La dynastie Qin (, ) est la première dynastie impériale de la Chine, qui dure de 221 à C'est la conquête des six États issus de la chute de la dynastie Zhou par l'État de Qin, conquête unifiant de facto le pays, qui l'installe au pouvoir. Les quatorze années de règne de son fondateur, Qin Shi Huang, le premier empereur de l'histoire de la Chine, et de son fils Qin Er Shi représentent, malgré cette brièveté, un tournant capital dans l'histoire nationale : cette courte période inaugure l'ère impériale qui voit se succéder de nombreuses autres dynasties jusqu'à la chute des Qing en 1912 avec la proclamation de la république.
L'empire Qin est le produit des évolutions de l'État de Qin qui apparaît dans les régions occidentales au début du Il s'impose peu à peu comme la première puissance militaire de la période des Royaumes combattants. Ce sont les réformes légistes de Shang Yang, au milieu du , qui assurent la supériorité de son armée, d'autant qu'elles sont poursuivies au cours des décennies suivantes.
De nombreuses mesures centralisatrices visant à la cohésion du nouvel empire accompagnent la politique d'unification de la Chine : standardisation des poids et des mesures, adoption d'une seule monnaie et d'une seule écriture, construction de la Grande Muraille qui fixe le territoire impérial. Il arrive qu'en appliquant ce programme, le pouvoir se comporte de manière brutale et autoritaire, notamment à l'égard des lettrés de la tradition confucianiste. L'image d'une dynastie despotique et immorale que vont laisser les Qin s'explique en partie par le ressentiment des élites cultivées.
Malgré sa puissance militaire, la dynastie Qin ne s'impose pas durablement. À la mort du Premier Empereur en , son fils monte sur le trône avec le soutien de deux conseillers de son père, Li Si et Zhao Gao, qui comptent bien le manipuler. La rivalité entre les deux hommes affaiblit l'État. Les deux intrigants subissent l'un après l'autre la peine capitale et l'instabilité politique ainsi créée profite au général Liu Bang, qui fonde la dynastie Han en Celle-ci, tout en cherchant à se démarquer idéologiquement de celle qui la précède, reprend l'essentiel de sa politique unificatrice et en assure la pérennité.
Sources La source principale servant à reconstituer l'histoire et les institutions de la dynastie Qin est l'ouvrage de Sima Qian (145-) intitulé Mémoires historiques (Shiji), daté des débuts de la dynastie Han, soit un siècle environ après la fin des QinTraduction en français des parties historiques : .Voir pour une sélection de biographies des Mémoires historiques. Voir désormais Se-ma Ts'ien (Sima Qian), Les mémoires historiques de Se-Ma Ts'ien, Traduits et annotés par Édouard Chavannes et Jacques Pimpaneau, Paris, 2015, incluant les parties historiques et les biographies.. Cet historien s'appuie, entre autres, sur les archives de la cour Qin encore disponibles à son époque, notamment des chroniques qui rendent relativement fiable la description des événements qu'il propose. Dans son ouvrage, qui concerne plus largement toute la période antique, il raconte la vie de plusieurs personnalités majeures de l'histoire de Qin, comme Shang Yang ou Lü Buwei. Mais la façon dont il en parle est souvent biaisée, du fait de son approche vaguement confucianiste, mâtinée de taoïsme, et moralisante. Elle donne l'image d'un Premier Empereur cruel et despotique. Les Mémoires historiques exagèrent la portée de certains événements comme l'autodafé des ouvrages savants et la persécution des lettrés. Ils se font aussi l'écho d'hypothèses douteuses, comme celle qui veut que Lü Buwei soit le père de Qin Shihuangdi. Sima Qian cite également le contenu, jugé fiable, de plusieurs inscriptions sur pierre du Premier Empereur, qui sont une source appréciable pour reconstituer l'idéologie de l'empire Qin.
thumb|left|Exemples de textes sur bambou mis au jour à Liye.
Depuis quelques décennies, des découvertes archéologiques ont permis d'enrichir la documentation historique disponible sur l'empire Qin, bien que sa courte durée limite les possibilités de découvertes. La plus célèbre est celle du mausolée de Qin Shihuangdi et de son armée en terre cuite. Les fouilles dans d'autres sépultures ont exhumé, sur des lamelles de bois et de bambou, des textes de nature administrative et juridique permettant de mieux comprendre l'organisation de l'État Qin ; plusieurs milliers de documents administratifs ont ainsi été mis au jour dans un puits à Liye (Hunan) en 2002.. Les fouilles de bâtiments publics ont en revanche été moins fructueuses pour cette période, en dehors de la mise au jour des fondations de palais dans la capitale.
Histoire
Origines et premiers développements
Les origines de la dynastie Qin remontent à la période des Zhou de l'Ouest (environ -1046 à -771), plus précisément aux premières années du . L'ancêtre de la lignée, alors établie dans le Gansu, est un certain Feizi qui est doté en terres par le roi Xiao des Zhou, notamment en raison du talent dont avait fait montre son lignage dans l'élevage des chevaux. Il prend alors, d'après le lieu où il s'établit, le nom de Ying de Qin. Ses successeurs continuent à servir les rois Zhou, même s'ils sont considérés comme frustes et quasiment barbares, du fait de leur situation marginale par rapport à la Plaine centrale où sont établis les principaux lignages. Quand la dynastie Zhou migre vers l'est pour s'établir à Luoyang en 771, les Qin investissent la riche vallée de la rivière Wei occupée auparavant par les Zhou. Durant la période des Printemps et des Automnes (771-481), la principauté de Qin renforce de plus en plus son pouvoir. Les ducs de Qin intègrent alors le cercle des principales puissances politiques de la Chine, tandis que l'autorité de la dynastie Zhou se réduit comme peau de chagrin. L'État de Qin s'étend sur les régions voisines, notamment en direction de l'est, et ses chefs construisent des capitales de plus en plus fastueuses. Les fouilles archéologiques récentes montrent que les Qin s'intègrent mieux dans la communauté « chinoise » de l'époque, puisqu'ils adoptent les rites funéraires accomplis dans la Plaine centrale. Mais les particularismes régionaux restent forts, permettant de parler d'une identité propre à QinJean-Paul Desroches, « L'irrésistible ascension de Qin », dans ..
Réformes et expansion
Durant la période des Royaumes combattants (481-221), les principaux États rivaux pour la domination de la Chine sont Yan, Qi, Chu, Zhao, Han, Wei et Qin. Leurs souverains affirment définitivement leur autonomie face à la dynastie Zhou, qui ne dispose plus que d'un territoire réduit et ne compte plus sur le plan politique et militaire. Les conflits entre les royaumes deviennent de plus en plus violents, mobilisant des dizaines puis des centaines de milliers de soldats, tandis que les structures politiques et administratives des États sont de plus en plus centraliséesSur cette période, voir la synthèse ..
L'élévation en 361 de Shang Yang au rang de ministre du duc Xiao de Qin constitue un tournant historique majeur. Shang Yang procède en effet à un certain nombre de réformes décisives pour asseoir la puissance des Qin. Il utilise les préceptes du courant de pensée légiste qui vise à gouverner la société de la façon la plus efficace possible, notamment par le biais de lois et d'une administration plus strictes. Il prend diverses mesures, certaines brutales et autoritaires, afin de créer une société reposant sur de nouvelles hiérarchies liées en grande partie au mérite et au dévouement envers l'État. Shang Yang (dont la pensée est présentée dans le Livre du prince Shang, ouvrage qui a été sans doute rédigé bien après sa mortPour une traduction, voir .) préconise en particulier le renforcement de l'agriculture et de l'armée, considérées comme les seules véritables sources de puissance et vues comme étant interdépendantes. Il s'appuie donc sur la classe des paysans en procédant à un nouveau partage des terres, ce qui accroît d'autant la production qu'il incite à de nouveaux défrichages, dégageant d'importants revenus pour l'État qui prélève directement des taxes sur les paysans et les récoltes. Ces mesures accroissent la richesse du royaume et renforcent ses capacités guerrières. Les soldats doivent être recrutés avant tout dans la paysannerie, déjà organisée en groupes solidaires qui servent désormais de base à la conscription. Des récompenses sont distribuées pour encourager les sujets à bien travailler et bien combattre. L'État qui naît de ces réformes est alors véritablement « organisé pour la guerre » (M. E. Lewis).
vignette|alt=Carte de la plaine orientale de la Chine montrant les frontières approximatives des royaumes|upright=1.5|Extension approximative des royaumes combattants en 260, avant les grandes conquêtes de Qin.
Qin dispose d'autres avantages sur ses rivaux, du point de vue géographique en particulier. Ses sols sont fertiles ; les montagnes qui l'entourent constituent une barrière naturelle contre ses ennemis, surtout à l'ouest d'où viennent les principales menaces ; son agriculture développée permet de subvenir aux besoins d'une armée nombreuse et profite en retour des conquêtes de riches régions agricoles, comme le Sichuan (États de Shu et Ba). Des travaux hydrauliques sont entrepris pour étendre la surface mise en culture, comme le canal dérivé de la rivière Wei en 246 qui irrigue les plaines de l'actuel Shanxi central, dont le creusement est supervisé par Zheng Guo. En revanche, on ne peut considérer que Qin ait joui d'un avantage sur ses voisins du point de vue de la technique militaire. Son organisation politique et juridique ainsi que son économie prospère ont sans doute été les facteurs décisifs de ses succès.
Quand Shang Yang meurt disgracié en 338, l'armée de Qin est devenue l'une des plus efficaces de la Chine. Fort de ces succès, le duc Huiwen prend le titre de « roi » (wang) comme l'ont fait la plupart des autres monarques des États majeurs du pays. Parmi les grandes victoires de Qin durant cette période, on peut relever la conquête des États de Shu et Ba en 316, ainsi que celle de la partie occidentale du royaume de Chu après la prise de sa capitale Ying en 278. Qin connaît cependant des revers lorsque ses rivaux s'allient pour freiner son ascension, tandis que des troubles successoraux le déstabilisent de l'intérieur (comme en 307). Mais cela ne dure pas : Qin reprend son ascension dans la première moitié du sous l'impulsion de son ministre Fan Sui qui renforce la centralisation du royaume, et des campagnes militaires du général Bai Qi qui remporte de nombreux (et très meurtriers) succès au combatPour plus de détails sur l'histoire politique de cette période, reste très utile..
Conquête des États rivaux
vignette|L'empire Qin après l'unification et les conquêtes du règne de Qin Shi Huangdi, vers 210 av. J.-C.