thumb|300px|Deuxième paragraphe de la loi de protection de la nature de 1935. La protection de la nature et des animaux sous le Troisième Reich concerne les politiques environnementales mises en place en Allemagne, de 1933 à 1945. Elle commence dès 1933 avec l'uniformisation des organisations de protection de l'environnement, ainsi que par des (Reichsnaturschutzgesetz, RNG). Dès 1936, ces domaines sont mis sous la tutelle de l'Office des forêts du Reich, dirigé par Hermann Göring.
Protection de la nature et des animaux sous le Troisième Reich L'Allemagne nazie a promulgué d'importantes législations relatives aux droits des animaux et à la protection de la nature, avec notamment la loi sur l'abattage des animaux du , la loi fondamentale de protection des animaux du (avec les décrets d'application qui suivent, notamment le cinquième, daté du sur la protection des animaux qui concerne le statut de la Société fédérale pour la protection des animaux), la loi entravant la chasse datée du (Reichsjagdgesetz) et sur la protection de la nature du (Reichsnaturschutzgesetz). La protection de l'animal serait cohérente avec l'inspiration de l'idéologie nationale-socialiste« Le Troisième Reich et les animaux », Luc Ferry. Ces textes sont réédités en 1939, la préface indiquant : .
La loi du promulguée par le Reich est en fait le résultat de longues concertations initiées en 1927 sous la direction du juriste Fritz Korn, sous le gouvernement de la République de WeimarÉlisabeth Hardouin-Fugier, "La protection de l'animal sous le nazisme", Luc Ferry ou le rétablissement de l'ordre, éd. Tahin Party, 2002, Edeltraud Klueting: Die gesetzlichen Regelungen der nationalsozialistischen Reichsregierung für den Tierschutz, den Naturschutz und den Umweltschutz. In: Joachim Radkau, Frank Uekötter (Hrsg.): Naturschutz und Nationalsozialismus, Frankfurt/New York (Campus Verlag) 2003, p. 103 ss.
L'originalité de ces lois, ce qui n'échappe pas aux rédacteursle médecin Giese et le juriste Kahler, conseillers techniques au ministère de l'Intérieur des décrets d'application, ; Giese et Kahler, cités par Luc Ferry..
Ainsi, en comparaison avec la loi française, l'accent n'est pas anthropocentrique : ce que la loi Grammont de 1850 interdit, c'est l'exhibition publique de la cruauté contre les animaux domestiques parce qu'. Auparavant dans l'histoire occidentale, seule la loi belge du déroge à cette règle. Giese et Kahler notent que les textes juridiques n'ont pas pour vocation de protéger la sensibilité humaine mais . De plus, la loi protège les animaux, qu'ils soient domestiques ou non : .
Un chapitre entier est . Parmi les mesures prises, le gavage des oies et la vivisection des animaux sans anesthésie sont interdites, ainsi que le fait de couper sans anesthésie les oreilles ou la queue de chiens âgés de plus de deux semaines (§2 nr. 7 du Code pénal de l'Empire allemand) et d'ébouillanter les homards. On précise également les conditions de transport du bétail en train.
L'article § 40 de la Reichsjagdgesetz indique cependant qu'il est possible dans la zone de chasse de tuer les chats, s’ils se trouvaient à plus de 200 mètres de la maison habitée la plus proche et les chiens hors du contrôle de leur maître, exception faite des chiens de travail. L'effort de guerre nécessitant une économie de nourriture, il est indispensable de limiter la population animale domestique. Hitler se refusant à généraliser cette interdiction, elle ne concernera donc que les Juifs.
Si le texte complet se montre plutôt novateur, l'effort de guerre reste prioritaire et ne permet pas de supprimer complètement toutes ces pratiques. L'interdiction totale de la vivisection initialement promulguée se voit assouplie afin de soutenir la compétitivité de la recherche scientifique. Elle est alors autorisée sous réserve qu'elle soit indispensable (les recherches se reportant alors principalement sur les prisonniers des camps). L'interdiction de l'abattage rituel ne concerne pas les musulmans, trop utiles sur les fronts en Europe de l'Est et on estime à 3 millions le nombre d'équidés utilisés pendant la guerre [archives fédérales allemandes].
Parmi les dignitaires nazis, les opinions concernant la protection de la nature et des animaux divergeaient. Si Hermann Göring vit dans un cadre champêtre, dans sa villa de Carinhall, il pratique la chasse. Néanmoins, Adolf Hitler était végétarien au moins depuis 1932Ian Kershaw, Hitler. 1889-1936, Paris, Flammarion, 1990, ou la fin des années 1930, selon Joachim Fest, Hitler. Le Führer, Paris, Gallimard, 1973, et Heinrich Himmler désapprouvait la pratique de la chasse : Joachim Fest, Les Maîtres du Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], ..
En 1945, la journaliste découvre dans la villa de Himmler un album, aujourd'hui détenu par la Wisconsin Historical Society. Celui-ci nous apprend, photos à l'appui, que les lapins angoras élevés dans des camps de concentration étaient plus choyés que les humains. Schultz explique que « dans les mêmes lieux où 800 êtres humains allaient être entassés dans des baraquements à peine convenables pour 200, les lapins vivaient dans le luxe de leurs élégants clapiers. À Buchenwald, où des centaines de milliers d’humains mouraient de faim, des lapins jouissaient de repas préparés avec un zèle scientifique. Les mêmes SS qui fouettaient, torturaient et tuaient des prisonniers mettaient un point d’honneur à ce que les lapins soient élevés avec prévenance et délicatesse ».
Critiques de ces thèses et rôle de la propagande
Selon l'essayiste français Luc Ferry, l'Allemagne nazie Luc Ferry, Le Point, 6 avril 2001..
Pour l'historienne de l’art et des mentalités, Élisabeth Hardouin-Fugier, cette protection de l'animal aurait été essentiellement un outil de propagande pour le régimeLa protection législative de l'animal sous le nazisme - Un recyclage français de la propagande nazie (autour des ouvrages de Luc Ferry), Élisabeth Hardouin-Fugier, 151 p., les conceptions de bien-être animal étant selon elle inconcevables pour les idéologues fascistes : « Un simple coup d’œil sur la liste des "nuisibles" chassables en toutes circonstances ou sur les "plus basses espèces" à privilégier dans l’expérimentation animale, suffit à démentir la prétendue égalité nazie de tous les animaux »Élisabeth Hardouin-Fugier, La protection de l'animal sous le nazisme. Selon elle, , car le régime fut aussi cruel avec les animaux qu'avec les hommes, malgré des prétentions « politiquement correctes » de type publicitaire qui ne correspondent pas aux réalités juridiques du Reich : l'animal a toujours été considéré « comme une chose » (als Sache gewertet). vignette|Dans son ouvrage LTI, la langue du troisième Reich, Victor Klemperer dénonça non seulement la cruauté et l'hypocrisie du régime nazi à l'égard des hommes, mais aussi celles à l'égard des animaux, le Reich massacrant les « sous-hommes » et leurs animaux domestiques au nom de sa « justice sociale ». D'ailleurs, dans l’Allemagne nazie, les animaux de compagnie des Juifs (déportés ou non) ont été eux aussi enlevés puis tués de manière préméditée à l'arme à feu ou à l'arme blanche. Ainsi, Victor Klemperer, Juif, cousin du célèbre chef d’orchestre, témoigne :
Dans la même ligne critique, le philosophe Jacques Derrida, dans L'Animal que donc je suis, déclare :
Luc Ferry répond dans le Point du à cela que ces lois sont irréfutables, les originaux étant conservés à la bibliothèque de Tübingen. Il note ainsi : certains . Mais cette « pureté naturelle » correspond à l'eugénisme, appauvrissement génétique du fait de la consanguinité pour obtenir des « races » animales « pures » (zootechnie condamnée par l'antispécisme : selon ce courant de pensée, les animaux ne sont pas des objets soumis au bon vouloir des Hommes)Si les lions pouvaient parler, essais sur la condition animale, sous la direction de Boris Cyrulnik, éditions Gallimard.. Ainsi, à l'époque, différents textes existent dans d'autres pays d'Europe mais en Allemagne, ils sont signés par Hitler en personne . Concernant la propagande . Le philosophe ne remet pas en cause la réalité et l'application de ces lois, mais souhaite comprendre comment, .
La publicité nazie concernant la protection de la nature et du gibier correspond d'ailleurs à l'image du « cochon heureux » sur les boucheries ou du chasseur « défenseur de la nature », images que combattent les antispécistes comme de la propagande et de la manipulation (ces derniers considérant que les animaux ne font pas plus partie de la nature que les humains ne le font, puisque d'après eux le terme « Animal » est lui-même sans fondement philosophique, comme l'aurait démontré le philosophe Jacques Derrida dans L'Animal que donc je suis). Plutôt que d'élever les animaux à un rang supérieur à celui des objets, la politique nazie et sa propagande tendent plus à rabaisser certains humains au rang de sous-hommes, derrière même les animaux. Andrea Heubachrésume bien les choses : « Sur le plan rhétorique, l’idée est suggérée que la valorisation morale des animaux non humains ouvrirait la porte à la dévalorisation des humains. Ce lien supposé est souvent utilisé comme un argument pour ne pas inclure les animaux dans une communauté morale élargie. En lieu et place d’une analyse approfondie des liens de causalité réels, des idées figuratives telles que deux plateaux de balance sont évoquées et il est suggéré qu’il s’agirait d’un jeu à somme nulle dans lequel l’inclusion de nouveaux groupes d’individus ne serait pas possible sans l’exclusion d’autres » et nous précise que de nombreuses personnalités défendant les animaux à l'époque n'ont aucune sympathie pour le régime nazi.
Pour résumer, on peut dire que ce texte de loi est plus complexe qu'il n'y paraît. Si l'antisémitisme et la propagande ont contribué à légiférer sur les animaux, il existe tout de même un réel intérêt pour la cause animale. Cause animale qui, cela n'a pas changé, reste secondaire devant les intérêts humains. Les avancées obtenues, au moins dans le texte, restent en avance sur bien des pays, voire non égalées.
Organisation gouvernementale La conservation de la nature et du paysage sont placés à partir de 1936 sous la direction du ministre des Forêts Hermann Göring, aussi appelé « commissaire en chef pour la protection de la nature ». Cela fait suite à la loi sur la conservation de la nature. Afin d'assurer une coordination efficace, est aussi créé en parallèle le « Bureau du Reich pour la protection de la nature », issu de l'Agence prussienne pour la conservation de la nature. Walter Schönichen la dirige jusqu'en , avant de l'être par Hans Klose, un des rédacteurs de la loi. On relève les départements suivants, et leurs responsables respectifs : « Führung der Naturschutzarbeit », sous la direction du zoologue Lutz Heck ; « Gesetzgebung und Recht », sous la direction du Wrede ; « Örtlicher Naturschutz », Lohrmann ; « Artenschutz », Heumann ; « Landschaftspflege Gruppe I », Hans Schwenkel ; « Landschaftspflege Gruppe II », Heinrich Wiepking-Jürgensmann.
Écologie et transports
Le est promulguée la loi de protection de la nature. Elle permet de réguler la construction dans certaines zones considérées comme sensibles. Elle définit la protection des plantes et des animaux non chassables et précise les agences chargées du respect de la loi (ministre des forêts).
800 réserves naturelles et 50 000 monuments naturels sont alors enregistrés en 1940 .
Le temps de guerre n'étant pas propice à l'écologie, la priorité d'Hitler est toutefois donnée au réarmement, à la lutte contre le chômage et à la qualité des transports. 3000 kilomètres d'autoroutes sont donc recensés en 1938. La construction des barrages de Hohenwarte (1936) et de celui de l’Okertal (1938) va à l'encontre de la loi de protection de la nature mais le gain économique était plus important.
Écologie et agriculture