(en ge'ez : ዳግማዊ ምኒልክ, dagmawi Menilek ), né Sahle Maryam (en ge'ez : ሳህለ ማርያም) le et mort le , est prince, Négus du Choa, puis roi des rois (negusse negest) d'Éthiopie. Il est également connu sous son nom de cavalier Abba Dagnew (ge'ez : አባ ዳኘው).
Le règne de est essentiellement marqué par une politique de modernisation intérieure et d’extension territoriale de l'empire éthiopien donnant au pays sa forme contemporaine. Dans un contexte de menaces par des puissances étrangères, cette politique vise à constituer un glacis de protection autour des hauts plateaux face au colonialisme. À cet égard, il est notamment connu à l’étranger pour avoir mené les troupes éthiopiennes à la bataille d'Adoua repoussant la pénétration italienne.
Attaché aux traditions éthiopiennes et intéressé par les technologies occidentales, il adopte une série de réformes économiques, politiques et sociales afin de préparer l'Éthiopie au nouveau siècle. Les premières écoles publiques et les premiers hôpitaux sont construits, des produits européens apparaissent dans la nouvelle capitale Addis-Abeba qu’il fonde en 1886 et le pays se dote d'un chemin de fer.
Héritier du négus du Choa, Menelik est fait prisonnier et est emmené à l’âge de douze ans à la forteresse de Magdala où il grandit à la cour de ; il s'enfuit à pour retourner dans son royaume natal où il est couronné négus l'année suivante. À la suite du décès de en 1868, Menelik décide d'entreprendre une longue marche vers le trône impérial. Il refuse ainsi de reconnaître le negusse negest Tekle comme légitime et s'attelle à renverser son successeur , mais celui-ci le contraint à se soumettre en 1878. Limité au contrôle du Choa, Menelik agrandit son royaume et crée une véritable force armée moderne capable de soutenir ses projets impériaux. Il noue des contacts avec des Européens afin d'importer un matériel militaire performant, une supériorité technologique facilitant les premières campagnes lancées en 1879. Dix années lui suffisent pour repousser les limites du Choa aussi loin que l'Arsi, le Kaffa, le pays Welayta et la ville de Harar ; il remporte notamment les batailles d'Embabo et Chelenqo.
À la suite du décès de à la bataille de Metemma et après quelques mois d'affrontement avec Mengesha Yohannes, , grâce au soutien de la noblesse éthiopienne, se fait couronner negusse negest le . Pendant le début de son règne, il poursuit les campagnes d'expansion territoriale qui ne prennent fin qu'en 1900. Ses expéditions sont interrompues en 1895-1896, durant la première guerre italo-éthiopienne qui l'oppose à l'Italie. Celle-ci se termine le avec la bataille d'Adoua qui, relatée dans la presse internationale, consacre la stature internationale de Menelik et fait de son empire le symbole du maintien d'une indépendance africaine face au colonialisme européen.
En 1909, est frappé par une grave maladie et se retrouve hors d'état de gouverner. Le pouvoir passe progressivement entre les mains de son épouse, Taytu Betul. Il désigne son petit-fils, ledj Iyasu, comme successeur afin d'éviter un affrontement entre factions politiques. décède dans la nuit du 12 au .
Vie privée et familiale vignette|gauche|upright=0.7|Taytu Betul, épouse de Menelik.
Au cours de sa vie, Menelik a eu plusieurs épouses ; son premier mariage, à vingt ans avec la princesse Alitash, lui est imposé par le père de celle-ci, .. Après s'être échappé de la forteresse de Magdala, il la quitte et épouse une princesse oromo ; leurs deux fils meurent en bas âge. Par la suite, il se marie avec Baffana, une noble shewanne qui tente de le renverser pour placer un de ses fils sur le trône de son mari ; un conseil exige son exil en 1877. Pendant quelques années, il a diverses liaisons temporaires parmi lesquelles une nouvelle Baffana et une princesse nommée Goveté..
C'est en 1883, lors de la semaine de Pâques, que Menelik épouse sa femme la plus célèbre et influente : Taytu Betul, membre de la noblesse et descendante des familles régnantes du Semien, du Godjam et du Bégemeder.. Son oncle, le dejazmach Wube Hayle Maryam, a été le souverain du Tigré et de la majeure partie du Nord de l'Éthiopie. Décrite par Harold G. Marcus comme animée d'un sincère patriotisme éthiopien, sûre d'elle-même, Taytu Betul mène le front conservateur, strictement attachée aux traditions nationales et méfiante des relations avec les États étrangers. Par ailleurs, tant par son style vestimentaire que par son comportement politique, elle donne un poids politique au Gondar et plus généralement au Nord de l'Éthiopie. Mariée pour la quatrième fois, elle ne donne aucune descendance à Menelik. Celui-ci a néanmoins deux filles de mariages précédents : (negiste negest de 1917 à 1930) et Shoaregga, qui épouse le ras Mikaél du Wello, union dont naît le lij Iyassou. Un fils, le prince Wossen Seged, décède durant l'enfance. En 1886, Menelik marie sa fille Zewditou au fils du negusse negest, le ras Araya Selassié, mais il décède, en , sans enfant.
Tout au long de son règne, Menelik est très proche de son cousin, Mekonnen Welde Mikaél ; ensemble, les deux hommes collaborent sur tous les sujets. Pétridès les considère comme « les constructeurs de l'Éthiopie du ».. Menelik lui confie plusieurs réformes économiques ainsi que la charge de dossiers diplomatiques. La vie familiale de Menelik a des conséquences politiques puisque Taytu n'apprécie guère la proximité de son mari avec son cousin, représentant de la branche progressiste éthiopienne. Ainsi, lors de la fin de règne de Menelik, lorsque celui-ci se voit forcé de choisir un successeur, elle fait pression pour empêcher l'arrivée sur le trône impérial de Teferi Mekonnen, fils de Mekonnen..
Jeunesse de Menelik Naissance de Menelik et le départ vers Magdala vignette|gauche|L'Éthiopie vers 1850. vignette|Palais de Ménélik, Addis-Abeba, vers 1900.
Le prince Sahle Maryam naît le . C'est, du moins, la date à laquelle était célébré son anniversaire. Harold Marcus cite d'autres sources qui nous donnent des dates différentes : le 17 août 1844, selon la Chronique du Règne de , Roi des Rois d'Éthiopie (Paris, 1930) ; le 11 août 1836, selon Ya-galla Tarik d'Atme ; le 13 août 1843, dans la Généalogie de la dynastie salomonienne du Choa, Le semeur d'Éthiopie (juin 1907). à Ankober, dans le Royaume du Choa (Shewa). Désigné comme héritier de la branche shewanne de la dynastie salomonide, il est le fils de Haile Melekot, negus du Shewa, et de Ijigayehu, qui aurait été une jeune femme travaillant pour Bezabesh, mère du souverain. Bezabesh apercevant l'employée du palais enceinte, elle interroge Haile qui reconnaît la relation qu'il a eu avec Ijigayehu, lui faisant ainsi espérer la possibilité que son fils donne naissance à un héritier.
À la naissance de Sahle Maryam, un mariage est célébré lors d'une cérémonie civile et Sahle Selassié (1795-1847), heureux d'apprendre cette nouvelle, décide de donner à son petit-fils le nom de Menelik, lui prophétisant un règne glorieux pendant lequel l'Empire éthiopien serait reconstitué. est le fils de Salomon et de la Reine de Saba, fondateur de la dynastie salomonide ; en l'appelant Menelik, Sahle Selassié voit en son petit-fils un souverain qui doit marquer éternellement l'histoire d'Éthiopie.. Initialement, Haile Melekot refuse de reconnaître Menelik, mais Bezabesh intervient en le faisant légitimer par un conseil de parents qui conclut que la ressemblance entre le fils et le père est évidente. Une autre version indique que, lors de la naissance de Menelik, Haile Melekot s'est marié temporairement avec la jeune femme afin de légitimer la naissance.. L'enfant reçoit la même éducation que son père ; son tuteur est Ato Nadew, qui reste toute sa vie très proche de Menelik.
En , des combats opposent les forces du negusse negest à celles de Haile Melekot ; ce dernier se trouve à Debre Berhan, qu'il fait évacuer et brûler. Afin de protéger son fils, il ordonne à un groupe de chefs loyaux shewans, parmi lesquels Dargé Sahle Selassié (1830-1900), de fuir avec Menelik vers le plateau de Minjar, situé entre les rivières Awash et Kesem. Les troupes de font pression sur la position occupée par les Shewans et obtiennent l'abdication de Dargé. En , le negusse negest annexe le Shewa à l'Empire éthiopien. Menelik, alors âgé de , Nadaw, Dargé et d'autres chefs sont alors capturés et emmenés au palais de Téwodros à Maqdala..
La captivité à la forteresse de Magdala À son arrivée à la cour, Menelik est reçu avec tous les honneurs dus à un prince ; le traite Propos de l'Alaqa Walda Maryam repris dans ; cité dans ., les officiers se montrent respectueux et affichent une certaine admiration. Plus tard, lorsqu'il évoque cette captivité, il déclare : ; toujours selon Menelik, lui a dit , cité dans .. À la cour, Menelik rencontre plusieurs personnalités avec lesquelles il entretient une longue amitié, en particulier Ledj Wale, membre de la famille Yejjou et frère de Taytu Betul. vignette|upright=1.5|Forteresse de Magdala où Menelik était retenu captif. L'éducation de Menelik est assurée par l'Église orthodoxe éthiopienne. En parallèle, il suit des cours de stratégie militaire et d'équitation. Sa proximité avec les hautes sphères de l'administration et du pouvoir lui permet d'acquérir une expérience politique dès son plus jeune âge. Il remarque probablement à cette époque certaines erreurs de , notamment ses relations tendues avec les musulmans qui provoquent une instabilité dans le Wello, région devenue ingouvernable. Il est également marqué par les politiques d'unification et de centralisation menées par ; plus tard, il lance une série de campagnes visant à constituer un vaste empire. Malgré ses désaccords avec la conduite des affaires, Menelik se montre serviable envers le negusse negest qui l'élève à la dignité de dejazmach. et à qui il offre la main de la princesse Alitash, cité dans ..
La fuite de Magdala et le retour dans le Choa
Durant son séjour à la cour, Menelik maintient sa volonté de retourner dans le Choa bien qu'il n'envisage pas cette action tant que contrôle la totalité de l'Empire. En 1864, l'influence du negusse negest commence à s'affaiblir ; son expédition punitive contre Ato Bezabeh, qui s'est proclamé negus du Choa, échoue. Menelik s'inquiète de ce changement malgré une déclaration passée de Bezabeh : vignette|droite|upright=1.3|Le negusse negest entouré de ses lions. Un retour dans son royaume au moment où Bezabeh est solidement installé au pouvoir pourrait créer des tensions ; par ailleurs, les partisans de son père, Haile Melekot, l'appellent à revenir le plus rapidement possible.. La seule solution semble être la fuite de la forteresse de Magdala ; or certains membres de la cour se doutent de cette décision et en informent . Celui-ci ne prend aucune mesure spécifique en raison de sa confiance envers Menelik, cité dans ..
Le , au milieu de la nuit, Menelik, alors âgé de , et quelques partisans s'échappent de la forteresse en passant par le large gouffre entre l'Amba Magdala et le Wello. Au moment du départ, Menelik charge une personne de transmettre le message suivant à la reine Worqitu du Wello, ennemie de : À l'aube, il arrive dans le Wello où Worqitu a probablement prévu de le capturer afin de l'échanger contre son fils, un imam, emprisonné à Magdala. La reine du Wello envoie un messager à afin de lui présenter la proposition mais le negusse negest a pris connaissance de la fuite et déclare : , cité dans ., puis il ordonne l'exécution de son fils.