Augustus Charles Hobart, né le et mort le , plus connu sous le nom de Hobart Pasha, est capitaine de la Royal Navy, forceur de blocus pendant la guerre de Sécession, et amiral de la marine ottomane.
Biographie Jeunesse thumb| Le jeune Hobart, alors midshipman de 13 ans, a certainement vu en 1835 les tribordais au repos sur le pont de la corvette HMS Rover filant grand largue tribord amures au large des côtes du Brésil (tableau de E.C.Eckersberg, 1833)
Augustus Charles Hobart est né à Walton-on-the-Wolds, Leicestershire. Il était le fils de Augustus Edward Hobart-Hampden, un pasteur qui devint earl (comte) du Buckinghamshire à la mort de son frère ainé (1849). Il est élève de la public school (alors fameuse) du Mayo, à Cheam (Surrey), mais, peu intéressé par les études, il abandonne l'école et entre en 1835 (à 13 ans) dans la Royal Navy.
Comme midshipman sur la qui croise long des côtes du Brésil et chasse les navires négriers, le jeune Hobart s'endurcit pendant les huit années suivantes, et se signale par son courage. Il est sur le au large de la Côte Sauvage, lors de la capture d'un négrier qu'il ramène comme prise dans le port de Démérara. En récompense de sa belle conduite, le jeune A.C. Hobart, qui a passé avec succès ses examens théoriques pendant ses permissions en Angleterre, est nommé à bord du yacht royal à vapeur , alors commandé par l'amiral Lord Adolphus FitzClarence, cousin de la reine Victoria.
Officier de la Royal Navy En , cependant, il est en Mer Méditerranée sur le , puis sur le , dont le capitaine le trouve « plein de zèle ». thumb| Dans la Mer Baltique, A.C. Hobart fut brièvement capitaine du HMS Driver (1840-1861), un brick de guerre (six canons) à vapeur (roues à aubes) de la Royal Navy, qui fut le steamer à faire le tour du monde (en 1847).
Hobart est lieutenant sur le HMS Bulldog lorsque débute la Guerre de Crimée. Le Bulldog est envoyé en Mer Baltique avec l'escadre franco-anglaise de Charles Napier (amiral) et Alexandre Ferdinand Parseval-Deschenes. Hobart est alors nommé capitaine du , et se joint aux attaques franco-anglaises sur les forts de la côte finlandaise, en particulier la forteresse de Bomarsund dans les îles Åland. À Bomarsund, en , après un bombardement intense, les Alliés, qui comptent et marines (troupes de l'infanterie de marine), débarquent sous les ordres du général Achille Baraguey d'Hilliers contre les finlandais. Les Alliés auront , contre chez les Finlandais, dont 300 prisonniers qui seront déportés dans une petite ville du sud de l'Angleterre, Lewes (East Sussex).
En 1855, Hobart sert sur le , le vaisseau-amiral de Richard Saunders Dundas, qui a remplacé Charles Napier (amiral) tombé en disgrâce pour avoir, entre autres, refusé de bombarder des forts russes trop bien défendus. Dundas, lui, bombarde (massivement et inutilement) la forteresse de Sveaborg, devant Helsinki, ainsi que Kronstadt (devant Saint-Pétersbourg).
Sa carrière, jusque là brillante, connait ensuite une phase de stagnation. En 1855, A.C. Hobart, qui a presque 20 ans de service en mer, est nommé dans les garde-côtes à Dingle (comté de Kerry), puis est commandant d’une vieille coque, le , qui garde le port de La Valette (île de Malte) et fait office de (foyer des marins).
Mais fin 1861, Hobart est à nouveau en service actif : il commande la canonnière en Méditerranée.
En , Hobart est enfin nommé et mis à la retraite en demi-solde.
Pendant la guerre de Sécession thumb| Le forceur de blocus Advance : bas sur l'eau, taillé pour la vitesse, mâture réduite au minimum et peint de couleur foncée.
Hobart, sous le nom de Captain Roberts, prend le commandement d’un vapeur de 233 tons, un forceur de blocus taillé pour la vitesse, le Don.
Le Charles Maxwell Allen, vice-consul US à Nassau (Bermudes) signale par dépêche au William H. Seward que le Don est arrivé de Manchester avec, selon son capitaine « mille paires de corsets, 500 boites de pilules Cockles contre l'indigestion, et une quantité de brosses à dents »cette énumération qui se veut humoristique n'est peut-être pas loin de la réalité. Arthur Fremantle, dans son journal, raconte qu'en 1863, alors qu'il visite Charleston, il est invité à un bal, mais ne peut s'y rendre faute d'une tenue correcte. La haute société, note-t-il, mène à Charleston une vie brillante, et les articles de luxe apportés par les forceurs de blocus (au détriment des articles de première nécessité et des armes) sont hors de prix….
Le le même vice-consul signale encore à Washington le passage du « même vapeur Don, venant de Wilmington, et chargé de 561 balles de coton ».
Hobart compte ainsi douze voyages de la Grande-Bretagne à Wilmington, et retour. Il cède ensuite le Don à son second, Fred Cory, mais le vapeur est capturé le par le de la flotte de blocus atlantique, alors qu’il tente d’entrer à Wilmington après son escale à Nassau (Bermudes).
Interrogé en par le journal The New York Times, le capitaine Grosvenor Porter, ex-commandant du forceur de blocus Phantom, déclara avoir rencontré Hobart à Londres après la fin de la guerre de Sécession ; Hobart lui aurait dit alors qu’il sur les précautions que devait prendre les Britanniques pour aider à couvert la Confédération, voir l’article La Grande-Bretagne et la guerre de Sécession. Le fait est que le C.M. Allen, le vice-consul US à Nassau (un homme généralement bien informé), avertit William H. Seward que le Falcon, un steamer de la compagnie Alexander Collie, est arrivé à Nassau, et il ajoute : Charles Priestley ajoute que . Noter au passage les noms d’oiseaux donnés aux navires forceurs de blocus : oiseaux soit diurnes et rapides, soit nocturnes et furtifs…En ce qui concerne le Condor, c'est lors de son échouage que se noya l'espionne confédérée Rose O'Neal Greenhow..
Le Falcon, un steamer à roues, très rapide, fait deux voyages sans encombre (il ramène une fois de coton) mais lors de la traversée une épidémie de fièvre jaune éclate à son bord, et il doit retourner à Halifax. Hobart, atteint lui aussi, abandonne le statut de contrebandier. D’ailleurs la guerre de Sécession prend bientôt fin.
Combien de voyages transatlantiques Hobart at-il effectué ? Il compte douze traversées dans son livre Sketches of my life, chapitre sous-titré Never caught (Jamais pris), alors que d’autres parlent de 18… Ce qui est certain, c’est qu’il fut à la fois le plus audacieux et le plus chanceux des forceurs de blocus : Grosvenor Porter, dans son interview au New York Times dit que
Dans le chapitre XVII (intitulé I enter the Turkish navy) de ses mémoires, A.C. Hobart définit ce qui, selon lui, motive un forceur de blocus et quel doit être son code de conduite (voir infra).
Officier de la marine turque thumb| Cette charge de Hobart Pasha a été publiée dans le Vanity Fair (journal) du , à la rubrique Men of the day.
Après la fin de la guerre de Sécession, Hobart voyage, dit-il, pour son plaisir. À Constantinople, en 1867, il rencontre (« plus par accident que volontairement ») Fuad Pacha, le Grand Vizir du sultan Abdulaziz, pour lequel il a des lettres d’introduction. Le Grand Vizir lui fait part d’une de ses préoccupations majeures : la révolte crétoise de 1866-1869. La Crète est alors sous domination ottomane et cette rébellion ne subsiste, dit le Grand Vizir, que grâce à l’aide que lui apporte la Grèce : un trafic maritime de contrebandiers approvisionne les insurgés malgré le blocus maritime imposé par la Turquie.
Hobart fait alors, en passant, allusion au fait qu'il connait bien les blocus et les méthodes de ceux qui savent y échapper, et qu'il pourrait facilement y apporter remède. La Sublime Porte l'engage alors immédiatement comme Conseiller Naval en remplacement de son compatriote Sir Adolphus Slade, amiral de la flotte turque depuis 1866 et qui allait être atteint par la limite d'âgeà la grande fureur de l'amirauté britannique, qui a un candidat à ce poste, qui va multiplier les pressions pour inciter Hobart à se retirer, et finalement, devant son sec refus, le sanctionner en le rayant des cadres. Hobart en parle in extenso dans son livre. Hobart, mis à la tête de l'escadre turque qui bloque la Crête avec le titre de Bahrie Limassi (vice-amiral), coupe en quelques mois tous les approvisionnements de l'île, et la rébellion, de plus écrasée sur terre par les Ottomans, dépose les armes. En récompense, le Sultan nomme Hobart amiral, et lui octroie en 1869 le titre de pacha, cependant que, sur plainte officielle de la Grèce à l'amirauté britannique, le nom du post-captain Hobart est rayé de la liste d'officiers de la Royal Navy.
Dans les années 1870, la Turquie était la puissance maritime par le tonnage de sa flotte de guerre (derrière la Grande-Bretagne et la France), mais il lui manquait l'encadrement, l'organisation et la discipline. Hobart Pasha, nommé Inspecteur Général de la flotte turque, lança un programme en vue de la réorganiser et de l'améliorer, créa des écoles navales, des bateaux écoles, des cours de maniement des canons de marine.
Sur intervention de Lord Frederick Stanley ( Earl of Derby, Secretary of State for War de 1878 à 1780) le nom de A.C. Hobart est réinscrit sur la liste de promotion de la Royal Navy, et immédiatement rayé à nouveau lorsqu'il accepte le commandement de la flotte turque de la Mer Noire au début de la Guerre russo-turque de 1877-1878. thumb| Routschouk (actuellement Roussé, Bulgarie), sur le Danube et loin à l'intérieur des terres, était en 1877 possession ottomane.
En Mer Noire, l'action de Hobart est freinée par des intrigues de palais : des ordres venus de haut lui interdisent d'utiliser la flotte turque offensivement comme il le préconise, aidé par son expérience des tactiques russes acquise en Mer Baltique. D'ailleurs la flotte russe n'est pas un adversaire brillant : elle est réduite à sa plus simple expression depuis le traité de Paris, et ses vaisseaux restent à l'abri des ports.
Hobart se signale pourtant dès la déclaration de guerre en faisant sortir (comme au temps où il était forceur de blocus) son bateau du port fluvial de Roustchouk (aujourd'hui Roussé, Bulgarie), sur le Danube. Il rejoint la Mer Noire en passant sous les canons russes des forts du delta du Danube. Par la suite il trouva un moyen de lutter efficacement contre les vedettes-torpilleurs russes : il faisait entourer ses cuirassés de canots reliés par des câbles. Hobart Pasha ne peut livrer de combat naval, mais il investit la Mer Noire, bloque les ports du sud de la Russie et le delta du Danube, et paralyse la flotte russe de la Mer Noire.
Après la signature de la paix, Hobart reste au service de la Turquie, et le sultan Abdul Hamid II le nomme en 1881 mushir (maréchal) : A.C. Hobart fut le chrétien qui obtînt ce poste.
Hobart était convaincu qu'une alliance étroite entre la Grande-Bretagne et la Turquie serait bénéfique, ne serait-ce qu'en utilisant la Turquie pour contrer les ambitions russes vers les mers chaudes et l'Empire des Indes - et pour faire pièce à l'Allemagne, qui avait des visées sur le Moyen-Orient et commençait à développer des relations amicales avec la Turquie. Il fit en 1885 un séjour à Londres pour promouvoir cette alliance. Il échoua, mais eut au moins la satisfaction de se voir réinscrit sur le rôle de la Royal Navy avec le grade de vice-amiral.
Cependant la santé de Hobart (âgé de 62 ans) s'altère, il va se reposer sur la Riviera. Il meurt à Milan le . Abdul Hamid II envoie un aviso chercher sa dépouille, et Hobart Pasha est enterré à Scutari. On peut voir sa tombe dans le cimetière chrétien de l'actuelle banlieue d'Haydarpaşa, non loin de l'obélisque élevée par la Reine Victoria en hommage aux morts européens de la Guerre de Crimée, et de celui dédié à Florence Nightingalevoir l'article de WP english "Haydarpaşa Cemetery".