L'église Saint-Remy est une église catholique paroissiale située à Roberval, en France. Elle succède à une première chapelle attestée dès le . Sa silhouette est particulièrement caractéristique, avec sa tour austère au nord et sa succession de trois pignons de hauteur croissante : un pour le porche, un pour la nef et un pour le chœur. La nef non voûtée, de style gothique primitif, date de la fin du , et représente la partie la plus ancienne conservée en élévation. Elle ne se signale que par son beau portail occidental à trois voussures et colonnettes à chapiteaux, dissimulé sous un porche du . C'est de cette époque que datent les parties orientales de style gothique flamboyant, dont la particularité est le doublement du transept. Cette partie de l'église est austère à l'extérieur, mais élégante et lumineuse à l'intérieur, grâce à ses piliers ondulés et ses grandes fenêtres aux réseaux flamboyants. La verrière au chevet du croisillon sud comporte des vitraux Renaissance des alentours de 1538, qui sont classés au titre objet. L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du . Il est aujourd'hui rattaché à la paroisse Sainte-Maxence de Pont-Sainte-Maxence, et les messes dominicales sont célébrées le deuxième dimanche du mois à 9h30 en alternance avec Rhuis de septembre à juin.

Localisation

L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le parc naturel régional Oise-Pays de France, à l'est de la forêt d'Halatte, dans le val du Rouanne, sur la commune de Roberval, dans l'ancien hameau de Noël-Saint-Remy, près du calvaire au milieu du carrefour central de ce hameau, à une altitude de . L'ensemble formé par ce hameau et l'ancien hameau de Roberval, autour de la place du château, est aujourd'hui considéré comme le village de Roberval. La façade occidentale donne sur la rue, dite cavée de l'Église. C'est la seule élévation qui est bien dégagée et bien mise en valeur. Au sud, un corps de ferme se rapproche de près de l'église, permettant à peine de passer devant le croisillon sud. Le chevet est dominé par un talus envahi par la végétation, et un terrain privé. L'élévation septentrionale donne sur un terrain boisé. Jean-Marc Popineau signale l'existence de la source sous l'église, visible dans une niche au début du mur méridional, et donnant naissance à un mince ruisseau d'environ un kilomètre de longueur, qui se déverse dans le Rouanne.. Cette circonstance explique la forte humidité de l'édifice.

Historique thumb|left|Vue depuis le sud. thumb|left|Vue depuis le nord-est ; début XX.

Au , le territoire de l'actuelle commune de Roberval dépend de la paroisse de Noël-Saint-Martin (hameau de Villeneuve-sur-Verberie depuis sa réunion à cette commune par ordonnance du .), doyenné de Béthisy, archidiaconé de La Rivière, diocèse de Soissons. Roberval se situe tout au contraire sur la conscription du doyenné de Pont-Sainte-Maxence, archidiaconé de Breteuil, diocèse de Beauvais.. La limite entre les deux diocèses est matérialisée par le ruisseau du Rouanne. À l'époque carolingienne, avant 802, une première chapelle est construite au hameau de Noël-Saint-Remy, cœur de l'actuel village de Roberval. L'évêque de Beauvais la réclame naturellement pour son diocèse. Or, les paroissiens ayant jusque-là assisté au culte dans une église relevant de l'évêque de Soissons, ce dernier convoite également la chapelle. Un long procès opposant les deux évêques naît de ce différend, et il faut que le roi Charles le Chauve menace de détruire la chapelle en 872 pour qu'elle soit définitivement rattachée au diocèse de Beauvais. Ce procès est l'objet de la première mention écrite connue de l'église de Roberval. Ses murs devaient être en torchis et son toit en chaume, comme souvent à l'époque carolingienne. Il n'en reste évidemment aucun vestige, mais plusieurs sarcophages de cette époque ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques en 1982..

En 1096, le comte de Senlis donne l'église de Roberval au prieuré Saint-Martin-des-Champs, à Paris. Cette donation s'inscrit sans doute dans le mouvement de restitution de biens ecclésiastiques usurpés, encouragé par la réforme grégorienne. Une nouvelle église romane est construite par la suite. En témoignent encore les blocs sculptés ou moulurés réemployés pour les parements intérieurs des parties hautes du clocher actuel. Il s'agit de quatre bases de colonnettes, trois impostes à billettes, un imposte d'angle, quatre chapiteaux à grosses volutes, un chapiteau à petites volutes qui correspond à un type existant en quarante-deux exemplaires sur le clocher de Rhuis, deux chapiteaux à volutes d'angle, un chapiteau à chevrons, cinq claveaux et une dizaine de pierres de la pyramide du clocher.. Leur analyse stylistique a permis à Dominique Vermand d'établir que le clocher roman de Roberval devait être l'œuvre du même atelier que ses homologues de Noël-Saint-Martin, Pontpoint, de Rhuis, et peut-être Saint-Pierre de Senlis (tour nord) ; p. 56.. Contrairement à ce qu'avance Jean-Marc Popineau, les figures grotesques ou sur les culs-de-lampe de la piscine liturgique du croisillon sud ne sont pas des pièces de réemploi provenant de l'église romane, mais homogènes avec le reste de la piscine, et emblématiques de son style gothique flamboyant. C'est apparemment aussi l'avis de Dominique Vermand, qui ne fait pas état de vestiges romans à l'intérieur de l'église. La confusion entre la sculpture romane et flamboyante est fréquente chez les historiens locaux. La tête sculptée sur le pignon d'un bâtiment de la ferme du Fond-Maillet n'est pas non plus romane, et le bénitier à l'entrée de la nef ne l'est pas non plus. Son décor d'arcatures en plein cintre en bas-relief évoque une œuvre rustique de la Renaissance. thumb|Transept et abside, élévation nord. thumb|Transept, clé de voûte de la - « THOVMAS d'ALBARET SdM ».

La nef est remplacée par la construction actuelle à la fin du , alors que le premier seigneur de Roberval, Radulphus de Roberti Valle, est mentionné dans les textes en 1171 et que la population est en progression nette. Ensuite, l'église demeure globalement inchangée pendant quatre siècles et demi. Au second quart du , le chœur et le clocher du sont démolis, et le double transept, le clocher et l'abside actuels sont édifiés ; . sous le seigneur protestant Jean-François de La Rocque de Roberval. Le nom de Thomaus [sic] d'Albaret suivi des lettres SdM qui figure sur l'écusson de la clé de voûte de la première travée du transept devrait correspondre au nom de l'architecte. D'après Eugène Müller, la principale verrière qui subsiste de cette époque, illustrant la vie de la Vierge Marie, daterait des alentours de 1538.. Les verrières n'étant pas montées avant l'achèvement du gros-œuvre, l'on peut donc conclure que l'église est terminée vers cette date. Toujours au cours du , le sol de la nef est exhaussé, et un porche est ajouté devant le portail occidental. Les bases des colonnettes du portail de la fin du sont noyées dans le sol, et le tympan du portail est supprimé pour que les fidèles puissent passer sans encombre.

Sous la Révolution française, la nef est fortement endommagée, ainsi qu'une grande partie des vitraux. En 1818, d'après le sous-préfet, . En 1827, la paroisse de Rhuis est réunie à celle de Roberval. ; p. 33.. Une grande campagne de restauration est lancée en 1866, et s'échelonne sur dix-huit ans. La nef est munie d'une nouvelle charpente en carène renversée ; les tuiles du toit cèdent la place à de l'ardoise ; le dallage du sol est refait ; et le mur gouttereau nord de la nef est entièrement rebâti, en ne conservant que la corniche de modillons sculptés. Grâce aux dédommagements que la commune touche à l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870, la couverture du clocher et du croisillon nord est refaite en 1872. Les lambris du chœur et tous les vitraux, sauf la verrière de la Vie de la Vierge, sont déposés en 1874, et de nouveaux vitraux néo-gothiques sont installés. La sacristie est reconstruite en 1876, et le cimetière est transféré à son emplacement actuel sur la route du Fond-Maillet. La verrière de la Vie de la Vierge est restaurée pour une première fois en 1880. La date de restauration, qui se lit dans le petit soufflet au sommet du tympan, est 1880 et non 1820, et la verrière se trouve dans la baie n° 6 (chevet du croisillon sud) et non la baie n° 4 (sud de l'abside).. Pour finir, un nouvel autel est consacré en 1884... L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du . Le dernier curé de Roberval est l'abbé Le Goffic, installé en 1920, et décédé en 1957. La paroisse de Roberval et Rhuis est alors rattachée à celle de Pontpoint et Fleurines. Elle perd son indépendance en 1996, quand les quarante-cinq paroisses actuelles sont définies., et quand la paroisse de Pontpoint et Fleurines est incorporé dans la paroisse Sainte-Maxence de Pont-Sainte-Maxence. Pontpoint n'a plus de prêtre résident depuis 2003. Les messes dominicales sont actuellement célébrées le deuxième dimanche du mois à 9h30 en alternance avec Rhuis de septembre à juin, ce qui donne environ cinq messes par an..

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

L'église se compose d'une nef non voûtée de quatre travées dépourvue de bas-côtés ; d'un double transept voûté d'ogives, et d'une abside à pans coupés, également voûtée d'ogives. Les deux fois deux croisillons de chaque côté du vaisseau central peuvent aussi être considérés comme collatéraux du chœur. Ils sont pratiquement portés à la même hauteur que le vaisseau central. La première travée du collatéral nord sert de base au clocher. Un porche précédant le portail occidental de la nef. Une tourelle d'escalier ronde flanque l'angle sud-ouest du transept, et la sacristie occupe l'angle entre collatéral nord et abside. L'on accède à l'église par le portail occidental, ou par des petites portes à l'ouest des croisillons. De l'ouest vers l'est, l'église présente trois pignons successifs de hauteur croissante : un pour le porche, un pour la nef et un pour le vaisseau central du chœur. À l'est du clocher, le collatéral nord est couvert par un toit en appentis s'appuyant contre le clocher, avec un demi-pignon au nord, alors que les deux travées du collatéral sud possèdent un pignon commun au sud, et sont donc recouverts par un toit perpendiculaire à l'axe de l'édifice.

Extérieur Façade occidentale et élévations latérales de la nef thumb|upright|Portail occidental.

La façade de la fin du est bâtie en pierre de taille, et précédée d'un porche du en parfaite harmonie avec la silhouette de l'église, qui a toutefois pour inconvénient de ne pas mettre en valeur le portail. Au-dessus du porche, le mur haut de la nef est ajouré par deux fenêtres en plein cintre surmontées d'un simple bandeau doublement biseauté en forme de sourcil, ainsi que par une troisième fenêtre plus petite, mais sinon identique, située plus haut au centre du pignon. Ce dernier est sommé d'une petite croix en antéfixe. Sous le porche, qui surprend par sa largeur, le gâble extrêmement aigu du portail est dissimulé par la charpente. Le décor du portail fait entièrement saillie devant le mur, au lieu d'être pris dans son épaisseur. Déjà en arc brisé et non plus en plein cintre, il s'ouvre sous une triple archivolte torique, qui s'accompagne d'un cordon de fleurs de violettes, très finement sculptées. La retombée des voussures s'effectue sur les tailloirs carrés de chapiteaux sculptés de crochets ou de petites feuilles, dont le style indique la fin du . Ces chapiteaux reposent sur des colonnettes en délit, logées dans les ressauts successifs du mur. Comme déjà signalé, les bases des colonnes disparaissent sous le dallage du porche, bien que ce dernier soit déjà situé en dessous du niveau de la rue. Le niveau du sol a nécessité la suppression du tympan du portail.