les méthodes géodésiques et topographiques destinées au raccordement des observatoires de Greenwich et Paris), publiées en deux volumes : Description des moyens employés pour mesurer la base du Honslow-Heath dans la province de Middlesex, traduit de l'anglais du général Roy, Paris, 1787, in-4° ; Description des opérations faites en Angleterre pour déterminer les positions respectives des observatoires de Greenwich et de Paris, Paris, 1795, in-4°.

Il est de même pour beaucoup dans les travaux du pont sur l'Oise dans la commune de Pont-Sainte-Maxence. Il est aussi du nombre de ceux auxquels sont confiées les études pour le pont à Paris. Ces études terminées, il est admis avec voix délibérative à la discussion qui a lieu aux ponts et chaussées, puis employé à la construction avec le brevet d'inspecteur, le . Il travaille encore quatre ans aux côtés de Perronet, cumulant les avantages de sa position à l'École et les appointements d'inspecteur.

Sous la Révolution thumb|250px|Prony organisa les futurs travaux du Cadastre avec une minutie jugée excessive par certains députés. Le cadastre Le , nommé ingénieur en chef du département des Pyrénées-Orientales, et par là-même menacé de perdre le bénéfice de son cumul d'activités, il met tout en œuvre pour éviter de quitter Paris. Comme l'Assemblée constituante vient de voter le cadastre général de la France, il réussit à obtenir sa nomination de directeur du cadastre, effective le . Il en pose largement les bases et surtout trop lentement aux yeux de ceux qui voient dans le cadastre le moyen d'asseoir l'impôt foncier.

Quant à son activité d'enseignant, si Prony reste quelque temps encore à l'École des ponts et chaussées, c'est sans titre officiel et sans rétribution.

Les grandes tables logarithmiques

Parallèlement aux travaux du cadastre, il faisait marcher de front depuis 1793 la confection des grandes tables de logarithmes à 14, 19, 25 et , restées manuscrites à l'Observatoire de Paris et à l'Institut de France, et qui depuis devaient servir aux calculs astronomiques. Ce sont, d'une part, les logarithmes de 1 à , les nombres calculés à et les suivants à 14 avec de différences, de l'autre, et quelque mille de logarithmes de lignes trigonométriques, plus exactement en nombres naturels calculés à 29 et avec 7 ou de différences ; de logarithmes, tant sinus que tangentes, calculés à avec de différences, et enfin relatifs aux rapports des sinus et tangentes aux arcs, pour faciliter l'interpolation dans les calculs relatifs aux petits angles, à 14 décimales comme les précédents et avec 6 colonnes de différences.

thumb|250px|En poste à l'Observatoire de Paris (ci-dessus), Prony entreprit d'y faire établir des tables de logarithmes d'une précision inégalée par division du travail entre plusieurs calculateurs encadrés par des vérificateurs. Cet énorme travail fut mené à bien en deux ans. Prony semble s'être inspiré d'un passage de Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith. Ce passage, relatif à la fabrication d'épingles à Flers (Normandie), est présent au tout début de l'ouvrage : à peine une vingtaine de lignes dans un ouvrage d'un millier de pages. Il est donc probable que Prony ait eu d'autres sources d'inspiration.

Du point de vue mathématique, la valeur d'une fonction était calculée par addition de proche en proche à partir des différences finies du premier au cinquième ordre, selon le principe que Gabriel Mouton (1618-1694) avait utilisé pour ses propres tables, moins précises..

Le principe mis en œuvre pour le calcul repose sur la division du travail. Une petite équipe met en place les méthodes de calculs. Une équipe intermédiaire explique aux exécutants comment faire et les exécutants réalisent. Un coordinateur veille au calcul exécuté par les « calculateurs ». Dans cette « usine à calculer », il y a deux équipes : les calculs sont donc faits deux fois, puis comparés par les « vérificateurs ». Si les résultats sont différents, c'est qu'il y a une erreur et les calculs sont refaits. Cette division du travail est exceptionnelle, car elle concerne un travail intellectuel, alors que ce mode de production est essentiellement utilisé pour des productions « matérielles ». Ceci a permis à Prony de créer cette usine et d'aboutir à des résultats d'un très haut niveau avec des exécutants à compétence réduite. Il s'avère en effet qu'à cette époque post-révolutionnaire, le port de la perruque était passé de mode, il y avait donc à Paris un grand nombre de perruquiers sans travail, qui ont été embauchés dans cette « usine ». Ces tables ont excédé en précision toutes celles qui existaient alors, imprimées ou manuscrites, sans en excepter même celles de l'Observatoire de Vienne.

Toutefois, le gouvernement révolutionnaire, puis le Directoire, qui avaient passé un marché avec la maison Firmin Didot pour l'impression de ces tables, ne purent financer ce travail. Prony se borna à publier une Notice sur les grandes tables logarithmiques et trigonométriques adaptées au nouveau système métrique et décimal (Paris, 1824, in-4).

Création de l'École polytechnique

Prony voit approcher la fin de sa table quand, en 1794, Perronet meurt. Supplanté par Jacques-Élie Lamblardie à la direction de l'École des ponts et chaussées, il s'implique aux côtés de Monge dans la création de l'École polytechnique. Quoique Joseph-Louis Lagrange et Prony soient dès l'origine chargés en commun de l'enseignement de la mécanique dans ce nouvel établissement, c'est Prony qui occupe le plus souvent la chaire. Les cours que fait Prony deviendront pour lui l'occasion d'une série d'ouvrages auxquels la formation professionnelle au (Écoles centrales, Arts et Métiers) empruntera beaucoup. Vers le même temps, l'Académie des sciences est reconstituée comme partie de l'Institut. Prony en est nommé membre dès l'origine, et successivement il en devient secrétaire, puis président. Il est aussi avec Cuvier et Vicq d'Azyr un des premiers fondateurs de la Société philomathique de Paris.

Sous le Consulat et l'Empire Travaux scientifiques et techniques thumb|250px|L'assainissement des marais pontins (ici en 1786 d'après un tableau de Ducros), foyer de paludisme notoire, était déjà un défi ancien pour les ingénieurs lorsque Prony décida de s'y consacrer. Son nom était entouré d'un grand éclat scientifique quand, en 1797, Bonaparte revint de la campagne d'Italie et se plut à paraître à l'Institut, et surtout à la classe des sciences. Il rechercha Prony et Madame de PronyMadame de Prony, née Marie de La Poix de Fréminville (et parente du général Camus), morte le à l'âge de , avait épousé Prony en . Poétesse, excellente musicienne, elle sut faire de son salon l'un des cercles les plus courus de la capitale sous le Consulat et l'Empire., que sa naissance et l'éducation avaient toujours tenue en relation avec la noblesse, fut reçue avec amitié par Joséphine de Beauharnais. À la mort d'Antoine Chézy, Prony fut nommé directeur de l'École des ponts et chaussées. C'est en cette qualité que, en , il alla en compagnie de Sganzin visiter le département de la Vendée, à l'effet d'étudier les mesures à prendre pour assécher les marais poitevins, pour canaliser la Sèvre, et pour améliorer les ports. En 1798, il succède à Lamblardie à la direction de l'École des ponts et chaussées et il le reste jusqu'à sa mort soit pendant .

Avant et après cette excursion en Vendée, Napoléon l'avait chargé de semblables missions à l'étranger, notamment en Italie, où Prony dut faire trois voyages : le premier en 1805, pour inspecter le cours du Pô et pour exécuter plusieurs travaux au port de Gênes et au golfe de La Spezia, le second en 1806, pour l'amélioration des ports d'Ancône, de Venise et de Pola, le troisième en 1810 et 1811, pour l'assainissement de la région occupée par les marais pontins.

Arrestation à Venise

La première de ces expéditions est marquée par l'arrestation de Prony sur le territoire autrichien. Accompagné d'un officier du génieIl se nommait Costanzo et avait le titre de chef de bataillon du génie., il traverse le Pô, voyage à travers les anciennes provinces vénitiennes et à Venise même où, soupçonné d'activités de renseignement, il est arrêté avec son comparse par la police autrichienne. Après un minutieux interrogatoire, les deux Français sont mis aux arrêts (). La tentative d'intercession du commissaire général français des relations commerciales auprès de Bissingen, chef de la police de Vénétie, se solde par un échec. Entretemps, Bonaparte, furieux, fait arrêter un conseiller aulique de Vienne qui se trouvait à Paris, et il ne le relâche qu'à l'annonce de la relaxe de Prony. Finalement, c'est l'intervention du commissaire français auprès du général de Bellegarde qui permet la libération de PronyCf. le Moniteur (, ou )..

Le projet des Marais Pontins

Prony, pendant son dernier voyage en Italie, poursuit ses études sur l'assèchement des marais pontins et recueille une masse considérable de documents, tant sur l'historique des tentatives faites pour assécher les marais que sur la topographie et l'hydrographie. Son projet lui vaut une médaille d'or du pape en 1812, mais les difficultés financières du gouvernement impérial ne permettent plus d'envisager l'exécution de ces plans. Pour conserver la trace des études menées, Prony, à la chute de Napoléon, consigne dans un écrit spécial (Description hydrographique et historique des marais Pontins) le résultat de ses observations et de ses recherches.

Sous la Restauration thumb|250px|Ultime demeure de Prony, l'Hôtel Carnavalet abritait l'École des ponts et chaussées sous la Restauration.