Djilali Kadid est un artiste peintre et critique d'art algérien, né en 1956 à Sfisef, dans la région d’Oran en Algérie.
Biographie
Djilali Kadid est le deuxième et le seul garçon d’une famille de quatre enfants.
À la mort de son père, tombé au champ d’honneur quelques mois avant l’Indépendance, sa famille quitte Sidi Bel Abbès pour Sfisef, où il passe son enfance dans sa famille maternelle. Il commence à dessiner dès l’âge de six ans. En , son grand-père, âgé de 105 ans, décède et la famille quitte le village natal pour Sidi-Bel-Abbès. Il entre au Collège-Lycée El–Haouès. En 1973, il s’inscrit dans un Atelier municipal d’Art qu’anime Dahmène Benameur, artiste-enseignant, ancien élève de l’École des Beaux-arts d’Oran.
En , il voyage pour la première fois à Paris. Là, il s’inscrit à la Faculté de Paris III – Sorbonne Nouvelle en Lettres et Histoire de l’Art. Il redécouvre dans les musées parisiens des œuvres qu’il ne connaissait jusque-là que par les livres.
Durant l’hiver 1981, Djilali rencontre Marie Lallemand, jeune agrégée de littérature, passionnée d’art, qui va partager sa vie durant quatre ans. Enthousiasmée par ses dessins, Marie l’encourage vivement à reprendre les pinceaux. Il le fait progressivement.
Sa première exposition a lieu en 1984 à Paris..
En juin de l’année suivante, c’est à la Fondation Bernheim Jeune, à Paris, qu’il montre une série de peintures dans le cadre d’un Salon à thème, réunissant les artistes de la galerie : « Floralies ». Il renouvellera sa participation à ce même Salon en dans la célèbre galerie parisienne.
Au début de l’automne 1985, Djilali Kadid fait la connaissance d’Albert Memmi qu’il invite à venir découvrir ses œuvres. L’auteur de La statue de sel et du Portrait du Colonisé gardera jusqu’à l’heure actuelle un regard attentionné et amical sur son travail et son parcours.
En , Touria Ibn Rouhou, jeune peintre marocaine, étudiante à l’École des Beaux-arts de Paris, croise son chemin. Ils vivront ensemble durant trois ans. La proximité de Touria, de tendance abstraite, ne sera pas sans impact sur sa peinture, qui, dans nombre de toiles de cette période, ira aux abords de l’abstraction. Il découvre à travers elle tout un réseau d’artistes marocains et tunisiens de leur génération. Ensemble, ils organisent plusieurs expositions de groupe.
En , le Centre culturel algérien, à Paris, accueille une exposition importante de ses œuvres. La préface est signée par Kateb Yacine. Djilali avait rencontré le poète à Sidi-Bel-Abbès durant l’été 1979, et le reverra régulièrement à Paris à partir de l’été 1985. Il se liera également d’amitié avec l’universitaire Jacqueline Arnaud, spécialiste de littérature maghrébine de langue française, amie intime de Kateb. Le peintre garde un souvenir intense de ces retrouvailles amicales, chez Jacqueline, avec l’auteur de Nedjma pour l’œuvre de qui il s’était passionné durant ses années de lycée.
C’est le même Kateb qui, en , le présente à la revue Actualité de l’Emigration, l’organe de l’Amicale des Algériens en Europe, pour prendre en charge la rubrique Art /Expositions. Le rédacteur en chef n’est autre que le brillant sociologue et universitaire oranais Abdelkader Djeghloul. Djilali collaborera à cet hebdomadaire durant trois ans. Dans ce contexte propice, il rencontre, notamment au Centre culturel algérien dont il «couvre» les expositions, des personnalités, artistes, écrivains, universitaires, qui compteront dans sa vie : le couple Abdallah Benanteur et Monique Boucher, le couple Louis Nallard et Maria Manton, Jean Pélégri, Marcel Bouqueton, Jean et Mireille de Maisonseul, Mohamed Aksouh, Mohamed Dib, Assia Djebar, pour ne citer que ces aînés tous originaires d’Algérie et qu’une amitié de longue date lie entre eux.
En , rencontre avec le peintre Alfred Manessier et sa femme Thérèse.
Un « Dialogue » naît de cette rencontre, dont Djilali publie d’abord un extrait dans le numéro 157 d’Actualité de l’Emigration.
Au cours de cette même année 1988, il réalise un grand dossier-reportage sur les artistes plasticiens issus de la seconde génération immigrée, que l’hebdomadaire publie sous forme de numéro spécial dans son numéro144 sous le titre «Peinture et sculpture Beur, l’Atelier de l’Energie de vie». A la même période, il s’associe au projet de Ouali Chekour (jeune doctorant en sciences humaines qui vient de créer l’association « Singulier-Pluriel ») : un «Forum des Artistes Algériens de France -La Nouvelle Génération» qui se déroulera durant les mois avril/ à Grenoble et dans plusieurs autres villes de l’Isère. La collaboration avec Ouali et son association durera près de quatre ans.
En , Kateb Yacine, hospitalisé depuis plusieurs semaines à Grenoble, décède. Djilali et Ouali organisent alors en l’un des tout premiers et nombreux hommages à l’écrivain par une exposition à la Galerie du Théâtre Le Lucernaire : «Kateb Yacine et ses amis peintres» qui réunit des œuvres de : Nallard et Maria Manton, Benanteur, Baya, Khadda, Issiakhem, Duvalet, Aksouh, Couchat, Ardouvin et Kadid. La préface est de Jean Pélégri. Un court-métrage sur l’exposition, réalisée par la journaliste Diane de Sainte-Foy, est diffusé quelques semaines plus tard sur TV5.
Vers la fin de l’année 1988, Actualité de l’Emigration ferme définitivement ses colonnes à la suite des évènements tragiques d’ à Alger. Djilali Kadid poursuit alors seul des projets d’écriture dans le domaine de l’art, autour de personnalités qui l’intéressent. Successivement en et , il rencontre les historiens d’art René Huyghe et Bernard Dorival, avec qui il enregistre des entretiens. Puis à partir de 1992, met en place un projet d’ouvrage autour d’Abdallah Benanteur, peintre, graveur et créateur bibliophile algérien de l’École abstraite de Paris. L’ouvrage, intitulé Benanteur - Empreintes d’un cheminement, verra le jour aux Editions Myriam Solal en . Cette publication va sceller l’amitié avec l’éditrice et son compagnon, le photographe et peintre David Mohror, tous deux amis de Benanteur.
Cette même année 1992, rencontre avec Joëlle Ricaud, avec qui naît une relation amoureuse durant l’automne 1993, et qu’il épouse en . Consultante en Ressources Humaines, ancienne élève de l’Institut Supérieur du Commerce, à Paris, Joëlle est une jeune femme curieuse et passionnée, entreprenante et pragmatique. Elle lui donnera quatre enfants, tout en apportant un soutien constant à sa carrière.
En , Marie Virolle, amie de longue date, anthropologue et chercheuse au CNRS, sollicite Djilali pour la revue Algérie-Littérature/Action et Maison d’édition (Marsa Paris/Alger), qu’elle vient de créer à Paris avec l’écrivain algérien Aïssa Khelladi. Il collaborera avec de nombreux articles à la revue et en , sortira chez Marsa son Dialogue inédit avec Alfred Manessier, postfacé par sa fille Christine, et illustré par les aquarelles et le carnet de dessins retraçant le séjour du peintre à Ghardaïa, dans le sud algérien. En , Marsa publiera un autre grand « Dialogue » de Djilali Kadid, celui avec le couple de peintres algérois, de l’École abstraite de Paris, Louis Nallard et Maria Manton. En , il participe au Colloque scientifique international, « Vélasquez aujourd’hui », organisé à l’université de Cergy Pontoise par l’hispaniste et historienne d’art Geneviève Barbé.
En , un premier voyage à Venise avec sa femme fait éclore une inspiration insoupçonnée sur le thème du paysage vénitien. Un thème qui va, au fil des ans, prédominer dans son travail, notamment après un second séjour dans la ville italienne en . La découverte de Marrakech, en , n’aura pas moins d’impact sur son instinct paysagiste.
Au début de l’été 2003, sur l’invitation de Louis Nallard, Djilali prend activement part à un évènement artistique organisé par le Musée de Gajac, à Villeneuve-sur-Lot, dans le cadre de «l’Année de l’Algérie en France» : l’exposition «Mère Algérie couleur du Sud», réunit une pléiade d’artistes de générations et d’appartenances différentes, liés de longue date d’amitié, et tous originaires d’Algérie : Nallard, Manton, Guermaz, Aksouh, Benanteur, Bouqueton, Rafi, Maisonseul, Tibouchi, Bouhadef, Kadid, ainsi que Manessier (associé à l’exposition, sur la proposition de Djilali, à travers les aquarelles et les gouaches de son voyage à Ghardaïa).Tout en y participant, Djilali Kadid rédige la préface du catalogue de cette exposition dont le commissaire est Jacques Balmont, personnalité locale très active sur le plan culturel. Aux approches du vernissage qui a lieu le , l’une des figures-clé de l’exposition, la peintre Maria Manton, décède à l’âge de 93 ans. L’exposition sera dédiée à sa mémoire.
À partir de l’année 2005 Djilali entreprend de redonner vie à une activité-passion laissée en veilleuse depuis les années 1990 : celle de récitant et interprète de chanson française et arabo-orientale. Plusieurs projets de scène voient le jour à partir des artistes qu’il aime, dans les deux Répertoires.
En , il loue une galerie au Village suisse à Paris, où durant deux ans il diffuse son travail personnel auprès du public amateur.
En , il prend part à la célébration en France du Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie par une exposition de Portraits sur le thème : L’Algérie des Ecrivains, à la Mairie du arrondissement. Cette galerie de Portraits ira sur les cimaises du Maghreb des Livres de , dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris.
En , Djilali reprend contact avec l’universitaire et historienne Anissa Bouayed. Chargée de mission au Mucem, Anissa est membre actif de l’association Art et Mémoire au Maghreb dont le siège est à Vitry-sur- Seine. L’association sollicite le peintre pour l’hommage qu’elle prépare à son ex-président, décédé un an auparavant : le journaliste écrivain Henri Alleg, auteur de La Question, dont elle lui commande le portrait. L’exposition Henri Alleg l’Algérie pour mémoire, a lieu en à la Médiathèque Nelson Mandela à Vitry, et réunit des œuvres de Djilali Kadid à celles d’un autre artiste algérien, Mustapha Boutagine. Elle ira un mois plus tard au Centre culturel Madeleine Rebérioux à Créteil. Puis en , dans le contexte du anniversaire de la parution de «La Question», elle sera rééditée au Centre Culturel Algérien, à Paris, modifiée et enrichie par l’adjonction d’œuvres d’autres artistes, de générations antérieures, de renom pour la plupart (Taslitsky, Mireille Miailhe, Masson, Lapoujade, Matta, Erro, Guttuso, Benanteur,Lebel, Myriam Ben, Cremonini, Ernest-Pignon, entre autres), ayant été, pour certains, proches d’Henri Alleg, et témoins engagés durant cette période tragique des dernières années de la Guerre d’Algérie.