thumb|300px|Un atelier de plumassier, La plumasserie est l’activité qui concerne la préparation de plumes d’oiseaux et leur utilisation dans la confection d’objets ou d’ornements souvent vestimentaires.

Aux origines : l’art plumaire

thumb|left|100px Dans sa forme traditionnelle, la plumasserie est sans doute aussi ancienne que les sociétés humaines. L’art plumaire est un art sacré pratiqué par des groupes sociaux grâce à l’utilisation des plumes d’espèces différentes d’oiseaux. À teneur symbolique, il est principalement établi en Amérique latine, chez les peuples amérindiens lors de grands événements, de pratiques rituelles et de cérémoniesDéfinition « plumaire » dans le Littré en ligne comme les Kayapos ou les Rikbaktsas au Brésil« Les Kayapos » sur le site menire.org. La technique peut se réaliser par le collage et la ligature des plumes pour en faire des masques, des coiffes, parures ou bien en des ornements corporels (lèvres, oreilles, narines, etc.)« Guetteurs d'avenir » sur le site pacte.cnrs.fr.

D’un art sacré à un métier d’art

thumb|left|Le Petit Journal : une ferme d'autruches à Madagascar en 1909. thumb|Différents ouvrages du plumassier-panachier, . thumb|Nogent-sur-Marne, manufacture de plumes, la sortie des ouvrières, vers 1900. Cette usine employait des femmes italiennes, originaires de la région de Plaisance et venues à Nogent avec leurs maris. thumb|Chapeau à plumes. thumb|left|Types de plumes. Larousse pour tous, 1907-1910

À l'époque de Charlemagne, les élégants se paraient de plumes de paon et de flamants.

Au , les prélats et les grands seigneurs portaient des chapeaux ornés, peut-être même formés, de plumes de paon. La consommation de ces plumes était assez grande pour faire vivre une corporation, celle des chapeliers de paon qui, vers 1268, présenta ses statuts à l'homologation du prévôt de Paris Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle par Alfred Franklin page 575 et suivantes. Les chapeliers de paon prirent au le nom de plumassiers. Leurs premiers statuts, octroyés au mois d', furent révisés et renouvelés en et en . Ils y qualifient les maîtres de plumassiers‑panachers‑bouquetiers enjoliveurs, et ils sont précédés d'assez étranges considérants. L'apprentissage durait six ans, suivis de quatre ans de compagnonnage. Les maîtres pouvaient engager un second apprenti dès que l'enfant avait terminé sa quatrième année de service.Aux termes de leurs statuts, les plumassiers avaient le droit de confectionner « toutes sortes d'habillements de tête », panaches, chapeaux et bonnets de mascarades, bouquets pour églises, toques, aigrettes, guirlandes pour carrousels, ballets et courses de bagues ; ils pouvaient teindre toutes espèces de plumes en toutes couleurs, les enrichir et enjoliver d'or et d'argent vrai ou faux. Ils employaient surtout les plumes d'autruche, de héron, de coq, d'oie, de vautour, de paon et de geai. Le nombre des maîtres plumassiers, dans Paris, était de 25 à la fin du . Ils avaient pour patron saint Georges, dont ils célébraient la fête le à l'église Saint-Denis-de-la-Chartre.

Au début du , on voit apparaître les plumes d'autruche, qui rehaussèrent les coiffures d'apparat. Quand Louis XII entra à Gênes, en avril 1507, il portait un casque couronné d'une forêt de plumes droites, d'où émergeait un panache retombant. Une plume blanche garnissait le bonnet de velours noir à la mode sous François Ier.

Sous Louis XIV et jusqu'à la Révolution, les plumes figurèrent dans la parure des femmes et même des hommes. Elles devinrent, en particulier à la fin du , l'objet d'une véritable passion. Sous Louis XVI, les coiffures devinrent tellement extravagantes que la baronne d'Oberkirch indique dans ses mémoires : « les femmes de petite taille avoient le menton à moitié chemin des pieds ». Campan indique quant à elle : « les coiffures parvinrent à un tel degré de hauteur, par l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes ne trouvoient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyoit souvent pencher la tête ou la placer à la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller, pour ménager d'une manière plus certaine encore le ridicule édifice dont elles étoient surchargées ». Le comte de Vaublanc n'est pas moins sévère : « J'ai vu une dame qui, non seulement était à genoux dans sa voiture, mais encore passoit la tête par la portière. J'étois assis auprès d'elle. Quand une femme ainsi panachée dansoit dans un bal, elle étoit contrainte à une attention continuelle de se baisser lorsqu'elle passoit sous les lustres, ce qui lui donnoit la plus mauvaise grâce que l'on puisse imaginer ».

Dans les civilisations occidentales, cette activité s’est peu à peu développée au point d’acquérir, en particulier au , un statut commercial et industriel. Elle touche donc à des domaines aussi variés que l’ethnographie, l’art, la mode, le commerce ou la conservation de la nature.

Au , de nouvelles variétés de plumes sont introduites, les plumes seront alors séparées en deux catégories ; la « plume d’autruche » et toutes les autres variétés, la « plume de fantaisie ». Les plumes d'autruche arrivaient presque toutes d'Alger, mais il y avait également des élevages de troupeaux de ces animaux à Tunis, Alexandrie et Madagascar. Le commerce en était concentré à Livourne, qui faisait des expéditions dans toute l'Europe. Les plumes de héron noir ou de héron fin étaient beaucoup plus rares et beaucoup plus chères que celles de l'autruche. L'Allemagne et la Turquie les fournissaient.

La mode utilise l’usage de plumes comme pour le panache – faisceau de plumes – qui était également un ornement militaire, ou pour le bouquet de plumes qui orne la chevelure des femmes« Essais historiques sur les modes et la toilette française », volume II, Henri de Villiers, 1824. Elles servaient également à décorer certains meubles comme les dais ou encore les impériales de lits.

L’industrie plumassière au Cette industrie florissante au a entraîné la chasse intensive de certains oiseaux provoquant le déclin ou la disparition de certaines espèces. Des associations de protection des animaux comme la Société royale pour la protection des oiseaux ou la Ligue pour la protection des oiseaux ont été créés pour lutter contre ce phénomène. Les paradisiers, les aigrettes et les grèbes huppés ont été l’enjeu de luttes importantes aux . En 1910, il se vendit au marché de Londres kilogrammes de plumes ce qui représentait la chasse de aigrettes. Début , la chasse aux oiseaux pour leurs plumes menace encore certaines espèces comme l’ibis rouge.

En 1865, un chroniqueur proteste Florence Müller et Lydia Kamitsis, Les chapeaux : une histoire de tête, p. 68. Il fut accompagné dans sa démarche par d’autres protecteurs de la nature et par la société Audubon fondée aux États-Unis, qui sera très active et ne baissera pas les bras devant l’augmentation de la demande de plumes provenant d’espèces de plus en plus menacées.

C’est en vers 1890 que l’industrie de la plume connaît son plus vif succès. À Paris on comptait près de huit-cents maisons qui employaient six à sept mille personnes. La quantité de travail était telle que les plumassiers ne s’occupaient que d’une catégorie de plume à la fois ; l’un s’occupant de la plume d’autruche blanche, l’autre de la noire, d’autres de la teindre de couleurs vives.

La plume fut l’accessoire en vogue du vêtement féminin jusqu’aux années 1960. La seconde moitié du voit la fin de l'utilisation des plumes dans la mode.

Le déclin de la plumasserie Le port du chapeau tombe en désuétude dans les années 1960, entraînant la disparition des maisons des plumassiers. Le nombre de maisons de plumassiers françaises a chuté, passant de plus de trois-cents dans les années 1900 à une cinquantaine en 1960.

Plumes et haute couture thumb|alt=Femme parée d'une courte cape en plumes bordée de fourrure| Étole de plumes en 1868. Peinture de William Hunt Les costumiers de l’opéra, en particulier dans des productions d’œuvres de l’époque baroque et d’opéra-ballet, les créateurs de revues des cabarets parisiens comme le Lido, les Folies Bergère ou le Moulin Rouge et les maisons de haute couture française font toujours appel aux plumassiers pour leurs collections.

Les derniers artisans ayant pignon sur rue en France sont la Maison Lemarié, créée en 1880 par Palmyre Coyette et rachetée par la maison de couture Chanel en 1996 pour en préserver le savoir-faire. la Maison Février, fondée en 1929, une référence majeure de la plumasserie française, tant dans le domaine de la haute couture que du spectacle et des cabarets parisiens, rachetée par le groupe Moulin Rouge en 2009pour en préserver le savoir-faire, et Marcy à Béthisy-Saint-Pierre pour la confection haut de gamme et le music-hall.

Les plumes qu’utilisent les plumassiers contemporains sont celles d’espèces comestibles (coq, faisan, autruche, pintade…) non protégées. Ces entreprises disposent parfois de quelques stocks anciens précieux comme des plumes de héron, de paon, d’oiseau de paradis, etc.

Avenir de la plumasserie La profession de plumassière est en voie de disparition. Il existe un cursus scolaire pour cette profession : le Certificat d’aptitude professionnelle de plumassière qui se prépare en deux années après la classe de troisième au sein du lycée des métiers de la mode de Paris, le Lycée professionnel Octave Feuillet dans le XVI arrondissementLe CAP de Plumassière, sur le site du lycée professionnel Octave Feuillet à Paris. .

Ce métier manuel demande une grande dextérité manuelle et de la concentration. L’enseignement dispensé permet d’acquérir la maîtrise des techniques de base : collage, montage, et assemblage des plumes à partir de documents techniques ou de croquis. Le métier s’apprend aussi sur le tas, on se forme au contact de professionnels et par l’héritage du savoir-faireLe métier de plumassier sur le site de l’Institut des métiers d’art. .

En France, le métier de plumassière a été reconnu comme éligible à la distinction de maître d’art.

Nelly Saunier a été élue maître d’art plumassière en 2008.

Traitement des plumes thumb|Johann Hamza (1850-1927), Die Putzmacherinnen, Les plumassières. Huile sur toile, 1902,Wien Museum Karlsplatz.

La préparation des plumes se déroule en plusieurs étapes :

Réception des plumes Dégraissage par plusieurs passages dans de l’eau savonneuse Lavage à l’eau claire Teinte (éventuelle) Blanchissement afin d’enlever le surplus de teinture. Mise en craie Lavages successifs Mise au bleu En soufrage des plumes. Dressage à la vapeur pour écarter les franges Examen de la largeur des plumes Frisage des plumes, s’il y en a besoin Assortiment en fonction de la teinte et de la taille désirée

Artisans plumassiers et panachiers dans les pays germanophones Terminologie et usages Le terme d’origine française Plumassier existe certes en allemand, mais il cohabite avec de nombreux mots régionaux. Tout dépend si le travail des plumes est associé à la fabrication de chapeaux, de vêtements et costumes, de panaches pour les militaires par exemple ou de coussins. Jusqu’au , les mots en usage dans les pays germanophones sont fabricant de plumes (Federmacher), laveur de plumes (Federwäscher), décorateurs à plumes (Federschmücker) ou nettoyeur de plumes (Federputzer). Dans les ouvrages anciens, leur activité se définit par la préparation de plumes que l’on nettoie et confectionne pour les couettes ou édredons et pour la décoration des chapeaux. C’est pourquoi les désignations professionnelles se superposent assez facilement entre un Federmacher et un Hutschmucker ou Hutaufstutzer (décorateur de chapeaux) .. Le terme ancien Modist est encore en usage aujourd’hui. En Autriche, notamment à Vienne, le terme Federschmücker l’emporte en occurrence..