L'Histoire de l'Associated Press, la plus ancienne des agences de presse encore existantes, a été marquée par les efforts pour tisser un réseau associant de grands journaux sur tout le territoire des États-Unis, puis pour résister d'abord à la concurrence d'entreprises américaines puis à celle du géant britannique Reuters.

Le Les prémices: la multiplication des « Pony Express » Pour rapporter les nouvelles de la guerre américano-mexicaine (1846-1848) AP's History - Site officiel., plusieurs quotidiens s'associent, à plusieurs reprises, pour financer un Pony Express : des cavaliers se relayant fréquemment, au départ de La Nouvelle-Orléans, jusqu'en Caroline, d'où les nouvelles sont télégraphiées. Mais selon les historiens, l'AP n'existe pas encore et sa création ne sera pas motivée par la guerre américano-mexicaine.. Rivaux, les journaux new-yorkais sont le plus souvent alliés à ceux d'autres villes, dans ces entreprises, en général concurrentes. De plus, le lien télégraphique entre Washington et New York, ouvert en 1846, est cher et de mauvaise qualité, limitant l'utilité de ces Pony Express, mis en œuvre seulement par les journaux les plus agressifs sur le plan commercial.

Prélude à la guerre, la découverte de négociations secrètes entre les États-Unis et le Mexique, en , suscite la mise en place d'un Pony Express par le Journal of Commerce et le New Orleans Crescent City.. En , le message de John Tyler annonçant la Guerre américano-mexicaine est amené de La Nouvelle-Orléans jusqu'en Caroline du Sud par le Baltimore Sun, allié avec le Philadelphia Public Ledger pour affréter 60 cavaliers d'un autre Pony Express. Un système concurrent a été déployé par le New-York Sun et le Charleston Courrier. d'Aaron Smith Willington. Le , Arunah Shepherdson Abell et son Baltimore Sun sont de nouveau les premiers à révéler un événement important de la guerre, la fin du siège de Veracruz.

Bien avant cet épisode ponctuel, des Pony Express plus réguliers existaient déjà, créés entre New York et Philadelphie par Gerard Hallock en 1833 et entre New York et Albany par James Gordon Bennett, du New York Herald, en 1840. Mais surtout, les nouvelles de l'Europe sont encore plus demandées que celles de l'Amérique, depuis le début du siècle.

La soif de scoops en provenance d'Europe Entre 1820 et 1860, les journaux américains se convertissent à l'actualité: la part des nouvelles publiées moins d'une semaine après l'événement, passe de 45 % à 76 % dans leurs colonnes. Celles datant de plus d'un mois revient de 28 % à seulement 8 %. L'information récente prend de la valeur. Le New York Gazette de John Lang fut le premier à aller à la rencontre des navires en provenance de l'Europe, pour se procurer des nouvelles avant les autres journaux. Il est imité à Boston par Samuel Topliff et Henry Ingraham Blake. En Caroline du Sud, Aaron Smith Willington révèle par le même procédé la fin de la Guerre de 1812, mais via Cuba et la Floride. En 1828, Gerard Hallock, Arthur Tappan et Samuel Morse, fondateurs du Journal of Commerce, embauchent Samuel Topliff pour faire de même à New York. Dans les années 1830, James Watson Webb dépense près de dollars. pour son propre schooner qui va à la rencontre des paquebots arrivant à New York. Le Journal of Commerce rachète la liste d'abonnés du New York Gazette, en 1840, l'année qui voit la Cunard instaurer une ligne régulière. Il s'agit encore principalement d'avoir la primeur pour les informations commerciales.

Le , chaque journal new-yorkais donne sa propre version de l'arrivée d'un paquebot, juste après l'ouverture du lien télégraphique Boston-New York (). Mais l'arrivée suivante, celle du paquebot Cambria, le , a droit au même compte rendu dans trois journaux. Moses Yale Beach, à la fois propriétaire de Boston et du New York Sun, a organisé le partage des informations., pour économiser sur les coûts du télégraphe.

Les arrivées de paquebots se font plus fréquentes à partir de . L'impact du Krach de 1847 commence à se faire sentir aux États-Unis. Le début du Printemps des peuples européen stimule la concurrence entre patrons de presse new-yorkais. Pour couvrir les événements de Paris, le New York Tribune d'Horace Greeley recrute Heinrich Börnstein et sa Correspondance française, déjà sollicité par le Deutsche Schnellpost germanophone de New York. Charles Anderson Dana, en tournée en Europe, lui versera un paiement en orMemoirs of a Nobody: The Missouri Years of an Austrian Radical, 1849-1866, par Heinrich Börnstein, page 47 .. Le , le New York Herald consacre lui aussi sa « Une » aux événements de Paris. Il publie le calendrier des départs de paquebots prévus, car « tout le pays attend avec une extrême impatience les prochaines nouvelles d'Europe », pour trouver « une solution au grand problème » de la démocratie.. C'est au contraire une dissémination des révolutions qui est annoncée par les journaux européens arrivés par le paquebot suivant, le Caledonia. Le New York Herald la commente sur 7 colonnes, dont 4 consacrée à Paris, où « trois jours de révolution ont fait plus que trois siècles de changement ». Henry Jarvis Raymond, futur fondateur du New York Times, embauche un envoyé spécial à Londres dès . James Gordon Bennett a juste après le sien. En , Henry Jarvis Raymond recrute aussi un journaliste à Liverpool pour gagner du temps. Les lecteurs veulent aussi comprendre ces événements. Le télégraphe est cher, il faut partager son coût.

Les débuts à New York Les premiers documents témoignant de l'existence d'une coopérative des journaux de New York sont des échanges de lettres des 13, 15 et ., entre les directeurs de cinq journaux membres et la Magnetic Telegraph company, qui relie New York à Boston. Les échanges portent sur l'achat commun, pour dollars., d'un bateau à vapeur rapide tout neuf, le Buena Vista. À cette époque, les paquebots d'Europe font tous une première escale à Halifax, (Nouvelle-Écosse), seul grand port canadien libre de glaces l'hiver. Le Buena Vista les interceptera avant leur arrivée à Halifax, pour amener rapidement à Boston les nouvelles toutes fraiches, vite télégraphiées à New York. Les cinq associés de la coopérative prendront ainsi une journée d'avance sur leurs concurrents. Dès le , le New York Sun s'attribue le mérite de l'opération « Buena Vista », dans ses propres colonnes, mais il est rectifié le lendemain par le New York Herald.

Quelques mois après, la ligne de télégraphe est prolongée jusqu'à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick): le Buena Vista aura juste à traverser le bras de mer entre cette ville et Digby, en Nouvelle-Ecosse, à l'arrivée d'un Pony Express entre Digby et Halifax. Les cinq journaux tombent d'accord en , pour former la Harbor News Association Harbor News Association - Université Stanford, qui achète aussi un autre bateau, le News Boy, pour opérer dans le port de New York. Malgré un enneigement exceptionnel et la glace isolant Digby, les cinq associés réussissent le la première livraison du Pony express de Nouvelle-Écosse, rapportée en « Une » du Whig and Courrier, quotidien de Bangor (Maine).. Ils ont battu de deux heures la compagnie de télégraphe du député F.O.J. Smith pour livrer les nouvelles du paquebot Europa, arrivé à Halifax. Le New-York Tribune se joint en 1849 à eux. L'AP des débuts ne regroupe qu'une partie des journaux new yorkais : les accusations de monopole ne viendront qu'au siècle suivantNew book by Jonathan Silberstein-Loeb combines history, law, and business in examining rise of news agencies Jonathan Silberstein loeb book. The New York Times devient membre à son tour, dès sa création en 1851. +Tirage des six journaux new-yorkais à l'origine de l'Associated Press (AP) Journal The Sun New York Herald New-York Tribune The Express Courier and Enquirer Journal of Commerce Tirage en 1850. Après six années d'existence, l'association ne couvre encore qu'une petite partie de ses dépenses par des ventes de nouvelles à des non-membres. Mais les membres font des économies sur les coûts de télégraphe et réclament des tarifs spéciaux. Ils sont d'ailleurs mal vus par les opérateurs, qui préféreraient que chaque journal envoie ses propres télégrammes, pour avoir plus de trafic.. En octobre 1856, l'association est rebaptisée « General News Association of the City of New York »., puis New York Associated Press (NYAP).

Trois autres agences de presse déjà présentes aux États-Unis thumb|Sur la partie occidentale du tracé du canal Erié, entre Albany et Buffalo, les journaux se sont associés dès 1846 pour mutualiser le coût de la collecte et du transport des nouvelles. Les recherches des historiensFrederic Hudson, Alfred McClung Lee, Frank L. Mott, ainsi que Richard Allen Schwarzlose et. ont établi qu'il existait plusieurs autres agences de presse aux États-Unis au moment de la création de la New York Associated Press. La plus ancienne, la New-York State Associated Press"The North Reports the Civil War ", par J Cutler Andrews, page 31., est née en 1846 en réunissant les quotidiens de la partie ouest du canal Érié, au moment où Buffalo puis Chicago deviennent des grands ports d'exportation des céréales reliant les Grands Lacs à l'Europe, via New York, sur fond de graves pénuries alimentaires en France et Irlande, qui déclenchent l'abrogation des Corn Laws britanniques.

Elle ne se fondra qu'en 1897 dans l'Associated Press aura jusqu'aux années 1860Compte rendu de la réunion annuelle de la New-York State Associated Press dans le New York Times du 2 avril 1862 son siège à Utica (New York) où une ligne télégraphique venant de New York arrive le ., permettant la publication de nouvelles récentes dans l'"Utica Gazette". Dès le lendemain, quatre journaux plus à l'ouest lui demandent de les partager par le train et le , la New-York State Associated Press regroupe huit journaux sur les quinze situés à l'ouest de la route fluviale de Rochester et Syracuse, jusqu'à Buffalo.. Lors d'une réunion en juin, ils embauchent pour par semaine George M. Snow, qui couvrait Wall Street pour le New York Tribune depuis cinq ans un journaliste du New York Tribune pour leur résumer l'actualité. L'association doit payer chaque semaine six fois ce salaire à la compagnie de télégraphe, 50 % de plus que le tarif espéré, la ligne étant achevée dès l'été 1846. Elle obtient en échange une qualité de service moins mauvaise que sur les autres lignes américaines. Un tiers des nouvelles reçues concerne les marchés financiers ou de marchandises.. Dès , l'un des journaux membres, lAlbany Argus, se plaint d'avoir reçu par le train de Boston un numéro de l'"European Times" d'Edward Wilmer comportant des cours des céréales européennes exagérés, différents de ceux reçus par le train précédent..