thumb|right|upright|Les Gueules de bois de Ménilbuche, un ensemble de bigophones caricaturé par Léonce Burret en 1913Caricature de Léonce Burret extraite de la planche Train de plaisir, parue dans Le Journal amusant, le 9 août 1913, n° 737, p. 16.. thumb|right|upright|Un petit ensemble bigophonique : à gauche la grosse caisse avec cymbales, le percussionniste chante pour suivre la musique, à droite : deux bigophones. L'embouchure du bigophone du milieu est placée perpendiculairement à l'ouverture du pavillon de l'instrument. Caricature d'Henriot parue dans Le Journal amusant, le Dessin extrait de la planche Behanzin intime, — par Henriot., Le Journal amusant, 17 mars 1894, page 6.. vignette|Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du , Paris 1890Article Bigophone, Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du , français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc., tome 17, , édition du Grand dictionnaire universel du XIX siècle, Paris 1890, page 562, et 563, .. vignette|Les bigophones à la Mi-Carême au Carnaval de Paris 1888Extrait des Nouvelles diverses, rubrique du Journal des débats politiques et littéraires, 9 mars 1888, page 3, .. vignette|Les bigophones au grand concours international de musique de Puteaux en Le concours de musique de Puteaux, Le Petit Parisien, 14 août 1900, page 3, . Ce concours est annoncé dans le Courrier orphéonique, rubrique du journal Le Petit Parisien, le 27 octobre 1899, page 4, . Son règlement est publié dans Le Petit Parisien du 7 février 1900, page 4, .. thumb|upright|Les sociétés bigophoniques au Carnaval de Paris 1902 sur les Grands boulevardsExtrait de Faits divers, rubrique du Journal des débats politiques et littéraires, 13 février 1902, page 3, ..
Le bigophone ou bigotphone est un instrument de musique carnavalesque, un mirliton déguisé, d'aspect décoratif, bruyant, populaire, bon marché et facile à fabriquer.
En , le coût de fabrication d'un bigophone artisanal est d'environ , dont l'achat d'un kazoo à .
Le bigophone tire son nom de Romain François BigotLe prénom François n'est jamais mentionné. Le prénom Romain, qui n'est généralement pas cité, est indiqué en 1898 dans L'Opinion, journal de la semaine, volume 21, page 30 :
Bigophones.
À la fin du mois aura lieu, à Paris, un grand congrès de toutes les Sociétés bigophoniques de France.
Sachez que le bigophone en carton a été inventé par le nommé Romain Bigot, né à Paris, le 13 juillet 1883.
La date de naissance rapportée ici est erronée. Elle pourrait correspondre à celle d'un événement dans l'histoire du bigophone. (né le à Saint-Nicolas-de-Port, mort le à Paris ), . Nom auquel est ajouté le suffixe grec -phone, voixBigophone, sur le site Internet du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, France..
Le bigophone est aujourd'hui tombé dans l'oubli, le mot n'évoquant plus qu'une désignation familière du téléphone pour la plupart des gens. « Bigophoner » signifie alors téléphoner, et « bigophonique » prend le sens de téléphonique, le mot « bigophone » étant même contracté en « bigo ». Le son nasillard des voix dans les premiers téléphones rappelant le son des bigophones musicaux, le mot « bigophone » commence très tôt à être utilisé familièrement pour désigner le téléphone. Selon un ouvrage de Jean Damien Lesay paru en 2004, cette pratique remonte à l'année 1918Jean Damien Lesay, Les personnages devenus mots, édition Belin, Paris 2004..
Étymologie thumb|Dictionnaire des dictionnaires, Paris 1895Lettres, Sciences et Arts, Supplément illustré du dictionnaire des dictionnaires, encyclopédie universelle publiée sous la direction de Paul Guérin, Librairies-imprimeries réunies éditeurs, Paris 1895, page 172.. Bigotphone est à l'origine une marque déposée par Bigot son inventeur.
Le mot évolue par la suite en se simplifiant et perdant son « t » d'origine.
En 1928, on voit même les deux orthographes utilisées simultanément dans un même article paru dans le journal Le Petit Parisien.
Le texte d'une pièce de théâtre enfantine datant de 1903 utilise l'expression mirlitons bigophones : « Le clown entre par la droite et s'arrête au milieu du théâtre ; les quatre écuyers se placent derrière lui et jouent une musique grotesque avec des mirlitons bigophonesLemercier de Neuville, Les Petits abandonnés, pièce en 2 actes, 12 personnages et figuration, acte 1, scène 3, Le Chercheur : petit moniteur des fêtes en usage dans les maisons d'éducation…, octobre 1903, page 171.. »
En 1935, le lecteur trouve dans L'Humanité le mot « bigophones » abrégé en « bigots », en conservant curieusement le « t » oublié par ailleurs du mot d'origine.
Parfois le mot bigotphoneux ou bigophoneux est utilisé à la place de l'habituel bigotphoniste. Cela arrive, par exemple, à Montmartre, à PoitiersUne carte-postale vers 1930 montre les Bigotphoneux de Montierneuf, quartier de Poitiers. Gérard Simmat, dans La Vienne, 1900-1930, parle page 164 de « trois sociétés de bigophones (Les Joyeux Pierrots de la Cueille, les Bigotphoneux de Montierneuf et les Bigotphoneux du Pont-Neuf). » Déclaration au Journal officiel de la République française, 1953, page 10012 : « 28 octobre 1953. Déclaration à la Préfecture de la Vienne. Les Pierrots bigophoneux de la Cueille. But : venir en aide aux œuvres scolaires et aux vieux du quartier. Siège social : 3, faubourg de la Cueille, Poitiers. » ou, encore aujourd'hui, à Châtellerault. Ce mot se trouve également dans un article du journal La Croix le .
En 1915, à Toronto, est fondée la Curtiss Aviation School, première école d'aviation canadienne. Durant les vols d'entraînement, l'instructeur est placé à l'arrière, l'élève pilote à l'avant. Le bruit du moteur et le vent rendent la communication difficile entre les deux. Il est alors imaginé un dispositif qui, par sa forme, rappelle le bigophone : un long tuyau flexible reliant la bouche de l'instructeur à l'oreille de l'élève. Ce dispositif est baptisé bigophoneSource : La Première Guerre mondiale. Vers 1935, un glossaire de l'armée de l'air française donne la définition : « Bigophone : tuyau acoustique permettant le dialogue entre le pilote et le passager. »
Résumé de l'histoire du bigophone
vignette|La Musique de bigophones de lArmée du Chahut des étudiants parisiens à la Mi-Carême 1894 à ParisDétail de l'estampe Imagerie d’Épinal, , La cavalcade de la mi-carême à Paris, Pellerin & Cie, imprimeur-éditeur, Épinal 1894, gravure sur bois en couleurs : ..
Cette invention est liée au Carnaval de Paris. En effet, Romain François Bigot exerce comme profession la vente de cornets à bouquin sur les champs de foire, un instrument de musique alors très prisé au moment de cette fête. L'inventeur se fera vite le très efficace propagateur de son invention. Initialement, le bigophone est inventé pour le comique Bienfait, qui chante « Méli-Mélo » au Ba-Ta-Clan. Pour son invention, Bigot s'est inspiré du mirliton, qu'il a perfectionné.
L'usage du bigophone va être, durant plus de cinquante ans, extrêmement répandu en France et Belgique. Dans ces deux pays, des goguettes, par centaines, s'organisent en fanfares de bigophones appelées « sociétés bigophoniques », « fanfares de bigophones », « bigophones » ou simplement « fanfares » sans autres précisionsÀ Rouillac, l'ensemble bigophonique s'appelle : les « Bitons de Chant'grole », et son nom ne comprend pas les mots « société bigophonique », « fanfare bigophonique » ou « fanfare ».. Chaque fanfare a son costume caractéristique, qui peut être comique.
Les bigophones se trouvent dans les magasins d'instruments de musique« La détresse des bigophones », compte-rendu du cambriolage d'un magasin d'instruments de musique, 89 boulevard Sébastopol à Paris, Le Figaro, 26 mai 1922, page 4, .. Certains magasins vendent des assortiments complets de douze instruments pour former des fanfares. Il arrive aussi qu'on les fabrique soi-même, car ils sont très faciles à fabriquer.
Les fanfares de bigophones se produisent joyeusement un peu partout, dans les petites comme dans les grandes occasions, dans les petites comme dans les grandes villes. Elles participent par exemple à l'inauguration d'un nouveau boulodrome à La BauleExtrait de la rubrique La Baule, L'inauguration du boulodrome des A. S. B. baulois, L'Ouest-Éclair, 22 mai 1928, page 5, : Citons ce qui, à notre avis, a été le plus réussi : la partie artistique, qui obtenait le concours de l'Harmonie Municipale de la Baule, des Bigotphones Baulois et de nombreux artistes. que défiler au Carnaval de Paris pour la Mi-Carême.
Les bigophonistes participent à de nombreux concours de bigophones, des rassemblements musicaux, comme le grand festival-concours de trompettes, trompes de chasse, estudiantinas, bigotphones, tambours et clairons de Puteaux, le . Ou se rassemblent dans des réunions bigophoniques, comme le Grand festival de bigophones de 1929 à ChâtelleraultInformation donnée sur ce site Internet., ou le festival national des sociétés bigophoniques de 1933 à GennevilliersCulture et patrimoine, Journal du Centre Culture et Patrimoine Gennevillois, , mars 2008, page 2..
Le bigophone paraît avoir eu rapidement une diffusion internationale :
Dès 1886, il est vendu à Saint-Pétersbourg, comme l'atteste une publicité parue dans un journal russe. thumb|right|134px|Un ensemble de bigophonistes costumés en marmitons, installé à l'arrière du Char de la Reine des Reines de Paris, défile à la Mi-Carême 1906Détail d'un dessin illustrant l'article La Mi-Carême, Les principaux chars du cortège, Le Petit Journal, 11 mars 1906, page 3. Voir le dessin en entier reproduit sur la base Commons.. En 1887 et 1889, dans un quotidien d'Amsterdam paraît une publicité pour des "bigotphones" d'importation fabriqués en AllemagneAnnonce parue dans Het Nieuws van den Dag, 12 décembre 1887, page 3, . De même, une autre annonce pour ces bigophones fabriqués en Allemagne est publiée dans un autre quotidien d'Amsterdam : Nieuwe Amsterdamsche Courant, Algemeen Handelsblad, 14 juillet 1889, page 7, .. La fabrication des bigotphones et leur diffusion en Allemagne durent jusque vers 1930Dès 1899 se trouve une partition du compositeur Bernhardt Schork écrite pour bigotphones, qualifiés d'instruments en papier (Papierinstrumenten) : « Schork, Bernh., Ein Stündchen auf dem Exercierplatze zu Pimpelshausen od. Kunst u. Liebe. Humoreske f. 9 Herren u. 1 Dame. Die Musik wird auf Bigotphones (Papierinstrumenten) ausgeführt. Part. u. St. Hannover, Oertel Mk 2,50 *n. ». Ils sont aujourd'hui oubliés dans ce paysVoir l'article de Jürgen Stoll, Narrenmusik, Bigotphones, Vergessene närrische Musikinstrumente (Musique de Carnaval, Les Bigotphones, Instruments de musique de Carnaval oubliés), dans la revue Narri-Narro, , 2009..
La renommée du bigotphone atteint la Nouvelle-Zélande, où le Nelson Evening Mail lui consacre un article le Voir sur le site de la National library of New Zealand l'article sur le bigophone publié le 6 septembre 1887 dans le Nelson Evening Mail. Voir l'article reproduit dans Commons..
En 1888, les bigotphones arrivent à Hawaï.
En 1892, des bigotphones sont vendus à Vienne en Autriche-Hongrie et en Suède. Dans ce dernier pays, ils le sont en qualité de : skämtinstrument för Julkarnevalen, instruments comiques pour le Carnaval de Noël.
En 1903, à Perth, en Australie, existe un orchestre de bigotphonesNews and notes, The West Australian, Perth, 23 septembre 1903, page 4, . Social notes, The West Australian, Perth, 24 septembre 1903, page 9, ..