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La messe 5 en la bémol majeur, est une œuvre de musique sacrée composée par Franz Schubert entre et . L’œuvre fut révisée en 1825 pour être présentée à la chapelle impériale.
Cette cinquième messe est une des plus lyriques que Schubert ait écrites, sans pour autant que le caractère religieux soit délaissé. Avec cette messe, il rompt avec l'écriture des quatre précédentes, écrites dans un style convenu. L'effectif comprend des cordes, une flûte, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes, trois trombones, des timbales, quatre solistes (SATB) et un chœur mixte. Sa durée approximative d'exécution est de 50 min.
Commentaires critiques
Critiques D'après Maurice Cauchie ()Maurice Cauchie, Fr. Schubert, Messe n°5 As dur, publié par Hermann Grabner (review), Revue de Musicologie T. 9, No. 28 (Nov., 1928), . :
Cette messe est incontestablement la plus belle des six que nous a laissées le maître viennois. Schubert, ordinairement si primesautier, y travailla trois ans ; et il la retoucha encore peu de temps avec sa mort. Et quand on lit cette partition, dans laquelle sont accumulées tant de merveilles : modulations géniales, mélodies exquises, orchestration colorée, émotion intense, on déplore une fois de plus, la monotonie des programmes de nos sociétés parisiennes de concerts, qui jamais ne nous font entendre un pareil chef-d’œuvre.
Interprétation
D'après Thierry Morice () la version de Sir George Guest avec l'Academy de St Martin a fait référence jusque dans les années 1980. La version de Wolfgang Sawallisch, comme élément de l'enregistrement de l'intégrale de l’œuvre sacrée de Schubert, est alors venue surpasser la version de Guest. Bien que cette dernière fut intense, la version de Nikolaus Harnoncourt s'est également imposée comme référence pour son aspect dramatique, sans jamais tomber dans le pathos, caractéristique de la version de Sawallisch. Harnoncourt tire ainsi profit de la qualité de son orchestre et de son chœur.
Histoire de la messe
Contexte historique de l'écriture
À l'époque de l'écriture de cette messe, Schubert n'a que , mais déjà de nombreuses compositions à son actif et sa maîtrise de l'orchestration est évidente. En cette année 1822, il compose également sa Symphonie 8 « Inachevée », deux Tantum ergo (en ut et en ré), deux œuvres pour piano (une ouverture et une fantaisie) ainsi qu'une vingtaine de lieder.
Une messe trouvée trop difficile Une fois écrite, Schubert a tenté en vain de faire exécuter la messe à la chapelle impériale : la partition est refusée par Joseph Leopold Eybler, maître de chapelle, qui estime que, bien que bonne, elle n'était pas dans le style qu'affectionne l'Empereur. Il est plus vraisemblable que le maître de chapelle la trouva trop difficile.
Écriture de la messe Schubert n'a pas dit pourquoi il écrivait cette messe. Ce qui semble sûr, c'est qu'elle ne répond pas à une commande.
Son écriture fut contemporaine de la Messe solennelle de Beethoven (1819 - 1822). La proximité géographique entre les deux compositeurs peut laisser supposer qu'ils étaient au courant de cette écriture simultanée. Il n'en demeure pas moins qu'en choisissant le ton de la bémol, rarement utilisé par Schubert, ce dernier adopte une des tonalités les plus éloignées de celle dans laquelle Beethoven écrit sa Solemnis (Ré)Leo Black (2003). Franz Schubert : Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. .. Cette tonalité est celle du premier mouvement (Kyrie) et des deux derniers (Benedictus et Agnus), ce qui permet d'affirmer la tonalité de l’œuvre, mais pas celle de la totalité de la messe (le Gloria commence en mi majeur, le Credo en ut majeur, le Sanctus en fa majeur).
C'est la seule œuvre que Schubert a abandonnée pendant de longues périodes et à laquelle il est toujours revenu. Pendant l'écriture de la messe, de nombreuses péripéties sont intervenues, comme l'écriture d'autres pièces majeures, ou son arrestation par la police en .
Comme dans Lazarus, également d'inspiration religieuse, le regroupement des instruments est peu courant. Les bois, avec deux cors, sont souvent sollicités, les cordes n'étant utilisées que comme venues d'un autre mondeLeo Black (2003). Franz Schubert : Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. .. Les points communs entre Lazarus et le Kyrie ou le Gloria ne manquent pas. Une étude biographique montre que Schubert travaillait à la messe en , deux mois seulement avant d'entreprendre l'écriture de Lazarus.
Il ne reste pas d'indication de la date à laquelle Schubert a écrit le Credo et le Sanctus, mais lAgnus a été écrit juste avant qu'il ne mette un point final à l'écriture complète de l’œuvreLeo Black (2003). Franz Schubert : Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. ..
Rupture avec les quatre premières messes Les quatre premières messes reflètent l’engagement de Schubert avec les écritures conventionnelles des messes, bien qu’elles recèlent les éléments de sa maturité à venir. Par exemple la messe en Fa (D105) n’a pas grande originalité comme le révèle son écriture chorale de bout en bout à part la fugue de la fin du Gloria. La différence décisive, entre la et les quatre premières, repose sur un défi : écrire une œuvre basée sur une interprétation musicale des mots. Schubert s’est parfois efforcé d’ajouter du sens au texte en appliquant à la fois les techniques d’écriture les plus avancées que sa maturité musicale lui permettait et l’expérience spécifique acquise dans la composition de ses précédentes messes en faisant intervenir la musique dramatique à la fois religieuse et séculaireChristopher Howard Gibbs (1997). The Cambridge companion to Schubert. Cambridge University Press. ..
À plusieurs reprises dans les messes de Schubert, les textes répétés ou supprimés lui permettent d’approfondir l’expression d’un aspect particulier du sens du texte. Jaskulsky a défendu l’idée que de nombreuses omissions, conflations et répétitions de textes dans toutes les messes servent à Schubert pour structurer les mouvements ou les sections selon son goût musicalChristopher Howard Gibbs (1997). The Cambridge companion to Schubert. Cambridge University Press. .. Cette liberté a été largement discutée dans lEt incarnatus est de la messe 5 (voir ci-dessous).
Structure de l’œuvre La messe est découpée en six mouvements.
Kyrie Andante con moto ().
Ce Kyrie à 2 temps (C barré) est beaucoup plus long que ceux des quatre précédentes messes. Les solistes alternent avec le chœur. L'orchestration est légère, la flûte, les trompettes, les trombones et les timbales étant mis au repos. Après huit mesures d'introduction orchestrale, les sopranos et les altos entament le thème et les ténors et les basses répondent. Un contrepoint s'installe sur le texte « Kyrie eleison ». Les solistes entrent alors, soprano en tête, sur le « Christe eleison » avec un second thème. Le chœur revient avec le premier thème et le texte du Kyrie, suivant une structure identique à sa première intervention. C'est alors aux solistes de reprendre le second thème, toujours avec « Christe eleison », mais cette fois en commençant par l'alto. Cette alternance de textes et de thèmes se poursuit jusqu'à la fin du mouvement, toujours dans une grande douceur.
Sur le plan de l'orchestration, la réponse des cors et des trombones suggère fortement l’écriture de l’octet écrit quatre ans plus tard, un effet qui est repris aux clarinettes et aux bassons avant la réexposition de la mesure 68.
Gloria Allegro maestoso e vivace ().
Dans la musique viennoise, le Gloria est souvent divisé en cinq sections. C'est le cas ici, les deux premières ayant une claire forme A-B-A, les deux suivantes sont plus courtes et la dernière est la longue fugue du Cum sanctoLeo Black (2003). Franz Schubert: Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. ..
Gloria in excelsis Deo Le contraste avec le Kyrie est saisissant, tant par la tonalité de mi majeur (enchaînée avec la bémol majeur) que par la puissance soudaine, quand le chœur entame avec l'orchestre un Gloria homophonique à 3/4. Les cordes jouent des arpèges ou des gammes, écriture propice à une nuance double forte soutenue. Les solistes font une apparition sur le texte « Adoramus te ».
Le A de la structure A-B-A de cette partie commence par les chœurs chantant Gloria in excelsis Deo sur le premier thème. Puis à la , l'orchestre et le chœur a capella se succèdent avec le texte et in terra, pax hominibus bonæ voluntatis. À la , le second thème apparaît sur le texte Laudamus te, benedicimus te, glorificamus te avec des départs décalés, passage qui se reproduit à la .
La partie B commence par les solistes sur le texte adoramus te sur huit mesures qui sont répétées une fois. À la , le chœur reprend le second thème qui se développe en une marche harmonique descendante jusqu'à une demi-cadence sur sol dièse. Quatre mesures d'orchestre préparent la réexposition.
Le retour à la partie A se déroule à l'identique jusqu'à la . Un bref final répétant trois fois Gloria Deo termine cette sous partie.
Gratias agimus tibi À , landantino à 2/4 en la majeur introduit par l'orchestre seul, pianissimo, annonce une intervention des solistes sur le texte du « Gratias » où le chœur ne fait que deux brèves interventions. Les solistes reviennent avec le « Gratias », à nouveau en la majeur pour conclure la première partie du Gloria.
Cette partie également structurée en A-B-A est à 2/4, ce qui n'est pas une mesure courante chez Schubert et qui se retrouve par exemple avec le Benedictus de sa messe en ut. Le thème très doux est entendu par l'orchestre puis par la soliste et développé par le quatuor de solistes.
Le chœur entre alors pour ponctuer avec des cadences les passages en solo avec le texte agimus tibi.
La partie B de ce gratias, à partir de la , est sur le texte Domine Deus, Rex cœlestis, gratias agimus. Deus Pater omnipotens. Mais cette fois, ce sont les solistes qui ponctuent par trois fois les phrases du chœur par une cadence gratias agimus.
Le retour de la partie A permet d'entendre à nouveau la magnifique phrase du gratias à nouveau à la soprano, mais cette fois avec deux contrepoints basse solo et tenor solo. Par deux fois, le chœur ponctue par deux agimus tibi.
Domine Deus L’enchaînement en la mineur, suivi de nombreuses modulations, avec le chœur sur « Domine Deus, Rex cœlestis » contraste par la nuance forte. , en ut dièse mineur, l'alto solo chante le « Domine Deus Agnus Dei » et le chœur répond « Miserere ». Cette structure se reproduit avec la basse solo, puis avec le ténor solo.
Quoniam Après quelques mesures d'orchestre, le chœur entame le « Quoniam », , l'intensité augmente jusqu'à ce que les sopranos atteignent les notes les plus aiguës de l’œuvre (si4) sur « Tu solus Dominus ». Cette partie se termine dans le grave, préparant ainsi un contraste pour la partie suivante.
Fait à peu près unique dans l’œuvre de Schubert, le chœur chante à l'unisson pendant huit mesures ()Leo Black (2003). Franz Schubert: Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. ..
Cum sancto , les basses énoncent le sujet d'une fugue en mi majeur, sur le « Cum sancto », comme l'ont fait avant, de nombreux compositeurs, dont Mozart dans la grande Messe en ut mineur. La fugue est de facture classique, avec une strette à la et une pédale à la mesure 504, annonçant la fin de ce mouvement brillant et lumineux.
L'écriture de cette fugue fait partie de la révision que Schubert fit de sa messe en 1825. La version initiale était un peu plus courte, et surtout, inférieure en termes d'inventivitéLeo Black (2003). Franz Schubert : Music and Belief. The Boydell press, Woodbridge. ..
Credo
Présentation générale Allegro maestoso e vivace ().