Le Reichskommissariat Ukraine (RKU) fut une entité administrative allemande, créée, lors de la Seconde Guerre mondiale, par le Troisième Reich, consistant en une administration civile allemande qui administrait la majeure partie de l'Ukraine occupée par la Wehrmacht entre 1941 et 1944, à la suite d'un transfert territorial depuis une administration militaire allemande en vue d'incorporer à terme ces territoires au sein d'un Grand Reich germanique.

Ainsi, avec l'Ostland, l'Ukraine fut l'un des deux seuls Reichskommissariats créés sur le territoire de l'Union soviétique à avoir eu une existence effective.

Histoire

L'invasion allemande et la mise en place du Commissariat À la suite du déclenchement de l'opération Barbarossa, le , les troupes allemandes se lancèrent à l'invasion de l'Union soviétique, envahissant rapidement l'ancienne Pologne orientale, annexée par les Soviétiques en 1939.

Dès le , Himmler commanda un nouveau projet du Generalplan Ost ne comprenant non plus seulement les régions polonaises annexées au Reich mais également le Gouvernement général de Pologne et les territoires soviétiques frontaliers.

À la suite de sa présentation à Hitler, les 16 et , celui-ci promulgua un décret sur l'administration des territoires de l'Est nouvellement occupés ; il mit en place un ministère du Reich aux Territoires occupés de l'Est et y plaça à sa tête Alfred Rosenberg ; il demanda un élargissement de la zone géographique du Generalplan Ost aux Pays baltes, l'Ingrie, l'Ukraine et la Crimée et nomma le Gauleiter de Prusse-Orientale Erich Koch en tant que futur Reichskommissar du Commissariat planifié.

En outre, les territoires de l'Est, dont l'Ukraine, étaient destinés à être systématiquement démantelés et réorganisés en commissariats du Reich. Ainsi, ces administrations civiles allemandes étaient elles-mêmes destinées à intégrer le Grand Reich germanique, entité politique qui aurait à terme dissous en son sein un Grand Reich allemand en pleine expansion, résultat ultime de la recherche d'un Lebensraum, « espace de vie » assurant la satisfaction des besoins matériels et alimentaires des peuples germaniques. Entre-temps, les troupes allemandes ont commencé à investir Kiev le , remettant en cause le contrôle soviétique sur l'Ukraine.. Par conséquent, le front progressant et les gains territoriaux à l'Est augmentant, le , le Führer crée par décret le Reichskommissariat Ukraine. Le , le Dniepr est atteint avec la prise de Dnipropetrovsk.

Le premier transfert territorial de l'administration militaire (Militärverwaltung) à l'administration civile (Reichskommissariat) eut lieu le .

Enfin, le , Kiev tombe aux mains des Allemands et, le , le Dniepr ayant été franchi sur toute sa longueur, la majeure partie de l'Ukraine est occupée, sécurisant l'existence récente du Commissariat qui s'agrandit au fur et à mesure que des transferts territoriaux des administrations militaires aux administrations civiles du fait de l'éloignement du front vers l'Est.

Le , Kharkiv est prise, ainsi que, le , bien que temporairement, Rostov-sur-le-Don, éloignant toujours plus le front vers l'Est, ce qui entraîne l'accroissement territorial du Commissariat de l'Ukraine.

De cette manière, à son extension maximale, le Commissariat dut, en effet, administrer un territoire de , peuplé de 17 millions d'habitants (en 1942).. Ainsi, géographiquement, le Commissariat d'Ukraine incluait la majeure partie de la RSS d'Ukraine (dans ses frontières de 1940), à laquelle s'ajoutaient quelques territoires adjacents de la RSS de Biélorussie. Néanmoins, à ces territoires sont soustraits les territoires ukrainiens de Crimée et du Donbass sous administration militaire (Militärverwaltung), les territoires au sud du Boug méridional, Transnistrie correspondant approximativement à l'actuel oblast d'Odessa occupés par l'armée roumaine sous domination du dictateur Ion Antonescu et la Galicie orientale annexée au Gouvernement général de Pologne.

Les rivalités entre Rosenberg et Koch Dans ce contexte, étant Reichskommissar d'Ukraine, Koch est, en principe, le subordonné de Rosenberg, ministre aux Territoires occupés de l'Est. Néanmoins, Koch est également un proche de Göring, chargé de l'exploitation économique des territoires occupés de l'Est et donc en concurrence directe avec Rosenberg. Ainsi, cette protection assurée par Göring permit à Koch de jouir d'une large autonomie, agissant en totale indépendance des politiques soutenues par Rosenberg.

En effet, depuis Rivne (en russe : Rovno), sa capitale, Koch, appuyé par Bormann et Göring, mène une lutte sourde contre la politique que tente de mettre en place Rosenberg, politique qui suscite l'opposition de Hitler, attestée dans ses propos de table. En outre, cette opposition se manifeste également dans le choix de la capitale : Rosenberg, soutenu par ses proches collaborateurs au ministère de l'Est, est partisan du choix de Kiev, mais Koch s'installe à Rivne.

Sous l'administration effective de Koch, entre et , le Commissariat fut administré comme une colonie allemande. Les tâches de l'administration comprenaient la pacification de la région et l'exploitation de ses ressources et populations au bénéfice de l'Allemagne.

Les projets coloniaux d'Himmler Rapidement, l'Ukraine et la Crimée furent l'objet de nombreux projets nationaux-socialistes d'une colonisation allemande dans l'optique de « germaniser » les territoires destinés à être inclus au sein du Grand Reich germanique.

En effet, dès le , Rosenberg eut une entrevue avec Hitler afin de discuter de diverses questions administratives concernant le Commissariat. Outre des questions économiques (pénuries de main-d'œuvre et collecte des récoltes), il fut notamment question du « nettoyage » et de la « germanisation » de la Crimée et d'une grande partie du Sud de l'Ukraine en vue d'être directement incorporé au Reich sous le nom de Gotengau (en français : « Gau des Goths ») ou Gotenland (en français : « Pays des Goths »).

Dans ce contexte, dès l'été, le Generalplan Ost, lancé sous l'impulsion d'Himmler, parfois contre les consignes expresses de Hitler., amorce une politique de colonisation agraire de l'Ukraine. Ce projet de peuplement allemand incluait la mise en place de points d'appui SS consistant en des exploitations agricoles peuplées par des SS et leurs familles et exploitées à leur profit par des cohortes de travailleurs forcés.

Ainsi, il coordonne la réalisation de trois points d'appui entre Vinnitsa et Jitomir, dans le district de Hegewald, regroupant Volksdeutsche, auparavant dispersés dans 486 villages, dans une centaine d'agglomérations du district de Hegewald.. Par conséquent, l'administration de ce secteur est confiée directement à la SS en . Ces derniers expulsent du district de ses habitants, puis installent colons allemands. Sous la direction de paysans SS, les kolkhozes du secteur sont exploités par les Volksdeutsche regroupés, qui exploitent pour leur propre compte un jardin de et auxquels on promet une ferme pour la moisson de 1943.

Cette tentative se révèle au cours de l'année 1943 un échec, et, en novembre, la population allemande est à nouveau déplacée, cette fois-ci vers le Wartheland..

Le projet de nazification administrative des territoires de l'Est d'Hitler Le , Hitler avait décrété la création de l'Arbeitsbereich Osten der NSDAP (en français : « Zone de travail de l'est du NSDAP »), une organisation du parti national-socialiste pour les nouveaux territoires occupés de l'Est, donc des administrations civiles établies, à savoir les Reichskommissariats d'Ukraine et d'Ostland.

Cette décision conduisit à une amère résistance non seulement de Rosenberg, qui craignait à juste titre que la transformation de l'administration civile des territoires de l'Est en une bureaucratie particratique signifierait la fin effective de son ministère des Territoires occupés de l'Est, mais également d'Himmler, qui craint à juste titre que la mise en place d'un Arbeitsbereich serait accompagnée par des commissaires devenant des commissaires de guerre (RVKs) entraînant une perte de pouvoir au détriment de la SS (qui perdait du terrain depuis à la suite de l'établissement de commissaires locaux afin de contrôler la police de leurs territoires, rôle tenu jusque-là par la SS).

Mais les résistances cessèrent face aux pressions de Martin Bormann à Berlin, ainsi que Koch et Lohse sur le terrain. Sauvant les apparences, Rosenberg réussit à se faire nommer Reichsleiter (en français : « gouverneur du Reich ») de la nouvelle Arbeitsbereich, au sein de laquelle il tenta d'imposer vainement son autorité.

La reconquête par les Soviétiques du Commissariat

Depuis Stalingrad : le prélude à la reconquête soviétique

À la suite de la défaite de Stalingrad et à diverses opérations offensives soviétiques, l'hiver 1943 voit le début des combats acharnés entre les troupes allemandes et soviétiques pour le contrôle des territoires ukrainiens.

Ainsi, Kharkiv étant tombée le , Poltava et la frontière orientale du Commissariat d'Ukraine n'est plus qu'à une enjambée pour l'Armée Rouge, marquant le début de la menace soviétique directe sur les territoires sous l'administration du Commissariat d'Ukraine. Entre les 16 et , capitalisant sur leur succès à Kharkiv, les Soviétiques déclenchèrent plusieurs offensives simultanées à travers le Donbass. Ainsi, ils parviendront encore à prendre Poltava et à atteindre le Dniepr, près de Zaporijjia, le , avant de subir une violente contre-attaque allemande qui reprendra Poltava, Kharkiv et repoussera les Soviétiques jusqu'à Koursk, où s'est désormais formé un dangereux saillant..

Par conséquent, le , la Wehrmacht déclencha l'Opération Zitadelle dans le but de neutraliser le saillant de Koursk. Malgré des succès, l'offensive s’essouffle et finit par échouer le .. L'offensive allemande étant un échec, la Wehrmacht est, désormais, sur la défensive sur l'ensemble du front de l'Est face aux contre-offensives soviétiques. Ainsi, alors que les combats faisaient encore rage près de Koursk, les Soviétiques relancèrent une série d'offensives en direction du Dniepr, dernière ligne de défense naturelle du Commissariat d'Ukraine. Ainsi, dès le , ils avaient déjà élargi leur tête de pont sur le Donetz. Poursuivant leur avantage, les Soviétiques finiront par définitivement libérer Kharkiv, replaçant les territoires sous l'administration du Commissariat d'Ukraine directement sous la menace soviétique.

L'ultime résistance allemande : la bataille du Dniepr

À la suite de l'évacuation en bon ordre de la Wehrmacht en direction du Dniepr afin de former un nouveau front, plus solide et plus efficace, et à la politique de la terre brûlée, il faudra encore attendre la fin du mois de pour que les troupes soviétiques puissent s'approcher de Kiev. Ainsi, le , tout en étant à de la ville, les Soviétiques atteignirent, enfin, par endroits la rive orientale du Dniepr avant de tenter un passage en force le fleuve pour prendre pied durablement sur la rive occidentale.. Néanmoins, dans cette entreprise, Manstein les arrête une nouvelle fois, ne permettant pas aux Soviétiques de profiter dans l'immédiat de leurs têtes de pont au-delà du Dniepr. La résistance allemande efficace sur le Dniepr fait subir aux troupes soviétiques de lourdes pertes.

Malgré cette résistance, les défaites allemandes de l'été et de l'automne 1943 rendent précaire la survie de ce Commissariat d'Ukraine, qui survit sur une partie de plus en réduite des régions nominalement sous son contrôle. Mais ce coup d'arrêt, bien que donnant au Commissariat quelques mois de répit., n'est que temporaire, car les Soviétiques multiplient les coups de boutoir, arrêtés seulement par les retours offensifs de Manstein d'..

Le plus grand camp de concentration d'Ukraine était situé à Darnitsa (banlieue de Kiev), qui fut détruit fin 1943 lors de l'offensive des troupes soviétiques.