vignette|redresse=1.2|Panorama sur le grand lac et sur le bourg de Clairvaux-les-Lacs. Jura. vignette|redresse=1.2|Plage et rive Nord-Est du grand lac de Clairvaux-les-Lacs. Jura.

Le Grand Lac de Clairvaux est un regroupement de plus de 18 sites palafittiques préhistoriques datant du Néolithique, répartis autour du Grand Lac de Clairvaux, situé en France, dans le département du Jura, sur la commune de Clairvaux-les-Lacs. Ce site regroupe un ensemble de cités lacustres réparties autour du Grand Lac de Clairvaux. Il a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO le avec 110 autres sites palafittiques répartis autour de l'arc alpin en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, en Slovénie et en SuisseAnnonce de l'entrée des sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes sur le site de l'UNESCO.Liste des sites palafittiques entrés au patrimoine mondial de l’UNESCO..

Géographie Situation

Le Grand Lac de Clairvaux est situé à vol d'oiseau à au sud-est de Lons-le-Saunier et à au nord-ouest de Genève.

Le site du Grand Lac de Clairvaux est situé au cœur du massif du Jura, dans les marais et tourbières bordant les lacs de Clairvaux. Le site est implanté dans une petite vallée, large de et longue de creusée par le glacier jurassien lors de la dernière glaciation, à une altitude comprise entre 525 et et entourée par des montagnes et collines culminant à environ d'altitude. Le village de Clairvaux-les-Lacs forme un arc autour du Grand Lac et encercle la partie nord du site ; le village est situé à minimum de la partie nord du site, située au nord du Grand Lac, et à de la partie sud, comprise entre le Grand Lac au nord et le Petit Lac au sud.

Géologie

Le site est situé dans une région qui a été modelée principalement par le passage du glacier jurassien, lors de la glaciation de Würm (de 115 000 à 11 700 AP). Ceci explique le fait que les sols de l'environnement du site sont en très large majorité des débris glaciaires jurassiens. On remarque cependant sur les hauteurs autour de la vallée l'affleurement local de calcaires du Jurassique, vestiges de l'ancien plateau qui se trouvait là et qui devait culminer à environ d'altitude avant d'être érodé par le glacier würmien. Cette région nommée la combe d'Ain correspond à la limite maximale du glacier jurassien würmien comme en témoignent les moraines frontales situées autour de la vallée des lacs de Clairvaux. Lors d'une première phase de retrait du glacier, ce dernier abandonne des croissants morainiques qui forment une barrière devant la vallée, ce qui permet la formation d'un lac, grâce aussi à l'imperméabilité des sols chargés de débris glaciaires. Au fil des siècles, ce lac se comble par des marais et des tourbières qui l'entourent et le séparent en deux pour donner les deux lacs de Clairvaux actuels.. Les sols où sont implantés les sites palafittiques sont des tourbières et marais humides perméables très acides qui ralentissent la décomposition de la matière organique, ce qui a permis un état de conservation exceptionnel des vestiges lacustresCarte géologique de la France consultée sur InfoTerre.Les conditions de fouilles au bord des lacs de Chalain et Clairvaux..

Histoire Paléoenvironnement Climat

Hydrologie Au cours de la période d'occupation néolithique, le niveau du Grand Lac de Clairvaux a subi plusieurs fluctuations qui ont pu être étudiées lors des fouilles récentes, principalement sur la station de Clairvaux IX et sur les bords du Petit Lac, à l'aide de la datation par le carbone 14. Durant la période de l'Atlantique ancien (vers BPSoit environ ), le niveau du lac est similaire au niveau actuel ; la couche sédimentaire de cette période se caractérise par un dépôt carbonaté d'origine lacustre riche en oncolithes. À l'Atlantique récent, vers BP, on assiste à une régression du niveau du lac pendant une période relativement courte qui s’ensuit rapidement d'une remontée au-dessus du niveau actuel. Le début du Subboréal (v. BP) se caractérise par une nouvelle courte régression plus forte que la précédente. qui est suivie d'une transgression. Entre et BP, le Grand Lac connaît une période de régression qui concorde avec une phase de retrait prolongé des glaciers alpins, ainsi que du niveau des lacs jurassiens et préalpins, bien que l'on remarque chez ces derniers quelques courtes périodes de transgression qui n'apparaissent pas dans la série stratigraphique du Grand Lac. Il est cependant possible que cette phase eut connu de courtes périodes de transgression qui ne furent cependant pas suffisamment importantes pour arrêter le processus de tourbification caractérisant les périodes de régression et mettre en place un processus de dépôt carbonaté. Postérieurement à cette phase, on retrouve une période de transgressions séparées par de courtes régressions ( BP, BP et BP)..

Malgré les différences de faciès sédimentaires entre les périodes de transgression (dépôts carbonatés) et de régression (tourbe), il apparaît que l'amplitude des variations du niveau du Grand Lac est relativement faible : de l'ordre de . Cela a été déterminé par l'alternance d'un lithofaciès de tourbe littorale et d'un abondant lithofaciès d'oncolithes et d'autres concrétions carbonatées qui se forment dans la zone eulittorale du lac, à très faible profondeur. Cette amplitude de correspond aussi à la différence moyenne de nivellement entre les périodes de crue et les périodes d'étiage. Les phases de transgression lacustre se caractérisent également par une coïncidence avec un renforcement du ruissellement et du processus d'érosion des pentes riveraines du lac. Ce phénomène explique ainsi la présence de débris de lithoclastes et de fragments de tufs allochtonesIl s'agit d'apports de l'érosion des pentes de la cuvette lacustre. dans les niveaux carbonatés autochtones. Inversement, de tels débris ne sont pas présents dans les niveaux de tourbe caractérisant les périodes de régression, ce qui montre une faiblesse de l'intensité des phénomènes de ruissellement et d'érosion durant ces phases.

Recherche archéologique Premières découvertes Découvertes du

Les premières trouvailles fortuites de vestiges archéologiques sur le site du Grand Lac de Clairvaux remontent à 1835. À la suite de la découverte en 1858 de deux haches en pierre polie, dans un fossé à proximité du lac, fait pressentir au conservateur du musée de Lons-le-Saunier de l'époque, Zéphyrin Robert, l'existence probable d'une station lacustre dans le secteur du lac. Dans le secteur de la Motte-aux-Magnins, le creusement de fossés d'assainissement met régulièrement au jour des objets divers :

Le Mire précise par ailleurs qu'avant la découverte des stations lacustres néolithiques, la présence de ces objets était interprétée par les savants de l'époque comme des témoignages de l'époque druidique et des cérémonies religieuses de ce culte..

Fouilles de Jules Le Mire

Le 27 juin 1870, le maître de forges de Pont-de-Poitte et propriétaire du lac, Jules Le Mire, identifie les têtes de pieux en bois de chêne dépassant de la craie lacustre, au niveau de la Motte-aux-Magnins, comme des vestiges de stations lacustres préhistoriques. Cette découverte eut un grand retentissement en France, il s'agissait en effet de la toute première découverte d'un site néolithique d'ambiance humide dans le pays... Elle fut notamment favorisée par une sécheresse exceptionnelle, au cours de la période allant de mars à août 1870, qui provoqua une très importante baisse des eaux du lac (plus de ).

Entre les mois de juin et d'août 1870, Le Mire effectue plusieurs sondages avec l'aide de deux ouvriers , selon ses propres termes. Au préalable, il établit une carte du Grand Lac en y reportant les emplacements des groupes de pieux qui émergent largement alors des sédiments lacustres. Il dénombre ainsi sept regroupements comprenant plusieurs centaines de pieux chacun. Le maître de forges effectue ensuite des sondages dans la partie haute des niveaux lacustres de ces stations en creusant de courtes tranchées d'exploration et en sondant à la tarière. Se référant aux découvertes précédentes sur les bords des lacs suisses, Le Mire s'attend à trouver des couches organiques riches en mobilier archéologique, mais les résultats sont décevants, du fait que les sondages ont été effectués dans la partie haute des villages où les effets de l'érosion se font sentir13.

N'ayant rien trouvé dans la zone mise au jour par l'étiage exceptionnel du lac, Le Mire lance ses recherches sur la rive actuelle. Il y effectue deux nouvelles séries de sondages : l'un dans le canal du déversoir de la Motte-aux-Magnins qui ne révèle que peu de matériel et une autre à la Motte-aux-Magnins où il fouille sur une surface de plus de , non loin du rivage. Là, il met au jour un fumier lacustre d'une épaisseur de plus de qui se révèle très riche en matériel archéologique bien conservé, dans une configuration proche des lacs suisses, ce qui confirme son hypothèse de départ. Cependant, le brutal changement d'un environnement humide et anaérobique à un environnement plus sec détruit rapidement les objets mis au jour. En 25 jours, Le Mire fouille un are de terrain sur un mètre d'épaisseur, une cadence de fouille qui ne pourrait être suivie au . Malgré ce rythme élevé, la démarche de Le Mire n'est pas tant de découvrir des objets, mais plus de comprendre la nature du site dans sa globalité et la vie quotidienne des habitants du Néolithique. Par ailleurs, à l'instar de ses collègues suisses, il propose une reconstitution des villages de cette époque : une maison bâtie sur pilotis à plancher rehaussé située au-dessus de l'eau et accessible via des radeaux ou des passages étroits qui auraient été facilement détruits par la suite. Malheureusement, il ne peut pas pousser ses recherches plus loin : le déclenchement de la guerre de 1870 et la remontée des eaux du lac le contraignent à abandonner rapidement ses prospections14.

Premières fouilles et analyses

En 1872, Jules Le Mire publie un mémoire sur ses recherches au Grand Lac de Clairvaux ; la communauté scientifique a à présent connaissance du site néolithique décrit comme une cité lacustre, particulièrement en raison de l'abondance du site en termes de matériel archéologique dans un état de conservation exceptionnelle. Dans les années qui suivent, le site de La Motte-aux-Magnins est exploité dans le but d'alimenter les collections privées et publiques, ainsi que le commerce d'antiquités. La rareté des périodes d'étiage freine cette exploitation, car elles sont indispensables pour accéder aux zones les plus riches en objets : entre 1 et sous la nappe phréatique. À la suite de Le Mire, Émile Chantre entreprend quelques fouilles en 1890 sur le même site pour le compte du Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon, mais aucune publication ne nous est parvenue pour divulguer le déroulement et les résultats de ses investigations. En 1897, G. d'Ault du Mesnil et Louis Capitan effectuent quelques recherches sur les bords du Grand Lac pour compléter la collection de l'École d'Anthropologie de Paris, mais les résultats n'ont jamais été publiés.

Dans les années 1880, l'abbé Bourgeat analyse les vestiges découverts par Le Mire en 1870 et publie le résultat de ses travaux en 1890. Il relève ainsi la présence de plusieurs espèces animales qui témoignent de la faune de l'époque (blaireau, sanglier, chien, bœuf, chevreuil…) et émet l'hypothèse de l'existence d'un commerce de longue distance pour la fourniture en matériel lithique.

Les fouilles de la fin du et du début du

Le renouveau de la recherche archéologique depuis 1970

Controverse de la typologie de « cités lacustres » des villages néolithiques