Le , aussi traduit en Sūtra illustré des Causes et des Effets dans le Passé et le Présent ou Sūtra illustré de l’enchainement de la vie passée et des causes présentes ou encore, plus simplement Sūtra illustré de la causalité, est un emaki japonais datant du (époque de Nara). D’inspiration chinoise, il s’agit du plus ancien emaki conservé de nos jours. Le rouleau transmet par le texte et l’image le Sūtra des causes et des effets, qui raconte la vie du Bouddha historique jusqu’à son Éveil.

Historique

L’E inga kyō est connu de nos jours pour être le plus ancien emaki conservé et le premier exemple de sūtra illustré au Japon. Il date en effet du milieu du à l’époque de Nara. Les prémices de l’art des rouleaux narratifs peints se situent en Chine et en Inde vers environ le apr. J.-C., bien que des origines plus anciennes encore peuvent être soulignées. Le développement du bouddhisme et des rapports diplomatiques avec l’empire de Chine et la Corée influence profondément la société et l’art japonais. Ici, l’E inga kyō imite un rouleau chinois similaire par le thème et la forme du . Selon P. C. Swan, l’œuvre est probablement du fait d’un atelier de peintres attaché à un temple bouddhique, dont la production était alors importante.

De nos jours demeurent plusieurs versions incomplètes de l’emaki, dont un rouleau entreposé au temple Jōbon Rendai-ji de Kyōto, un au Hōon-in du Daigo-ji de Kyōto et un à l’université des Arts de Tōkyō, mais d’autres copies existent en partie toujours dans diverses collections. Toutes ces œuvres devaient vraisemblablement se composer de huit rouleaux en tout. Les rouleaux parvenus jusqu'à nos jours sembleraient appartenir à quatre séries différentes. La comparaison des styles de ces copies montre que les plus anciennes ont été peintes les unes après les autres, approximativement entre 730 et 753 ; plusieurs documents officiels datant de 753 à 756 font en effet mentions d’au moins trois versions du sūtra illustré. Un journal intime de 1528 indique quant à lui la date de 735, qui coïncide à peu près avec la création des postes de copistes (voir ci-dessous).

Le contenu illustre donc le , écrit au en Inde et traduit en chinois par le moine indien Gunabhadra, qui acheva ce travail dans la première moitié du . Il raconte principalement la vie du Bouddha historique (Siddhārtha Gautama) et la façon dont il atteignit l'illumination; les peintures permettent surtout d’expliciter les textes religieux auprès du peuple. Plusieurs anecdotes de la vie de Siddhārtha, issu d’une famille princière en Inde, y sont présentées, comme ses activités de jeune prince, sa découverte de la misère du monde extérieur, ou sa fuite du palais pour expérimenter la méditation solitaire. Le cycle narratif, dense, comprend notamment la précédente incarnation du Bouddha sous les traits de Sumedha ainsi que la conversion du grand Kāśyapa ; une telle densité d'épisodes est jugée inhabituelle pour les artistes japonais, qui privilégiaient généralement des épisodes choisis de la vie du Bouddha. À la fin, il résiste à la tentation de Māra, le roi du Mal, et atteint l’illumination par la méditation.

Les rouleaux entreposés au Jōbon Rendai-ji et au Hōon-in ont été désignés trésors nationaux du Japon.

Style et composition Peintures

L’art de l’époque de Nara apparaît très influencé par la Chine, de même que l’E inga kyō qui imite d’ailleurs un rouleau chinois plus ancien ; certains spécialistes catégorisent ce genre de peinture comme kyō-e (« illustrations des sūtras »). La peinture, naïve et colorée, s’inscrit dans un style des Six Dynasties (220–589) (en particulier les dynasties Sui et Wei du Nord), voir Tang primitif. Le rendu stylisé du feuillage, en forme d'éventail, rappelle par ailleurs les peintures murales de Dunhuang ainsi que les reliefs en pierre à scènes narratives de la dynastie des Wei du Nord (386-534). La technique est donc sans prétention, notamment de par les paysages et les édifices simplifiés, où l’influence de la Chine et d’Asie se ressent de nouveau ; de même, les costumes et éléments architecturaux sont typiquement de facture chinoise. Toutefois, la couleur vive privilégiant le rouge, vert, bleu, blanc et jaune témoigne déjà d’une certaine sensibilité japonaise, ainsi que la mise en scène de certains passages qui diverge des originaux continentaux. Akiyama Terukazu note de discrètes variations de style selon les versions : ainsi, le rouleau du Hōon-in reste fidèle au trait chinois parfois rude, alors que celui du Jōbon Rendai-ji apparaît un peu plus libre et délicat.

La composition reste quant à elle particulière dans l’art des emaki, puisque la peinture se présente comme une longue frise continue en haut du rouleau illustrant le texte calligraphié en dessous. Par la suite, les rouleaux japonais abandonneront ce type de composition. Ce format requiert un travail astucieux de la part de l’artiste pour effectuer les transitions entre scènes, par exemple en intercalant des paysages, des cours d’eau, des éléments d’architecture, ainsi que parfois des séparations par compartiment pour illustrer un épisode particulier.

Calligraphies

Les textes ont tous été rédigés en colonnes de huit caractères, parfois par plusieurs artistes ; le rouleau du Hōon-in précise à la fin qu’il est dû à « un jeune copiste du huitième rang du Bureau des copistes », poste créé environ en 730 selon des documents officiels. Les caractères chinois utilisés sont du style kaisho (régulier), employés sous la dynastie Tang .

Influence et postérité

Bien que d’autres rouleaux aient pu disparaître depuis, l’E inga kyō préfigure déjà de l’âge d’or des emaki du yamato-e qui surviendra bien plus tard aux XII et XIIIes siècles (époque de Heian et de Kamakura). Il fut d’ailleurs repris ou copié de nombreuses fois durant cette période (notamment un emaki du peintre Keinin en 1254), œuvres que l’on regroupe parfois sous le nom de .

En outre, peu de peintures de l’époque de Nara nous sont parvenues, et les différentes versions de cet emaki donnent quelques indications sur le fonctionnement des ateliers de peintres d’alors.

Annexes Articles connexes

Art du Japon bouddhisme au Japon

Bibliographie

Sources et références

Catégorie:Emaki Catégorie:Trésor national au Japon Catégorie:Art bouddhique Catégorie:Œuvre conservée au musée national de Kyoto Catégorie:Japon au VIIIe siècle Catégorie:Littérature japonaise du VIIIe siècle Catégorie:Œuvre conservée au musée national de Nara