La neuvième guerre d'Italie est un conflit entrant dans le cadre des guerres d'Italie et opposant de 1542 à 1546 la France de et son allié le sultan Soliman le Magnifique à l'empereur Charles Quint et à Henri VIII. D'importants combats se déroulent en France, aux Pays-Bas et en Italie et des tentatives d'invasion de l'Espagne et de l'Angleterre échouent. La guerre se termine par un statu quo et se révèle ruineuse pour les principaux participants.

Malgré la signature de la paix de Nice qui a mis fin à la huitième guerre d'Italie, la rivalité de longue date entre François et Charles Quint ne s'est pas éteinte et le premier n'a pas renoncé à ses prétentions sur le duché de Milan. Le roi de France saisit un prétexte pour déclarer la guerre à son rival et lance l'offensive contre les Habsbourg aux Pays-Bas. L'alliance franco-ottomane s'empare de Nice en 1543 et une série de manœuvres militaires en Italie du nord culmine avec la sanglante bataille de Cérisoles en 1544. Charles Quint et Henri VIII planifient ensuite une invasion de la France mais les longs sièges de Saint-Dizier et de Boulogne les empêchent de lancer une offensive décisive.

François et Charles Quint signent la trêve de Crépy-en-Laonnois en 1544 mais la mort l'année suivante du fils cadet du roi de France, Charles II d'Orléans, rend le traité sans valeur, son futur mariage avec la fille ou la nièce de l'empereur en constituant la pierre angulaire. Henri VIII continue la lutte contre les Français jusqu'en 1546 et la signature du traité d'Ardres, qui met un terme à la guerre. Les morts de François et d'Henri VIII en 1547 ne mettent pas fin pour autant aux guerres d'Italie, qui se poursuivent jusqu'en 1559.

Contexte La paix de Nice, par lequel la huitième guerre d'Italie a pris fin, ne met pas pour autant un terme au conflit existant entre Charles Quint et François . Bien que les hostilités soient terminées, laissant la place à des relations prudentes, aucun des deux monarques n'est satisfait par la conclusion de la guerre. François continue de convoiter le duché de Milan alors que Charles Quint souhaite que le roi de France se conforme aux termes du traité de Madrid, qui a été imposé à François durant sa captivité en Espagne à la suite de la sixième guerre d'Italie. D'autre part, les prétentions territoriales de Charles Quint sur la Bourgogne et celles de François sur Naples et les Flandres sont également des pommes de discorde.

Les négociations entre les deux souverains continuent après la signature de la paix. En 1539, François invite Charles Quint, qui doit faire face à la révolte de Gand, à traverser la France plutôt que de voyager depuis l'Espagne par voie maritime. L'empereur accepte et est somptueusement reçu mais, alors qu'il souhaite discuter d'affaires religieuses avec son hôte, la Réforme protestante étant en pleine expansion, les deux hommes s'attardent sur des problèmes politiques et rien n'est décidé quand Charles Quint quitte la France.

En mars 1540, Charles Quint propose de régler leurs différends en mariant sa fille, Marie d'Espagne, avec Charles de France, le plus jeune fils de François , et de leur donner en héritage les Pays-Bas espagnols, la Bourgogne et le Charolais à la mort de l'empereur La proposition spécifiait toutefois que ces territoires reviendraient aux Habsbourg si Marie mourait sans enfant. D'autres mariages entre Habsbourg et Valois furent considérés, notamment celui entre Philippe, le fils de Charles Quint, et Jeanne d'Albret.. François , en contrepartie, doit renoncer à ses prétentions sur les duchés de Milan et de Savoie, ratifier les traités de Madrid et de Cambrai et s'allier à Charles Quint. Le roi de France, considérant que la perte de Milan est un trop grand prix à payer en échange d'une possession future des Pays-Bas et peu désireux de ratifier les deux traités, fait une contre-proposition le , selon laquelle il accepte de renoncer à ses prétentions sur Milan en échange de la remise immédiate des Pays-Bas. Les négociations continuent pendant quelques semaines mais aucun progrès n'est effectué et elles sont abandonnées en Cet échec des négociations conduisit à la disgrâce d'Anne de Montmorency, qui était le principal partisan de la paix..

thumb|left|upright=0.8|Guillaume de Clèves (gravure de Heinrich Aldegraver vers 1540) s'allie à François par son mariage avec Jeanne d'Albret mais est vaincu par Charles Quint.

François cherche alors de nouveaux alliés, et Guillaume de Clèves, qui est engagé dans une dispute avec l'empereur au sujet du duché de Gueldre, scelle une alliance avec la France en se mariant avec Jeanne d'Albret, la nièce de François . Il tente également de s'allier avec la ligue de Smalkalde mais celle-ci y élève des objections, et les autres alliés potentiels de la France en Allemagne du nord trouvent une entente avec l'empereur Parmi les autres facteurs, les protestants allemands condamnaient le traitement réservé aux protestants français.. Les efforts diplomatiques français avec Soliman le Magnifique sont plus fructueux et conduisent à un renouvellement de l'alliance franco-ottomane ; le sultan de l'Empire ottoman cherche en effet à distraire Charles Quint de ses progrès en Hongrie et encourage la division entre la France et le Saint-Empire.

thumb|Siège d'Alger par l'Empereur Charles Quint en 1541 face à la garnison ottomane.

Le , Antoine de Rincon, l'ambassadeur de France auprès de l'Empire ottoman, est assassiné par des troupes impériales alors qu'il voyage près de Pavie Cesare Fregoso, diplomate génois en route pour Venise et voyageant avec Rincon, est également tué.. En réponse aux vigoureuses protestations de François , Charles Quint nie toute responsabilité et promet de mener une enquête sur cette affaire avec l'assistance du pape. L'empereur prépare en effet une campagne en Afrique du Nord et souhaite éviter des difficultés supplémentaires en Europe L'intervention du pape avait été demandée par François en personne.. Charles Quint est à Majorque à la fin du mois de , planifiant son attaque sur Alger, et François , considérant comme peu avisé d'attaquer un souverain chrétien alors que celui-ci combat les Musulmans, promet de ne pas lui déclarer la guerre tant qu'il sera en campagne. Toutefois, l'expédition de Charles Quint tourne au désastre quand des tempêtes dispersent et détruisent en partie la flotte d'invasion peu après le début du débarquement, et l'empereur rentre en Espagne avec ce qui reste de ses troupes au mois de novembre. Le , Antoine Escalin des Aimars, nouvel ambassadeur français auprès de Soliman, revient de Constantinople avec la promesse du sultan d'apporter son aide à la France dans la guerre contre Charles Quint. François déclare la guerre à l'empereur le , invoquant comme causes diverses offenses subies dont le meurtre de Rincon, au sujet duquel il proclame que c'est .

Manœuvres initiales et traité de Venlo Les Français lancent immédiatement une offensive sur deux fronts contre Charles Quint. Dans le nord, Charles de France s'empare brièvement de Luxembourg ; alors que dans le sud, une importante armée conduite par Claude d'Annebault et le dauphin Henri met le siège devant Perpignan mais subit un échec. Pendant ce temps, François se trouve à La Rochelle où il met fin à une révolte des habitants de la ville causée par une réforme de la gabelle.

thumb|Batailles et sièges dans le nord de la France et aux Pays-Bas au cours de la guerre.

Dans le même temps, les relations entre François et Henri VIII d'Angleterre se détériorent. Le monarque anglais, déjà furieux par le refus des Français de payer les pensions qui lui sont dues à la suite des traités précédemment signés, doit désormais faire face à une potentielle interférence française en Écosse alors qu'il tente de conclure un mariage entre son fils Édouard et la reine nouveau-née Marie Stuart, tentative infructueuse qui va se transformer en guerre ouverte connue sous le nom de Rough Wooing. Henri VIII est décidé à déclarer la guerre à la France mais les négociations menées à cet effet avec Charles Quint s'avèrent difficiles car le roi d'Angleterre est un schismatique aux yeux de l'empereur, qui refuse de promettre de le défendre en cas d'attaque et de se référer à lui comme le chef de l'Église anglicane, deux points sur lesquels Henri VIII insiste Cette dernière question fut résolue en se référant à Henri VIII comme le « défenseur de la Foi » dans le traité définitif.. Les négociations finissent néanmoins par aboutir et les deux souverains signent le un traité d'alliance offensive, par lequel ils jurent d'envahir la France dans les deux ans. En , Henri VIII envoie un ultimatum à François , et lui déclare finalement la guerre le .

Les hostilités s'intensifient dans le nord de la France. Sur l'ordre d'Henri VIII, Sir John Wallop débarque à Calais à la tête d'une armée de dans le but d'assurer la défense des Pays-Bas. Une armée française commandée par Antoine de Bourbon s'empare de Lillers en avril ; une autre, dirigée par d'Annebault, prend Landrecies en juin ; et Guillaume de Clèves, se joignant ouvertement à la guerre du côté des français, charge Martin van Rossum d'envahir le Brabant, qui est soumis au pillage. François s'arrête inexplicablement près de Reims avec son armée pendant que les Impériaux attaquent Guillaume de Clèves, envahissant le duché de Juliers et s'emparant de Düren.

François donne l'ordre à son fils Charles et à d'Annebault de défendre son allié, et les Français prennent Luxembourg le , mais il est déjà trop tard pour Guillaume de Clèves, qui s'est rendu trois jours plus tôt en signant le traité de Venlo avec Charles Quint La signature de ce traité rendit caduc le mariage de Guillaume de Clèves avec Jeanne d'Albret, et celui-ci fut annulé en 1545.. Par ce traité, Guillaume de Clèves cède la suzeraineté du duché de Gueldre et de Zutphen à l'empereur et lui offre son assistance pour lutter contre la Réforme protestante. Les Impériaux s'avancent ensuite vers Landrecies et cherchent à livrer bataille aux Français mais ceux-ci se replient sur Saint-Quentin le , laissant à Charles Quint le champ libre pour marcher sur le nord et s'emparer de Cambrai.

Siège de Nice et opérations en Italie

thumb|La galère de Khayr ad-Din Barberousse pendant sa campagne en Méditerranée en 1543 (musée naval d'Istanbul).

Pendant ce temps, d'autres engagements ont lieu en mer Méditerranée. En , Soliman le Magnifique met la flotte de Khayr ad-Din Barberousse à disposition du roi de France. Barberousse quitte le détroit des Dardanelles avec une centaine de galères, mène des raids tout le long de la côte italienne et arrive à Marseille au mois de juillet, où il est reçu par François de Bourbon, comte d'Enghien, commandant de la flotte française. Le , la flotte franco-ottomane met à l'ancre au large de Nice, possession du duc de Savoie, et opère à Villefranche-sur-Mer un débarquement de troupes qui mettent le siège devant la ville. Nice tombe le mais la citadelle résiste jusqu'au , date à laquelle le siège est levé en raison de l'arrivée imminente d'une armée de secours impériale.