Le siège de Lorient est une opération amphibie de la guerre de Succession d'Autriche menée du au par des troupes anglaises dans la région de Lorient, port d'attache de la Compagnie française des Indes orientales. Elle est conçue comme une diversion devant amener la monarchie française à retirer des troupes de Flandres pour les envoyer en renfort sur le littoral français.
Le débarquement d'environ anglais dans la baie du Pouldu, puis la marche vers la ville prennent plusieurs jours, ce qui permet à la garnison de Lorient d'organiser ses défenses et d'obtenir des troupes en renfort d'autres villes de la région. Les Anglais n'arrivent dans les environs de la cité que le , et des discussions en vue d'obtenir la reddition de la ville repoussent les bombardements au .
Les opérations de bombardement durent jusqu'au , jour où la retraite anglaise est ordonnée. L'incompétence des ingénieurs anglais, ainsi que les pertes en hommes par fatigue et maladie, obligent le commandant à cesser l'offensive. Dans le même temps, le commandement français croyant à une supériorité écrasante de l'adversaire, et ne pouvant compter que sur de faibles défenses et sur des troupes médiocrement formées et armées, projette une reddition. Celle-ci est effectivement proposée le , peu après le départ de l'ennemi et reste sans suite.
Le raid a des conséquences militaires, comme celle d'obliger la monarchie française à développer les fortifications dans le sud de la Bretagne, mais aussi culturelles puisqu'il suscite une controverse entre David Hume et Voltaire et la création de plusieurs chansons évoquant le siège, ainsi qu'un culte marial dans la ville.
Contexte Guerre de Succession d'Autriche vignette|left|La prise de Louisbourg en Nouvelle-France est à l'origine du raid contre Lorient.
Les prémices du siège de Lorient trouvent leurs origines sur le front américain de la guerre de Succession d'Autriche. Après la prise de la ville française de Louisbourg en Nouvelle-France par l'armée anglaise en 1745, le gouvernement britannique commence à réfléchir à une opération militaire visant la ville de Québec afin de renforcer sa domination dans cette région. Le duc de Bedford soutient politiquement ce plan. Une force expéditionnaire placée sous les ordres du lieutenant général James St Clair et une escorte maritime dirigée par l'amiral Richard Lestock sont préparées pour un départ en . Tout est annulé au motif que la saison est trop avancée ; en effet les conditions météorologiques ne sont pas propices à la traversée de l'océan Atlantique et aux opérations prévues dans le Saint-Laurent. Les Britanniques sont, par ailleurs, alertés du départ d'une importante flotte française sous le commandement du duc d'Anville qui a pour but de reprendre Louisbourg.
Les effectifs mobilisés ne pouvant peser de manière déterminante sur un front en les intégrant à d'autres forces en les faisant participer à d'autres affrontements, le duc de Newcastle suggère au général St Clair de les employer à un débarquement en France. Le roi de Grande-Bretagne entend parler de cette proposition et demande au général si un plan est prêt. Celui-ci répond par la négative, ne connaissant pas les lieux, mais il propose de faire étudier ce projet par des généraux plus au fait du littoral de la France. Le duc de Newcastle insiste auprès du roi pour que le plan soit réalisé et, le , St Clair reçoit l'ordre de se rendre à Plymouth pour y attendre des consignes concernant l'opération.
Genèse du projet anglais Décision d'attaquer Lorient James St Clair reçoit l'ordre à Plymouth d'appareiller vers la côte française et d'attaquer, selon les opportunités, Lorient, Rochefort, La Rochelle, Bordeaux, ou tout autre lieu se prêtant à une attaque et une opération de diversion. Dans une lettre des -, il dit privilégier une opération contre Bordeaux, qu'il connait déjà et qui, contrairement à ce qu'il sait des autres villes, n'est pas fortifiée. Par ailleurs, sa position loin des Flandres permet d'accentuer l'effet de diversionLes troupes françaises du maréchal de Saxe remportent plusieurs batailles à cette époque dans la région comme à Fontenoy ou à Rocourt, et occupent par exemple Bruxelles de 1746 à 1749..
L'amiral Anson, présent à Plymouth, s'entretient avec St Clair et l'informe qu'on l'a assuré que la ville de Lorient, dans le sud de la Bretagne, n'a que de médiocres fortifications. Il est alors décidé d'envoyer des navires pour repérer les lieux en vue d'un débarquement sur ces côtes.
Dans le même temps, le duc de Newcastle commence à soutenir un plan contre la Normandie élaboré à l'état-major par le major McDonald. Ce dernier est envoyé à Plymouth pour défendre son projet auprès de St Clair, mais il s'avère qu'il connait aussi mal le terrain que l'art de la guerre. De plus, il faudrait de nouveau envoyer des vaisseaux repérer les lieux, ce qui retarderait l'opération.
Il est décidé d'envoyer la force expéditionnaire sur Lorient pour un double bénéfice : d'une part, la ville est le siège de la Compagnie des Indes orientales ; une victoire peut permettre de porter un coup à ses activités. D'autre part, l'objectif premier est toujours d'obtenir un effet de diversion alors que les forces françaises mettent en déroute les armées autrichiennes aux Pays-Bas et que Bruxelles est occupée après un siège victorieux.
Préparation anglaise vignette|La bataille de Camaret sert de référence comme opération combinée menée par les Anglais en Bretagne.
Les tactiques anglaises ont évolué depuis la guerre de la Ligue d'Augsbourg ; les raids côtiers ou les bombardements de ports qu'ont connus les côtes bretonnes à l'époque sont progressivement remplacés par des opérations combinées de plus grande ampleur comme l'illustre la bataille de Camaret en 1694.
Le contre-amiral Richard Lestock, qui est choisi pour diriger la flotte anglaise, sort d'une cour martiale en raison de son implication dans la défaite de la bataille de Toulon en .. Il peut compter sur une flotte de 16 vaisseaux de ligne, 8 frégates et 43 transports. James St Clair, chargé de diriger l'offensive à terre, s'attache l'assistance du philosophe et historien David Hume comme secrétaire peu avant le départ.. Il peut compter sur le du régiment royal, le du régiment des highlanders, le de Brag, le de Harrisson, le de Richbell, une partie des bataillons de Frampton, ainsi que sur quelques compagnies d'infanterie de marine, soit environ .
Les officiers responsables de l'expédition sont sceptiques à propos du choix de la cible du raid, leur préférence allant à la Normandie moins incertaine. La zone est méconnue des Anglais : St Clair ne parvient pas à se procurer une carte de la région et doit se contenter d'une carte de France à petite échelle, et Lestock ignore tout des défenses de la ville. Par ailleurs, les forces armées ne peuvent disposer de chevaux.
La flotte quitte Plymouth le et double Ouessant sans être repérée par les Français.
Situation française Renseignements et préparation Du côté français, les services de renseignements ont informé l'état-major de l'importance des troupes stationnées à Plymouth, mais les interrogatoires de prisonniers anglais n'ont pas permis d'apprendre le nom du lieu où celles-ci doivent attaquer. Un agent sur le terrain parvient cependant à signaler que le peu de vivres et de chevaux suggère une intervention limitée aux côtes françaises. Les commandants des ports de l'Atlantique et de la Manche sont donc alertés et notamment Port-Louis, le . Des milices garde-côtes sont envoyées sur le littoral alors que le travail de renseignement des Anglais est terminé et qu'ils n'ont pas été signalés.
Au même moment, des navires commandés par Mac Nemara doivent rejoindre Lorient où ils sont attendus.
Situation lorientaise vignette|Configuration de la rade de Lorient à l'époque.
À la fin du , les côtes de Bretagne se sont couvertes peu à peu de nouvelles fortifications, mais la région de Lorient reste encore mal défendue. La citadelle de Port-Louis qui ferme la rade de Lorient n'a pas connu de modernisation., et de faibles remparts ne protègent que l'arrière de la ville, sa façade maritime restant sans plus de défense.
La ville est par ailleurs devenue une place commerciale et militaire stratégique. Les arsenaux construisent et entretiennent des navires de la marine royale et de la Compagnie des Indes orientales. Cette dernière a aussi choisi en 1732 d'y déplacer le siège commercial, auparavant situé à Nantes. La ville est aussi au centre d'une activité de cabotage qui s'étend de Brest à Nantes, puis Bordeaux. Plus au large, au sud-est de la ville, Belle-Île constitue à l'époque un lieu d'atterrage obligatoire pour les navires revenant des Indes et qui relient Lorient. Les îles d'Houat et de Hoëdic, toutes proches, ont été fortifiées à la fin du pour sécuriser les abords de l'île principale.
Enfin, un culte marial s'est développé dans la région à partir des années 1620. Des apparitions imputées à Sainte Anne ont été notées à l'époque près d'Auray et un nombre croissant de miracles sont depuis ce moment attribués à Sainte Anne lors de raids anglais sur les côtes bretonnes. Ceux-ci prennent de plus pour toile de fond une opposition entre Anglais protestants et Bretons catholiques.
Le raid Prémices Débarquement
La flotte anglaise arrive au large de Lorient le après six jours de traversée de la Manche et est rejointe par les navires rentrés de reconnaissance. Les voiles anglaises sont signalées par des patrons de barque de Port-Louis, mais sont confondues avec les vaisseaux de Mac Nemara qui sont attendues au même moment. Le site du débarquement est choisi par l’amiral Lestock en amont de l'entrée de la rade de Lorient en raison de sa méconnaissance des défenses de celle-ci. La flotte mouille dans la baie du Pouldu à partir du au soir, près de l'embouchure de la Laïta. Malgré un temps favorable, une nuit de pleine lune et un vent soufflant vers le rivage, l'amiral Lestock diffère le débarquement au lendemain, ce qui laisse le temps aux défenses françaises de s'organiser. Cependant, le site présente plusieurs défauts : l'exposition aux vents fait courir le risque de voir jeter les navires à la côte en cas de gros temps, et Lorient est distante de plusieurs miles.
Le débarquement a lieu le samedi , après avoir été annulé la veille en raison du temps, et ne peut être effectué dès les premières heures du jour en raison de conditions météorologiques peu favorables, ce qui permet aux garde-côtes lorientais de parfaitement identifier la flotte comme étant anglaise, et non pas celle de Mac Nemara, et d'organiser leurs défenses. Les forces anglaises approchent de trois plages, dont la plage du Loc'h, et y débarquent à chaque fois entre 400 et sous la protection d'un tir de barrage mené par la flotte de l'amiral Lestock.
Du côté français, les premières forces disponibles sont des garde-côtes qui sont pour l'essentiel des paysans mal équipés (bâtons, piques et quelques fusils), et qui ont reçu, depuis 1744, chaque année, une formation militaire de quinze jours, aux effets limités. À ceux-ci s'ajoutent trois compagnies de cavalerie : toutes ces forces, soit environ , sont placées sous le commandement de Paul-François de Galluccio, marquis de L'Hôpital. Cependant, seules deux des trois plages peuvent être effectivement protégées, et St Clair parvient à exploiter cette faille pour faire débarquer ses troupes.
Réactions lorientaises vignette|Étapes du siège.