Le Projet Coast a été un programme d'armes biologiques et chimiques secret-défense du gouvernement d'Afrique du Sud durant l'apartheidhttp://www.unidir.org/pdf/ouvrages/pdf-1-92-9045-144-0-en.pdf {en}. Ce programme à l'origine d'un crime contre l'humanité bénéficie encore aujourd'hui du silence des grandes puissances occidentales. Il a été actif de 1981 à la fin des années 1990.

Dans les années 1970, le régime apartheid craint le « » (les groupes politiques noirs marxistes). En 1981, le lieutenant-colonel Wouter Basson (surnommé par la suite « Docteur La Mort »), médecin personnel du président Pieter Botha, prend alors la tête du « Projet Coast » pour gagner la guerre contre les Africains. Officiellement, Wouter Basson est un philanthrope à la tête d'un programme et de sociétés-écrans visant à endiguer le VIH-Sida. Dans la réalité, son programme vise à contrôler et même à réduire la démographie de la population noire. Les années 1980 sont marquées par un VIH devenu incontrôlable dans l'Afrique des Grands lacs et en Afrique de l'Est. Dans les années 1990, l'Afrique australe jusque là épargnée, est frappée à son tour de plein fouet par cette pandémie. En Afrique du Sud, la prévalence du VIH chez les femmes est passée de moins de 1 % en 1990 à 25 % en 2000.

Ce n'est qu'après avoir été arrêté pour trafic de drogues en 1997, que la Justice sud-africaine s’intéresse au Dr Wouter Basson. Le projet Coast était en effet auto-financé par la vente de drogues dans les townships sud-africains. Du au , s’est tenu en Afrique du Sud le procès de Wouter Basson pour juger l’ensemble de ses crimes avec 46 chefs d'accusation. Les 300 jours d’audience de son procès se sont déroulés en langue afrikaans. Au cours de ce procès marathon, 153 témoins ont défilé devant la Haute Cour de Pretoria pour témoigner contre Basson ou en sa faveur. Lors de ce procès qui a très peu été couvert par la presse, et à l’issue duquel le Dr Basson a été relaxé de toutes charges, le fonctionnement du Projet Coast a été particulièrement exposé au public avec plus de 40 000 documents relatant diverses méthodes d'empoisonnements et d'assassinats. Le juge Hartzenberg accorde à Wouter Basson l'amnistie.

Lors de son acquittement prononcé en 2002, Basson a été applaudi au sein du tribunal par au moins quatre anciens généraux des Forces de défense sud-africaines : Magnus Malan, ministre de la Défense de 1980 à 1991 ; Constand Viljoen qui avait désamorcé mais aussi fédéré au sein du Front de la liberté, la frange la plus extrême de l’ultra-droite des Afrikaneers en 1993/1994. Cette frange souhaitait établir coûte que coûte un volkstaat (État afrikaner) en Afrique du Sud et était partisan d’une grande épuration ethnique dans le contexte d’une guerre civile qu’elle aurait déclenchée de manière préventive ; Joep Joubert qui contribua à restructurer de 1985 à 1989, le Civil Cooperation Bureau, une unité de terreur en charge d’assassinats politiques ; Niel Knobel, qui a été le supérieur et mentor de Basson, et qui fut l'un des principaux témoins de l'accusation.

L'État sud-africain fait appel devant la Cour suprême qui refuse un nouveau procès. En , la cour constitutionnelle juge que le docteur Basson peut être rejugé pour crimes contre l'humanité. Aucune procédure judiciaire en ce sens n'a cependant été engagée dans ce but.

Dans le documentaire Marchands d’anthrax : vers une guerre bactériologique ?, Wouter Basson affirme à Roberto Coen que « la Bombe noire, visant à infecter uniquement la population noire, a été un projet génial, le plus amusant de sa vie. »http://www.telecablesat.fr/article/2010/09/06/Documentaires-La-science-au-service-de-la-mort-8637.php {fr}. Officiellement, le Projet Coast n'a développé que des armes bactériologiques et n'est pas responsable de la pandémie du SIDA, alors même le VIH était au coeur de ses recherches. Le Projet Coast a produit de nombreuses théories du complot et un corpus de désinformation afin de couvrir son opération, nier son impact, manipuler l'opinion publique et instrumentaliser des personnalités politiques de premier plan comme Nelson Mandela ou Danielle Mitterrand.

Pour des raisons évidentes, des comparaisons ont été établies entre le Projet Coast et les expériences inhumaines menées dans l'Allemagne nazie sous la direction du . C’est également pour ces raisons que Basson continue d’avoir l’aura d’un « patriote » et de bénéficier du soutien et de l'admiration de nombre de ses collègues de la fraternité médicale de Pretoria (laquelle a abrité des néo-nazis notoires comme le – belge d’origine - qui a eu droit lors de son décès en 2014 à un panégyrique de la part de la South African Medical Association). Basson est toujours un membre enregistré du Conseil des professionnels de la santé d'Afrique du Sud et exerce encore en 2021, en tant que cardiologue à Pretoria.

En 2013, le réalisateur français Jérôme Salle met timidement en scène le Project Coast dans un film intitulé Zulu où un certain Opperman en est le chef. Dans ce film, un trafic de drogues tenu par des anciens caciques de l'Apartheid finance des sociétés de sécurité privée et des assassinats ciblés en Afrique du Sud.

Genèse du projet Coast Introduction au Dr Wouter Basson Le Dr Wouter Basson, diplômé à la fois en cardiologie et en médecine interne, a été le chef du « Project Coast », le programme ultra-secret d’armes chimiques et biologiques développé par le gouvernement de l'apartheid. Le Dr Wouter Basson est né en 1950 et a rejoint l’armée de l’apartheid (la South African Defence Force) en 1975 dans le cadre de son service militaire. Surdoué, en moins de 5 ans, ce médecin est promu lieutenant-colonel et devient en parallèle titulaire d’une maîtrise en physiologie et chimie physiologique. Lorsque le haut commandement de la SADF cherche un candidat pour diriger un projet de guerre chimique et biologique (CBW), naturellement Basson est l'homme qu’ils choisissent.

De son propre témoignage, lequel doit être pris avec la plus grande précaution (le Dr Basson étant un affabulateur expert, une méthode bien rodée lui permettant de mélanger des éléments de vérité avec des mensonges), Basson aurait développé un intérêt pour les maladies infectieuses dès le début de son service militaire à la suite de deux événements : Durant les dernières années du règne du Shah d’Iran, une mycotoxine mortelle aurait touché des récoltes de pommes de terre. Cette mycotoxine aurait particulièrement intéressé le régime Apartheid, et Basson aurait contribué à la récolter ; En 1976, Basson aurait contribué à l’évacuation de scientifiques américains qui auraient été victimes de leurs propres expériences avec la fièvre hémorragique dans un laboratoire secret de la jungle du Zaïre. Toujours selon Basson, ces scientifiques n’auraient pas contracté le virus Ebola, mais une « variation » de cette maladie mortelleEn 1981, dans ce qui est soit un exercice fictif, soit un exercice réel, le Dr Eugene Johnson virologiste aurait été contaminé par le virus ebola au Zaïre, et aurait été pris en charge par l’USAMRIID. Il aurait été isolé dans une chambre dite ‘Ward 200’.Il est difficile de savoir si un tel laboratoire secret a existé au milieu du Zaïre. La propagande (désinformationnelle) soviétique relayait au moins dès 1988, l’information suivante : « Aleksandr Zhukov, a réussi à interviewer un médecin européen à l'hôpital Moustapha là-bas, qui a fait des révélations. Au début des années 70, ce médecin et immunologiste travaillait pour la société ouest-allemande OTRAG (Orbital Transport and Missiles, Ltd.) au Zaïre. Son laboratoire avait été chargé de cultiver des virus n'affectant d'ordinaire que les animaux mais constituant un danger potentiel pour l'homme. Ils se sont particulièrement intéressés à certains virus inconnus isolés du singe vert d'Afrique, et capables d'une réplication si rapide qu'ils pouvaient complètement déstabiliser le système immunitaire. Ces virus, cependant, étaient tout à fait inoffensifs pour les êtres humains et la mission du laboratoire était de développer un virus mutant qui serait un tueur humain. »

La société OTRAG a toujours fasciné les soviétiques qui dans les années 1970, accusaient la société d’être le fer de lance d’un programme d’armes nucléaires en Afrique. Si OTRAG avait vraiment disposé d’un laboratoire en virologie, l’information serait facile à vérifier dans la mesure où OTRAG a été la cible de la Bataille de Kolwezi en 1978 où la France est intervenue. Une autre source prétend aussi qu’Américains et Sud-Africains ont fondé un laboratoire secret au Zaïre. Selon Keith Maxwell-Annandale du South African Institute for Maritime Research, son organisation aurait dès les années 1960-1970 contribué à la création au Zaïre, d'un laboratoire sur les bords du fleuve Congo dans le but de développer des armes biologiques. Il est possible que Basson et Keith Maxwell-Annandale aient recyclé cette rumeur. Toutefois, elle peut aussi être en partie fondée. Et si tel est le cas, une hypothèse possible est que ce laboratoire aurait pu être installé dans un des anciens centres d’expertise établis par la colonisation belge. Par exemple, du temps des Belges, le laboratoire de Stanleyville était spécialisé sur la fièvre jaune ; à Blukwa, il était étudié la peste ; et à Pawa, la lèpre, etc…

Des laboratoires type P4 ont en revanche été établis conjointement par le CDC et USAMRIID dès les années 1970 à Kenema en Sierra Leone et sur le campus KEMRI à Nairobi.

Il est certain que le Dr Basson avait la pleine confiance à la fois de la SADF mais aussi du Cabinet de l’Exécutif. Il était le médecin personnel du président de l'État Pieter Willem Botha (1984-1989) et avait d’excellentes relations avec le ministre de la Défense Magnus Malan (1980-1991), dont le neveu, le Dr Philip Mijburgh, fut l'un des plus proches associés de Basson en tant que directeur général de Delta G Scientific à partir de 1985. Delta G était un des laboratoires clés du dispositif Projet Coast.

Le Dr Basson a été un homme clé pour de nombreux programmes expérimentaux du régime apartheid. Il a été le médecin du programme de développement d'armes nucléaires de l'Afrique du Sud alors même qu'il était déjà à la tête de Projet Coast. Il a également été le fondateur au début des années 1980 d’une unité aéroportée des forces spéciales, baptisée « 7 Medical Battalion Group ». Cette unité a été créée pour fournir un soutien médical aux forces spéciales lors d'opérations en dehors des frontières de l'Afrique du Sud. Les membres de ce bataillon comprenaient le dentiste Wynand Swanepoel et les médecins Philip Mijburgh, Chris Blunden, Deon Erasmus, Ben Steyn, Hennie Bester et Kobus Bothma. Cette unité a été au cœur de nombreuses expérimentations, notamment elle a pratiqué des « interrogatoires chimiques », lesquels se terminaient généralement par l’exécution des cobayes africains.

Aux origines du projet : la Rhodésie du Sud ? La reconstruction des origines du programme de guerre chimique et biologique repose en grande partie sur le témoignage de Wouter Basson lui-même et de son supérieur le général Niel Knobel. Il est généralement admis que le projet Coast a été approuvé par le ministre de la Défense, le général Magnus Malan, en 1981.

Pour autant, dès 1971, le docteur J.P. de Villiers, chef de l'unité de « défense chimique » du , produit une étude justifiant l’emploi d’armes chimiques et biologiques par le régime apartheidJ.-P. de Villiers, G.E. McLouglin, C.C. Van der Weshuizen, Chemical and Biological Warfare in a