La dysharmonie psychotique est un diagnostic médical (plus précisément une entité nosographique) en pédopsychiatrie, défini en France en 1966, réservé à des enfants et adolescents ayant un développement . Le nom de dysharmonie évolutive est quant à lui employé pour les enfants ou adolescents qui ne présentent pas de fonctionnement psychotique ou névrotique organisé de façon régulière. L'un des aspects centraux des dysharmonies est la réversibilité potentielle de ce trouble au cours du développement de l'enfant. L'appellation de « dysharmonie psychotique » (DP) ne fait pas consensus parmi les spécialistes.
Selon les critères de la Classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA), les enfants de fonctionnement DP présentent souvent des angoisses, une dépression, un retard du développement psychomoteur et des particularités ou un retard du langage. Des précocités sont possibles dans certains domaines, ces enfants et adolescents sont généralement capables de suivre une scolarité en milieu ordinaire et susceptibles d'une évolution favorable. Il existe cependant des cas de changements et d'évolutions de diagnostics vers l'autisme infantile ou la psychose déficitaire.
D'inspiration psychanalytique, le concept de dysharmonie est défini dans les années 1960 et 1970 par le pédopsychiatre et psychanalyste français Roger Misès. Il présente une proximité nette avec la « prépsychose » de l'enfant, théorisée principalement par René Diatkine. Après une large diffusion dans L'Information psychiatrique et une reconnaissance de la clinique pédopsychiatrique française, une catégorie nosographique est officiellement créée par Misès sous le nom de dysharmonie psychotique (DP) dans la CFTMEA, en 1987. Ce diagnostic est toujours considéré comme valide dans la révision 2020 de la CFTMEA. Le concept de dysharmonie psychotique a été rapproché de celui de « dysharmonie multiple et complexe du développement », défini par le psychiatre américain D. J. Cohen en 1986. Il est absent des classifications nosographiques internationales, et n'est reconnu ni par l'Organisation mondiale de la santé, ni par l'Association américaine de psychiatrie, ni par la Haute Autorité de santé. La CIM-10 classe cette pathologie comme un trouble envahissant du développement non spécifié.
La DP concerne environ des enfants diagnostiqués avec troubles envahissants du développement dans les établissements de soins français. Le psychiatre Laurent Mottron et le chercheur cognitiviste Franck Ramus critiquent ce diagnostic souvent posé au détriment d'autres qui sont reconnus par la communauté scientifique internationale, et présents dans les classifications CIM-10 et DSM-V : les troubles du spectre de l'autisme et le syndrome d'Asperger. Cette spécificité française crée une différence qualitative concernant les données épidémiologiques de l'autisme entre la France et d'autres pays latins, d'une part, et les pays qui s'appuient sur les classifications internationales, d'autre part. Le diagnostic de dysharmonie psychotique, considéré comme obsolète, reste essentiellement d'usage en pédopsychiatrie d'orientation psychanalytique. Les sources gouvernementales françaises officielles le considèrent comme non-validé par la science.
Terminologie Avant son inclusion dans la classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA), l'entité nosographique correspondant à la dysharmonie psychotique a été décrite sous différents noms, en particulier ceux de « prépsychose » (R. Diatkine), de « parapsychose » (J. L. Lang), et de « psychose symbiotique » (M. Mahler).. Elle est considérée comme un équivalent de la notion de « troubles complexes et multiples du développement ». Si la CFTMEA contient un descriptif pour la seule dysharmonie psychotique, dans la pratique clinique, deux formes sont décrites, la dysharmonie (de structure) psychotique et la dysharmonie évolutive. Le nom de « dysharmonie évolutive » est employé lorsque la dysharmonie a une . Les dysharmonies ont été reliées à la notion controversée d'état limite chez l'enfant et l'adolescent.
Définition et tableau clinique Le concept de développement dysharmonique renvoie à une perte ou une non-intégration du développement « harmonieux », mais sans régression massive et sans retard intellectuel.
Dans la définition qu'en fournit Roger Misès, la dysharmonie psychotique (DP) est une pathologie limite centrée sur « une faille narcissique et une insécurité fondamentale », avec . Une dépression, des angoisses archaïques et des difficultés d'identification sexuelle y sont fréquemment associées. Un retard du développement psychomoteur est souvent observé, ainsi que des troubles du comportement, de la relation aux autres et de la communication, entraînant des difficultés d'intégration scolaire. La DP se définit par des perturbations dans différents domaines : cognitif, émotionnel, et social., avec des hypersensibilités sensorielles (ouïe notamment), et des troubles du langage.
La psychiatre-psychanalyste Claire Squires précise : . D'après Philippe Mazet, des précocités sont repérées dans certains cas, en particulier . Ainsi, le psychomotricien-psychanalyste Jérôme Boutinaud souligne que . Cependant, la dysharmonie (de structure) psychotique décrite dans la CFTMEA s'envisage sous l'angle d'un processus psychopathologique, de type psychotique.
D'après une définition récente (2011), . Les enfants et adolescents concernés peuvent être et [de comportements] hétérogènes. Jacques Hochmann parle de symptomatologie polymorphe, . Il note que les enfants concernés paraissent étranges pour leur entourage, en raison de , pouvant être .. L'expression de ce trouble est donc variable et plus ou moins sévère, mais les éléments communs centraux dans les critères de diagnostic sont une .
Modalités relationnelles Parmi les critères diagnostiques, il existe des troubles du comportement, de la relation aux autres et de la communication, entraînant des difficultés d'intégration scolaire. Ces troubles de la relation aux autres se manifestent par de l'évitement, du désintérêt, un manque d'empathie., soit, autrement formulé, un retrait relationnel et un .
Une étude publiée fin 2010, à propos du ressenti des émotions par les enfants DP, conclut qu'ils ressentent les émotions positives, et que le ressenti de la joie .. D'après Claire Squires, les enfants dysharmoniques ont souvent subi .
Développement psychomoteur Un retard du développement psychomoteur est souvent observé. Dans le domaine tonico-posturo-moteur, il peut exister des hypotonies, des hypertonies, ou un retard moteur, en particulier dans .
Troubles du langage et de la pensée Des particularités du langage sont souvent mentionnées dans la description de la dysharmonie psychotique. D'après le professeur de psychologie Yves Chagnon, une dysphasie est possible.. D'après Xavier Giraut, il peut y avoir un retard du langage, cependant la linguiste Laurence Beaud et le psychologue Clément De Guibert estiment qu'une dysharmonie psychotique , avec , un grand nombre de détails, et une déstructuration intermittente. Ils notent également que . Le langage peut être irrationnel, mais sans idées délirantes. Il existe aussi des cas de mutisme sélectif associés à une DP..
Organisation psychique vignette|D'après les théories de la pédopsychiatrie psychanalytique, l'objet transitionnel (2) joue un rôle dans la relation entre la mère (a) et l'enfant (b), après la période d'illusion (1). Roger Misès attribue les particularités d'organisation psychique des personnes avec dysharmonie psychotique à un soi précaire. Il cite des , avec organisation prévalente du Narcissisme primaire, échec dans la transitionnalité, et des angoisses archaïques de type angoisse de mort. Il observe aussi des angoisses de castration. D'après le psychanalyste Pierre Ferrari, professeur honoraire de pédopsychiatrie, ancien chef de service hospitalier à la Fondation Vallée, la dysharmonie psychotique se différencie de l'autisme infantile par « une rupture avec la réalité moins massive », des angoisses persécutrices et dépressives, et une imagination incohérente, avec une forte charge émotionnelle. Une est possible.
Jacques Hochmann souligne , et surtout des . D'après lui, . Pour Bernard Golse, la DP se situe dans un registre .. Claire Squires observe : .
Une étude sur 13 enfants DP avec un groupe témoin conclut que l'image du corps est perturbée chez les enfants DP, qui utilisent peu de références sensorielles, ont des difficultés à se positionner par rapport au corps connu, et font des confusions dedans-dehors. Elle en conclut à un .. Il existe aussi une étude de cas sur une adolescente dysharmonique à , qui a fait l'objet d'une approche corporelle par massages pour permettre la ..
Hypothèses étiologiques
D'après Jacques Hochmann, , mais s'envisage dans la perspective d'une interaction entre facteurs neurobiologiques et environnementaux, notamment épigénétiques, dans un processus évolutif. D'après le professeur et chef de service en psychiatrie Philippe Mazet, il n'existe aucune atteinte cérébrale lésionnelle associée. Il ajoute que .
Roger Misès estimait (en 1995) qu'une défaillance de la mère dans son entraîne une difficulté à intérioriser ce lien, un débordement pulsionnel et une tension intérieure qui empêchent les enfants et adolescents de fonctionnement DP .
Histoire thumb|Henri Wallon avant 1940. Le concept d'organisation dysharmonique chez l'enfant a été abordé par Henri Wallon dès 1948.. Roger Misès définit des critères diagnostiques pendant son suivi d'enfants à la Fondation Vallée, institution de soins en pédopsychiatrie qu'il a profondément réformée à partir des années 1950. C'est dans le cadre de sa pratique avec son équipe pluridisciplinaire de professionnels de la santé mentale d'orientation psychanalytique qu'il définit la dysharmonie psychotique, afin de différencier , de ce qui est de l'ordre des . Par rapport à l'autisme infantile de Kanner, la dysharmonie psychotique est vue comme un , et . Misès clarifie le concept de dysharmonie évolutive dans les années 1960 et 1970, soutenant que les enfants concernés, ni névrotiques ni psychotiques, sont pris dans des processus évolutifs et dynamiques avec modes de défenses et d’adaptation diversifiés tenant à la psychose, à la névrose, ou à la psychopathie..
La base de ses observations aboutit à une classification entre trois catégories principales (reprises plus tard dans la CFTMEA) : autisme typique ou atypique, psychose déficitaire, et dysharmonie psychotique.. Il individualise les « dysharmonies psychotiques » (DP) en 1966, en tant que formes de psychoses. Il publie ses observations à propos de la DP avec M. Horassius, dans la Revue de Neuropsychiatrie infantile, en 1973.
Concept de psychose symbiotique
Margaret Mahler théorise la psychose symbiotique en 1952, par distinction de l'autisme ; cette notion apparait aussi chez M. Furer jusqu'en 1963.. Il s'agit d'une persistance de fusion de l’enfant avec sa mère, les symptômes apparaissant durant la seconde année., particulièrement au moment du complexe d’Oedipe. D'après cette théorie, l'abandon de la fusion symbiotique avec la mère déclenche une angoisse massive d’annihilation et une désorganisation de la personnalité, avec perte de langage et apparition de symptômes psychotiques. La notion de psychose symbiotique n'est pas reprise dans le DSM III ni dans la CIM-10, et disparait aux États-Unis ; en revanche, elle est incluse un temps dans la classification française et reste mentionnée en Europe. En 2017, Bernard Golse y fait référence pour désigner une ..
Concept de prépsychose