Jean Baubérot-Vincent (le nom de son épouse ayant été ajouté à son nom de naissance), né Jean-Ernest Baubérot le à Châteauponsac (Haute-Vienne), est un historien et sociologue français, professeur émérite spécialiste de la sociologie des religions et fondateur de la sociologie de la laïcité.

Après avoir occupé la chaire d'Histoire et sociologie du protestantisme de 1978 à 1990, il devient titulaire de la chaire d'Histoire et sociologie de la laïcité de 1991 à 2007 à l’École pratique des hautes études dont il est actuellement le président d'honneur et professeur émérite. Il a écrit plus de trente ouvrages, dont un roman historique et une étude en trois tomes, intitulée La Loi de 1905 n'aura pas lieu. Histoire politique des Séparations des Eglises et de l'Etat (1902-1908), publié aux éditions Maison des Sciences de l'Homme, il a dirigé treize livres collectifs et a publié plus d'une centaine d'articles dans des revues à comité de lecture. Son dernier ouvrage s'intitule 1882-1905 ou la laïcité victorieuse (PUF, 2025).

« Plume » de François Mitterrand pour les sujets concernant la laïcité, il a soutenu publiquement plusieurs candidats du Parti socialiste.

Biographie Ascendance et famille Jean Baubérot-Vincent est le fils du professeur d'histoire René Baubérot, fondateur du musée de Châteauponsac qui porte son nom, et de Violette Souttre, professeur de philosophie. Il a reçu une éducation protestante et a été engagé dans les mouvements de jeunesse, comme la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, dont il anime le journal Le Semeur dans les années 1960.

Une formation d'historien Fils d'enseignants, il suit ses études secondaires au lycée Gay-Lussac à Limoges et obtient le premier prix d'histoire au concours général des lycées en 1959. Il est lauréat de la fondation Zellidja ( prix) en 1960. À la Sorbonne, il obtient en 1966 un doctorat de cycle en histoire (sous la direction de Jean-Marie Mayeur), puis en 1966, un doctorat des lettres et sciences humaines en 1984 à l'université Paris-IV. En 1967, il avait aussi obtenu un diplôme de l'École pratique des hautes études (EPHE)..

Carrière universitaire Débutant comme collaborateur technique à l'EPHE en 1967, il y devient assistant de recherches en 1971, puis directeur d'études à partir de 1978. Il préside la section des sciences religieuses entre 1986 et 1994 et sera nommé président de l'École en 1999, avant d'en devenir président honoraire en 2003.

Il est le fondateur en 1995 puis le directeur jusqu'en 2001 du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS-EPHE), devenu le groupe Sociétés, Religions, Laïcités. Il est également professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité (EPHE-Sorbonne).

A un niveau international, il a été, notamment, co-directeur de l'Institut d'anthropologie historique de l'Université de Sciences humaines de Moscou, professeur invité de différentes universités (New-York University, Université de Tokyo, Roma III…). Il a dirigé plusieurs programmes de recherches franco-japonais et a été titulaire d'une bourse de recherche de la Fondation du Japon (Nichibunken Institute, Kyoto).

Ses travaux ont été traduits en 16 langues.

Conseiller ministériel et engagements politiques En 1971, il refuse de rejoindre le Parti socialiste, qu'il juge « trop social-démocrate ». Il est « la plume » de François Mitterrand pour les sujets concernant la laïcité« Jean Baubérot. Laïc hérétique », Alice Géraud, Libération, 31 mars 2014..

En 1997 et 1998, il est conseiller technique au cabinet de Ségolène Royal, ministre délégué chargé de l'enseignement scolaire (Éducation à la citoyenneté). Il est membre de la commission consultative des cultes, ministère de l’Emploi et de la Solidarité de 1999 à 2004, membre de la mission d’évaluation, d’analyse et de propositions relatives aux représentations violentes à la télévision du ministère de la Culture de juin à , membre de la commission sur l’enseignement supérieur privé du ministère de l'Éducation nationale de 2003 à 2007. Il est membre de la commission « Sigma », commissariat général du Plan de 2004 à 2006.

De juillet-, il est membre de la commission indépendante sur l’application du principe de laïcité dans la République, dite « commission Stasi », et s'abstient lors du vote concernant l'interdiction des signes religieux à l'école. Il dénonce, dans un essai publié en 2008, la laïcité de Nicolas Sarkozy.

Prises de position politiques Il soutient Ségolène Royal à la présidentielle de 2007 et à la primaire de 2011, puis vote François Hollande à la présidentielle de 2012.

En 2017, il participe à l'ouvrage collectif dirigé par Benoît Hamon et Yannick Jadot, La politique est à nous, et vote Benoît Hamon puis Emmanuel Macron par opposition à Marine Le Pen.. En 2022, il vote Yannick Jadot, puis Emmanuel Macron.

Il est le coauteur d'une Déclaration internationale sur la laïcité signée par 250 universitaires de 30 pays.

Il a un blog sur Médiapart où il publie régulièrement des notes..

Travaux sur l'histoire de la laïcité en France Le pacte laïque Jean Baubérot soutient l'idée que la France doit se dégager de ses . Dans son ouvrage Histoire de la laïcité en France (2005), il précise que la notion de pacte laïque n'implique nullement que la séparation des Églises avec l'État soit le résultat d'une négociation de puissance à puissance, mais rend compte du passage d'une laïcité qui était le bien exclusif d'une des deux France en conflit (celle des tenants de la Révolution française et celle de ), à une laïcité qui peut inclure les membres des deux France lorsque, en 1946, la laïcité est devenue constitutionnelle avec la Quatrième République, de même en 1958 dans la constitution de la République où il est indiqué :

La laïcité n'est pas une et la France, elle-même ne pratique pas une laïcité absolue. (Concordat en Alsace-Moselle, loi Debré subventionnant les écoles privées, dévolution gratuite et indéfinie d'édifices religieux propriété publique, aumôniers émargeant au budget public, fêtes catholiques chômées, etc.).

Quatre critères permettent d'évaluer le degré de laïcité dans différents pays (que le terme soit socialement utilisé ou non) : Le fondement du pouvoir politique est immanent, conformément à la philosophie politique du « contrat social » ; l'État est indépendant des Églises et autres groupement religieux ou convictionnels ; la citoyenneté est indépendante des religions et des convictions, tous les citoyens sont juridiquement égaux, quelle que soit leur religion ou leur conviction ; l'État assure la liberté de conscience, il garantit la liberté de religion et de conviction ainsi que le libre exercice du culte tels que les définissent les grands textes internationauxJ. Baubérot, , in J. Baubérot, Ph. Portier et J.-P. Willaime (dir.), La Sécularisation en question. Religions et laïcités au prisme des sciences sociales, Classiques Garnier, 2019, p. 540..

Les seuils de laïcisation Jean Baubérot est également l'auteur de la notion de seuils de laïcisation il distingue trois seuils, le premier est le résultat de la révolution française et du recentrage opéré par Napoléon Bonaparte, le second des lois laïcisant l'école publique (1882-1886) et séparant les Églises et l'État (1905, 1907, 1908), le troisième s'est élaboré de 1968 (contestation anti-institutionnelle de mai 68) à 1989 (chute du mur de Berlin, de foulards).

Les différents courants Jean Baubérot estime que la société française en 2015 est traversée par sept laïcités au sens où laïcité veut dire . :

À ceux qui lui reprochent , Jean Baubérot répond :

Notion de La est une expression popularisée par Jean Baubérot pour désigner une interprétation droitière voire extrême-droitière de la laïcité, qui se manifeste notamment par la création d'une inégalité entre les religions et entre les croyants (comme les lois sur le voile islamique), contrevenant ainsi directement à l'esprit originel de la loi..

Historique L'année 1989 et l'affaire des collégiennes de Creil marquent l'apparition d'un nouveau conflit. Si jusqu'à cette date le débat autour de la laïcité avait opposé les militants laïques à l'Église catholique, c'est l'Islam qui devient à partir de 1989 Régis Meyran, , Sciences humaines, n° 270S, mai 2015, .. se trouve ainsi pris dans ..

Ce débat s'est cristallisé en 2004 lors de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises. Lors de la commission Stasi (juillet-), il est le seul à s'être abstenu. Il s'est à nouveau exprimé contre la loi interdisant la burqa en 2010 au nom de l'ordre public (et non de la laïcité)Jean Baubérot : , in D. Koussens - O. Roy, Quand la burqa passe à l'Ouest, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 67-77..

Avis des utilisateurs de cette notion Selon Baubérot et le politologue Raphaël Liogier. , l'année 2003 constitue un tournant dans la conception de la laïcité. C'est en effet en 2003 que François Baroin rend un rapport commandé par le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et intitulé "Pour une nouvelle laïcité". Selon Jean Baubérot, le rapport se détourne de la conception libérale de la laïcité issue de la loi de 1905. Jean Baubérot constate que la , contrairement à celle issue de la loi de 1905, n'est pas anticléricale mais anti-communautariste ; elle est liée au passé colonial de la France plus qu'aux guerres de religion et à la Révolution; elle est liée au contexte géopolitique de la et de la crainte d'un , plus qu'à une survivance du ; elle s'affirme comme une opposée au jugé ; elle est moins une construction politique que médiatique: ainsi est-elle . Par ailleurs, cette signe une appropriation par la droiteLe rapport Baroin énonce ainsi que la laïcité pourrait devenir une . Cf. Introduction et Conclusion, in François Baroin, Pour une nouvelle laïcité, Rapport au premier ministre, 2003. (puis par l'extrême droite) de la lutte pour la laïcité, appropriation rendue possible par la division de la gauche sur ce sujetJean Baubérot, , Revue du MAUSS, 2014/1, , .

La opère un transfert du principe de laïcité et de l'exigence de neutralité, de l'État vers la société civile, et des agents du service public vers les usagers de l'espace publicRégis Meyran, , Sciences humaines, n° 270S, mai 2015, .. Les partisans de la associent la laïcité à la de la société, Esprit, 2011/2, Jean Baubérot, , EMPAN, 2013/2, , .