L'attentat du château de Versailles entraîne la dégradation d'une partie de l'aile gauche du château de Versailles, principalement la galerie des Batailles, par l'explosion d'une bombe dans la nuit du 25 au . Cette bombe est placée la veille par deux membres du Front de libération de la Bretagne (FLB), Lionel Chenevière et Padrig Montauzier, et provoque des destructions dans un rayon de , pour un coût de restauration d'un peu plus de trois millions de francs.
L'attentat intervient dans le cadre d'un regain d'activité du FLB entre 1976 et 1978, à une époque où la mouvance commence à prendre pour cible des biens culturels pour protester contre la signature de la Charte culturelle bretonne l'année précédente, dont les avancées sont jugées insuffisantes par le groupe.
Les deux auteurs de l'attentat, déjà placés sous surveillance par le service régional de police judiciaire de Rennes depuis plusieurs mois, sont arrêtés dès le . Après un procès de trois jours, ils sont condamnés à quinze ans de réclusion criminelle le . À la suite de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, ils sont amnistiés en août de la même année.
Contexte Les « années de poudre » du Front de libération de la Bretagne
Après une première vague d'attentats à la bombe visant des bâtiments de l'État, de 1966 à 1972, les membres du Front de libération de la Bretagne (FLB) sont la cible de l'opération de police « Sultan IV » à partir du . Après un travail d'infiltration des réseaux du FLB, sont interpellées dans ce cadre.. L'opération est critiquée par la gauche parlementaire, en raison du nombre de militants des concernés. Dans le journal Libération, Serge July dit que L'opération de police reste un échec en raison du peu de résultats obtenus.. Après une première amnistie, les auteurs de cette première vague d'attentats sont remis en liberté ; de 1976 à 1978, une centaine de nouvelles opérations ont lieu, avec une intensité encore inégalée..
Politiquement, ce mouvement voit apparaître une nouvelle tendance après l'attentat de Roc'h Trédudon de , ne visant plus seulement des bâtiments de l'État, mais prenant aussi pour cible des objectifs trouvant un écho avec des luttes sociales de l'époque (grève du Joint Français, affaire de Plogoff…), et le nombre d'actions augmente alors à cette époque.. Les revendications culturelles sont aussi prises en compte par la mouvance, avec pour but l'obtention d'une télévision en breton ; l'émetteur de Pré-en-Pail, en Mayenne, est ainsi pris pour cible en 1977, de même que plusieurs lieux liés à cette problématique à RennesLe , le centre de la redevance est ciblé, puis le un laboratoire télé et PTT de Cesson-Sévigné, et le la maison de la radio de Rennes... Le président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, signe en la création de la Charte culturelle bretonne, dont un volet porte sur ce point, mais ces promesses sont alors jugées insuffisantes par le FLB., et le groupe commence à envisager des cibles dans le domaine culturel à Paris..
Paris comme objectif Le FLB a déjà eu avant cette époque des cellules actives en région parisienne, notamment avec Jean Bothorel et Ronan Trémel dans les années 1968-1969, mais ne compte plus alors de groupe organisé dans la région. Quelques attentats y sont cependant régulièrement organisés, mais exécutés par des cellules venant de l'extérieur.
Une nouvelle cellule est implantée dans la capitale vers 1977 par Denez Riou avec des étudiants parisiens. Ceux-ci sont formés en Bretagne, où ils participent à des opérations de plasticage. À Paris, ils commencent à planifier des attentats visant différents symboles, politiques comme la Cour de sûreté de l'État, ou culturels avec le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou.. La cellule est cependant arrêtée avant d'agir..
La de Rennes qui regroupe plusieurs agents dans cette ville, dont Padrig Montauzier, soumet le un projet de plasticage au château de Versailles au , l'organe de liaison des cellules du FLB réuni ce jour-là à Gouarec. Ne pensant pas le groupe prêt pour cette opération, le n'y prête pas trop attention, et n'approuve ni ne rejette le projet.
L'attentat Déroulement des faits L'un des membres de la de Rennes relance plus tard l'idée auprès de Montauzier et réussit à le convaincre. Ils partent le dimanche au matin, en utilisant la Citroën DS bleue de Chenevière, mais plusieurs incidents interviennent. Un troisième complice devait être récupéré rue du Mail à Rennes, mais il attend à l'autre extrémité, et la voiture part sans lui. Le plein d'essence n'étant pas fait, ils doivent ensuite s'arrêter sur la route pour prendre du carburant et paient par chèque, laissant ainsi une trace de leur passage. Ils arrivent finalement au château et se mêlent à la foule des premiers visiteurs du matin pour effectuer un repérage des lieux. La galerie des Glaces est envisagée, puis écartée en raison de sa configuration ne permettant pas de concentrer le souffle d'une explosion. Leur choix s'arrête sur la galerie des Batailles.
Chenevière et Montauzier retournent l'après-midi au château, en dissimulant un pain de plastic ou un autre type d'explosif confectionné à partir de trois bâtons de de dynamite., et une minuterie dans une sacoche d'appareil photo. Le minuteur, fabriqué à partir d'un réveille-matin., est réglé pour se déclencher à deux heures du matin le lendemain, et le paquet est déposé en haut d'un placard dans l'aile du Midi... L'explosion a lieu à le dimanche. Les gardiens lancent une première fois l'alarme, mais en raison de fréquentes fausses alertes la police ne se déplace pas. Ce n'est qu'après le passage d'une ronde de policiers à proximité du château que ceux-ci arrivent en nombre sur les lieux, accompagnés des pompiers..
La lettre de revendication, qui devait initialement être postée les jours suivants à Paris, est déposée dans une borne téléphonique le long de la rocade de Rennes, et le soir même les deux plastiqueurs sont déjà rentrés chez eux lorsque la bombe explose.. Le lundi à , l'antenne de Rennes de l'Agence France-Presse reçoit un appel anonyme d'un homme se réclamant du FLB-ARB. Il indique qu'un communiqué a été déposé près de la borne téléphonique de la rocade de Rennes. Celui-ci, rédigé en breton et daté du , provient d'un groupe revendiquant l'attentat. En plus de la lettre déposée à Rennes, deux autres collectifs inconnus revendiquent l'action, le « Groupe ouvrier et révolutionnaire » et le « Groupe contre le chômage international »...
Dommages
thumb|alt=Tableau historique contenant plusieurs personnages.|Première distribution des croix de la Légion d'honneur de Jean-Baptiste Debret, toile lourdement endommagée par l'explosion. Les dommages matériels sont considérables : de nombreuses statues et tableaux sont très abîmés. La Première distribution des croix de la Légion d'honneur du peintre Jean-Baptiste Debret est selon le conservateur en chef Gérald Van der Kemp.. Au total, une dizaine de salles au rez-de-chaussée de l'aile du Midi sont touchées, et les portes et fenêtres dans un rayon de , soufflées. Un plafond présente un trou d'environ de diamètre.
La restauration est initialement estimée au minimum à cinq millions de francs et, via une souscription, environ un million et demi de francs est récolté en l'espace de cinq mois.. La restauration coûte finalement un peu plus de trois millions de francs et, après travaux, la salle des Batailles est de nouveau ouverte au public à partir d'..
Réactions à l'attentat La réprobation est générale dans les journaux de l'époque, en France comme à l'étranger. Le ministre de la Culture Jean-Philippe Lecat évoque un et l'irresponsabilité des indépendantistes bretons. ; Hubert Landais, directeur des musées de France, parle d'une et compare l'auteur de l'attentat à un , considérant que L'Union démocratique bretonne condamne elle aussi, comme pour des attentats précédents..
Le journal allemand indique le lendemain de l'attentat qu'
Suites judiciaires Enquête et arrestations vignette|alt=Logo circulaire noir et blanc, arborant au centre une hermine crénelée accompagnée d'un glaive, et le nom du FLB tout autour.|Logo du FLB, dont l'organisation est ébranlée par une série d'arrestations à la suite de l'attentat. Le parquet de Versailles commence son enquête dès les premières heures suivant l'attentat, mais il est dessaisi dès le premier jour au profit de la Cour de sûreté de l'État, avec à sa tête le procureur général Raoul Béteille. Les services régionaux de police judiciaire (SRPJ) de Rennes et de Versailles sont à cette époque chargés d'enquêter sur la mouvance bretonne en région parisienne et en Bretagne. La de Rennes d'où sont issus Chenevière et Montauzier est déjà observée par les services rennais depuis une quinzaine de mois, et l'attentat de Versailles précipite leur arrestation.. Les auteurs de l'attentat sont interpellés le mardi suivant les faits, à 10 h 30 pour le premier et à 13 h 30 pour le second., et gardés à vue pendant six jours. La police ne dispose initialement d'aucune preuve contre eux, mais leur présente un certain nombre d'éléments en sa possession. et ils passent tous deux aux aveux le jeudi. Le vendredi , l'identité des deux suspects est révélée par le commissaire Le Taillanter, et ils sont présentés comme d'anciens militants du parti politique .. La police annonce par la même occasion avoir découvert du groupe dans le quartier des landes d'Apigné, ainsi qu'un certain nombre d'objets leur appartenant à proximité, dans la Vilaine.
Chenevière et Montauzier sont alors inculpés à l'issue de la garde à vue par la Cour de sûreté de l'État et incarcérés à Fresnes et Fleury-Mérogis. Le ministre de la Justice Alain Peyrefitte déclare alors qu' Une autre série d'arrestations est faite en Bretagne, qui ébranle l'ensemble du FLB : le , le SRPJ de Rennes, sous les ordres de Roger Le Taillanter, annonce avoir totalement démantelé le réseau. En tout, quatorze membres du FLB sont arrêtés et placés en détention dans diverses prisons de la région parisienne..
Procès vignette|alt=Portrait noir et blanc d'un homme souriant en costume et cravate.|Alain Peyrefitte, ministre de la Justice à l'époque du procès de l'attentat de Versailles. Le procès fait partie de toute une série visant différents membres du FLB et concernant diverses affaires. Le premier d'entre eux a lieu dès , peu de temps après l'attentat de Versailles, et concerne le commando à l'origine d'autres attentats. Les peines prononcées alors sont beaucoup plus lourdes que les condamnations que la mouvance a reçues pour les actions réalisées dans les années 1960, ce qui fait dire au journal Le Monde que la proximité avec l'attentat de Versailles joue sans doute en défaveur de ces premiers condamnés..