Armel Guerne, né à Morges (Suisse) le et mort à Marmande (Lot-et-Garonne) le , est un poète et traducteur de langue française, de père suisse et de mère française. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut membre du réseau Prosper-PHYSICIAN du service secret britannique Special Operations Executive, aux côtés de Francis Suttill « Prosper », le chef du réseau.

Biographie

Famille Il est le fils de Denis Guerne (1880, Malleray - 1941, Saint-Germain-en-Laye) et d'Angèle Gohard (1883, Nantes - 1972, Saint-Germain-sur-Avre), mariés en 1909 et divorcés en 1918. Ses parents ont eu deux autres enfants : Alain (1910, Morges - 1973, Paris) et Arlette (1912, Morges - 1984, Nogent-le-Rotrou).

Armel Guerne a eu pour épouse Jeanne-Gabrielle Berruet (dite « Pérégrine »)E. M. Cioran—Armel Guerne, Lettres 1961-1978, L’Herne, 2011, p. 11., et pour compagnes Marie-Thérèse Woog (« Maïthé »), fille du peintre Raymond Woog, et Ellen Guillemin Nadel Jeanne Gabrielle Berruet (1907, Angers - 1993, Paris), surnommée familièrement Pérégrine. Elle enseigna dans un cours complémentaire, en province, de 1927 à 1931. Ils se marièrent le 31 octobre 1939, à Paris. Pendant la guerre, elle fut associée à l'activité de son mari. En 1943, elle fut arrêtée et déportée par les Allemands. Après la guerre, elle fut la secrétaire bénévole de Georges Bernanos. Elle aida aussi le Chanoine Osty pour la mise au propre de sa traduction de la Bible. Marie-Thérèse Woog, pianiste, fille du peintre Raymond Woog, surnommée Maïthé. Ils se rencontrèrent à Londres en 1945 et ils eurent un fils, Christophe Woog, né le et une fille Nathalie Woog, née le . Elle s'est alors convertie au catholicisme. Maïthé aussi fit partie d’un réseau de la section F du SOE, le réseau JOCKEY implanté dans la Drôme où elle fut courrier de Pierre Raynaud « Alain ». Ellen Guillemin Nadel, fille du poète allemand . Ils se rencontrèrent en 1947 au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés. Elle mourut le , sept ans après Armel Guerne, à l'hôpital de Tonneins, d'une rupture d'anévrisme au cerveau suivie d'une hémiplégie avec suspension de la parole. Comme lui, elle est enterrée au cimetière de Tourtrès..

Avec Maïthé il eut deux enfants non reconnus, Christophe Woog en 1945, et Nathalie Woog en 1949.

Les premières années (1911-1939) Après le divorce des parents, Armel et son frère vivent avec leur père qui part s'installer en France, près de Paris, en 1920. Armel poursuit ses études au lycée de Saint-Germain-en-Laye, avant de se voir couper les vivres par son père, qui voulait lui imposer des études de commerce. Aidé par la famille de son meilleur ami Mounir Hafez, il peut continuer ses études. En 1929, il est ensuite professeur en Syrie, où il reste quelques mois. De retour en France, en 1932, avec le docteur Roger Frétigny, il fonde à la Sorbonne le « Groupe d'études psychologiques », prononce quelques conférences. Il participe aussi à la fondation des éditions du Grenier, où est publié son premier livre, Oraux, en 1934.

1911. - Le avril, naissance d'Armel Eugène Guerne à Morges, en Suisse (près de Lausanne, sur les bords du Léman), dans le canton de Vaud.

vers 1916. Début de scolarité au lycée de Morges.

1918. Le , divorce des parents. Alain et Armel restent avec leur père.

1920. Son père quitte la Suisse et vient s'installer près de Paris, à Poissy (où il est directeur d'une grande usine de pièces détachées Renault), puis à Saint-Germain-en-Laye. Armel a alors neuf ans.

1926. Armel entre au collège de Saint-Germain-en-Laye où il sera l'élève de Marcel Roby (ce collège portera plus tard le nom de cet homme). Il retrouvera Marcel Roby, en , au camp de transit de Compiègne, arrêté comme lui par la Gestapo.

Vers 1928. Armel Guerne refuse de faire des études commerciales et se désintéresse de l'usine. Pour cette raison, âgé de 16 ou 17 ans, il est mis à la porte de la demeure familiale par son père. Il poursuit ses études grâce à l'aide de Madame Zulficar, la mère de Mounir Hafez - son meilleur ami (Madame Zulficar est la tante de la femme du roi d'Égypte, Farouk à cette époque. Mounir Hafez mourra le à l'âge de 87 ans. Dans l'avis obituaire, il est nommé "Prince Mounir Hafez"). Année de préparation au baccalauréat.

1929-30. Il passe neuf mois en Syrie, au collège de Tartous où il est lecteur de français tout en assurant les fonctions de professeur de gymnastique.

1930. À son retour en France (il embarque sur un bateau à bord duquel il travaille), il fonde à la Sorbonne, avec le docteur Roger Frétigny et quelques amis, le « Groupe d’Études Psychologiques ». Fondation aussi des Éditions du Grenier.

1934. Parution de son premier livre, Oraux. Il rencontre le philosophe Paul Ludwig Landsberg et les peintres André Masson et Camille Bryen, et se lie d'amitié avec eux. Il rencontre aussi Paul Éluard, Georges Bataille, « des hommes de lettres trop légers », et André Breton. Vers la même époque, il fait la connaissance de Jane Gabrielle Berruet, dite Pérégrine.

1938. Traduction des Hymnes à la Nuit de Novalis, chez G.L.M., frontispice d’André Masson. Le Livre des quatre éléments, chez G.L.M.

La résistance (1939-1944) Pendant la Seconde Guerre mondiale, il cesse toute activité littéraire pour se consacrer aux actions de résistance : il s'engage dans un réseau britannique du Special Operations Executive, le réseau Prosper-PHYSICIAN, aux côtés du chef du réseau, Francis Suttill « Prosper », dont il devient le second. Lors de l'effondrement du réseau fin , il est arrêté par la Gestapo, est interné à la prison de Fresnes puis au camp de Royallieu près de Compiègne. Envoyé à Buchenwald, il réussit en chemin à s'échapper du train avant Charleville et rejoint Londres.

La boîte déroulante ci-dessous détaille cette période de sa vie.

1939. Le , à Paris, il épouse Pérégrine avec qui il vit depuis quelques années, installés 12, rue Lalande, dans le XIV arrondissement de Paris. Guerne cherche à s'engager dans l'armée française mais est déclaré inapte en raison d'une triple fracture du bassin contractée à l'âge de quinze ans.

1940. Il fait la connaissance d’Albert Béguin, par lettre, en donnant des extraits de sa traduction des Élégies de Duino de Rainer Maria Rilke à la revue Esprit). Il entreprend de faire des causeries antipétainistes auxquelles assiste, entre autres, le professeur Paul Masson-Oursel.

1941. Dans Paris, il perpètre des actes de sabotage personnels contre l'armée allemande. Il incendie notamment des camions près de la Bibliothèque Nationale. Parallèlement, il est porteur de colis sur remorque (à bicyclette) à S.V.P. pour protester contre les écrivains qui prêtent leur plume aux AllemandsLe dramaturge Daniel Mauroc racontera dans un témoignage que, transporté par un vélo-taxi, il eut pendant le trajet une insolite conversation sur la poésie avec le pédaleur qui n'était autre qu'Armel Guerne.. Il pratique aussi, pendant quelques mois, le métier de déménageur. À la fin de l'année, Guerne commence un Journal. On y lit qu'il n'obtint pas la subvention nécessaire à la traduction des œuvres de Paracelse (refus du ministre de la culture d'alors : Jérôme Carcopino) malgré le soutien de Gaston Bachelard et du professeur Émile Bréhier.

1942 Guerne et sa femme Pérégrine entrent dans la Résistance. D'abord dans le réseau CARTE de l'affichiste André Girard, par l'intermédiaire de Germaine Tambour (secrétaire d'André Girard) Décembre. Dans les locaux du Hot Club de France, ils rencontrent Francis Suttill, le chef du grand réseau Prosper-PHYSICIAN, l'un des réseaux mis sur pied en France par le service secret britannique Special Operations Executive. Suttill les engage aussitôt. Armel, qui devient alors « Gaspard », et Pérégrine deviennent les intimes de Suttill, qui fait de Guerne son second dans le réseau. Il cesse toute activité littéraire.

1943 Janvier-juin. Il se consacre entièrement aux activités du réseau Prosper-PHYSICIAN. Il monte notamment plusieurs sous-réseaux : Gaspard , à Maule. Le secteur comprend un terrain d'atterrissage et un dépôt d'armes. Il sert de lieu de rassemblement pour les nombreux résistants recrutés dans l’École d'agriculture de Grignon. Gaspard , en Bretagne (Nantes, Guémené-Penfao, Rennes). Armel Guerne confie la direction de ce secteur au frère de sa femme Pérégrine, Charles Berruet « Christophe », dont la femme Suzanne devient l'agent de liaison. Gaspard , dans les Ardennes (Charleville-Mézières) et dans l'Aisne (Vervins, Hirson). Au vu du développement de ce secteur, avec ses dépôts d'armes et un groupe de saboteurs d'aiguillages ferroviaires, le SOE envoie deux agents canadiens Frank Pickersgill « Bertrand » et John Macalister « Valentin » pour y constituer un nouveau réseau, ARCHDEACON. Mais ce réseau avorte finalement en raison de l'arrestation des deux canadiens le à Dhuizon en Sologne, très peu de temps après leur arrivée, alors qu'ils sont en route pour rencontrer Francis Suttill et Armel Guerne à la gare d'Austerlitz pour le passage de témoin. À la fin du mois de juin, le réseau s'effondre : Francis Suttill « Prosper », Gilbert Norman « Archambault », Andrée Borrel « Denise » sont arrêtés le , et dans les semaines qui suivent de nombreux membres du réseau également. Le 30, se réunissent à Paris pour discuter des mesures de sécurité à prendre : • Michael Trotobas « Sylvestre », chef du réseau FARMER à Lille • Gustave Biéler « Guy », chef du réseau MUSICIAN à Saint-Quentin • Marcel Fox « Ernest », chef du réseau PUBLICAN • Jean Worms « Robin », chef du réseau JUGGLER à Châlons-sur-Marne • la comtesse de La Rochefoucauld • les Guerne. Mais aucune décision n'est prise. Avec France Antelme, il envisage son départ à Londres à la lune de juillet, pour suivre l'entraînement d'agent. Juillet. Le , vers 14 h 30, à la sortie du restaurant Chez Tutulle, 8 rue Troyon (Paris XVII), Armel Guerne et sa femme sont arrêtés, lors d’une souricière, tendue par la Gestapo, dans laquelle tombent aussi les personnes qui déjeunaient avec eux : Jean Worms « Robin », le chef du réseau JUGGLER et deux de ses amis, Paul GuérinPaul Guérin est un membre actif de la Résistance intérieure française. Il rejoint la France libre en 1942 et participe à diverses actions de sabotage contre les forces d'occupation allemandes. Il est également impliqué dans le réseau Résistance PTT, qui écoutait et retransmettait des informations aux Alliés. et Claude PissarroClaude Pissarro, de son vrai nom Claude Bonin-Pissarro, est le petit-fils du peintre impressionniste Camille Pissarro. Pendant l'Occupation, il joue un rôle crucial dans la protection des collections d'art des musées français, notamment celles du Louvre et du musée Calvet. Il rejoint également la Résistance en tant qu'officier de liaison et de renseignement.(Source ). Aussitôt interné à la prison de Fresnes, Armel Guerne y passera environ quatre mois au grand secret, dans la cellule 311 (Source ). Lors des interrogatoires, il a l'occasion d'être mis en présence de Gilbert Norman, qui lui demande de mettre en application une convention établie avec les Allemands, selon laquelle tous les dépôts devraient leur être livrés en échange de l'assurance que toutes les personnes du réseau arrêtées auraient la vie sauve. Septembre. Les Allemands emmènent Armel Guerne dans les Ardennes pendant quelques jours. En application de la convention, il demande aux résistants de livrer les dépôts d'armes. Novembre. Le 11, il est transféré au camp de Royallieu, à la périphérie de Compiègne.

1944.