thumb|320px|right|La synagogue d'Eisenach La synagogue d'Eisenach inaugurée en 1885, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Eisenach est une ville allemande du Land de Thuringe, à au sud-est de Cassel et à à l'ouest d'Erfurt. Elle compte actuellement près de habitants.
Histoire de la communauté juive Le Moyen Âge Une communauté juive existe à Eisenach depuis le Moyen Âge. Elle remonte certainement à la fin du quand le Landgraf Herman I (1190-1217) désireux de promouvoir l'activité économique de la ville, fait appel aux Juifs afin qu'ils construisent leurs maisons à proximité du marché. Les Juifs s'établissent alors dans la Judengasse (ruelle des Juifs), actuellement la Karlstraße, qui devient la meilleure rue de la ville. Le premier Juif identifié est probablement en 1235, Jechiel ben Jakob, l'auteur de poésies synagogales.
En 1283, une charte est établie pour les Juifs résidant en ville. En 1343, un des côtés de la Judengasse est détruit par le feu. Lors de la peste noire en 1348-1349, les Juifs d'Eisenach ne sont pas épargnés: ils sont massacrés ou expulsés, et il n'y a après plus aucun Juif dans la ville. Mais dès la seconde partie du et pour seulement quelques décennies, les Juifs se réinstallent en ville. En 1411 les Juifs sont expulsés d'Eisenach et des autres villes de Thuringe. En 1510, les juifs sont autorisés à exercer certains commerces en ville, mais n'ont pas l'autorisation de s'y établir.
L'époque moderne Ce n'est qu'en 1804, que le Juif de cour Michael Rothschild obtient l'autorisation de s'installer à Eisenach. Il est suivi dans les années 1820 par d'autres familles juives provenant de communautés rurales avoisinantes.
Au début des années 1860, une petite communauté juive est créée à Eisenach, qui en 1864 compte 72 personnes. Jacob Heidungsfeld en est le premier enseignant et hazzan (chantre), poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1897. L'école religieuse juive est inaugurée en 1865, et en 1868, un Mikvé (bain rituel) ouvre dans le complexe de l'établissement de bains Doberman au 5 Clemensstraße. La population juive augmente rapidement due à l'afflux de familles provenant des villages juifs alentour (Lengsfeld, Gehaus, Herleshausen, Nesselröden, Geisa et autres lieux). En 1877, Eisenach compte déjà 287 Juifs.
La structure professionnelle des chefs de famille juive est très large, avec un fort pourcentage dans le commerce (commerce de bétail, de matériel agricole, de tissu, fourrure, cuir, laine, chapellerie, du bois). En 1877, il y a deux avocats juifs, un médecin, un éditeur, un agent d'assurance, deux banquiers. Dans les années qui suivent certains commerces vont prospérer et employer plusieurs dizaines de salariés, comme les établissements Löwenstein pour la mode féminine et Dreyfus pour la mode masculine. Ils créent aussi des entreprises industrielles, comme l'usine de tambours Weinstein.
Le nombre d'habitants juifs d'Eisenach atteint son maximum en 1904 avec 430 personnes. Dès 1906, ils ne sont plus que 386. Pendant la Première Guerre mondiale, 23 soldats juifs d'Eisenach sont tués au combat et beaucoup de vétérans reviennent avec médailles et citations.
Déjà sous la République de Weimar, la communauté juive doit faire face à une montée de l'antisémitisme. En 1920 et de nouveau en 1924, les vitrines et les enseignes de plusieurs commerçants juifs sont barbouillées de peinture rouge. En 1923 et en 1925, les carreaux de la synagogue sont brisés.
Dans les années 1920, le rabbin régional est le Wiesen et l'enseignant J. Victor. En 1924-1925, ce dernier enseigne l'éducation religieuse à 60 enfants juifs. La communauté dispose de plusieurs associations de charité comme la Chewra Kadischa (Société du dernier devoir), et le Israelitischer Frauenverein (Association des femmes juives).
Sous le nazisme Après l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933, les Juifs d'Eisenach, comme tous les Juifs à travers le Reich allemand, en plus d'être l'objet de brimades, sont spoliés de leurs entreprises et éliminés de la vie publique et économique. De nombreuses familles juives quittent Eisenach, soit émigrent principalement aux États-Unis, soit se réfugient dans de grandes villes allemandes.
Lors de la nuit de Cristal, du au , la synagogue est incendiée et tous les magasins et de nombreuses maisons détenus par des Juifs sont pillés; Le cimetière juif est vandalisé. En septembre 1941, les 145 Juifs encore présents à Eisenach sont arrêtés et entassés dans la maison située 48 Goethestraße et dans quelques autres avoisinantes. Le un premier train emporte la majorité des Juifs vers le camp d'extermination de Belzec. Il n'y aura aucun survivant. En , les personnes âgées de plus de 65 ans et les décorés de la Première Guerre mondiale sont à leur tour déportés vers le camp de concentration de Theresienstadt. Il ne reste alors à Eisenach que trois familles juives qui à leur tour seront déportées dans les mois suivants. Très peu de déportés survivront.
Le mémorial de Yad Vashem: Base de données des victimes de la Shoah; Mémorial de Yad Vashem. de Jérusalem et le Gedenkbuch - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945: Recherche de noms de victimes dans le Gedenbuch; Archives fédérales allemandes. (Livre commémoratif – Victimes des persécutions des Juifs sous la dictature nazie en Allemagne 1933-1945) répertorient 214 habitants nés, ou ayant vécu longtemps à Eisenach parmi les victimes juives du nazisme.
Histoire de la synagogue Le Moyen Âge Une synagogue existe au Moyen Âge. Elle est très probablement située dans la Judengasse sur le terrain du 23 Karlstraße, et s'y trouvait encore au .
Il est aussi probable qu'une autre synagogue se trouvait à partir du milieu du dans la Löbersgasse.
L'époque moderne Dans la première moitié du , les offices se déroulent dans les maisons privées de familles juives, principalement chez Herz Kayser dans la Georgenstraße.
Après la fondation de la communauté juive, un oratoire est inauguré le . Cet oratoire est situé dans l'arrière-bâtiment de la maison du 19 Jacobsplan, qui a été acheté par la communauté juive. La communauté grandissant, cet oratoire devient quelques années plus tard trop petit et les jours de Fêtes, les offices sont célébrés à l'auberge Zum Löwen située dans la Marienstraße. En 1882, pour des raisons de sécurité, l'administration grand-ducale limite à 100 le nombre de fidèles pouvant assister aux offices dans l'oratoire de la Jacobsplan.
La communauté juive va rechercher en 1883 un emplacement approprié pour construire une nouvelle synagogue, et malgré quelques difficultés rencontrées, principalement venant du voisinage, elle peut le déposer la première pierre. L'inauguration officielle de la synagogue a lieu le . Le bâtiment de la synagogue comprend aussi des salles de réunion ainsi que des salles de classe pour l'éducation religieuse des enfants. La synagogue est équipée d'un orgue et les offices sont enrichis par un chœur.
Le correspondant local de la revue Der Israelit décrit en détail l'inauguration : magazine Der Israelit du 26 janvier 1885.: L'inauguration solennelle de la synagogue a eu lieu à 11h30. Après que les membres de la communauté et les nombreux invités de notre ville et des environs eurent pris place dans la synagogue joliment décorée et parée d'un charmant vert pour honorer le jour, les hommes dans la nef et les femmes dans les galeries, les festivités ont commencé à l'extérieur avec la remise des clés par . Fischer, en tant que suppléant du malheureux architecte . Hermann Hahn malade, en prononçant les mots adaptés. Le responsable du culte, Backhauß, avec remerciement et en demandant que cette maison de Dieu puisse être recommandée à la protection de la ville, a ouvert la porte principale. Avec le chant du psaume "Béni soit celui qui vient au nom de l’ÉternelLivre des Psaumes 118-26, Version Louis Segond – 1910.!", le cortège pénétra sous le porche, avec en tête les enfants avec des bâtons décorés, puis d'autres chants se firent entendre provenant de l'intérieur du temple. Les quatre rouleaux de Torah décorés sont alors amenés, suivis du grand-rabbin du grand-duché Salzer, du directeur du district von Beust, du conseiller privé Roese, du maire Peffer, des membres du conseil municipal et des représentants des églises et enfin des responsables du culte israélite. Les rouleaux de Torah sont déposés sur l'autel et l'officiant entame la prière " Qu’elles sont belles, tes tentes Livre des Nombres 24-5; Verset complet: Qu’elles sont belles, tes tentes, ô Jacob ! Tes demeures, ô Israël !. " accompagnée de chants pour l'installation des rouleaux de Torah dans l'Arche Sainte. Cet acte solennel de consécration effectué par le grand-rabbin a fait sur toutes les personnes présentes une impression très exaltante. Des mots de grâce et d'intercession, choisis de façon très appropriés, soulignèrent l'importance de l'édification de cette maison de Dieu dans notre ville. Après la prière rituelle pour la maison grand-ducale et pour la patrie récitée par le grand-rabbin régional, est entonné le chant Sammelt euch, o Brüder (Rassemblez-vous, oh mes frères), suivi du sermon du grand-rabbin basé sur l'introduction du Psaume 145-18: "L’Éternel est près de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent avec sincéritéLivre des Psaumes 145-15, Version Louis Segond – 1910.". Nous devons admettre que le sermon de consécration prononcé par . le Salzer fut excellent, profondément religieux, d'une véritable humanité et rempli d'exigence sur la dévotion religieuse. Le prédicateur a décrit l'importance et la valeur de la maison de Dieu d'une façon si convaincante que tout l'auditoire l'a écouté avec une attention soutenue. Il fut demandé si le Salzer pourrait nous faire la faveur de publier son sermon. Avec le chant "Les Cieux racontent la gloire de DieuLivre des Psaumes 19-2, Version Louis Segond – 1910. Verset complet: Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains ", le grand-rabbin dit une prière de clôture très inspirée dans laquelle il demanda à Dieu de remercier et de recommander à la grâce divine la maison grand-ducale, l'empereur et l'empire, la patrie et son gouvernement, notre ville, ses dirigeants et ses habitants, la communauté israélite et ses représentants, l'architecte et son personnel, tous inclus sans distinction de croyance. Un triple Amen termina la prière et la cérémonie, qui a très impressionnée les assistants. Les chœurs et même les solos ont été très bien entendus, ce qui démontre que la synagogue est très bien construite acoustiquement. thumb|200px|right|Synagogue d'Eisenach en train de brûler le 10 novembre 1938- (Photo: Eisenach Stadt-Archive)
Sous la République de Weimar et le nazisme En 1923 et 1925, les fenêtres de la synagogue sont brisées. En 1933, la synagogue subit une tentative de destruction de la part des antisémites. La revue Der Israelit rapporte l'évènement: Magazine Der Israelit du 21 avril 1933.:
Il y a quelque nuit, trois hommes se trouvaient dans le jardin de la synagogue pour observer et préparer quelque chose. Ils se sont enfuis à l'approche de la police qui a trouvé sur place des boites en fer blanc avec des explosifs munis de cordeau détonant. Selon la police, ils prévoyaient une attaque contre la synagogue. Le procureur général a promis une récompense de 300 marks pour ceux qui permettraient la capture des auteurs de cette tentative d'attentat.
Lors de la nuit de Cristal, dès 22h30 le , la synagogue est incendiée. Auparavant des membres des Jeunesses hitlériennes et de la SA ont pénétré à l'intérieur de la synagogue, pillé les objets de culte et démoli le mobilier. Quelque temps plus tard, les ruines de la synagogue sont déblayées et le terrain devient possession de la ville.
Les rabbins