thumb|alt=Symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel.|Un symbole de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel symbolise le spectre autistique et le mouvement de la neurodiversité.
Le mouvement pour les droits des personnes autistes, également connu sous le nom de mouvement pour la culture autiste, est un mouvement social né à la fin des années 1980 sur l'initiative de personnes autistes revendiquant leur droit à l'expression de la diversité humaine, tout en luttant contre l'exclusion. Les idées centrales de ce mouvement d′autonomisation sont de participer à l'auto-soutien des personnes autistes, et de défendre la neurodiversité, en refusant les politiques eugénistes et les représentations négatives en matière d'autisme. L'idée d'une « guérison de l'autisme » est remise en cause. Ce mouvement recherche une meilleure compréhension entre personnes autistes et allistes (non autistes), ainsi que leur droit à vivre dignement au sein de la société, avec les particularités dues aux troubles du spectre de l'autisme (TSA). Si certains courants militants soutiennent l'expression libre des comportements issus de l'autisme, tels que le refus de sociabilisation et les stéréotypies, d'autres préfèrent mettre en avant les interventions permettant de réduire ou de supprimer ces comportements. En 2004, l'association a demandé la reconnaissance de la communauté autiste en tant que minorité culturelle. Depuis 2008, l'ONU a défini les droits des personnes autistes grâce à la convention relative aux droits des personnes handicapées, signée par 164 pays en 2026.
Le mouvement compte de multiples associations, principalement de droit américain, dont la première est l′, fondée en 1991. La première association francophone, SATEDI, est enregistrée en 2004. En plus des messages adressés aux personnes non autistes et aux professionnels de santé pour mieux partager leur subjectivité, les personnes autistes souhaitent participer aux politiques de santé publique qui les concernent, et organisent des réunions événementielles par et pour leur communauté. L′, ou « journée de la fierté autiste », a été créé en 2005. Une multitude de sites web, des vidéos et une abondante blogosphère sont consacrés à ce mouvement. Temple Grandin fut la première personne impliquée, aux États-Unis. Elle est suivie par Jim Sinclair, Donna Williams en Australie, Michelle Dawson au Canada et plus récemment Josef Schovanec en France. Le militantisme en ce domaine reste surtout anglo-saxon. Certains chercheurs et professionnels de santé du domaine de l'autisme, notamment Tony Attwood et Laurent Mottron, soutiennent eux aussi la reconnaissance de l'autisme comme une différence plutôt qu'une maladie à combattre.
Ces revendications font l'objet de critiques issues d'horizons variés, principalement de parents d'enfants autistes, mais aussi d'autres militants et de professionnels de santé. Ils soulignent des dérives communautaristes, le comportement de militants qui nourrissent un sentiment de supériorité, des sur-diagnostics ou auto-diagnostics d'autisme, et la nécessité du « soin » pour le bien-être et l'avenir des enfants autistes plus lourdement handicapés. Les problèmes médicaux et sociaux rencontrés dans l'accompagnement des personnes autistes moins fonctionnelles sont souvent cachés ou minimisés par ce mouvement.
Définition et description vignette|gauche|L'expression (, en anglais), pendant le mois de sensibilisation à l'autisme ().|alt=Des enfants portant une bannière, suivis par des adultes. Ce mouvement social est né dans les pays anglo-saxons, sous le nom anglais de , abrégé « ARM ». En français, on parle de « mouvement pour les droits des personnes autistes », pour la « culture autiste », ou encore de « mouvement pour la neurodiversité ».. À la fois identitaire et culturel, ce mouvement ne recherche pas les causes médicales de l'autisme, mais celles de l'exclusion sociale des personnes autistes, en s'appuyant sur le modèle social du handicap... La situation de handicap est supposée être causée par le rejet de la différence (vue comme de la folie ou de l'idiotie), et par les hypo ou hypersensibilités sensorielles des personnes autistes. Ne présentant pas de dangers spécifiques, les personnes qui s'écartent de la norme ne devraient pas être corrigées médicalement. Une grande partie des militants demandent à ne plus être considérés comme des patients à soigner.. Un des slogans du mouvement est . (en anglais, ), signifiant le désir de contribuer activement à la recherche scientifique et aux politiques de santé publique en matière d'autisme..
Le mouvement vise la défense des droits des autistes par l'auto-soutien () et l′autonomisation (), à travers la constitution d'une communauté et l'augmentation de sa visibilité publique, tout en luttant contre le modèle médical de l'autisme, qui définit l'autisme comme une maladie, du moins comme un trouble à corriger. Les militants désignent l'autisme comme une différence, pouvant même être source de fierté.. Ils s'inscrivent dans la lignée des mouvements pour les droits des personnes handicapées et les droits de l'homme revendiqués par les minorités, à travers la défense d'une culture autiste, et la demande adressée à la société d'. D'après la journaliste scientifique Bijal Trivedi, l'organisation d’événements internationaux, durant lesquels défilent des personnes revendiquant leur « fierté d'être autistes », s'apparente, dans ses idées et son déroulement, à des événements comme les , organisées par les personnes LGBT..
D'après la sociologue française Brigitte Chamak, l'idée centrale de ce mouvement est la revendication du concept de neurodiversité au sein d'associations de personnes autistes, et le changement de définition de l'autisme, vu comme un mode de fonctionnement cognitif alternatif qui ne demande aucun traitement. Ce mouvement est à l'origine de la création et de la diffusion de nouveaux termes et concepts, tels que celui de « neurodiversité », l'expression « neurotypique » pour désigner les personnes non autistes, et des diminutifs, comme « Aspie » pour les personnes avec syndrome d'Asperger, et « Autie » pour les personnes ayant un autisme classique. Il défend l'idée selon laquelle l'humanité a besoin de la neurodiversité apportée par les personnes autistes, de la même manière qu'elle a besoin de biodiversité. Un certain humour est omniprésent, apparaissant en contraste avec l'idée générale selon laquelle les personnes autistes en manqueraient.
Chamak note également que le mouvement vise à modifier la culpabilité en matière d'autisme, en passant du modèle médical qui blâme la personne autiste elle-même pour son comportement, au modèle social accusant le système et la société. Cette accusation contre la société est globalement partagée par tous les acteurs du mouvement. : le sociologue américain David A. Snow l'analyse comme étant centrale dans la participation des groupes d'auto-soutien, dans la mesure où elle permet aussi de changer positivement l'image que les personnes concernées se font d'elles-mêmes.. Certains militants parviennent à redéfinir leur identité en participant à ce mouvement, et deviennent eux-mêmes spécialistes de l'autisme. Chamak souligne le développement d’une identité collective, qui . Pour Anne M. Lovell, Nicolas Henckes, Aurélien Troisoeufs et Livia Velpry, les associations et réseaux constituent un milieu qui permet à leurs membres et participants de passer de la stigmatisation à ce que le sociologue et linguiste américain Erving Goffman nomme la « stigmaphilie »., c'est-à-dire de se réapproprier de manière positive des caractéristiques étiquetées négativement car hors des normes. Le mouvement participe de la « biosocialité », une notion proposée par l'anthropologue américain Paul Rabinow.. afin de rendre compte de l'émergence de « nouvelles formes d'associations avec d'autres individus sur la base du partage d'une catégorie définie par la médecine ». Le but de tous les mouvements de ce type est généralement de définir un nouveau contrat entre sciences et société.
L'utilisation d'Internet est essentielle dans la diffusion de ces idées., l'absence de bruits parasites et de la nécessité d'un contact visuel rendent la discussion en ligne plus attrayante aux personnes autistes. En 1999, l'activiste autiste néerlandais Martijn Dekker avance qu'Internet est aux personnes autistes ce que la langue des signes est aux personnes sourdes. Brigitte Chamak voit également un lien entre le mouvement pour la culture sourde et celui de la culture autiste.
Droits applicables aux personnes autistes vignette|
L'autisme étant reconnu par l'ONU comme un handicap, les autistes bénéficient de droits internationaux depuis le , date de l'entrée en vigueur de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Elle garantit le respect de leur dignité intrinsèque, de leur autonomie individuelle, de leur liberté de choix, de leur participation à la société, de leur différence, le droit à préserver leur identité et les reconnait .. En 2026, sont signataires de cette convention.
Le , un rapport spécial est remis. La rapporteuse y présente une étude thématique sur le droit des personnes handicapées, y compris autistes, à participer aux prises de décisions qui les concernent. Le stipule que les organisations représentatives (de plaidoyer, de sensibilisation, des prestations de services et de soutien par les pairs). Le souligne le rôle joué par la convention dans l'accélération de , et signale qu'. Le rapport insiste également sur la nécessité de distinguer les organisations « de » personnes handicapées de celles « pour » les personnes handicapées, qui s'expriment en leur nom, et sur les tensions qui en découlent en matière de légitimité, choix, contrôle et allocation des ressources. Il recommande que les États veillent ..
Dans l'Union européenne, l'association Autisme Europe a présenté, lors de son qui s'est tenu à La Haye le ., un projet de Charte européenne des droits des personnes autistes.. Le Parlement européen l'a adoptée le , mais sous la forme d'une déclaration écrite, de sorte qu'elle est dépourvue de portée normative, (consulté le 29 octobre 2016).. En 1999, le chercheur américain en éducation spécialisée Michael Wehmeyer soutient le droit à l'autodétermination des étudiants autistes.
Histoire
vignette|Le neurologue britannique Oliver Sacks a contribué à faire connaître positivement les différences des personnes autistes.|alt=portrait d'un vieil homme. En raison de l'histoire de l'autisme, la création du mouvement pour les droits des personnes autistes est beaucoup plus récente que celle des associations de parents d'enfants autistes. Leo Kanner, premier psychiatre à décrire l'autisme en 1943, le considère comme une forme de psychose infantile rare, associée à un mutisme ou à des troubles graves du langage, proche de la schizophrénie, et causée par une mauvaise relation avec les parents. D'après Steve Silberman, cette vision incompatible avec une quelconque notion de « fierté autiste ». contribue à nourrir un sentiment de honte et une stigmatisation des familles concernées. Elle est reprise par Bruno Bettelheim qui, sous l'influence de son expérience des camps de concentration nazis et de la psychanalyse, très présente à l'époque aux États-Unis, définit l'autisme comme une maladie infantile psychogène, causée par une « mère frigidaire». Il développe la notion de parentalité toxique qui, jusque dans les années 1980, sert de référentiel aux interventions en autisme.. D'après le neuropathologue Manuel F. Casanova et son équipe : Traduction de .