L'armée romaine tardive est l'armée de l'empire romain selon les caractères qu'elle possédait entre les pour la partie occidentale, ou le pour la partie orientale.

À partir du , l'empire romain est exposé à des menaces extérieures, alors inédites. Le péril barbare enfle près des frontières et l'armée doit être mise en position d'y faire obstacle. C’est sous Constantin, quelque temps après la bataille du pont Milvius semble-t-il, que l’armée et son commandement sont réorganisésLa question de la date des réformes dans l’armée romaine tardive est sujet à discussion : Van Berchem 1952 ; Tomlin 1987, in Wacher 1987 ; Nicasie 1998..

L'organisation de l'armée romaine du Organisation et types d'unités

Depuis Auguste, la structure de l’armée romaine n’a guère évolué, des légions et des troupes auxiliaires cantonnées aux frontières et une garde prétorienne stationnée à Rome. À la fin du , on trouve déjà dans les sources une armée divisée en deux troupes distinctes : une armée « mobile » et des troupes de garnison aux frontières de l’empire. Selon la Notitia dignitatum, la plupart des anciennes cohortes auxiliaires, des alae, des numeri ou quelques légions sont reclassées comme limitaneiSur le sujet des limitanei : Elton 1996 : 99-102, des troupes de frontières ou comme ripenses, des troupes de défense du littoral. À côté de ces unités, une armée destinée à intervenir sur tous les fronts, à mener des expéditions et à accompagner l’empereur existe. Ces troupes prennent le nom de comitatenses. Elles regroupent les unités des Scholae PalatinaeFrank 1969, les auxiliae palatinaeNicasie 1998, 53-56, les légions palatines et comitatenses et des nouvelles vexillationesNicasie 1998, 60-65 de cavaliers, sagittarii, et de cavaliers lourds, catafractarii et clibanarii.

À partir de la fin du , on voit apparaître un nouveau genre d’unités dans la ligne de bataille romaine, les troupes de fédérésDéjà sous le Principat, le terme foedus désignait l’alliance entre Rome et un peuple extérieur. Ce dernier s’engageait à fournir à l’empire des contingents armés qui servaient alors comme auxiliaires aux côtés des légions romaines.. Cette pratique apparaît sous Théodose vers 382, lorsque des Goths sont installés en Thrace, conservant ainsi leur autonomie tribale mais combattant pour les intérêts romainsKazanski & Périn 1997, in Les Dossiers d’Archéologie 223, 24-31 ; Seillier 1993, in Vallet & Kazanski, 187-194. Les contingents de fédérés sont de plus en plus nombreux au , arrivant à dépasser en effectifs les troupes romaines qu’ils épaulent lors de la bataille des champs Catalauniques en 451. Au , l’influence germanique est, semble-t-il, à l’origine de la création des bucellarii, des soldats levés directement par le général, entretenus par ce dernier et qui combattent à ses côtés sur le champ de batailleLiebeschuetz 1986, in Freeman & Lightfoot 1986, 463-474.. Autre évolution majeure de l’armée romaine tardive par rapport à son ancêtre, la taille des unités. Auparavant, une légion comptait entre , désormais, selon les auteurs modernes qui se sont penchés sur la questionCoello 1996 ; Nicasie 1998, 67-77, la taille d’une légion oscille entre ..

Commandement Tout comme les unités et leurs organisations, la structure de commandement change au fil des siècles pour aboutir, au , à un modèle assez différent de celui du PrincipatLe Bohec 2006, 78-96 réalise un bon chapitre de synthèse des connaissances que nous avons sur la hiérarchie militaire de l’armée romaine tardive de . Le lecteur y trouvera l’essentiel, depuis le général jusqu’au légionnaire, résumé par des tableaux assez clairs.. Le général de l’armée peut être l’empereur en personne, c’est le cas lors des grandes batailles rangées décisives au , Constantin mène ses troupes à la bataille du Pont Milvius en 312, Valens commande l’armée romaine face aux Goths à Hadrianopolis en 378. Néanmoins, cette pratique se perd plus tard et le commandement est laissé à des comes ou des duces, voir au à des magistri militum et plus rarement à un magister utriusque militiae. Au , ce sont des fidèles de l’empereur, généraux compétents et chevronnés, qui dirigent les armées, comme Bélisaire ou Narsès pour les plus célèbres. On ne voit plus un seul empereur commander après le règne de Théodose (379-395), ni avant le règne de l’empereur Maurice (582-602) à la fin du .

À l’échelon inférieur, le flou semble persister sur le commandement des légions. Ammien Marcellin nous indique que des tribuns pouvaient commander des cohortesAmm. Marc. 16.12.59, des légionsAmm. Marc. 30.1.17, mais le tribun peut aussi mener un regroupement de différentes légions et d’auxiliaeAmm. Marc. 19.8.12, ou bien ne pas avoir d’affectation et suivre tout de même l’arméeAmm. Marc. 31.13.18 : l’auteur cite 35 tribuns sans affectations morts à Hadrianopolis, faut-il voir dans cette catégorie de tribuns des aides de camp de l’état major qui, comme sous Napoléon, auraient pu servir d’estafettes pour la transmission des ordres aux différentes parties de l’armée déployée ?. De même, à la tête des légions, ou des unités citées plus haut, on peut trouver un préfet. Enfin, au niveau des officiers subalternes, l’ancien centurion du Principat s’appelle, au , un centenarius. Pour le , les différents officiers sont assez bien connus grâce au Strategikon de Maurice, bien que datant de la fin du siècle, qui rapporte une réalité s’étant mise en place dans le courant du .

Les mutations profondes de l’armée : christianisation et barbarisation des effectifs Au cours du , l’armée romaine tardive subit des mutations internes, aussi bien idéologiques que structurelles, dues à l’influence des évolutions de l’Empire romain. Le premier des changements dans l’armée intervient avec la liberté de culte instauré par Constantin en 313 puis la mise en place du christianisme comme religion officielle de l’empire par Théodose en 380. Peu à peu la nouvelle confession s’impose dans le quotidien du soldat et dans les symboles de l’armée, mais le paganisme de l’ancienne religion romaine résiste jusqu’après la fin du règne de Julien. Le second changement est l’intégration progressive de barbares dans les rangs de l’armée romaine à partir de la seconde moitié du à la suite des conflits ayant entraîné des pertes colossales dans les rangs des légionnaires.

La christianisation de l'armée romaine Lactance est le premier auteur à rapporter un fait démontrant l’influence du christianisme dans l’armée du début du Un excellent chapitre de Whitby fait le point sur la place de la religion chrétienne dans l’armée à la fin de l’Antiquité : Whitby 1998, in Austin et al. 1998, 191-208. Voir aussi sur le sujet : Tomlin 1998, in Lieu & Montserrat 1998, 21-51 ; Stoll 2007, in Erdkamp, 2007, 450-476.. Selon cet auteur chrétien, lors de la bataille de Campus Ergenus en 313, entre Licinius et Maximin, juste avant l’affrontement les soldats de Licinius déposent leurs boucliers et leurs casques au sol afin de prier le dieu chrétienactant., De mort. pers. 46. Le christianisme n’apparaît pas spontanément en 312, mais, depuis le son influence grandit dans la société romaine, il serait erroné de croire que tous les soldats de l’armée romaine du début du sont convertis ou qu’ils se plient aveuglément aux rites de la nouvelle religion autorisée par Constantin une année plus tôt. Il est plus probable que l’auteur ait délibérément généralisé cet acte de piété de légionnaires romains, justifiant ainsi leur victoire sur le général païen Maximin.

Le choix du labarum comme étendard de l’armée romaine tardive est aussi un signe fort de l’omniprésence du christianisme. La bannière de l’empereur et celles des légions ou de l’armée portent désormais les symboles du Christ. L’étendard est un élément sacré pour le soldat qui le vénère, lui voue un véritable culte et doit le protéger au prix de sa vie sur le champ de bataille. Le Strategikon de l’empereur Maurice qui traite le plus longuement de la place de la religion chrétienne dans les armées du . Le général romain a, selon Maurice, tout intérêt à prier Dieu avant d’exposer son armée au dangerMaurice, Strat. 8.2.1 . Autre indice révélateur, la volonté de bénir les étendards avant d’aller au combat. L’auteur du rappelle que chaque bannière de chaque tagma doit être bénie pour apporter la protection du Seigneur aux soldats de la formationMaurice, Strat. 7.1. Et le matin de la bataille, il est conseillé au général et à ses officiers de réciter la prière Kyrie eleison accompagnés des prêtresMaurice, Strat. 2.18. Cela révèle l’existence de prêtres attachés aux armées romaines, précurseurs des aumôniers militaires, au moins à la fin du .

L'épisode païen Au , la religion chrétienne n’est pas aussi fortement implantée dans l’armée comme au . L’épisode du règne de Julien prouve aisément la fragilité de cette nouvelle confession au sein de la classe militaire. Ammien Marcellin, dont on pense qu’il était opposé, sinon indifférent, au christianisme, raconte comment l’empereur Julien est revenu aux anciens rites païens. C’est lors de l’expédition de Perse que l’auteur tardif évoque la présence d’haruspices auprès de Julien pour le conseiller sur la conduite de la guerreAmm. Marc. 23.5.10. Mais l’empereur a aussi recours au sacrifice d’animaux pour connaître la volonté des dieux avant le début d’un combat ou pour les remercier de lui avoir offert la victoire comme à Ctésiphon en 363 où il sacrifie des bœufs en l’honneur de Mars UltorAmm. Marc. 24.6.17.

À partir du , la religion chrétienne agit comme un véritable facteur de cohésion pour l’armée romaine tardive. Le christianisme est désormais la seule religion officielle des soldats romains. Mais l’intégration de contingents barbares et d’unités fédérées parfois païennes, souvent ariennes, empêche l’implantation totale de la nouvelle religion, au moment où le recrutement de ces soldats extérieurs à l’empire amène quantité d’autres difficultés pour le commandement romain tardif.

La "barbarisation" de l'armée romaine Bien que le terme de « barbarisation » soit un néologisme dans la langue française, il exprime néanmoins un phénomène bien réel durant la période étudiée. En effet, l’armée romaine est de plus en plus composée de barbares. Auparavant, seuls les habitants de l’Empire romain pouvaient s’engager dans les rangs des légions, puis petit à petit, des hommes extérieurs à l’empire ont voulu combattre pour Rome. Soldats isolés ou contingents entiers sous les ordres d’un chef indigène, ils ont combattu dans des unités auxiliaires puis régulières. Ce phénomène s’accélère dès la fin du pour finalement se généraliser au dans la partie occidentale. Élément incontournable pour la compréhension de l’armée romaine tardive et de son comportement sur le champ de bataille, la barbarisation a été, et continue à être, largement étudiée par les historiensPour un aperçu général de la barbarisation, on peut se reporter aux chapitres qui lui sont consacrés dans l’ouvrage de Richardot 1998, ou bien dans l’excellente étude de Elton 1996. Pour une bonne compréhension des relations existant entre les romains et les barbares : Barret 1976 ; Goffart 1980. Quelques études précises d’intégration d’unités barbares dans l’armée romaine : Alföldi et al. 1959, in Dumbarton Oaks Papers 13, 169-183 ; Kazanski et al. 1997, in Les Dossiers d’Archéologie 223, 24-31 ; Liebeschuetz 1986, in Freeman & Lightfoot 1986, 463-474 ; Rance 2001, in Britannia 32, 243-270 ; Seillier 1993, in Vallet & Kazanski, 187-194 ; Teall 1965, in Speculum 40, 294-322..

Il existe donc deux formes d’intégration des barbares à l’armée romaine entre le et le . La première consiste au recrutement de soldats étrangers à titre individuel. Le barbare est alors versé dans une unité romaine en fonction de ses capacités et des besoins du moment et il est rapidement intégré et noyé dans la masse des troupes. Il reçoit une formation à la discipline romaine et son équipement standardisé directement de l’armée.