Léglise Saint-Germain de Saint-Germain-sur-Ay est un édifice catholique, du , qui se dresse sur le territoire de la commune française de Saint-Germain-sur-Ay, dans le département de la Manche, en région Normandie.
L'église et le cimetière qui l'entoure sont inscrits au titre des monuments historiques.
Localisation L'église est située dans le bourg de Saint-Germain-sur-Ay, dans le département français de la Manche.
Historique L'origine de l'église, placée sous le patronage de Germain le Scot., est le résultat de trois évènements mis en avant par l’historien Lucien Musset. : le fut le début de la colonisation des campagnes du bocage ; l’art roman en Normandie devient le support de la politique ducale. Selon l’historien, les ducs normands visaient à restaurer la foi chrétienne, réaffirmer sa hiérarchie et promouvoir un encadrement monastique du territoire ; le début de la construction de l’édifice, coïncide avec l’âge d’or Normand : l’art roman cesse de se cantonner aux grands édifices religieux, et s’étend au niveau des prieurés, sanctuaires, et des chapelles.
On retrouve dans l’église romane de Saint-Germain-sur-Ay, qui appartient à l'école de Lessay., la rigueur normande des lignes architecturales et l’absence de porte monumentale. Elle respecte ainsi la rigueur bénédictine sur les distractions de l’esprit, et l’efficacité des barons cotentinois dans la construction des édifices.
Charles de Gerville lors de sa visite de la commune en 1818, écrivait : ..
vignette|redresse=2.2|gauche|Chronologie animée de la construction de l'église de Saint-Germain-sur-Ay (cliquer).
Description L'extérieur Il n’y a pas à proprement parler de façade. La nef, les collatéraux ainsi que le chœur sont couverts par un seul grand rampant de toiture.. Deux portes permettent d'accéder à l'église, la porte du côté ouest à l’extrémité de la nef et l’entrée principale sur le côté sud de la tour fortifiée.
C’est sur le clocher-tour fortifié dans la seconde moitié du , et dont le couronnement date du , que l’on peut voir un effort notable de sculpture. La tour est dotée de huit fenêtres. Deux d’entre elles sont en arc brisé. Elles sont chacune surmontées d’un corbeau en forme de têtes grimaçantes. Une dernière fenêtre, située sur la face est, a été condamnée lors de la construction des bas-côtés au . Son encadrement est encore visible à l’intérieur de la tour. Elle est aujourd'hui intégrée dans un arc en plein cintre.
À l'extrémité est de l'église, trois sculptures font face au soleil couchant sur la sacristie. Deux feuilles de marronnier sculptées ornent deux colonnes d'une fenêtre. Elles datent du . Une sculpture plus fine se trouve sur l'arête du bâtiment. Il s'agit d'une fausse porte de type antique à laquelle s'adosse une coquille Saint-Jacques. La porte dans l'architecture chrétienne selon Robert-Jacques Thibaud. peut avoir deux significations. La première est la figuration du Christ selon le verset 20, Apocalypse 3, « Voici je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerais… ». Ici, la sculpture figure la porte comme le choix de refuser ou d'accepter la foi. La seconde figuration serait plus antique et la porte serait destinée uniquement au passage des âmes.
La coquille soutenant la porte est une coquille Saint-Jacques. Elle est la marque des pèlerins se dirigeant vers Saint-Jacques de Compostelle. Elle orne les points de passage, les lieux où priaient et où séjournaient parfois les jacquots. Saint-Germain-sur-Ay fut pendant les grandes heures du pèlerinage médiéval, un lieu de repos pour les catholiques de Jersey et d'Angleterre, mais aussi un lieu de départ pour les Normands en route pour Saint-Jacques de CompostelleLes chemins de pèlerinage dans la Manche : Pèlerins de saint Michel et de saint Jacques, de Christine Étienne et Chemins du Mont-Saint-Michel (association) (broché - 14 septembre 1999)..
Le chœur vignette|redresse=1.1|Plan du chœur : disposition du décor architectural. Le chœur rectangulaire roman du de deux travées carrées est séparé de la nef par un arc en plein cintre. Le jeu architectural est doté de deux voûtes en croisée d'ogives dont la jonction est faite par une simple clé d’ogive non ouvragée. Elle correspond au schéma roman ou proto-gothique d'un petit groupe régional bien caractérisé de petite église du Cotentin, dite « école de Lessay », avec notamment celles de Martinvast et Octeville, où dès le premier quart du , la croisée d'ogives est appliquée aux voûtements du chœur. Les bas-côtés ont été ajoutés au .
Charles de Gerville en 1818 désigne l’église de Saint-Germain-sur-Ay comme étant « l’église aux visages ». En effet, pas moins de vingt personnages de l’âge roman apparaissent dans l’église. D’autres créatures s’illustrent sur les chapiteaux : lions, diables et serpents au milieu de motifs végétaux et géométriques.
Lions et pêcheurs Directement face à la nef, deux chapiteaux (plan du chœur repères A et B) s’offrent à la vue des visiteurs avec un message fort. Deux pêcheurs côte à côte se repentissent de leurs pêchés et portent les mains à leur bouche terrorisés. Face à eux le second chapiteau expose « deux Lions affrontés ». Cette représentation se retrouve notamment sur l'église de Murbach en AlsaceLe symbolisme du bestiaire médiévale, édition Dossier de l'Art, Hors série de l'estampe L'objet d'Art, p 84. Les lions ainsi représentés sont des justiciers distinguant le pêcheur du fidèle. Dans le détail, on peut observer que les yeux des lions sont grands ouverts. Le sculpteur a voulu mettre en avant un thème cher au monde médiéval synthétisé par la phrase de Physiologus « quand il dort, ses yeux veillent ». Ces deux lions étaient gardiens du sanctuaireLe symbolisme du bestiaire médiévale, édition Dossier de l'Art, Hors série de l'estampe L'objet d'Art, p.81..
Les représentations du diable Deux chapiteaux excentrés (plan du chœur repères E), à l’écart des regards, portent sur la représentation du diable. L’un représente un démon qui sourit d’une manière disproportionné presque grimaçante. On distingue ses deux cornes qui se muent en crochets. Il apparaît ici comme « un tentateur rusé ».
À gauche de cette représentation, le diable est mis en scène dans une représentation inspirant la crainte au visiteur. Le diable se trouve tête renversée. Ses deux cornes sont minutieusement travaillées. Le diable libère deux serpents de sa bouche. Ils rampent, adoptent une posture menaçante et crachent du feu. Le sculpteur a également voulu mettre en avant le caractère incontrôlé de ces trois personnages. Ils sortent du cadre de leur chapiteau et détruisent par des gerbes les crochets de la face Sud du chapiteau. La corne gauche du diable déborde sur le côté Sud à la vue de celui qui donne la prière, symbolisant que le mal est omniprésent et tente de retrouver la place qu’il a perdue en étant déchu.
Les personnages encapuchonnés vignette|redresse=0.5|Saint Benoit. Cinq personnages encapuchonnés apparaissent sur les chapiteaux (plan du chœur repères C, D et E). La capuche est réservée à ceux qui « possèdent la Connaissance et ont atteint la maîtrise spirituelle ». Ces représentations rappellent également que l’ordre religieux qui s’installa lors de la fondation de l’église n’était entre autres que les moines de l’ordre de saint Benoît. Les bénédictins du mont portaient le scapulaire noir à capuchon, et une ceinture noire autour de la taille.
À l’extrémité nord-est du chœur (plan du chœur repères E) deux personnages dissymétriques sont séparés par une balance. On peut y voir selon Robert-Jacques Thibaud une représentation du Jugement Dernier.
L'imitation de la nature et les ouvrages de l'homme D’autres motifs ornent les chapiteaux, et se retrouvent dans l'ouvrage de Viollet-le-DucViollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , art. Chapiteaux'', p.188 en ligne. : la fleur de lys (plan du chœur repères D) est dans les édifices religieux une figuration de la Sainte Vierge ; des plantes grasses (plan du chœur repères A et B) ; « de volumineux bourgeons que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de crochets », (plan du chœur repères A et C) ; ces crochets terminent l’extrémité des chapiteaux ; des représentations de l'imagination créatrice des hommes : entrelacs et motifs de vanneries (plan du chœur repères A et B).
Les bas-côtés du chœur En se référant à la datation de Michel PinelRevue de la Manche, tome 38, 1996, Fasc. 152, octobre, L'église et le prieuré de Saint-Germain-sur-Ay, les modillons nord et sud se trouvaient à l'extérieur de l'église jusqu'à l'édification au des bas-côtés qui les engloba à l'intérieur de l'édifice. vignette|redresse=4.4|center|Les modillons versant nord.
Sur le versant nord, le modillon C porte une croix en sautoir, le modillon E représente une croix latine au creux d'un médaillon, et le modillon "G" un calice. Au , la statuaire chrétienne tentaient de désigner les apôtres par « les instruments de leur martyrs »Dictionnaire raisonné de l’architecture française du - Tome 1, art. Apôtres. Si tel est le cas pour l'église de Saint-Germain-sur-Ay, alors les sculpteurs ont notamment représenté le supplice de saint André (modillon C), de saint Philippe (modillon E) et de saint Jean (modillon G). Parmi les autres modillons, moins symboliques, le visiteur peut distinguer un bouclier (modillon A), un parchemin (modillon B) et un visage (modillon K). vignette|redresse=4.4|center|Les modillons versant sud.
Les églises édifiées durant l'âge roman, respectaient une logique d'agencement. Celle-ci attribuait volontiers le côté sud aux personnages du Nouveau Testament. Sur le versant sud, douze personnages apparaissaient jusqu'au à la vue des fidèles. S'il s'agit des douze apôtres, on peut tenter de les identifier selon l'ordre dans lequel ils apparaissent dans le canon de la messe. Selon Viollet-le-Duc: « Dans le canon de la messe, les douze apôtres sont désignés dans l’ordre suivant : Pierre, Paul, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Simon et Taddée ». Il arrive qu'un évangéliste prenne la place d'un apôtre. L'évangéliste Marc prend parfois la place de Simon, le onzième apôtre dans l'ordre du canon. Le modillon "11" porte un personnage stylisé avec une crinière. La forme allégorique, proche du tétramorphe à travers laquelle Marc est le plus souvent représentée dans la statuaire chrétienne : celle du lion.
La nef vignette|300px|La nef dans son intégralité. Cette partie de l’édifice apparaît comme étant la plus pauvre en décoration, éclairé latéralement par les fenêtres des bas-côtés.
La nef aveugle à collatéral de la fin du est composée de trois vaisseaux. Une allée centrale, longue de dix-huit mètres, à laquelle s’adossent deux bas-côtés voûtés en berceau. Elle est parcourue par cinq travées retombant sur des grosses piles carrées surmontées de larges arcs en plein cintre fourrés qui font penser à ceux de la nef de la Lucerne et sont sans doute contemporains. Les piliers ont pour seul élément de décoration architecturale une simple imposte intérieureRevue de la Manche, tome 38, 1996, Fasc. 152, octobre, L'église et le prieuré de Saint-Germain-sur-Ay, .. Sur la façade occidentale, un large oculus et deux étroites fenêtres primitives romanes laissent pénétrer la lumière. Sur les côtés nord et sud quatre fenêtres légèrement rehaussées et pourvues d’une armature en fer forgé complètent l’apport en luminosité.
Le mur nord comporte une porte condamnée qui donnait accès à l’ancien prieuré. Dans la largeur du mur, on trouve également un autel à l’encadrement sculpté permettant d’accueillir une icône et deux cierges. Le visage actuel de l’église est le fruit de la confrontation des points de vue de l’abbé Lefort et de l’architecte des beaux-arts au cours des années 1950. De leurs travaux, plusieurs remarques permettent de mettre en évidence l’évolution structurelle de la nef.