La Lettre apologétique de l'abbé Raynal à monsieur Grimm est une lettre publiqueC'est-à-dire destinée à la publication, par opposition aux lettres privées. de Denis Diderot à Grimm rédigée le en réaction à ses critiques envers la troisième édition de lHistoire des deux Indes.
Le différend En 1780, la troisième édition de l’Histoire des deux Indes de Raynal plus hardie que les précédentes contre les excès du pouvoir et de l'Ancien Régime est condamnée et censurée. Raynal s'exile.
C'est dans ce cadre, en public et devant la fille même de Diderot que Grimm critique l'imprudence de Raynal, pointe les défauts de la publication et accuse Diderot de lâcheté. Diderot est blessé et en colère. Les trois hommes pourtant se connaissent bien pour collaborer depuis longtemps, à la Correspondance littéraire ou à l'''Encyclopédie.
La Lettre Diderot en colère et blessé dans ses idéaux et dans son amitié pour Grimm, prend alors la plume pour assurer sa défense et celle de Raynal. Il livre un texte acharné et plein de ressentiment qui, trois ans avant sa mort, tient presque lieu de testament intellectuel.
Le texte s'ouvre sur la réponse d'un dilemme posé par Grimm à Raynal et qui aurait laissé celui-ci sans voix. C'est le sous-titre de la Lettre : Réponse au dilemme que M. Grimm a fait à l’abbé Raynal, chez Madame de VermenouxIl doit s'agir de madame Paul Girardot de Vermenoux, née Anne Germaine Larrivée (1739-27 décembre 1783, à Montpellier), marraine de madame de Staël. Son buste par Houdon ; son portrait par Liotard., et qu’il m’a répété chez Madame de Vandeul, ma fille. L'outrage en public et devant la fille même de Diderot n'en est que moins toléré.
Diderot se lance alors dans une réponse, point par point aux propos tenus par Grimm, sur un ton qui en trahit la virulence et les blessures qu'ils causèrent. Les critiques de Grimm se déduisent aisément : l'imprudence de Raynal, la lâcheté des auteurs anonymes, la piètre qualité globale de lHistoire des deux-Indes, les contributions de Diderot lui-même, le manque de respect et de soumission au pouvoir et le fait de s'adresser à la postérité.
L'anonymat de Diderot, en particulier, ressortait certainement de la promesse qu'il s'était faite en sortant de Vincennes de ne jamais y retourner et de préserver la sécurité des siens.
Parlant de l’Histoire des deux-Indes :
À côté de cette réponse circonstanciée, Diderot reproche à Grimm de s’être vendu aux Grands :
Dès le milieu du texte, déjà, la rupture est consommée. L'homme, qu'il tenait pour ami et auquel il avait livré ses plus belles pages qui ne seraient publiées qu'après sa mort, celui-là venait de perdre tout son crédit. Le sentiment de Diderot se confirmera d’ailleurs à la Révolution : Grimm s’empressera de quitter la France et de dénigrer la Révolution.
Cette lettre n’a jamais été envoyée par Diderot. Elle a été mise au jour par Herbert Dieckmann, qui découvrit les manuscrits de Diderot au château des Ifs, en 1948Gerhardt Stenger, Diderot : le combattant de la liberté, Paris, Perrin, 2013, 789, ..
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Notes
Bibliographie Georges Benrekassa, « Scène politique, scène philosophique, scène privée : à propos de la Lettre apologétique de l'abbé Raynal à Monsieur Grimm », éd. Élisabeth de Fontenay et Jacques Proust (dir.), Interpréter Diderot aujourd'hui'', Le Sycomore - S.F.I.E.D., 1984, .
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