vignette|upright=1.5|Relève dans un gros ouvrage de la ligne Maginot en 1939. Les dessous de la ligne Maginot désignent les installations souterraines des ouvrages de la ligne Maginot.

Ces « dessous » se décomposent en plusieurs grandes zones : galeries, magasins, usine, caserne, PC, etc., qui permettent aux blocs de combat de remplir leur mission.

Les composantes d'un ouvrage

Tous les ouvrages de la ligne Maginot sont conçus pour résister à un bombardement d'obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrain, sous plusieurs mètres de terrain, tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d'épais cuirassements en acier et des couches de béton armé. Bien qu'il y ait eu une évolution dans la construction des ouvrages, tous sont donc organisés au moyen de trois composantes : l'entrée pour les hommes et munitions (ou deux entrées distinctes) ; les « dessous » ; les blocs de combat : casemates et tourelles.

Cette conception de l'organisation des fortifications sous la forme d'un « fort articulé » (surnommé aussi « fort palmé ») avait été validée par la Commission de défense des frontières (CDF, de 1926 à 1927), puis maintenue par la Commission d'organisation des régions fortifiées (CORF, de 1927 à 1935). Elle tenait essentiellement compte de l'expérience acquise en 1916 pendant les combats de Verdun qui avaient montré que les forts avaient joué un rôle non négligeable dans la défense de la place de Verdun, bien qu'ils aient été privés de leur artillerie par le maréchal Joffre dès 1914.

Le fort moderne ne devait plus être conçu comme un ouvrage monolithique, abritant tous les organes offensifs et défensifs, mais, au contraire, une structure répartie en blocs dispersés, ces derniers reliés par des galeries profondément enterrées. Désormais, les bombardements et les attaques par gaz ne doivent plus avoir d'effets sur les hommes de la garnison.

Typologie Galeries

Les galeries permettent les échanges à l'intérieur de l'ouvrage, qu'il s'agisse des relèves des équipages entre les blocs et la caserne, de l'approvisionnement en munitions des blocs de combat, ou encore des éléments techniques (électricité, téléphones, ventilation, eaux usées, etc.). L'enfouissement des souterrains dépend de la géologie locale, pour complètement neutraliser les effets des bombardements les plus lourds. Selon le relief, on peut atteindre des profondeurs plus importantes : sous la colline du Hackenberg, la différence entre les observatoires à la surface et la galerie est de , traversée par des puits d'accès (de part et d'autre d'un PC à de profondeur).

+ Profondeur minimum. Type de terrain Ouvrage Abri-caverne Roche dure 12 m 8 m Calcaire tendre 16 m 10 m Terrain marneux 18 à 20 m 12 à 15 m Terrain argileux 25 à 30 m 18 à 20 m

La longueur des galeries dépend de la taille de l'ouvrage, de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Pour le cas record de l'ouvrage du Hackenberg, il y a de galeries principales, avec un réseau ferroviaire de (les gares ont deux voies), sans compter les de profondeur des puits. Le volume terrassé en souterrain (puits, galeries et locaux) représente .. Les galeries sont en pente très légère pour faciliter l'écoulement des eaux vers les entrées ou vers l'égout. Elles sont de différentes dimensions selon le trafic estimé et donc selon l'emplacement de la galerie : de de large et de haut (type VI) pour les galeries à faible circulation, à de large et de haut (type I) pour les galeries principales.

Par ces galeries peuvent passer une gaine de ventilation, les nombreux câbles téléphoniques, ceux électriques, la caténaire d'alimentation du train et les deux rails si l'ouvrage est important. S'y trouve aussi une rigole d'évacuation des eaux de condensation et d'infiltration. L'éclairage se fait par une lampe sous globe étanche tous les cinq ou six mètres., avec des lanternes de secours à bougie.

Réseau ferroviaire Les gros ouvrages sont équipés d'un réseau de transport ferroviaire dans leurs galeries pour assurer le transport essentiellement des munitions mais aussi d'une partie du personnel à travers l'ouvrage. Il s'agit d'une voie étroite de , la traction étant électrique pour les gros ouvrages d'artillerie, tandis que les wagonnets sont déplacés à main dans les ouvrages plus petitsLa traction est électrique quand le ravitaillement est estimé au-dessus de par jour ; non-électrique entre 10 et 50 ; sans voie ferrée en dessous de par jour. Une rame de trois plates-formes Péchot modèle 1888 transporte de munitions.. Les petits ouvrages dépourvus de voie ferrée étaient équipés de chariots à roues.

Les locomotives électriques (dites « à trolley ») ont une puissance d'environ (soit une vitesse d'environ ), alimenté par perche. Une à trois motrices sont affectées par ouvrage selon sa taille, avec tout une gamme de wagonnets : modèles NE transportant , SE transportant , SE allégés pour , modèle à benne pour les ordures, NE avec sièges et wagons-citernes de . Le courant (du continu) est fourni par les convertisseurs d'une sous-station de traction.

Défense des galeries Pour le cas éventuel de l'invasion de l'ouvrage par des assaillants, la défense des galeries est prévue : un blockhaus est aménagé juste entre l'entrée des munitions et le magasin principal (M 1), au niveau d'un coude de la galerie, avec un créneau pour un FM, un projecteur et une porte blindée ; un dispositif de mines est aménagé entre le magasin et les blocs de combat, avec deux niches à explosif (de la mélinite) face-à-face permettant de détruire la galerie..

Magasins vignette|Casiers à munitions du Four-à-Chaux. Dans les ouvrages de la ligne Maginot, il existe trois types de magasins rien que pour les munitions : le magasin principal de l'ouvrage (), les magasins placés sous chaque bloc de combat (M 2) et les magasins se trouvant dans les blocs (M 3) à proximité des chambres de tir.

La dotation en munitions de chaque arme correspond à huit jours de combat intensif (les consommations lors de la bataille de Verdun étant pris comme référence). Elle est répartie entre les trois magasins, à raison, pour le Nord-Est (la dotation dans le Sud-Est est moitié moins) de : et obus par lance-bombes de (900 dans le M 1 et 800 dans le M 2) ; par canon de modèle 1933 ou 1929 ( dans le M 1 et dans le M 2) ; par canon de modèle 1932 ( dans le M 1 et dans le M 2) ; à ailettes et charges d'appoint par mortier de ( dans le M 1 et dans le M 2) ; par canons antichars de 47 et de (225 dans le M 1 et dans le M 2). ; de par tourelle de mitrailleuses ; de par jumelage de mitrailleuses sous cloche ou créneau ; de par cloche GFM ; de par FM sous béton et porte.. Dans le cas extrême du Hackenberg (le plus gros ouvrage avec 19 blocs : armé avec , et 59 FM), cela correspond à et de , soit de munitions..

Magasin principal (M 1) Le principal magasin de l'ouvrage, appelé M 1, se trouve entre l'entrée des munitions et la caserne. Les munitions, en vrac, en caisses ou en casiers (des châssis métalliques soit pour de , soit pour et douilles de ) sont stockées dans des galeries parallèles à la galerie principale. Une autre galerie en fer à cheval dessert ces cellules de stockage et les relie au reste de l'ouvrage. La conception du magasin vise à limiter les effets d'une explosion : les deux embranchements de la galerie semi-circulaire avec la galerie principale sont orientés vers l'entrée de l'ouvrage ; il n'y a pas de caténaire dans la galerie principale à hauteur du M 1 pour éviter toute étincelle ; des niches sont situées aux deux extrémités de chaque cellule de stockage, pour absorber une partie du souffle ; des murs de briques forment des entrées en chicane des deux côtés des cellules de stockage ; des pulvérisateurs d'eau sous pression ( par minute pendant ) sont placés au plafond, reliés à des détecteurs de température ; une porte blindée para-souffle de dix tonnes dans la galerie principale peut fermer l'accès au reste de l'ouvrage (comme elle s'ouvre vers le magasin, une explosion la claque) ; le matériel pyrotechnique, les munitions éclairantes et les grenades sont stockés dans d'autres locaux.

Seuls douze ouvrages ont un M 1, plus ou moins grand : neuf cellules de stockage pour le Hackenberg ; sept pour le Simserhof et le Hochwald ; six pour le Molvange et le Métrich ; cinq pour le Latiremont, le Bréhain, le Rochonvillers et l'Anzeling ; trois pour le Fermont et le Soetrich ; deux pour le Galgenberg..

Magasin de bloc (M 2) Chaque bloc d'artillerie possède sous lui théoriquement son propre magasin à munitions, appelé M 2. Ce magasin est composé généralement de deux cellules de stockage, où les casiers d'obus venant du M 1 attendent d'être montés par monte-charge vers le M 3 du bloc de combat au-dessus.

Usine vignette|Atelier de réparation. vignette|Une partie de l'usine du Rochonvillers en 1938 : à gauche les tableaux électriques, à droite un des quatre moteurs Diesel de l'ouvrage. Chaque ouvrage doit être capable de se passer pendant plusieurs mois des apports extérieurs, d'où l'aménagement de locaux techniques sous l'ouvrage, dans une zone appelée l'usine. S'y trouvent les groupes électrogènes (produisant l'électricité de l'ouvrage), les convertisseurs, la salle haute-tension (qui reçoit le courant venant de l'extérieur et l'abaisse), les salles de neutralisation (filtrant l'air), le local des ventilateurs, l'atelier (pour l'entretien et la réparation, avec un tour, une perceuse, une forge et un poste de soudure), ainsi que les réservoirs pour trois mois de gazole, d'eau de refroidissement et d'huile.

Groupes électrogènes La majorité des ouvrages est reliée au réseau électrique civil par câble enterré (cette alimentation est ajournée dès 1933 faute de crédits, puis installée seulement à partir de 1936) pour la fourniture d'électricité, mais chaque ouvrage est capable de subvenir à ses propres besoins en cas de coupure, grâce à des groupes électrogènes. Ces groupes sont en général au nombre de quatre regroupés dans une usine souterraine (trois groupes dans les ouvrages des Alpes, seulement deux dans les petits ouvrages), complétés par un petit groupe de secours (pour l'éclairage d'urgence et le lancement pneumatique des gros groupes). Dans les gros ouvrages, deux groupes suffisent à alimenter l'ensemble (éclairage, chauffage, ventilation, monte-charges, tourelles, locotracteurs), un troisième nécessaire en cas de filtrage de l'air, le quatrième restant en réserve (en cas de révision).