Barnaby Rudge: A Tale of the Riots of 'Eighty (titre français : Barnabé Rudge, conte des émeutes de quatre-vingt), habituellement connu en anglais sous le titre de Barnaby Rudge, est un roman historique de Charles Dickens (1812-1870), publié en Angleterre par Chapman & Hall sous la forme de feuilleton de quatre-vingt-huit épisodes hebdomadaires de février à dans l'éphémère revue Master Humphrey's Clock (« L'Horloge de Maître Humphrey », 1840-1841).

L'action du roman concerne un ancien meurtre perpétré dans une petite ville non loin de Londres, sur quoi se greffent, quelque vingt-cinq ans après, les émeutes anti-catholiques dites Gordon Riots, conduites par Lord George Gordon, qui, du 2 au à Londres, ont provoqué de très importants dégâts et fait de nombreuses victimes.

Barnaby Rudge est le septième roman de Charles Dickens, d'abord conçu en 1836 sous le titre Gabriel Vardon, The Locksmith of London (« Gabriel VardonVardon sera ensuite changé en Varden, premier titre montrant que Dickens centre d'abord son roman sur la famille du serrurier ?, serrurier à Londres »), pour Richard Bentley qui rêve d'une grande œuvre romanesque en trois volumes (three-decker) destinée à sa revue, le Bentley's Miscellany. Longtemps retardé par divers démêlés éditoriaux, il est finalement rassemblé en un seul volume par Chapman & Hall avec son titre définitif. C'est le premier essai de Dickens dans le genre historique, le second étant A Tale of Two Cities (Le Conte de deux cités), publié en 1859 et situé au temps de la Révolution française. La première édition a été illustrée par George Cattermole et Hablot K(night) Browne, dit PhizPhiz, abréviation de physiognomy (visage), est un mot à la mode au anglais. Il est employé par Fra Lippo Lippi, le moine-peintre recréé par Robert Browning dans son monologue dramatique Fra Lippo Lippi..

D'après Gordon Spence, c'est l'œuvre d'un homme jeune (29 ans) en pleine possession de son thème, qu'il a depuis longtemps déjà l'ambition de traiter avec envergure, et le chemin ayant conduit à sa publication fait écho à la montée en gloire de l'écrivain.. Pourtant, il ne figure pas au palmarès des œuvres les plus appréciées de Dickens. et a été peu exploité par la caméra, puisqu'existent seulement un film muet réalisé en 1915 et une adaptation produite par la BBC en 1960.

La manufacture du roman Les aléas de l'édition De Macrone à Bentley upright=0.8|thumb|left|Dickens en Amérique (1842), par Francis Alexander. En , à 24 ans, avant le triomphe des Pickwick Papers, Dickens signe avec John Macrone, son éditeur des Sketches by Boz, un contrat pour une œuvre de fiction en trois volumes intitulée Gabriel Vardon, The Locksmith of London (« Gabriel Vardon, serrurier à Londres »). La rétribution se monte à , montant modeste comparé à ceux qu'il percevra une fois sa réputation confirmée. Toutefois, au mois d'août suivant, alors que les ventes de Pickwick ne cessent de croître, il s'estime délié de sa signature et accorde à un autre éditeur, Richard Bentley qui lui offre , les droits du futur roman auquel il se réfère désormais sous le nom de Barnaby Rudge. D'autre part, comme il est rédacteur en chef du Bentley's Miscellany auquel il est tenu de contribuer, il obtient en septembre que Barnaby Rudge, A Tale of the Great Riots (« Barnaby Rudge, conte des grandes émeutes ») y prenne la relève dOliver Twist, puis soit publié en volumes, le tout pour ..

Entre-temps, Nicholas Nickleby, qui a succédé à Pickwick Papers, poursuit un chemin laborieux chez Chapman & Hall. En janvier 1839, alors qu'''Oliver Twist n'a plus que trois mois à paraître, Dickens commence la rédaction de Barnaby Rudge. , écrit-il le 4 à son ami et futur biographe John ForsterToutes les citations empruntées à la correspondance de Dickens émanent de l'édition Pilgrim : ., avant de demander aussitôt un délai de six mois. Ses lettres à Forster, cependant, évoquent que lui impose Bentley pour une (), l'emprisonnement contractuel dans lequel il se trouve enfermé, et, quittant le Bentley Miscellany, il arrache enfin à cet éditeur une clause stipulant que Barnaby Rudge sera publié le en trois volumes pour la somme de 2, 3 ou selon les ventes.

En novembre 1839, le manuscrit ne comporte que dix pages, Dickens, selon Gordon Spence, répugnant à . ; aussi, rien d'étonnant à ce qu'en décembre, comme l'écrit Edgar Jonhson, il . deux prétextes mineurs pour rompre son engagement. À son ami James Monckton Milnes, il exprime en avril son souci du roman en cours : .

De Bentley à Chapman & Hall Pourtant, les relations avec Bentley n'expliquent pas à elles seules les balbutiements de la rédaction. Dickens a toujours eu besoin d'un contact pressant avec ses lecteurs, que ne favorise pas la publication en trois volumes. En revanche, comme le souligne George H. Ford, le système des parutions en feuilleton dans une revue .. Le retour à la publication dans la presse se fait avec Chapman & Hall pour qui est entreprise l'édition de Master Humphrey's Clock et, en juillet 1841, les droits de Barnaby Rudge y sont transférés. Les trois premiers chapitres sont prêts, ce qui suffit à dix épisodes, voire quinze s'ils sont scindés. En fin de compte, auteur et éditeur tombent d'accord : le roman prendra le relais de The Old Curiosity Shop, à raison d'une parution par semaine. Cette décision a sans doute été confortée par le succès phénoménal de ce roman précédent qui, bien qu'improvisé, conquiert d'emblée le public et fait le bonheur des bibliothèques ambulantes (circulating libraries).

La publication hebdomadaire Ainsi commence l'aventure de Barnaby Rudge, 42 numéros hebdomadaires de février à novembre 1841, que suit, en décembre, la publication en un volume. Les ventes se montent à , puis se stabilisent à , ce qui n'entame pas l'affection de Dickens pour son roman. Ses lettres à Forster témoignent en effet qu'il est satisfait de son travail ; il y détaille la qualité de son livre : , , , Cité par , 25 février, 9 juillet, 5 août, 11 août.. Seul petit regret : le rythme hebdomadaire, Lettre de septembre 1841, citée par ., et le vœu, qui reste pieux, qu'il puisse devenir mensuel, les publications rapprochées et surtout la brièveté de chaque numéro obligeant, avec sa foule d'incidences complexes, à de véritables tours de force. Le prochain roman, se promet-il, troquera, selon la formule de Carlyle, Thomas Carlyle cité par ..

Pour autant, écrit Gordon Spence, si cette publication hebdomadaire impose une contrainte redoutable, elle ne s'avère pas paralysante, Dickens paraissant en avoir plutôt profité pour canaliser et discipliner son énergie créatrice.. De plus, pour la première fois de son encore jeune carrière (il n'a que 29 ans), alors que ses romans précédents, The Pickwick Papers, Nicholas Nickleby, The Old Curiosity Shop, ont tous été écrits avec la hantise du dernier délai, Dickens a du temps devant lui, ce qui lui permet de flâner et même de voyager. Il se promène en Écosse avec sa femme, se fait opérer sans anesthésie d'une fistule, prépare un long voyage aux États-Unis. Il reprend aussi ses interminables marches dans les rues, de jour comme de nuit, au cours desquelles il regarde, observe, s'imprègne de l'intimité urbaine ; et le Londres de 1780, tel qu'il apparaît dans le roman, n'est pas très éloigné de celui qu'il arpente, avec ..

Une relative disgrâce Andrew Sanders déplore que Barnaby Rudge soit . Il attribue cette disgrâce à la relative lenteur avec laquelle s'enclenche l'histoire avant qu'elle ne s'emballe lors des émeutes. Alors, écrit-il, ..

Gordon Spence, lui, s'insurge contre l'idée que l'auteur se serait coupé des sources habituelles de son inspiration en faisant le choix, clairement exprimé d'emblée, de présenter un roman historique dans la tradition de Walter Scott. Preuve en est, ajoute-t-il, que certains personnages de ses autres romans devenus mythiques, Bumble, le bedeau dOliver Twist, Mrs Nickleby de Nicholas Nickleby, Mr Pocket des Grandes Espérances, etc. sont tout à fait égalés, avec le même humour grotesque, par les John Willet, Mrs Varden et Miss Miggs, le bourreau Dennis, etc., de Barnaby Rudge. En outre, les premières pages consacrées à l'auberge du Maypole lui paraissent relever du grand art, préparant l'économie générale de l'histoire par l'équilibre de leur regard à la fois complexe et subtil vers le passé ; ainsi, explique-t-il, ..

L'intrigue L'histoire Il y a vingt-deux ans, et quelques rebondissements vignette|Joe Willet and the Sgt. Barnaby Rudge, aquarelle et gouache sur carton de Frank Dadd, 1916.

En une soirée de tempête de l'année 1775, sont réunis autour de l'âtre, à l'auberge du Maypole (« Au Mât de cocagne »)Un maypole ou arbre de mai est un mas enrubanné autour duquel on danse lors des fêtes liées au printemps ; la traduction par « mât de cocagne » est littéralement inexacte, mais est un équivalent français fréquemment employé. de Chigwell, à environ douze miles (un peu plus de ) de Londres, à l'orée de la forêt d'Epping, John Willet, tenancier de l'établissement, et trois de ses amis. Parmi eux, Solomon Daisy, qui raconte à un étranger de passage l'histoire, bien connue du village, du meurtre de Reuben Haredale vingt-deux ans plus tôt, au jour près. C'était le propriétaire du Warren (« Terrier »), belle propriété des environs, où habitent désormais son frère Geoffrey Haredale et Emma Haredale, sa fille, nièce du précédent. Le jardinier et le majordome de Reuben ont disparu après le crime et ont été naturellement suspectés ; plus tard, un corps a été découvert au fond d'une fosse dans un état tel que seuls ses vêtements et ses bijoux ont permis de l'identifier comme étant celui du majordome. Le jardinier, quant à lui, n'a jamais été revu et est généralement considéré comme étant le double meurtrier.

C'est alors que Joe Willet, fils du tenancier de l'auberge, survient et prend son père à partie, l'accusant de le traiter comme un gamin alors qu'il a vingt ans ; ulcéré, il quitte le foyer et part s'engager dans l'armée, qui l'enrôle dans le corps expéditionnaire combattant en Amérique. En chemin, il s'arrête chez l'élue de son cœur, la jolie Dolly Varden, fille du serrurier Gabriel Varden, dont la femme, Agatha, aidée de sa bonne Miss Miggs qui la singe, vitupère contre lui. Entre-temps, le jeune Edward Chester, qui est épris d'Emma Haredale, également remarquable de beauté, se brouille lui aussi avec son père, ennemi juré des Haredale et opposé à cette liaison, et s'embarque pour les Antilles. L'idiot du village, Barnaby, qu'accompagne toujours Grip, un étrange corbeau à la langue bien pendue, apparaît ici ou là. Sa mère n'est autre que la veuve du jardinier suspecté, mais voici qu'elle reçoit la visite d'un personnage louche, ressemblant à un bandit de grand chemin, qu'elle se sent contrainte de protéger ; peu après, elle renonce à la pension que lui verse Geoffrey Haredale et, sans explication, quitte la petite ville avec son fils.

Cinq ans après thumb|upright=0.8|Lord George Gordon, chef de la Protestant Association. L'histoire fait un bond de cinq années jusqu'à un soir d'hiver de l'année 1780 ; c'est le vingt-septième anniversaire du meurtre de Reuben Haredale, et Solomon Daisy, alors qu'il remonte l'horloge du clocher, aperçoit un « fantôme » errant dans le cimetière adjacent à l'église. De retour à l'auberge auprès de ses amis, il raconte son aventure, sur quoi John Willet, jugeant opportun que Geoffrey Haredale soit mis au courant, sort par un temps de tempête en compagnie de Hugh, le valet d'écurie qu'il a recueilli après qu'il eut été abandonné.