Le parc national Yasuni (PNY) est une zone de . située en Amazonie équatorienne dans les provinces d'Orellana (cantons d'Aguarico et Coca) et de Pastaza (canton d'Arajuno), dans le nord-est de l'Équateur, à de Quito, entre le río Napo et río Curaray, dans une des mondiales de mégadiversité (point chaud majeur pour la biodiversitéYasuni ITT Conservar la biodiversidad). C'est une des protégées du pays qui a mis en réserve 20 % de son territoire, soit environ d'hectares où la déforestation concerne autour de . Le parc est situé à faible altitude ().
Les sous-sols de ce parc recèlent 20 % des réserves de pétrole brut du pays. Le président Rafael Correa propose, sous la supervision de l'ONU en 2007, de ne pas exploiter ces réserves en échange de fonds équivalents à la valeur de cette ressource. Devant l'échec de cette proposition — moins de 1 % des fonds ayant pu être récoltés — le même président donne en l'autorisation d'exploiter ces gisements. L'exploitation fait l'objet de référendums en 2018 et 2023. La majorité des votants s'est exprimée contre la poursuite de l'exploitation., mais ce résultat est ignoré depuis lors par les autorités politiques équatoriennes qui poursuivent l'extraction pétrolière sur ce site.
Description du parc
thumb|Atticora fasciata, l'une des très nombreuses espèces d'oiseaux de la jungle équatorienne. thumb|Les amphibiens (ici : Phyllomedusa vaillantii qui sont en forte régression dans le monde entier sont encore nombreux et très diversifiés dans le parc national. C'est dans cette région qu'on trouve la plus grande diversité d'amphibiens pour tout le continent américain. thumb|Bothriopsis bilineata smaragdinus. Biodiversité Le parc, essentiellement constitué de zones forestières ou de marais, a été classé en aire protégée en raison de sa très grande biodiversité notamment en amphibiens, oiseaux, mammifères et plantes.. et a été désigné par l'UNESCO en 1989 réserve de biosphère..
Les premières études faites dans la zone de l'Añangu, notamment par l'Université du Texas, ont montré une richesse écologique très élevée pour les plantes (bien que sans atteindre, pour les arbres, certains records enregistrés dans d'autres forêts tropicales de plaineBalslev, H. and Renner, S.S. (1989). Diversity of east Ecuadorean lowland forests. In Holm-Nielsen, L.B., Nielsen, I. and Balslev, H. (eds), Tropical forest: botanical dynamics, speciation and diversity. Academic Press, Londres. .), les amphibiens (environ , soit plus que dans toute l'Europe ou aux États-Unis et Canada réunis) et les insectes (). Cette richesse résulte d'une longue période de relative stabilité écologique, depuis la dernière crise d'extinction majeure, il y a d'années ; le territoire a également constitué une zone-refuge durant les glaciations. Ce sont d'arbres de plus de de diamètre qui ont déjà été inventoriées (avec un record de sur ) ; avec de 153 à 228 espèces par hectare en forêt non inondée et 146 en plaine inondable (19 % seulement des espèces étant trouvées dans ces deux milieux à la fois).
Comme ailleurs dans les plaines néotropicales, les Moraceae et les légumineuses dominent la flore.
L'inventaire est cependant encore très incomplet. À titre d'exemple, deux semaines d'exploration près d'un puits d'exploration pétrolière dans l'ouest du parc, ont suffi pour trouver plusieurs nouvelles espèces d'arbres et au moins deux nouvelles espèces d'orchidées et plus de connues dans d'autres pays sud-américains, mais qui n'avaient pas encore été repérées en ÉquateurNeill, D.A. (1988b). The vegetation of the Amo 2 oil well site, Yasuní National Park, Napo Province, Ecuador. 4 pp. Unpublished.. Comme souvent dans les jungles, de nombreuses espèces ont une distribution très hétérogène.
thumb|Les perroquets sont « géophages ». Parfois très nombreux (Vidéo., ils viennent manger de l'argile riche en kaolin, smectite) et mica, prélevée sur certaines berges des fleuves. L'hypothèse majoritairement retenue est que ceci les aiderait à digérer sans séquelles des plantes ou fruits riches en alcaloïdes et autres toxiques (et pas à enrichir leur alimentation en sels minéraux, car la terre qu'ils choisissent est souvent moins riche en minéraux qu'à d'autres endroits proches, et bien moins riche que leurs aliments courants)... thumb|Le parc Yasuni abrite de nombreuses espèces rares et originales (ici Peripatidae). C'est la plus grande des aires protégées continentales de l'Équateur et l'un des points chauds de la diversité génétique, déclaré réserve de biosphère par l'UNESCO en 1989.. Les scientifiques qui y travaillent considèrent qu'il s'agit probablement de l'un des lieux les plus riches en biodiversité au monde.
Fin 1992, les botanistes de l'herbier national de l'Équateur avec l'aide du Jardin botanique du Missouri ont lancé un inventaire floristique de grande envergure le long d'une ligne matérialisée par un oléoduc qui se construisait sur en pleine forêt primaire, dans le parc national Yasuni et la réserve ethnique Waorani. Les échantillons ont été prélevés durant deux ans (sur des arbres abattus) et sont en cours d'étude.
thumb|Oxyrhopus melanogenys, juvénile. thumb|La couleur bleue est rare dans le monde animal, Les jungles abritent quelques oiseaux et papillons qui l'arborent, souvent avec des reflets irisés ou métallisés. Ici il s'agit de Lepidothrix coronata, dans le parc Yasuni. Étant donné le nombre d'espèces endémiques ( confirmées sur 103 possiblesSource: ECOLAP y MAE. 2007. Guía del Patrimonio de Áreas Naturales Protegidas del Ecuador. Ecofund, FAN, DarwinNet, IGM. Quito, Ecuador) et d'espèces rares et/ou menacées, le parc joue un rôle majeur en matière de protection des ressources génétiques. Il est aussi une source de richesse pour les Amérindiens autochtones, une nécessité pour la protection de l'eau et des bassins versants, et un support d'écotourisme.
Populations La réserve ethnique Waorani adjacente s'étend sur , en forme de diabolo. Sa moitié orientale s'insère dans le parc qui l'entoure au nord, à l'est et au sud. L’autre moitié s'étend à l'ouest, mais est coupée de la précédente par la route qui remonte du sud vers le nord vers la ville de Coca (ou Puerto Francisco de Orellana, port et centre pétrolier). Des colons occupent des bandes de de large de chaque côté de cette route. Les Amérindiens Waorani sont donc contraints de traverser une zone de vingt kilomètres de large pour aller d’une partie à l'autre de la réserve. Cette route constitue ainsi un important facteur de fragmentation écologique.
Dans les années 1960-1970, plusieurs dizaines de milliers d'Amérindiens vivaient dans cette région..
Menaces thumb|Station biologique Tiputini., laboratoire in situ créé en 1994 par l'université San Francisco de Quito en collaboration avec l'université de Boston, pour l'étude de la biodiversité sur quadrillés par de layons, dans le Nord du parc (à environ de Quito). Elle a contribué à de nombreuses publications scientifiques. et à l'identification de d'amphibiens reptile, d'oiseaux et de mammifères. Elle a fait l'objet de reportages notamment de la série de la BBC Andes to Amazon, du National Geographic et de la NPR (National Public Radio première radio publique américaine). 80 % des personnes qui y sont hébergées sont des étudiants, en biologie ou écologie pour la plupart. thumb|right|200px|Le tatou géant Priodontes maximus ; le plus grand des tatous, actuellement menacé d'extinction car particulièrement recherché par les chasseurs. Il pèse généralement jusqu'à mais pourrait atteindre pour une longueur de . thumb|Le singe laineux ou Lagothrix lagotricha est l'une des nombreuses espèces de singes du parc, adapté à la vie dans les arbres à plusieurs dizaines de mètres du sol. Il fait partie des espèces menacées (par la chasse, la déforestation et la fragmentation forestière. Comme la réserve qui lui est associée, le parc est cependant menacé par trois principaux facteurs : la construction de routes (morcellement écologique de la forêt, pollution routière, modification de l'hydroécologie, pénétration facilitée des braconniers et bûcherons illégaux…) ; la construction de pipelines et autres installations pétrolières. Il a fallu attendre 2005 pour que le gouvernement décide[July 13 , 2005 Commission to Attend to Demands of Indigenous] de créer une commission d'étude d'impact de l'exploration et exploitation pétrolière de la zone du parc habitée par les Huaorani, le ministre de l'Intérieur, Mauricio Gandara, ayant à cette occasion rencontré les leaders Huaorani venus dans la capitale réclamer la révocation des autorisations accordées par le gouvernement à la compagnie PetrobrasEl Comercio A Commission to Attend to the Demands of the Indigenous Quito, EFE 13, 2005-07-13 ; des déforestations par des colons illégaux et la surexploitation de ressources forestières ne pouvant se renouveler que très lentement en raison de la pauvreté des sols (sols presque partout acides et oligotrophes ou engorgés tout ou partie de l'année).
Hors du parc, la région amazonienne a été le plus souvent défrichée et convertie en pâturage et petites fermes puis localement en culture de palmiers à huile (Elaeis guineensis) et de « naranjillas » (Solanum quitoense), INIAP, 2008, cité par le groupe de travail intersessions sur l'article 8j et les dispositions connexes de la convention sur la diversité biologique, Progrès de la mise en œuvre de l'article 8j et des dispositions connexes et de son intégration dans les divers domaines de travail au titre de la convention et dans les rapports nationaux, Note du Secrétaire exécutif, , Montréal, 31 octobre au 4 novembre 2011.
Déforestation thumb|La jungle abrite aussi diverses espèces de palmiers dont Socratea exorrhiza. Contrairement à une idée répandue, si les plantes pionnières poussent souvent très vite sous ce climat, les grands arbres de ces régions poussent très lentement, la reconstitution à l'identique (c'est-à-dire avec des espèces non pionnières) de la canopée prend de 500 à ans au moins.
Les analyses d'images satellitaires. (Landsat par exemple) faites par la NASANASA Ames Research Centre, l'université de Californie et le Conservation Research Center de la Smithsonian Institution ont montré en 2004 que, malgré le statut de réserve ethnique, de réserve de la biosphère de l'UNESCO et de parc national, la région continue à être défrichée. Le taux annuel moyen de déforestation était de 0,11 % au début des années 2000, mais avec une tendance à la hausse qui, si elle devait se poursuivre, conduirait à ce qu'avant 2063, 50 % de la forêt située à environ d'une route d'accès au pétrole soit perdue et offerte à une colonisation sans entrave et à une conversion anthropique en zone de culture ou d'habitation.
L'analyse des images satellitaires montre que parmi plusieurs facteurs de risque (distance à une route, rivière, installations de recherche, installations pétrolières, marchés et villes, terre occupée par des colons, habitants indigènes, et compagnie pétrolière), la « proximité d'une route » est le meilleur prédicteur de la déforestation. Inversement, la proximité des sites de recherche, des installations pétrolières, d'un marché, et des rivières diminue de manière significative les risques et le taux de déforestation, alors que la proximité de villes l'augmente de manière significative mais moins que la proximité d'une route.
Exploitation pétrolière