Le Nemrut Dağı ou Nemrut Dağ (en français : mont Nemrud ou mont Nemrod) est une montagne de l'Anti-Taurus qui culmine à d'altitude. Situé dans la partie méridionale de l'Anatolie centrale, au nord de la frontière turco-syrienne, le Nemrut Dağı domine la vallée de l'Euphrate, et la principale ville turque d'Adıyaman.

Cette montagne doit sa célébrité au monument funéraire du roi Antiochos de Commagène qui couvre son sommet, composé d'un tumulus de de diamètre et de 50 mètres de hauteur, comprenant plusieurs ensembles de lieux de culte et de sculptures monumentales du

Le Nemrut Dağı a été inscrit en 1987 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Toponymie Le nom turc Nemrut Dağı de la montagne fait référence, comme beaucoup d'autres monts d'Anatolie, au légendaire roi Nemrod ou Nimrud, qui apparaît dans la Bible et dans le Coran.

Géographie

Archéologie La politique de divinisation des souverains hellénistiques C'est au sommet de cette montagne, sur un immense tumulus de de diamètre et de de hauteur, qu'ont été découverts les vestiges d'ensembles cultuels spectaculaires datant du royaume de Commagène au

Au , l'immense empire d'Alexandre le Grand est partagé entre ses généraux, qui établissent, de la Grèce à l'Asie, des royaumes indépendants sur lesquels ils règnent en maitres absolus. Mais pour légitimer leur gouvernance, ils décident à l'instar d'Alexandre, d'organiser le culte divin de leur personne et de leur famille. En Asie, les rois séleucides mettent en place dès leur accession au trône, un culte du roi vivant et de ses ancêtres, tandis qu'en Égypte, les Lagides célèbrent au le culte du fondateur de la dynastie, Ptolémée , puis de tous ses successeurs.

Le sanctuaire d'Antiochos Au , la Commagène est une province du royaume séleucide, mais en 162 , le gouverneur grec se déclare indépendant et constitue le royaume de Commagène. Le pouvoir passe peu après aux mains d'une famille arménienneThéodore Reinach, La dynastie de Commagène, Revue des Études grecques, 1890, vol. 3-12, p. 362-380., dont le père, Mithridate de Commagène, se fait proclamer roi. Son fils, Antiochus Theos lui succède en 62 et décide alors d'établir son culte personnel ainsi que celui des dieux au sommet de la montagne sainte du Nemrut DağıMaurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, 2003, p. 502-503..

thumb|upright=1.2|Le tumulus, au sommet de la montagne.

Le mausolée a été découvert en 1881 par un géologue turc, puis signalée à l'attention de l'académie royale des sciences de Berlin par l'intermédiaire du témoignage de . En 1882, Alexander Conze propose à Otto Puchstein de se rendre sur place pour aller constater les-dires de Sester. Ce dernier se laisse convaincre de l'emmener sur les lieux du tumulus, et le 4 mai, Puchstein découvre les statues qui confirment les informations qu'avaient transmises Sester.. En 1883, Osman Hamdi Bey et organisent une visite du site qui fera l'objet d'une publication..

C'est à une expédition américaine, menée par Theresa Goell, à partir de 1953 que l'on doit l'essentiel des recherches. Antiochos avait donc fait construire un énorme tumulus au sommet du Nemrut Dağı, flanqué, à l'est et à l'ouest de deux vastes terrasses. La terrasse ouest, taillée en partie dans le roc, est maintenue par un mur gigantesque sur le versant de la montagne. Elle supporte un groupe de cinq statues encadrées à chaque extrémité par un aigle et un lion et dont la disposition relève de l'hiérothésion. Les statues colossales mesuraient neuf mètres de plus, mais il ne reste plus que leur tête haute de deux mètres. On trouve donc côte à côte , la déesse Commagène, et enfin Antiochos lui-même. À proximité, des stèles montrent les effigies d'Antiochos, de son père Mithridate et de sa mère Laodice, qui serrent la main de façon familière aux divinités. Les inscriptions nous apprennent que le roi se prétendait le descendant d'Alexandre par sa mère et . La terrasse orientale présente les mêmes dispositions que la terrasse opposée, mais supporte également un autel à incinération. Car le lieu servait au culte royal, célébré chaque mois au cours d'une cérémonie religieuse qui rassemblait les habitants de la région autour des autels. Le tumulus abrite sans doute le tombeau d'Antiochos, mais celui-ci n'a toujours pas été découvert.

Le tumulus thumb|Plan du tumulus et des terrasses, par Carl Humann, 1890.

Le tumulus, d'un diamètre d'environ 150 mètres et d'une hauteur de 45 mètres, est constitué de gravats calcaires amassés au sommet de la montagne. Au pied du tumulus, trois terrasses ont été créées artificiellement à l'est, au nord et à l'ouest. La terrasse est, de forme presque rectangulaire, s'organise autour d'une cour centrale de 21 × 26 mètres environ. Si l'on ajoute les monuments et le grand autel, elle mesure environ 50 × 50 mètres. La terrasse ouest, dix mètres plus bas, a des dimensions hors tout de 50 × 30 mètres et se trouve en partie soutenue artificiellement afin de créer l'espace pour les aménagements.

Selon les calculs du géologue Hans-Gert Bachmann, le tumulus est constitué d'environ de gravats qui ont dû être déplacés, dont une partie provient du terrassement du mont. Les statues monumentales, les animaux de garde et les bases des stèles sont également en calcaire local, et des traces d'extraction sont encore visibles sous la terrasse est. Pour les stèles en relief des ancêtres, du grès verdâtre a été utilisé, qui a été extrait d'une carrière au nord-est de la montagne, à environ une heure et demie à pied.

Aménagement des terrasses thumb|upright=1.2|Relevé des terrasses ouest (à gauche) et est (à droite), par Carl Humann, 1890.1. Trônes des dieux.2. Horoscope du Lion.3. Bas-reliefs à scènes de dexiosis.4. Galerie des ancêtres paternels perses.5. Galerie des ancêtres maternels grecs.

Les terrasses est et ouest ont des caractères communs : la rangée de statues monumentales assises des dieux Antiochus, Commagène, Zeus-Oromasdès, Apollon-Mithra-Hélios-Hermès et Heraclès-Artagnès-Arès, avec lion et aigle gardiens de chaque côté ; deux rangées de socles avec bas-reliefs des ancêtres : 15 ancêtres persans du côté paternel et 17 ancêtres gréco-macédoniens du côté maternel, incluant des ancêtres féminines ; une série de reliefs de dexiosis (, « poignée de main ») montrant Antiochus serrant la main des dieux, l'horoscope du Lion à leur côté : cette rangée est également encadrée par des lions et des aigles gardiens plus petits ; deux courtes rangées de trois reliefs chacun, avec des membres contemporains de la famille royale, derrière les galeries d'ancêtres.

Mais les différences d'aménagement des statues et des stèles sont très notables, avec le grand autel disposé sur plusieurs niveaux, qui ne se trouve que sur la terrasse est, où les reliefs à scènes de dexiosis sont répartis sur un deuxième podium, en contrebas de l'alignement des statues colossales, de part et d'autre desquelles un escalier mène aux animaux gardiens monumentaux. Entre les deux, devant les statues et les reliefs, se trouve un autel fait d'un seul bloc, qui pouvait avoir son pendant sur la terrasse ouest.

L'autel principal, devant la terrasse est thumb|Autel principal de la terrasse est, gardé par un lion. thumb|upright|Lion gardien, à l'angle nord-ouest de la plate-forme de l'autel.

Sur le bord est de la terrasse orientale se trouve une plate-forme à gradins, en grès, de 13 × 13 mètres. Au cours de leurs fouilles, Humann et Puchstein ont creusé une tranchée d'ouest en est à travers la base, à la recherche d'une entrée dans la chambre funéraire présumée. En 1973, Theresa Goell et son équipe ont pu restaurer la pyramide tronquée à partir de blocs de grès existants. Le monument comportait cinq marches en blocs de grès sur quatre côtés, dominant ainsi la cour d'au moins 1,50 mètre. La deuxième marche d'en bas, plus large, se fondait dans les falaises de la cour du côté ouest et formait ainsi un chemin qui faisait le tour de la plate-forme de l'autel de tous les côtés.

Sur la surface de la plate-forme, il y avait vraisemblablement un bloc d'autel, peut-être un autel d'incinération perse, flanqué de lions et d'aigles. Un de ces animaux, un lion assis de 1,78 mètre de haut, a été trouvé dans le coin nord-ouest du podium et remis en place. D'autres animaux de garde, au total deux lions et deux aigles, sont apparus en fragments dans les débris laissés autour de la plate-forme par les premiers fouilleurs. Les animaux se dressaient probablement à droite et à gauche de l'autel. Sous les décombres, certains blocs ont été trouvés avec des surfaces en pente, ce qui conduit à envisager que l'autel ait pu comporter un frontonDonald H. Sanders, Theresa Goell, John H. Young, Detailed Site Description: East Terrace, West Terrace, North Terrace, In: Donald H. Sanders, The Hierothesion of Antiochos I of Commagene, Eisenbrauns, Winona Lake, 1996 , p. 114–116.. Theresa Goell et Donald H. Sanders, qui ont publié leurs résultats de leurs recherches en 1996, constatent des similitudes entre l'autel du Nemrut Dağ et les représentations sur les façades des tombes rupestres des rois achéménides Darius , Darius II, Xerxès et Artaxerxès I à Naqsh-e Rostam, où, sur une pyramide à gradins avec un autel d'incinération, se tient un roi, au-dessous du dieu ailé Ahura MazdaTheresa Goell, Donald H. Sanders, Affiliations of the Architecture at Nemrut Dağı, In: Donald H. Sanders, The Hierothesion of Antiochos I of Commagene, Eisenbrauns, Winona Lake, 1996 , p. 144–145..

Terrasse est Les statues monumentales des dieux, assis sur des trônes tournent le dos au tumulus et regardent vers la terrasse. Elles sont composées de blocs de calcaire en sept assises d'une hauteur d'environ un mètre. La partie supérieure se composait uniquement d'un bloc unique de 2,5 à 3 m de haut, qui formait la tête de la statue. Les personnages atteignaient ainsi une hauteur de plus de huit mètres. L'empreinte des trônes, y compris le repose-pieds placé devant eux, couvre un peu plus de trois mètres carrés. Dans le cas de la figure de Zeus, qui occupait la place centrale et dépassait également les autres en hauteur à 8,75 mètres, la base est également plus grande, de 3,82 × 3,32 mètresF. K. Dörner, J. H. Young, Sculpture and Inscription Catalogue, In: Donald H. Sanders, The Hierothesion of Antiochos I of Commagene. Eisenbrauns, Winona Lake, 1996 , p. 182–205..

La disposition des dieux est de gauche à droite : Antiochus, Commagène, Zeus-Oromasdès, Apollon-Mithra-Hélios-Hermès et Héracles-Artagnès-Arès. Ils sont flanqués des deux côtés par un aigle plus grand que nature et à l'extérieur par un lion.

Sur la terrasse est, les trônes des grandes sculptures sont partiellement conservés jusqu'à hauteur d'épaule. Les têtes sont toutes tombées et ont été placées devant les sièges. Au début des recherches de Goell et Dörner en 1953, la tête de la déesse Commagène était la seule encore en place, mais elle est tombée entre 1961 et 1963 à la suite d'un coup de foudre. La plupart des têtes ont perdu les éléments supérieurs de leur couvre-chef ou de leur couronne. Les nez et les lèvres sont pour la plupart ébréchés. Otto Puchstein a supposé en raison de la position des têtes que leur chute avait eu lieu simultanément, et l'a donc attribuée à un tremblement de terre. Hans-Gert Bachmann, pour sa part, estime que les influences météorologiques au cours des siècles ont pu suffire à déclencher la situation actuelleHans-Gert Bachmann, Theresa Goell: Geology, In: Donald H. Sanders, The Hierothesion of Antiochos I of Commagene, Eisenbrauns, Winona Lake, 1996 , p. 5–12..