thumb|upright=1.5|Le bloc 5 de l'ouvrage de Rimplas : une casemate d'artillerie protégeant trois créneaux pour canons de . Les blocs de combat de la ligne Maginot sont les éléments de la ligne Maginot qui, abritant mitrailleuses et canons guidés par des observatoires, assurent la fonction combattante des ouvrages.
Les composantes d'un ouvrage
Bien qu'il y ait eu une évolution dans la construction des ouvrages de la ligne Maginot, tous sont organisés au moyen de trois composantes : l'entrée pour les hommes et les munitions (ou deux entrées distinctes) ; les « dessous » : caserne, usine, magasin à munitions, etc. ; les blocs de combat : casemates et tourelles.
Cette conception de l'organisation des fortifications sous la forme d'un « fort articulé » (surnommé aussi « fort palmé ») avait été validée par la Commission de défense des frontières (CDF, de 1926 à 1927), puis maintenue par la Commission d'organisation des régions fortifiées (CORF, de 1927 à 1935). Elle tenait essentiellement compte de l'expérience acquise en 1916 pendant la bataille de Verdun qui avait montré que les forts avaient joué un rôle non négligeable dans la défense de la place de Verdun, bien qu'ils aient été privés de leur artillerie par le maréchal Joffre dès 1914.
Le fort moderne ne devait plus être conçu comme un ouvrage monolithique, abritant tous les organes offensifs et défensifs, mais, au contraire, une structure répartie en blocs dispersés, ceci afin d'éviter que l'ennemi puisse concentrer ses tirs sur une faible superficie et que ces tirs interdisent le ravitaillement en munitions.
Les blocs de combat sont la raison d'être des ouvrages et sont, avec les blocs d'entrée, les seuls éléments visibles de l'extérieur.
Plan d'implantation La CORF établit lors de ses séances de 1929 les premiers plans d'implantation des . Les principes retenus sont : les blocs bétonnés sont dispersés sur le terrain à raison de 50 à entre chaque, pour diminuer les effets des bombardements ; cette dispersion ne doit pas être excessive, pour limiter les dimensions de l'ouvrage et donc son coût ; les blocs ne doivent pas être alignés en suivant les directions les plus probables du tir ennemi, pour que les coups longs ou courts visant l'un des blocs n'atteignent pas un autre ; les blocs ne doivent pas dépasser de long et 25 de large, pour en faire des cibles réduites..
Les blocs sont simplement numérotés, en suivant leur position sur le plan ; le nombre peut varier d'un seul (pour les ouvrages monoblocs) à 19 (ouvrage du Hackenberg : sept blocs d'artillerie, trois d'infanterie, deux observatoires, cinq coffres de fossé et deux entrées). Pour quelques ouvrages, les entrées sont elles aussi numérotées à la suite des autres blocs, pour les autres elles sont indiquées sur les plans comme EH (entrée des hommes) ou EM (entrée des munitions).
Les caractéristiques La protection Pour les ouvrages du Nord-Est (dans le Nord, en Alsace et en Lorraine), la protection est en général d'un seul type : une dalle de couverture qui fait d'épaisseur de béton arméUne épaisseur de de béton armé est capable de résister à deux coups superposés de , d'après les tests menés au polygone de Bourges en 1928 avec un canon de modèle 1916 sur voie ferrée tirant à . Vitesse initiale du projectile : par seconde. Sources : ; ., tout comme les murs exposés aux coups (souvent protégés en plus par des levées de terre ou de la roche), tandis que les murs arrière font d'épaisseur, les murs intérieurs font un mètre, le radier (plancher) en fait ; la dalle des collerettes autour des tourelles atteint . Le volume des matériaux nécessaires est donc important, de de béton plus de fer pour un bloc-tourelle à plus pour une casemate d'artillerie..
Pour les ouvrages du Sud-Est (dans les Alpes), le relief interdisant théoriquement à l'assaillant d'approcher des pièces d'artillerie lourde, la protection est moindre : les dalles des blocs-tourelles sont à d'épaisseur de béton, les dalles des autres blocs des ouvrages d'artillerie à (les murs exposés sont protégés par ) et les ouvrages d'infanterie à (murs à )..
Les ouvertures sont protégées par des cuirassements : trémies à rotule obturant les créneaux, tourelles à éclipse, cloches (modèles GFM, JM, AM, VP, VDP et LG) et parfois des portes blindées étanches. L'intérieur des blocs de combat a un revêtement en tôle pour les plafonds et murs exposés aux coups, pour éviter la formation de ménisques (projections de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus).
La défense rapprochée des blocs est assurée par le réseau de fil de fer barbelé (large de , soit six rangs de piquets en forme de queues de cochon d'un mètre de haut, avec des ardillons dépassant de ) et le réseau de rails antichars (sections de rail de trois mètres enterrées à la verticale sur six rangs, dépassant de à ) qui encerclent l'ouvrage (voir autour de certains blocs), par quelques mines bondissantes (installées à partir de ), par des fossés antichars (pour les ouvrages du Hackenberg et du Hochwald), par des créneaux pour FM et des goulottes lance-grenades en façade couvrant le fossé diamant du bloc (qui sert à recevoir les débris de béton lors des bombardements), par des cloches GFM (guetteur fusil-mitrailleur) sur les dessus et surtout par les tirs croisés des mitrailleuses des blocs voisins.
L'équipement Le refroidissement des tubes peut se faire par aspersion d'eau, cette dernière est stockée dans des citernes situées à l'étage supérieur du bloc. Ces citernes sont alimentées par les eaux de ruissellement canalisées par des drains. En cas d'insuffisance, des wagonnets-citernes munis d'une pompe sont prévus pour combler les manques.. L'évacuation des douilles d'artillerie se fait par un entonnoir vers l'étage intermédiaire où un toboggan permet de les descendre au pied du bloc (généralement à sous terre). Pour les douilles des mitrailleuses et des FM, une gaine flexible les envoie, par une goulotte percée dans le mur, au fossé diamant.
L'évacuation des gaz dégagés par les armes se fait par refoulement à l'extérieur, les blocs étant en légèrement surpression.. En théorie, chaque bloc est équipé de son propre système de ventilation (en plus de celui de l'ouvrage), avec des filtres à air dans une « salle de neutralisation », des prises d'air sur les façades ou dans le cas des blocs-tourelles (qui n'ont pas de façade) deux champignons d'aération en surface (l'un aspire et l'autre refoule).
Pour le combat de nuit, des projecteurs sont installés sur les faces arrière des blocs d'infanterie pour éclairer les réseaux de rails et de barbelés. Il s'agit d'une lampe à incandescence de de diamètre et de de puissance (portée utile d'environ ) montée le plus souvent dans une niche blindée (épaisse de 40 à d'acier, d'un poids total de ) le tout sur un mât, ou pour les blocs « nouveaux fronts » dans une niche en béton sur la façade arrière.
Les divers blocs de combat La construction des blocs, de 1928 (pour l'ouvrage du Rimplas) à 1940 (la CORF est dissoute dès 1935), connait quelques évolutions. D'une part les effets de la crise économique des années 1930 limitent les crédits disponibles, d'où des blocs non construits (notamment ceux d'artillerie, les plus chers), des ouvrages supprimés, voire des tronçons de la ligne ajournés. D'autre part les modèles de blocs évoluent après les premières constructions, d'où des différences entre le (« anciens fronts ») de 1928 à 1934 et le (« nouveaux fronts ») de 1934 à 1936.
Les blocs peuvent être de plusieurs modèles différents, selon : l'armement, qui peut être d'infanterie (canons antichars et mitrailleuses) ou d'artillerie (canons et mortiers) ; la mission, qui peut être de flanquement (casemates), d'action frontale (tourelles) ou d'observation.
Leur protection rapprochée est assurée par des réseaux barbelés, des cloches de défense (cloche GFM et cloche LG), des créneaux FM et surtout par les tirs des autres blocs et ouvrages.
Casemates d'artillerie Les blocs les plus volumineux de la ligne Maginot sont les casemates d'artillerie, dont la mission est de couvrir de leurs tirs de flanc une portion de la ligne (casemates et ouvrages voisins). Dans les Alpes, il existe aussi des casemates d'artillerie d'action frontale (exemple : bloc 6 de Restefond), peu vulnérables car en montagne et à contre-pente. Les façades les plus imposantes sont celles du bloc 5 de Rochonvillers (quatre créneaux d'artillerie) et du bloc 2 de Sainte-Agnès (six créneaux d'artillerie et un septième d'infanterie). Deux casemates d'artillerie sont particulièrement originales, d'abord le bloc 3 du Pas-du-Roc creusé dans la roche d'une paroi verticale, ensuite le bloc 8 du Janus qui abrite quatre canons de modèle 1888 (une batterie de l'ancien fort intégrée dans l'ouvrage CORF).
Ces casemates d'artillerie sont de plusieurs modèles selon leur armement : des canons de , des lance-bombes de ou des mortiers de .
Tourelles d'artillerie Les blocs-tourelles sont les organes les plus discrets de la ligne (avec les blocs observatoires), se limitant le plus souvent à une tourelle et à sa cloche de protection (parfois deux) affleurant, car l'ensemble est enterré. Toutes ces tourelles d'artillerie peuvent servir à l'action frontale comme au flanquement, s'éclipsant pour se protéger des bombardements.
Certaines de ces tourelles sont en saillie car leurs canons sont à tir tendu : tourelle de 75 mm R modèle 1905, tourelle de 75 mm R modèle 1932 et tourelle de 75 mm modèle 1933. D'autres sont installées en creux, étant équipées d'armes à tir courbe : tourelle de et tourelle de .
Casemates d'infanterie Les casemates d'infanterie des ouvrages assurent la continuité des feux croisés (tir de flanquement) de mitrailleuses le long de la ligne principale de résistance (marquée par les réseaux barbelés et de rails antichars) avec les casemates d'intervalle voisines. Elles ont donc un armement similaire, basé sur des jumelages de mitrailleuses, complété par des canons antichars (de , de et de ), le tout tirant par des créneaux protégés en partie haute par une visière de béton surmontée par des cloches GFM ; en dessous par un fossé diamant battu par des créneaux FM et des goulottes lance-grenades.
Tourelles d'infanterie Pour le flanquement, l'action frontale et la défense rapprochée de l'ouvrage, certains blocs d'infanterie sont équipés de tourelles protégeant des mitrailleuses et des canons antichars. Plusieurs ouvrages ont deux de ces blocs-tourelles (Fermont, Latiremont, Bréhain, Molvange, Immerhof, Soetrich, Kobenbusch, Métrich, Anzeling, Laudrefang, Simserhof et Hochwald) voir trois blocs (blocs 1, 8 et 9 du Rochonvillers ; blocs 1, 4 et 7 du Hackenberg).
Il existe trois modèles de tourelles d'infanterie : la tourelle de mitrailleuses (la tourelle la plus courante sur la ligne Maginot, avec ), la tourelle pour deux armes mixtes et la tourelle pour une arme mixte et un mortier.
Cas particuliers Monoblocs thumb|L'ouvrage monobloc du Bois-du-Four. Un ouvrage monobloc est l'équivalent de trois blocs réunis en un seul, avec l'armement de deux casemates et d'un bloc-tourelle en capitale (tourelle de mitrailleuses) entre les deux, le tout formant une très grosse casemate. C'est le cas pour les ouvrages du Bois-du-Four, du Bois-Karre, de l'Oberheid, de Sentzich, de Coume Nord et de l'Einseling.
Blocs mixtes thumb|Cloches VDP et GFM du bloc 4 de l'ouvrage de Schœnenbourg, un bloc faisant fonction d'observatoire ayant en plus une tourelle d'artillerie. Plusieurs blocs, appelés blocs mixtes, sont à la fois des blocs d'infanterie et d'artillerie : casemates d'artillerie et d'infanterie, courant dans les Alpes par manque de place sur les crêtes (bloc 2 du Janus, bloc 2 de Sainte-Agnès, etc.), plus rare dans le Nord-Est (bloc 3 de Soetrich, bloc 1 du Simserhof) ; casemates d'infanterie et tourelles d'artillerie (bloc 8 du Métrich, bloc 2 du Mont-des-Welches, etc.).
D'autres blocs sont des casemates avec une tourelle sur leurs dessus :