vignette|redresse|Karl Marx, théoricien du communisme, du socialisme scientifique et de la conception matérialiste de l'histoire.
L'histoire du communisme recouvre l'ensemble des évolutions de ce courant d'idées et, par extension, celle des mouvances et des régimes politiques qui s'en sont réclamés. Le communisme se développe principalement au , dont il constitue l'une des principales forces politiques : à son apogée, durant la seconde moitié du siècle, un tiers de l'humanité vit sous un régime communiste (se réclamant en particulier de la vision marxiste-léniniste).
Le concept d'une société égalitaire où la propriété privée serait abolie existe de très longue date dans la pensée utopiste : c'est à partir de la fin du qu'il commence à être désigné par le mot communisme. Au début du , l'idée de communisme devient une composante du socialisme : le terme est notamment revendiqué par Karl Marx et Friedrich Engels, qui publient en 1848 le Manifeste du parti communiste. Le marxisme, courant de pensée dérivé des œuvres de Marx et Engels, acquiert au cours du une importance essentielle au sein de la mouvance socialiste ; quant au mot communisme, qui ne désigne pas alors un courant d'idées distinct, il continue de faire partie des vocabulaires socialiste et anarchiste, mais tombe en relative désuétude.
Le terme communisme revient en usage au , mais son emploi change alors radicalement, car en 1917, les bolcheviks, dont Lénine est le principal dirigeant et idéologue, prennent le pouvoir en Russie. L'année suivante, ils prennent le nom de Parti communiste ; l'Internationale communiste est constituée en 1919 et la mouvance socialiste se divise à l'échelle mondiale entre partisans et adversaires du nouveau régime russe. Si des tendances opposées, comme la gauche communiste et plus tard le trotskisme, peuvent également se réclamer du communisme, l'Union des républiques socialistes soviétiques domine la mouvance (de manière contestée). Après la mort de Lénine, Joseph Staline s'impose comme le dirigeant de l'URSS et de l'Internationale communiste face à Léon Trotski, achevant de mettre en place un régime politique particulièrement répressif et meurtrier. Le fonctionnement de l'URSS a par la suite servi de modèle aux autres régimes communistes, se caractérisant par une mainmise des partis communistes locaux sur le pouvoir politique, une économie étatisée, la présence massive de la police politique dans la société, et la surveillance des activités des citoyensArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, p. 105 ; Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, p. 11-42 et Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, p. 58.. Certains courants communistes sont restés critiques et en opposition vis-à-vis des États inspirés du léninisme du , par exemple les communistes de conseils (les conseillistes privilégiant le rôle des conseils de travailleurs plutôt que celui d'un parti d'avant-garde léniniste discipliné durant la révolution socialiste), ou encore les anarcho-communistes et marxistes libertaires. Ces courants communistes contestataires considèrent que les régimes marxistes-léninistes (URSS, Chine maoïste) ne sont pas des pays socialistes, mais plutôt des dictatures exploitant et dominant le prolétariat sous un système économique de capitalisme d'État.
Après la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle l'URSS a contribué plus que tout autre pays allié à la défaite du nazisme, le communisme sort renforcé et une partie des pays européens, occupés militairement par l'URSS, deviennent des États communistes à parti unique et constituent le bloc de l'Est. En Asie, la république populaire de Chine est proclamée en 1949, après la victoire militaire du Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong. La guerre froide oppose durant plusieurs décennies les pays communistes au dont les États-Unis constituent la superpuissance dominante, rivale de l'URSS. Dans plusieurs démocraties européennes, comme la France et l'Italie, les communistes constituent une force électorale de premier plan et tiennent un rôle important dans la vie intellectuelle et culturelle. La mort de Staline et la déstalinisation qui s'ensuit à partir de 1956 amènent à révéler une partie des crimes du régime soviétique, altérant l'image de la mouvance communiste. Refusant la déstalinisation, la Chine de Mao rompt avec l'URSS, mais reste isolée. L'Union soviétique use ensuite de sa puissance militaire et politique pour empêcher toute réforme importante du monde communiste.
De nouveaux régimes communistes apparaissent aux Amériques (Cuba), en Asie et en Afrique. La pratique dictatoriale des États communistes contribue cependant à faire perdre au modèle soviétique une large part de son attrait. La Chine maoïste subit elle aussi des désastres lors du Grand Bond en avant, puis de la révolution culturelle. Par ailleurs, le communisme continue d'être revendiqué par une partie de l'extrême gauche, qui cherche des formes alternatives au modèle soviétique. La sclérose économique et politique des pays communistes leur pose des problèmes croissants : à partir de 1986, un vaste mouvement de réformes, connu sous le nom de perestroïka, tente de remédier à la situation. Cette libéralisation politique s'avère cependant insuffisante pour sauver le bloc de l'Est, et débouche au contraire sur l'effondrement des régimes communistes européens. L'URSS elle-même est dissoute à la fin de 1991. De nombreux partis communistes, ainsi que plusieurs régimes se réclamant de cette idéologie, continuent cependant d'exister. La république populaire de Chine, convertie à l'économie de marché mais toujours gouvernée par un parti qui se dit communiste, tient un rôle de premier plan sur la scène politique internationale et dans l'économie mondiale.
Origines du communisme Origines du courant d'idées Selon la théorie du communisme primitif, objet de critiques, les premières sociétés humaines étaient marquées par un fort collectivisme. L'exploitation de l'homme par l'homme n'était pas possible, la société primitive étant concentrée sur le strict nécessaire, sa seule recherche de nourriture.
L'idée d'une société égalitaire en tout ou partie existe depuis bien avant le communisme. Elle se retrouve dans plusieurs traditions de pensée, y compris le confucianisme, le taoïsme, le bouddhisme et certains courants de l'islam.
En Occident, le mythe de l’âge d’or fait de Sparte, du temps de la Grèce antique, une société où les citoyens pratiquèrent la communauté intégrale des biens. Platon, dans La République, décrit une cité idéale divisée en trois classes, avec une mise en commun des biens parmi l'élite. Dans Les Lois, il revient à un égalitarisme foncier rappelant celui de Sparte, mais sous une forme plus souple.
La doctrine chrétienne met également l'accent sur le partage des biens matériels. Au fil des siècles, l'idée d'une société sans propriété privée a été soutenue par des penseurs chrétiens et des mouvements qualifiés d’hérésies comme les Frères Moraves, qui pratiquaient la communauté des biens. Le prêtre millénariste Thomas Münzer, durant la guerre des Paysans allemands, a cherché à établir des "communautés de saints" où tout serait partagé. Les anabaptistes, entre 1534 et 1536, inspirés par Münzer, ont animé à Münster un régime théocratique et égalitariste fondé sur la communauté des biens et des personnes comprenant la polygamie. thumb|Thomas More.À partir de la Renaissance, le mouvement utopiste critique la société existante par la description de sociétés idéales où l'égalité se réalise par la disparition de la propriété. Utopia de Thomas More, est le modèle du genre. Tommaso Campanella, dans La Cité du Soleil, propose une société fondée sur l'éducation communautaire au lieu de la famille traditionnelle. Ces deux auteurs s’inspirent de La République de Platon.
Ces idées nourrissent plus tard des penseurs des Lumières français dont le curé Meslier, Morelly et Dom Deschamps lesquels posent une partie des principes et idéaux d'égalité et d'harmonie sociale, repris par la suite par le socialisme et par le communisme. En Grande-Bretagne, William Godwin, dont les idées sont empreintes d'un ascétisme à la fois puritain et individualiste jette les bases d'une forme de « communisme anarchiste » en prônant une organisation sociale sans État ni gouvernement. thumb|left|Gracchus Babeuf.Sous le Directoire en France, Gracchus Babeuf, héritier de la Révolution française et des Enragés, mène en 1796 la conjuration des Égaux, prônant une société basée sur l'égalité, l’administration commune et l'abolition de la propriété. Babeuf est vu comme un précurseur du communisme moderne. Il préconise des actions révolutionnaires où une minorité s'organise pour un coup de force. Son idéologie, selon l'historien Michel Winock, est une première application du communisme comme action révolutionnaire.
Philippe Buonarroti, compagnon de Babeuf, continue de diffuser ces idées qui allient égalitarisme, propriété commune, redistribution des richesses et tactiques révolutionnaires pour prendre le pouvoir.
Au , en Chine, la révolte des Taiping, mouvement fondé sur un mélange de pensée chinoise et de christianisme hétérodoxe, promeut une société théocratique égalitaire, influençant plus tard les communistes chinois qui y voient des précurseurs.
Formation du terme Le terme « communisme » vient du latin formé du préfixe signifiant « avec » et d'une racine dérivée du substantif renvoyant au « devoir », à l'« office », à l'« emploi », mais pouvant aussi signifier la « fonction » ou la « tâche ». Ce substantif est lui-même issu d'une racine indo-européenne mei signifiant « changer », « aller », « échanger » et dont les dérivés (monnaie, municipalité, immunité, etc.) se réfèrent aux échanges de biens et services dans une société selon les lois et les règles établies. À cette racine préfixée s'adjoint le suffixe « -isme » désignant une « doctrine ».
Le mot communiste est antérieur à celui de communisme. Il apparaît dès le pour désigner un membre d'une communauté de mainmorte, forme de propriété féodale reposant sur le servage. La notion de communauté de bien est prise en charge par les termes communelli au , puis communicantes au . À compter du , le terme communista est utilisé pour désigner les partisans de la communauté des biens, mais les mentions restent sporadiques. À la fin du , le mot « communiste » est introduit en français et en italien. Cette période voit l'émergence d'un usage politique du terme, comme dans les écrits de Restif de la Bretonne qui relie le mot à l'idéologie de Gracchus Babeuf et invente le mot communisme. Le terme allemand Kommunismus pourrait avoir été utilisé plus tôt par Friedrich Hölderlin dans un essai de 1790, explorant l'idée d'un communisme spirituel adossé à une mise en commun des biens. Au cours des années 1790, le terme continue de circuler même si son usage se raréfie sous le Consulat, l'Empire et la Restauration. Le mot « communiste » réapparaît réellement en 1839, popularisé dans la presse notamment par le « banquet communiste » de 1840 à Belleville, qui attire de nombreux ouvriers.
Communisme dans les premières années du mouvement socialiste Naissance du socialisme
thumb|left|Le drapeau rouge, utilisé comme symbole du mouvement ouvrier à partir du et repris par les mouvements socialistes, puis communistes. thumb|Gravure représentant la communauté de New Harmony (Indiana, États-Unis).