thumb|Récollets Le couvent des Récollets ou couvent de Jérusalem est un ancien couvent situé à Liège, fondé à la fin du et appartenant à l'Ordre des récollets frères mineurs, Ordre franciscain. Ce couvent, installé dans le quartier d'Outremeuse, rue Georges Simenon, le long des murailles de la Cité, a hébergé jusqu'à plus de et a participé à la vie de la Cité de Liège jusqu'à la Révolution française. Entièrement rénové, le bâtiment accueille l'auberge de jeunesse Georges Simenon.
Situation thumb|upright=2.4|Le quartier entre Urte et Meuse vers 1649Carte publiée par Blaeu en 1649: de haut en bas le long de la chaussée d'Aix-la-Chapelle, le pont-des-Arques, Saint-Folien, Saint-Nicolas, Saint-Julien et enfin la porte d'Amercœur vers l'Allemagne; à gauche les Terres de Bèches et la Tour de Bèche, à droite l'abbaye du Val-des-Ecoliers et plus bas le couvent des Récollets et Les Prés Saint-Denis. Le couvent va se situer à l'emplacement des actuelles l'église Saint-Nicolas et auberge de jeunesse Georges SimenonL'ancienne église Saint-Nicolas Au-Pont a été détruite et n'était pas au même emplacement. Sa tour était sur la voie des Ardennes entre la rues Chaussée-des-Prés et Puits-en-Sock. Les chanoines réguliers des Bons-enfants, Augustins de la congrégation de Wildesheim, désiraient quitter les Bons-enfants derrière Saint-Hubert pour s'installer En-Jérusalem.
Du Moyen Âge aux Temps-Modernes Origine Primitivement se trouvait un manoir qui à la première moitié du appartenait à la famille de Bierset. En 1435, il avait pour possesseur Gilles de Bierset, lequel fut cinq fois maître de la Cité. Le dernier propriétaire était Jean de Chênée, un chanoine de Saint-Lambert.
Frères de Jérusalem Les Récollets s'établissent à Liège en 1489, de par l'autorisation d'une bulle pontificale d'Innocent VIII du et grâce à Jean Biliton de BouillonLicencié en droit canon à Avignon le ., protonotaire du Saint-Siège, chanoine de Saint-Lambert, au lieu-dit Jérusalem Outre-MeuseUn calvaire a existé sur une petite butte qui est visible sur la carte de Blaeu, un Christ. : de là leur vint le nom de Frères de Jérusalem qu'ils ont porté assez longtemps. Ils sont aussi appelés Piedeschalx, — Pieds déchaussés —, car ils sortaient pieds nus, portant seulement des sandales fort hautes tenues par des lanières.
Donation et ressources Les fondateurs Les fondateurs achètent la propriété en 1481. Un donateur, Louis d'Enghien, pour cinq cents florins d'or, un échevin de Liège et un chapelain de l'église Saint-Denis y participent. D'autres bienfaiteurs laïcs demandèrent et obtinrent d'être enterrés dans le cloître ou dans l'église selon la liste de l'obituaire des Récollets. Ce couvent appartient à l'Ordre des récollets frères mineurs, Ordre franciscain. Ils seront appelés à Liège Frères de Jérusalem, lieu-dit de l'érection de leur couvent. Arrivés à Liège en 1481, les Récollets vont s'installer dans le quartier d'Outremeuse de la Cité de Liège en 1485Deux chartes sont conservées dans les archives de la paroisse Saint-Nicolas d'Outremeuse. Une charte précise que Jacques de Hornes, Comte de Hornes, père du prince-évêque Jean de Hornes, en a été un des principaux promoteurs, ayant lui-même pris l'habit de frère mineur de l'Observance à Weert. D'autre dons vont intervenir plus spécifiquement lors de la reconstruction de l'église.
Donation, subsides et interdiction Lors de leur visite annuelle, les bourgmestres de la Cité offraient des cadeaux aux pèresEn 1653, une portion de vin et de viandes pour 129 florins, pour ne parfois payer que 9 florins pour saucisses et pieds de moutons. En règle générale et même au , le conseil allouait au couvent une centaine de francs à l'occasion de la Portioncule (ou Pardon d'Assise). De plus, à chaque Carême, la Cité votait quelque subside de poisson — une tonne de morue, ou parfois une centaine de florins — pour entremettre l'usage de légumesManuscrit 168, f° 11 — Compte de la Cité: exemple 1680-1681.
Subsides de la Cité Parfois comme en 1568, la communauté sollicite la Cité pour acheter un nouveau cheval, en ayant eu quatre morts dans les trois dernières annéesRecès du Conseil de la Cité, r. 1566-1568, f° 205 ou encore elle demande un subside pour tenir le chapitre de la Province de Flandre qui se réunissait chez eux à l'effet d'élire un nouveau ministre provincialRecès du Conseil de la Cité, 30 juin 1576.
Interdiction des donations de la Cité En 1771, pour réduire les pertes de la Cité, le Prince-évêque Velbruck défendit à la Cité d'encore allouer toutes gratifications aux églises et couvents à moins d'une décision unanime du Conseil et des bourgmestres. Il fut fait systématiquement exception pour les Récollets pour leurs viandes de Carême et Portioncule, et ce jusqu'à la Révolution française.
Organisation des collectes Les Récollets avait également une organisation de leurs aumônes, telle localité pourvoyant à un entretien spécifique, ou telle corporation leur faisant des dons spéciaux en nature. Chaque année, à une époque précise, ils faisaient une tournée en ville pour mendier leur pain. Afin de se procurer sel et fromages, ils se rendaient dans les ports à bord des bateaux hollandais. Peu après la Toussaint et le dimanche de la Passion, ils organisent leur collecte de chandelles. Quelques paroissesL'obituaire des Récollets cite Saint-Nicolas, Saint-Pholien, Saint-Remacle Au-Pont, Sainte-Véronique, Saint-Séverin, Saint-Martin En-Île, Sainte-Catherine et Saint-Jean-Baptiste. leur fournissaient la viande, et la Cité le poisson à l'Avent et au Carême.
Collectes spécifiques Leur obituaire montre aussi que, tous les ans, ils s'adressaient aux sept collégiales et au Chapitre de Saint-Lambert, ainsi qu'aux abbés de Saint-Jacques, de Saint-Laurent, de Beaurepart, et au prieur du Val-des-Ecoliers, à l'abbesse du Val-Benoit, aux Maîtres des hôpitaux de Cornillon et Saint-Jean-Baptiste ainsi que des Pauvres En-Île en vue de s'assurer les quantités voulues de grains.
Certaines collectes avaient un but spécifique : à Jupille et à Fléron, ils s'y rendaient pour quémander le beurre, à Vivegnis et Xhendremael, ils recherchaient les graines oléagineuses (noix, noisettes), quant à la dotation des cuirs nécessaires pour les sandales des pauvres religieux, elle était sollicitée tous les ans, aux alentours de la fête Saint-Jacques du bon métier des tanneurs.
Donation du À la fin du , la Chambre des comptes du Prince continuait à allouer aux récollets 250 florins et les États 200 florins.
Installation C'est le seulement que le Saint-Siège confirmera la permission d'établir un couvent sur la place indiquée, à la demande du père Jean de FenalObituaire des Récollets, à la date du 22 février. Disciple de Saint-Bernardin et premier supérieur de cette communauté, Jean de Fenal décéda le . L'un de ses successeurs fit poser dans le cloître un monument funéraire à sa mémoire le . Suivant le chroniqueur contemporain des faits, Jean de Looz, les Récollets prirent possession des lieux en 1489 et commencèrent à célébrer les offices. L'établissement n'était probablement pas achevé à cette date, le cimetière n'avait pas encore été béni en 1494, car ils doivent enterrer un frère, Bernard de Bois-le-Duc, chez les CroisiersObituaire des Récollets, Anno 1494. Un des premiers instigateurs, Jean Biliton décède le et est inhumé dans l'église des RécolletsObituaire des Récollets, Anno 1500, Juny 6... inhumatus est Joes Byliton...; voir épitaphe in .
Remparts des Récollets Les remparts ne seront achevés que vers 1527. Telles sont les circonstances qui valent le nom de Rempart des récollets à cette partie liégeoise des remparts d'Outremeuse.
Agréation en échange d'une partie de muraille Ils reçurent l'autorisation du Conseil de la Cité, en s'engageant par contrat en échange de leur agréation dans la ville, à construire à leurs frais des murailles qui serviront de fortification à la Cité, au bord de la rivière, — un des nombreux bras de l'Ourthe —, qui longe la place de Jérusalem. Les constructions de leur couvent devant être exécutées suivant l'avis et les ordres des bourgmestres et du Conseil de la Cité en fonctionTexte du contrat : Copie du , Archives communales de Verviers, PP Recollectorum, , f° 88-89, 1671La Cité de Liège imposera plus tard, en 1495 les mêmes conditions aux Frères de la Vie Commune qui autorisés à ouvrir un collège pour la jeunesse, vinrent s'installer sur l'île Hochet, à l'emplacement actuel de l'université; Cartulaire de l'église Saint-Lambert de Liège, t. 5, , & 3280 : Les frères amélioreront en cet endroit les fortifications de la Cité, enlèveront les terres et décombres dont le lieu est rempli et payeront le cens susdit moitié à l'évêque et moitié à la Cité; ils devront laisser libre accès des murailles et des fortifications.
La Cortigarde La muraille des Pères Récollets, qu'on dit En Jérusalem, est reconstruite en 1527. Une tourette, appelée Cortigarde, est érigéeActuellement, exactement au coin du boulevard de la Constitution et de la rue de la LoiPar les bourgmestres Jean de Berlaimont et Gilles le Berlier. l'année suivante, pour surveiller les Prés Saint-Denis. Elle est réparée en 1714 et 1724À cette date ardoises sont utilisées pour la recouvrir au prix de 25 florins, vide Archives de l'État à Liège, Compte de la Cité, 1724 et en 1753, elle fut démolie aux frais des Récollets qui s'étaient plaints d'une ruine entière, sur avis de la CitéRecès de la Cité, r.1753-1755, f. 33 v°.
La muraille d'En-Jérusalem La muraille se prolonge jusqu'à la porte du pont d'Amercœur, rebâtie en 1540. La muraille est consolidée en 1571, l'inondation l'ayant déstabilisée, les pilots étant pourris. Elle est encore réparée en 1640Une pierre du Musée archéologique précise qu'un Bourgmestre Conradt Blisia et Charles d'Ans l'ont Réparé en 1640, 1678 par les Pères récollets avec un subside de la Citésubside de 100 patacons, in Recès de la Cité, r. 1676-1678, f. 287 v° et 500 écus, r. 1678-1680, f.120 v°, 1688, 1705, 1712 et en 1743. La ville ne cessa jusqu'à la Révolution française d'entretenir les remparts en bon état.
Couvent des Récollets Obédience À cette époque, les deux couvents franciscains, celui des remparts d'Outremeuse et celui des remparts de Sainte-Walburge sont placés sous l'obédience de la Province française dirigée par le supérieur de la Vicairie de France. En 1518, refusant de s'unir aux religieux des Pays-Bas, et s'associant à Huy et Dinant, ils obtiennent du Saint-Siège la création d'une province liégeoise.
Inviolabilité Il semble que pendant plusieurs siècles, l'enceinte du couvent ait été considérée comme un asile par les individus que se sentaient menacés, persuadés qu'ils ne courraient plus aucun danger. Mais en , la haine des Grignoux poursuivit un Chirou, un drapier du nom de Légipont, et le massacra dans l'enceinteBibliothèque de l'Université de Liège, Manuscrit 990, f° 519.
Processions Tous les ans, le deuxième jour des fêtes de Pâques, les reliques de sainte Barbe étaient exposées lors d'une procession, à travers la paroisse et les rues de Saint-Nicolas.
Ordre des religieux Aux processions solennelles auxquelles on invitait les religieux mendiants et qui en général se faisaient au nombre de trois chaque année, on suivait cet ordre de marche : 1° les Pères Minimes, 2° les Capucins, 3° les Augustins, 4° les Mineurs Conventuels, 5° les Récollets, 6° les Dominicains, 7° les Carmes et aux obsèques cet ordre était inversé, soit les Minimes en dernier.
Processions avec la Cité Tous les ans également, à l'occasion de la solennité de la Portioncule, le , les bourgmestres de la Cité, élus le précédent, assistaient chez les Récollets à une messe solennelle qui se chantait vers dix heures à leur intention et était suivie d'une procession dans l'église. Après la cérémonie, ils prenaient un repas avec la communauté dans le réfectoireManuscrit 268, f° 39.
Communauté de 80 prêtres