vignette|upright=2|alt=Plan ancien d'un centre-ville, au bord d'une rivière (située dans la partie basse), détaillant l'architecture des bâtiments. Une cathédrale est située au centre du plan.|Plan du groupe cathédral de Lyon, à l'époque de la Renaissance.I. Hôtel d’Albon. — II. Sacristie Saint-Étienne. — III. Hôtel de Saint-Chamond ou de Chevrières. — IV et V. Chantrerie. — VI. Maison de Gaste. — VII. Maison de Fougères. — VIII. Précenterie. — IX. Maison de Beaujeu. — X. Maison de Saint-Romain. — XI. Maison d’Ars. — XII Prévôté. — XIII. Chamarerie. XIV. Petite custoderie. — XV. Sainte-Croix. — XVI. Saint-Étienne. — XVII. Saint-Jean. — XVIII. Manécanterie. — XIX. Petit cloître. — XX. Cour de l’archevêché. — XXI. Saint-Romain. — XII. Maison du Bâtonnier. — XXIII. Officialité. — XXIV. Archidiaconé. — XXV. Trésorerie. — XXVI. Maison de Rolin de Semur. — XXVII. Prisons. — XXVIII. Archevêché. — XXIX. Sacristie Saint-Jean. — XXX. Custoderie. — XXXI. Dépendances. — XXXII. Doyenné. — XXXIII. Maison du tire-corde. — XXXIV. Prébende Sainte-Catherine. — XXXV. Prébende Saint-Pierre. — A. Porte Frot. — B. Entrée des Estres. — C. Porte du Coter. — D. Porte de Savoye. — E. Maison canoniales. — F. Porte de Thyers. — G. Portes de la Bombarde.
Le chapitre de Saint-Jean de Lyon, nommé aussi chapitre cathédral de Lyon, est une institution ecclésiastique de la ville de Lyon chargée d'entretenir spirituellement la cathédrale de Lyon. Elle apparaît très tôt mais n'est clairement distinguée dans les sources qu'à partir du .
Rapidement composé de nobles, le chapitre devient durant plusieurs siècles une force politique importante dans la cité rhodanienne, rivalisant la plupart du temps avec l'archevêque. Lors de certaines situations de crise où une menace extérieure intervenait, au contraire, le chapitre faisait front avec ce dernier contre la menace.
Ses membres portaient, comme ceux de Saint-Julien-de-Brioude en Auvergne, le titre de chanoine-comte.
Aujourd'hui, le chapitre de Saint-Jean existe toujours. Il n'a plus aucun pouvoir politique, et correspond à un groupe chargé de la prière liturgique dans la cathédrale, ainsi que d'aider l'évêque dans sa mission pastorale.
Histoire vignette|alt=Photographie représentant un bâtiment doté de voûtes romanes, situé en ville devant une place.|La manécanterie, ancien réfectoire canonial des chanoines de Saint-Jean.
Origine et premiers temps Dans le dessein initial de l'Église, le chapitre cathédral est .. Les chapitres cathédraux sont fondés de manière informelle vers le : à cette époque, les évêques choisissent un groupe de conseillers parmi les clercs, d'abord de manière informelle, puis de façon de plus en plus structurée. Le terme (qui donne « chanoines » en français moderne) apparaît vers le ..
La naissance du chapitre lyonnais en tant que corps constitué est inconnue, aucun document ne permet de préciser ni la date ni les évènements qui ont abouti à la formation de ce groupe ecclésial. Il a probablement succédé au collège ecclésiastique réuni autour de l'évêque pour le soutenir dans ses tâches quotidiennes. Les premiers éléments connus sont issus d'une lettre de Leidrade à Charlemagne où il décrit la reconstruction de l'Église lyonnaise. Les premiers noms connus proviennent du registre de l'Abbaye de Reichenau de Constance où sont consignés ceux qui désirent intégrer une vaste association de prière. Les desservants de la cathédrale y sont appelés chanoines, et l'édifice est encore sous le vocable de Saint-Étienne : . Dans les autres textes, le terme « chanoine » n'apparaît qu'épisodiquement, et ne devient régulier qu'au .. La première communauté qui forme par la suite le chapitre cathédral est dénommée dans les textes : « frères de Saint-Étienne ».. Les autres membres de l'Église lyonnaise sont quant à eux uniquement appelés « clercs ».. La liste des chanoines est bien mieux connue à partir du Moyen Âge central grâce à l'obituaire de LyonLes textes de l'obituaire ont été publiés dans ..
Le patronage de Saint-Étienne pour la cathédrale disparaît avec l'érection du nouvel édifice au dédié à saint Jean ; mais les chanoines gardent une trace de celui-ci dans leur serment d'entrée, jusqu'en 1789..
Le mode de désignations des chanoines est inconnu pour les périodes reculées ; la cooptation est probablement la méthode employée. L'élection des nouveaux membres par les membres actuels est en tous les cas la règle au Moyen Âge central, jusqu'au où le pape s'immisce dans le processus à son profit.
Dans les premiers temps et pendant longtemps, les chanoines vivent en communauté, en suivant une règle de vie pieuse et modeste. Cette vie en commun des chanoines est d'ailleurs régie par le canon défini au concile d'Aix-la-Chapelle, en 817.. Leur lieu de vie commune est l'actuelle manécanterie. Le premier édifice est construit par Leidrade vers 810, qui écrit à ce propos : ..
À l'orée du nouveau millénaire, l'Église de Lyon a toutefois sacrifié aux errances de son temps ; la plupart des chanoines ne vivent plus en communautés et sont très éloignés des idéaux de la réforme grégorienne qui commence. Plusieurs papes enjoignent aux membres des différents chapitres de se restaurer dans l'esprit des règles des saints fondateurs. vignette|alt=Sceau médiéval, représentant sur l'endroit les bustes de deux hommes barbus, et sur l'envers un VII en chiffres romains entouré de la mention .|Sceau de Grégoire VII. Une première tentative de réforme a lieu en 1079 sous l'épiscopat de Gébuin. Il se rend à Rome avec quelques chanoines dont le doyen Bladinus, pour rencontrer le pape Grégoire VII. Le pape conforte l'archevêque après une élection compliquée, et demande aux chanoines présents de renoncer aux biens qu'ils ont accumulés. Seul le doyen accepte, les autres quittant Rome sans bénédiction apostolique ().. Grégoire VII rédige donc une lettre pour l'ensemble des chapitres lyonnais le Cette lettre est dans le , 36, ., qui insiste non pas sur l'ensemble de la réforme canoniale, mais bien sur la simonie. Il n'y a en effet rien dans cette lettre sur le retour à la vie commune. C'est à la suite de cet épisode que se fixe la gestion des biens des chapitres lyonnais en obéances, qui permet d'éviter ..
Ces différentes remontrances n'ont que peu d'effets dans la cité lyonnaise, qui ne suit pas le mouvement réformateur tel, par exemple, celui du Languedoc.. Au contraire, les chapitres principaux renforcent leur organisation et leurs usages traditionnels, poursuivant leur enrichissement. Avec l'accumulation de biens au ces quasi-moines théoriques deviennent des seigneurs à la maisonnée richement dotée..
À partir de 910, le chapitre de Saint-Étienne reçoit du pape Serge III l'autorisation d'élire l'archevêque de Lyon. Cependant, ce privilège est retiré à plusieurs reprises, notamment par l'empereur germanique au , par le concile d'Autun, réuni sous la férule du légat Hugues de Die. Ce pouvoir du chapitre s'exerça en réalité surtout à partir du . Ce pouvoir disparaît en 1516, après le concordat de Bologne, quand le roi de France s'arroge seul le privilège de nommer abbés et évêques..
Développement d'une puissance politique : Vis-à-vis des bourgeois vignette|droite|alt=Vue cavalière du centre du Lyon médiéval, ceinturé d'un mur et bordant la Saône. Au centre, la cathédrale Saint-Jean.|Reconstitution du cloître de Saint-Jean par Rogatien Le Nail.
Au , l'archevêque comme le chapitre disposent d'une grande autonomie vis-à-vis de l'empire ; toutefois, ils doivent composer avec un autre pouvoir civil, local celui-là, représenté par le comte de Lyon ; la cohabitation, malaisée, entre les deux pouvoirs civil et religieux, avait abouti à un relatif en 1076, l'évêque gardant une prééminence sur Lyon même et le comte obtenant une mainmise plus prononcée sur le Lyonnais. Cet équilibre est à nouveau menacé lorsque le comté de Lyon est réuni à celui du Forez. Le nouveau comte de Lyon et de Forez, Guigues II (ou « Guy ») décide d'accroître ses possessions territoriales, aux dépens tout d'abord des comtes de Mâcon et ensuite des archevêques de Lyon. L'archevêque alors élu, Héracle de Montboissier, en appelle à l'empereur Frédéric Barberousse et obtient le la publication de la bulle d'or qui lui confère l'exclusivité de l'autorité sur Lyon. Cette exclusivité, même si elle prive en priorité Guigues de Forez de toute revendication vis-à-vis de Lyon, permet aussi à l'archevêque de Lyon de s'émanciper du chapitre. En effet, le texte de la Bulle ne fait pas mention du chapitre aux côtés de l'archevêque, alors que la bulle octroyée à l'archevêque de Vienne trois semaines plus tôt mentionne le chapitre de Saint-Maurice aux côtés d'Étienne II. Par cet oubli volontaire, Frédéric Barberousse prive le chapitre lyonnais de rôle politique..
À partir du , le chapitre cathédral est une structure ecclésiale puissante et riche. Recrutés indistinctement chez les nobles et les non-nobles auparavant, ce siècle voit la noblesse devenir une condition importante pour faire partie de ce corps. Cette noblesse domine complètement le chapitre au milieu du , ce qui cause des frictions importantes avec l'élite bourgeoise. La noblesse devient une condition indispensable à l'entrée au chapitre en 1337. Dans le même temps, le chapitre cathédral devient une puissance financière et seigneuriale importante. De nombreux seigneurs lèguent des biens et des terres au chapitre, qui fait fructifier efficacement sa richesse.
Vis-à-vis de l'archevêque Par ailleurs, les statuts de l'Église de Lyon donnent une grande importance au chapitre cathédral. Dans tous les textes, lorsque c'est l'Église de Lyon en tant que puissance seigneuriale qui est désignée, les termes employés sont ou . Bien entendu, l'archevêque est en dignité au-dessus du chapitre. L'ensemble du corps des chanoines jurent fidélité à tous les prélats qui entrent en fonction. Lors des plus grandes cérémonies, c'est l'archevêque qui préside dans la cathédrale Saint-Jean. Toutefois, chaque archevêque entrant en fonction doit également jurer devant le chapitre, sur les Évangiles, d'observer tous les engagements pris par ses prédécesseurs, de respecter les franchises et immunités des membres du chapitre et de ne jamais agir en l'encontre de sa volonté. À partir du , le chapitre doit même apposer son sceau sur les décisions officiels du prélat, et les actes stipulent qu'ils sont promulgués avec le ..
La ville de Lyon est tellement autonome vis-à-vis de l'Empire qu'elle bat monnaie, mais ce privilège est également, sinon l'objet de règlements, du moins celui de coutumes et jurisprudences bien implantées qui définissent les rôles de l'archevêque et du chapitre. Quand Louis de Villars, en 1304, entreprend de monnayer seul et de s'attribuer tous les bénéfices de la monnaie, le chapitre proteste immédiatement et rappelle ses propres prérogatives : .
Ainsi, l'ensemble du diocèse est géré conjointement par l'archevêque et le chapitre. Une telle situation occasionne avec le temps des rivalités, des conflits.
Le plus visible de ces conflits éclate au moment de la construction de la nouvelle primatiale Saint-Jean : les chanoines ont élu comme archevêque Dreux de Beauvoir, clunisien. Le pape impose alors à Lyon un cistercien, Guichard de Pontigny. Tout oppose les deux hommes : l'un est rallié à l'empereur et à l'antipape Victor IV, l'autre est l'homme du pape ; le premier aime le faste et la liturgie pompeuse de Cluny, l'autre l'austérité bernardine ; Dreux est issu du chapitre lyonnais et fait tout pour le favoriser, Guichard est au contraire envoyé par le pontife pour réformer le chapitre et lui redonner une simplicité plus proche de sa vocation initiale.. C'est d'ailleurs ce qu'il fait à partir de 1175, quand il édicte les Statuts de l'Église de Lyon., qui réglementent entre autres la vie de prière des chanoines ; ces statuts sont complétés par son successeur entre 1187 et 1193..