La bataille de est le premier affrontement de la guerre des Nez-Percés. Elle se déroule le , à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Grangeville dans le territoire de l'Idaho, et oppose environ 70 guerriers nez-percés à deux compagnies de cavalerie de l'armée des États-Unis. Elle constitue une importante victoire pour les Nez-Percés et l'une des pires défaites de l'armée américaine des années 1865 à 1890, après la bataille de Fetterman en 1866 et la bataille de Little Bighorn en 1876.
Contraints par le gouvernement américain de s'installer dans une réserve, plusieurs groupes de Nez-Percés se sont regroupés à après que de jeunes guerriers ont tué des colons américains le long de la rivière Salmon, occasionnant la peur et la confusion tant du côté des Américains que des Nez-Percés qui craignent des représailles. Deux compagnies de la cavalerie des États-Unis menées par le capitaine David Perry sont alors dépêchées par le général Oliver Otis Howard pour protéger les habitants de Grangeville et de Mount Idaho, mais après avoir atteint Grangeville le en soirée, Perry se laisse convaincre par les citoyens de se lancer à la poursuite des Nez-Percés avant qu'ils ne traversent la rivière Salmon.
Mal préparée, l'attaque tourne au fiasco. Ignorant le nombre et la position précise de ses adversaires, Perry conduit ses hommes fatigués et inexpérimentés dans où les guerriers nez-percés se tiennent prêts à les affronter. Après l'échec de pourparlers, les Amérindiens harcèlent les flancs de la cavalerie et rapidement, les soldats américains se replient en désordre. Les cavaliers nez-percés les poursuivent au travers des pentes abruptes du canyon, puis sur plusieurs kilomètres en direction de Mount Idaho. Finalement, les Américains ont laissé 34 hommes sur le champ de bataille tandis que les Nez-Percés n'ont subi aucune perte.
Contexte
En 1855, les Nez-Percés signent avec les États-Unis un traité qui établit les limites d'une réserve englobant une grande partie de leurs terres traditionnelles. En 1863 cependant, après la découverte d'or à l'intérieur de la réserve, le gouvernement des États-Unis impose aux Nez-Percés un nouveau traité qui réduit de près de 90 % la taille de la réserve. Les groupes vivant à l'extérieur de la nouvelle réserve refusent de signer le « traité du vol » et continuent de vivre en dehors jusqu'au printemps 1877. En en effet, après plusieurs incidents entre les colons et les Nez-Percés, le général Oliver Otis Howard, à la tête du département du Columbia, donne 30 jours aux réfractaires pour gagner la réserve.
vignette|gauche|alt=Carte topographique indiquant les rivières et les positions des belligérants.|Carte décrivant les premiers engagements de la guerre des Nez-Percés.
Le , alors que les différents groupes de Nez-Percés se sont rassemblés à proximité du lac Tolo avant de rejoindre finalement la réserve, plusieurs jeunes Nez-Percés se rendent le long de la rivière Salmon pour venger la mort d'un proche tué par les Blancs quelques années auparavant. De retour au campement, ils annoncent qu'ils ont tué quatre hommes et en ont blessé un autre. Les deux jours suivants, environ seize Nez-Percés emportés par la fureur de la guerre lancent de nouveaux raids sur les villages alentour, tuant 18 Blancs et en blessant sérieusement 6 autres. Sachant que l'armée répondra à ces attaques, la plupart des Amérindiens se préparent à partir. Le groupe de Looking Glass regagne ses terres situées dans les limites de la réserve tandis que les groupes de Chef Joseph, Toohoolhoolzote et White Bird se rassemblent à , à une vingtaine de kilomètres au sud.
Lorsque le général Oliver Otis Howard reçoit des nouvelles de ces incidents le à Fort Lapwai, il envoie deux compagnies de cavalerie et plusieurs Nez-Percés de la réserve sous le commandement du capitaine David Perry porter assistance aux habitants de Grangeville et Mount Idaho, à environ de Lapwai. Perry et ses hommes arrivent à Grangeville le en soirée et bien que leurs ordres sont seulement de protéger la ville, les habitants demandent à Perry de poursuivre et d'attaquer les Nez-Percés qu'ils ont vu se diriger le matin même vers . Ils insistent pour que les Amérindiens soient rattrapés avant qu'ils ne parviennent à franchir la rivière Salmon ; la nature du terrain de l'autre côté pourrait leur donner l'avantage et ils pourraient réussir à s'enfuir vers l'ouest. Parmi ces hommes se trouve Arthur « Ad » Chapman, un éleveur de chevaux, qui propose de rassembler des volontaires pour leur servir de guides.
Perry sait que s'il permet aux Nez-Percés de s'échapper, cela lui sera fortement reproché par les habitants car les Amérindiens leur ont pris un grand nombre de chevaux. D'un autre côté, il a conscience du risque de l'opération, ne sachant pas combien d'adversaires il aura à combattre ni comment ils sont armés. De plus, ses hommes n'ont pas dormi depuis près de 40 heures et s'il décide d'attaquer, ce ne sera qu'après une nouvelle période de huit heures sans repos possible. Après consultation de ses officiers, Trimble, Parnell et Theller, il décide cependant de se lancer à leur poursuite et à , il donne l'ordre à ses hommes de se préparer pour une marche de nuit.
Combattants Armée des États-Unis vignette|upright|alt=Portrait d'un homme en civil portant la barbe.|Le capitaine David Perry.
Les soldats envoyés par Howard forment les compagnies F et H du de cavalerie qui totalisent 103 hommes. La compagnie F est commandée par le capitaine David Perry, avec pour officier subalterne le premier lieutenant Edward Russell Theller tandis que la compagnie H est commandée par le capitaine Joel Graham Trimble, avec pour officier subalterne le premier lieutenant William Russell Parnell. Les officiers sont tous des vétérans de la guerre de Sécession et ont de l'expérience dans les combats avec les Amérindiens puisqu'ils ont occupé différents postes le long de La Frontière et participé à certaines guerres indiennes. Les hommes sous leurs ordres ne sont cependant pas aussi expérimentés. Une grande partie d'entre eux participent à leur premier engagement au sein de l'armée et n'ont pas eu le temps de développer de grandes qualités dans la conduite des chevaux ou le maniement des armes et n'ont pour la plupart jamais combattu. Ils sont armés de fusils Springfield, modèle 1873 et de Colt .45 avec des munitions en quantité limitée : 60 cartouches pour chaque homme de la compagnie H et 40 pour ceux de la compagnie F. Après la bataille, des rumeurs ont fait dire qu'un certain nombre d'armes avaient mal fonctionné ou s'étaient enrayées. En fait, de nombreuses armes étaient rouillées ou en mauvais état par manque d'entretien de la part des soldats. Leurs chevaux sont pour le reste mal entraînés et peu habitués au bruit des coups de fusil et les hommes comme leurs chevaux sont épuisés après avoir parcouru plus de en étant éveillés depuis pratiquement 48 heures.
À leurs côtés chevauchent onze volontaires civils menés par Arthur Chapman, secondé par George Shearer, ainsi que treize Nez-Percés de la réserve recrutés par Perry à Fort Lapwai pour leur servir d'éclaireurs.
Nez-Percés vignette|upright|alt=Portait d'un jeune Amérindien avec les cheveux au-dessus du front enroulés vers l'arrière.|Ollokot, frère de Chef Joseph, mena la plupart des guerriers nez-percés.
Le campement des Nez-Percés à se compose d'une trentaine de tipis et compte près de . Une grande partie d'entre eux n'est cependant pas en état de combattre après avoir consommé de grandes quantités de whisky récupéré lors des raids des jours précédents. Au moment de combattre, 70 seulement répondent à l'appel de leurs chefs. Une cinquantaine d'entre eux sont équipés d'armes à feu diverses (allant des vieux mousquets, fusils à chargement par la bouche et pistolets aux plus modernes comme des fusils Henry, Winchester ou Sharps), les autres sont armés d'arcs et de flèches.
Contrairement aux Américains, les Nez-Percés possèdent de bons chevaux, notamment des appaloosas, qu'ils maîtrisent remarquablement. Pour tirer, ils mettent généralement pied à terre, ce qui leur permet une plus grande précision, tandis que leurs montures attendent calmement à leurs côtés. Durant la bataille, Ollokot, White Bird et Two Moons sont leurs principaux meneurs, mais Toohoolhoolzote et Chef Joseph y prennent également part.
Bataille Prélude Vers minuit, au matin du , Perry et ses hommes atteignent la crête dominant le canyon. Là, il leur donne l'ordre de mettre pied à terre et leur demande de rester éveillés en attendant les premières lueurs de l'aube. Les hommes entament alors leur deuxième nuit sans sommeil, et malgré les consignes, plusieurs d'entre eux s'assoupissent. Perry leur a également demandé de rester silencieux, ne pas faire de feu et de ne pas fumer pour éviter d'attirer l'attention des Nez-Percés mais là encore, la consigne n'est pas strictement respectée et lorsque dans la nuit l'un des hommes craque une allumette pour allumer sa pipe, un hurlement semblable à celui d'un coyote se fait entendre. Le lieutenant Parnell note que les dernières tonalités sont plutôt inhabituelles et conclut qu'il s'agit probablement d'un guetteur nez-percé qui a repéré leur progression.
Vers , Perry donne l'ordre à ses hommes de se remettre en selle et l'ensemble des cavaliers amorce une descente au travers d'une gorge étroite et escarpée qui mène au canyon de proprement dit. Après un ou deux kilomètres, une femme nommée Isabella Benedict et ses deux petites filles, épuisées et affamées, se montrent aux soldats. Son mari a été tué quelques jours plus tôt par les Nez-Percés et elles se sont abritées dans un ravin pour leur échapper. Elle leur annonce que beaucoup de Nez-Percés sont passés durant la nuit et conseille aux hommes de Perry d'abandonner la poursuite et de retourner à Mount Idaho mais Perry est déterminé à poursuivre. Il prend alors davantage de précautions et détache le lieutenant Theller et huit hommes de la compagnie F pour servir d'avant-garde, ainsi que Chapman et plusieurs Nez-Percés comme éclaireurs.
vignette|droite|Vue de . Les deux monticules au centre cachaient le campement des Nez-Percés à la vue des Américains.
La piste débouche ensuite sur une large vallée, avec à l'ouest, des hauteurs imposantes qui forment une ligne parallèle à la ligne de marche de Perry et dont l'ascension risque d'être difficile en cas d'urgence, les parois étant presque verticales par endroits. Sur leur gauche se dressent les qui s'avancent à l'intérieur du canyon, lui donnant ainsi une forme de « Y ». Au fond du canyon, s'écoule d'est en ouest avant d'obliquer vers le sud-ouest pour se jeter dans la rivière Salmon. Entre la position de Perry et s'élève une crête rocheuse qui s'étend d'est en ouest et qui est surmontée de deux monticules. Alors que Perry pense que les Nez-Percés se trouvent beaucoup plus en aval, s'apprêtant à traverser la rivière Salmon, leur campement n'est situé qu'à peu de distance de là, sur les bords de et caché à la vue de Perry par l'arête rocheuse et les deux monticules.
Tentative de pourparlers Les Nez-Percés ont posté quatre hommes sur une butte voisine et à l'approche de la colonne de cavaliers, l'un d'entre eux gagne le campement pour prévenir leurs chefs. Toujours désireux d'éviter la guerre, Chef Joseph, , Toohoolhoolzote et Ollokot décident d'envoyer un groupe de pourparlers et dans le même temps, de se préparer à combattre si ceux-ci échouent. Une cinquantaine de guerriers nez-percés menés par Ollokot montent leurs chevaux et se rassemblent derrière le monticule situé le plus à l'ouest tandis que quinze autres guerriers menés par Two Moons se déploient sur une butte plus à l'est. Ainsi positionnés, de part et d'autre de la piste qui mène à , ils sont en mesure de flanquer les Américains si la tentative de négociation échoue.