thumb|upright=1.5|Carte de l'organisation en secteurs de la ligne Maginot.

Le secteur fortifié de Savoie, appelé aussi secteur fortifié de la Savoie (SFS), regroupait de la fin des années 1920 jusqu'à 1940 les fortifications françaises se trouvant dans le département de la Savoie, ainsi que les unités qui leur étaient affectées, notamment une puissante artillerie de position. Ce secteur constituait une partie de la ligne Maginot, située entre le secteur défensif du Rhône au nord et le secteur fortifié du Dauphiné au sud.

Il formait une ligne discontinue d'environ le long de la frontière franco-italienne, de l'aiguille des Glaciers (dans le massif du Mont-Blanc, sur la commune de Bourg-Saint-Maurice) jusqu'au pic de la Moulinière (dans le massif des Cerces, sur la commune de Valloire). Les fortifications du secteur barrent les vallées et les cols permettant de franchir les Alpes, notamment les débouchés du col du Petit-Saint-Bernard (par la vallée de la Tarentaise) et du col du Mont-Cenis (par la vallée de la Maurienne).

Les ouvrages bétonnés du secteur (notamment ceux du Sapey, de Saint-Gobain et du Lavoir) furent construits dans les années 1930, servirent pendant les combats de juin 1940 contre l'Armée italienne, puis de nouveau pendant ceux de l'hiver 1944-1945. Les fortifications sont remises en état pendant les années 1950 dans le contexte de la guerre froide, pour être finalement abandonnées à partir de la fin des années 1960. Quelques ouvrages sont désormais ouverts aux touristes.

Organisation et unités Le secteur fortifié était organisé dès l'entre-deux-guerres (avec une montée en puissance durant les années 1930), pour contrer une possible attaque brusquée de la part de l'Italie : une partie des unités nécessaires est pré-positionnée à proximité des ouvrages bétonnés, leur occupation et la mise opérationnelle de l'armement ne se faisant qu'en cas d'alerte. L'organisation du secteur a varié : établie en temps de paix, elle change une première fois lors de la mobilisation d'août 1939, puis avec la mise en place du dispositif hivernal (l'enneigement en haute-altitude forçant à évacuer plusieurs ouvrages et points d'appui), le redéploiement au printemps 1940 et enfin l'évacuation de (après l'armistice).

Temps de paix Le secteur fortifié, qui a le rang d'une brigade, est en temps de paix sous le commandement de la (QG à Lyon). Le secteur est divisé en vallées (Tarentaise et Maurienne), subdivisées en sous-secteurs eux-mêmes divisés en quartiers.

En cas de mise en alerte, le dispose depuis 1935 de la alpine de forteresse ( : une demi-brigade est l'équivalent d'un régiment), d'un groupe du (, partagé avec le secteur fortifié du Dauphiné) et de détachements du génie issus des (pour les électromécaniciens et les téléféristes) et (pour les télégraphistes) régiments du génie.. Ces éléments sont renforcés par la d'infanterie, composée d'une demi-brigade de chasseurs alpins ( à Albertville, Les Belleville et Les Chapieux, à Chambéry et Lanslebourg et à Annecy, Abondance et Chamonix), du (à Lyon, Sathonay, au fort du Télégraphe, Lanslebourg et Sollières) et du (deux groupes à Grenoble et un troisième à Chambéry).

La (surnommée officiellement la « demi-brigade de Savoie »), composée en 1935 à partir des et bataillons du , était subdivisée en deux bataillons alpins de forteresse (BAF) affectés chacun à une partie du secteur : le () tient garnison à Bourg-Saint-Maurice, avec sa et compagnies dans la caserne A, sa dans la batterie de Vulmix (avec une section à Séloges), et sa à la Redoute-Ruinée. ; le () est affecté à Modane (caserne Loutraz), avec une compagnie à Lesseillon, une autre à Replat et sa à Lanslebourg..

Le d'artillerie de position avait son état-major et son groupe en garnison à Grenoble, ainsi que son groupe à Briançon (dans le secteur fortifié du Dauphiné). Seul son groupe est à Modane, détachant une batterie en Tarentaise et une autre dans le fort l'Écluse (dans le secteur défensif du Rhône)..

Après la mobilisation En , les unités de forteresse passent sur le pied de guerre par triplement des effectifs par l'arrivée des réservistes. La est dissoute le , chacun de ses deux bataillons servant à constituer une nouvelle demi-brigade et chacune des compagnies sert de noyau à la formation d'un nouveau bataillon : l'ancien sert à former les deux bataillons de la (les et ), tandis que l'ex- donne naissance aux trois bataillons de la nouvelle (, et ). Le groupe du aide à former les quatre groupes du .

Le secteur passe sous commandement de l'armée des Alpes, au sein de son d'armée (sauf du 15 au , période pendant laquelle il est intégré au ). La grande unité de renforcement à la mobilisation est la d'infanterie alpine (, d'active), remplacée en par la d'infanterie (de réserve série B), les meilleures divisions de l'Armée des Alpes étant envoyées sur le front du Nord-Est..

En , l'infanterie affectée dans les avant-postes et les ouvrages, ainsi que les troupes d'intervalle, sont fournis essentiellement par : la pour la vallée de la Tarentaise : le dans les sous-secteurs de la Tarentaise et du Palet-Vanoise ; le dans le sous-secteur du Beaufortin ; le dans le sous-secteur de la Tarentaise ; la pour la vallée de la Maurienne : le dans les sous-secteur de Haute-Maurienne et le quartier de l'Arc ; le dans le quartier des cols Sud ; le dans le sous-secteur de la Basse-Maurienne.

L'artillerie est composée désormais du , dont les et groupes sont dans la Tarentaise tandis que les et groupes sont en Maurienne, renforcé par l'artillerie divisionnaire de la . Quant aux sapeurs, ils sont regroupés depuis la fin dans le (commun à tout le secteur)..

Les troupes de la d'infanterie renforçaient les intervalles entre les fortifications. Son infanterie était composée par les 215, 281 et , avec pour artillerie les (équipé avec des canons de modèle 1897 et .) et (armé avec des canons de C modèle 1917) ; le rajoutant un groupe du . (qui aligne des canons de L modèle 1913).

Le du était situé à Chambéry, puis déménage à Aiguebelle (le château de Randens) le , Albertville (au pénitencier de Saint-Sigismond) le , Saint-Paul-sur-Isère le et Tencin à partir du . Celui de la d'infanterie était à Saint-Jean-de-Maurienne. En 1940, le est commandé par le colonel Michet de la Baume (depuis le , ancien chef du ), tandis que la est confiée au général Jean Boucher.

Composants Par rapport à la ligne Maginot du Nord-Est, la ligne Maginot alpine s’organise différemment. En effet, le relief montagneux des Alpes facilite la défense. Il est plus difficile de faire avancer une armée en haute montagne que dans les grandes plaines du nord-est de la France. Les ouvrages de la ligne alpine sont donc implantés pour verrouiller les points de passage importants (cols et débouchés de vallées) et non en une ligne continue. On n'a pas, comme dans le Nord-Est, une ligne de feu continue, mais plutôt un barrage ponctuel solide soit en action frontale, soit en flanquement. On peut noter cependant que ces gros ouvrages sont moins fortement cuirassés (l’artillerie lourde est quasiment impossible à mettre en place en montagne) et certains sont même dépourvus de systèmes de filtration d'air contre les gaz de combat (une attaque aux gaz en altitude n’a quasiment aucun effet).

L'organisation ci-dessous, détaillant les différents sous-secteurs et quartiers, les unités chargées de les défendre ainsi que la liste des ouvrages, correspond à la situation au (l'organisation du temps de paix n'est pas la même, ni celle mise en place lors de la mobilisation d', ni encore celle du dispositif de l'hiver 1939-1940)..

Vallée de la Tarentaise La vallée de la Tarentaise est le débouché du col du Petit-Saint-Bernard (à d'altitude), d'où descendait la (l'actuelle ), pour ensuite traverser Bourg-Saint-Maurice et longer l'Isère jusqu'à Grenoble. Par manque de moyens financiers, la priorité a été donnée à la Maurienne : en conséquence la défense de la Tarentaise est principalement confiée aux fortifications datant du système Séré de Rivières, complétés par deux petits ouvrages d'infanterie. En compensation, l'artillerie est nombreuse. : groupe du : dans la batterie de Vulmix (quatre canons de 1897 et deux canons de 1888), à l'Arbonne (quatre canons de C 1915 Saint-Chamond) et au Roc Noir (deux canons de M 1906) ; dans le fort du Truc (quatre canons de 1913), au Combottier (deux canons de M 1906), au camp de Filluel et Villaroger (quatre canons de M 1906) et au Planey (deux mortiers de T) ; à la Pierre Blanche (quatre canons de 1913), La berge (quatre canons de C 1915 Saint-Chamond), La Rosière - Mont Valezan (deux canons de L 1878) et à Villaret (deux canons de L 1878) ; groupe du : dans le massif de la Vanoise, au Chapelot (quatre canons de L 1877), à Courbaton (deux canons de L 1877), au col du Palet (deux canons de M 1906) et à Plan-de-la-Plagne (deux canons de M 1906) ; autour d'Albertville, à Villette (deux canons de 1878), Cormet de Roselend (quatre canons de 1888), Pralogna-la-Vanoise (deux canons de 1888), au fort du Mont (quatre canons de 1888) et au fort de Lestal (deux canons de 1888) ; détachements du (canons de 1897 et ).

Sous-secteur du Beaufortain Le col de la Seigne, à d'altitude est le seul point de passage frontalier entre le col du Petit-Saint-Bernard et le massif du Mont-Blanc, mais seul un sentier le franchi, menant à Bourg-Saint-Maurice par la vallée des Glaciers puis la vallée des Chapieux. La défense du Beaufortain est confiée au , renforcé par le bataillon du et par la du (le bataillon est partie dans le Nord-Est en octobre, laissant ses skieurs). avant-poste de Séloges () ; point d'appui de Bellegarde ().

Sous-secteur de la Tarentaise Le débouché du col du Petit-Saint-Bernard est interdit par la position de barrage de Bourg-Saint-Maurice, confié à la compagnie et la du , renforcé du bataillon du et du . avant-poste de la Redoute-Ruinée (construit en 1891-1894, ) ; barrage de route de Versoyen () ; petit ouvrage du Châtelard () ; petit ouvrage de la Cave-à-Canon () ; fort du Truc (construit en 1891-1894, ) ; blockhaus de la Platte (construit en 1892-1894, ) ; batterie de Vulmix (construite en 1890-1891, ) ; batterie de Courbaton (construite en 1913, ).

Plus en amont de la vallée, des cols aux environs de permettent d'atteindre Bourg-Saint-Maurice par les vallons de la Sassière et de Mercuel. Des groupes de blockhaus enterrés y sont aménagés à partir de l'été 1939 par la MOM, qui seront encore inachevés en : avant-poste de la Tête-du-Plane () ; avant-poste des Savonnes () ; avant-poste de Villaroger (le haricot, ) ; avant-poste du Planay ().

Sous-secteur du Palet - Vanoise Le sous-secteur est subdivisé en deux quartiers, celui du Palet (Nancroix, col du Palet, Saint-Germain et le Creux-des-Morts) et celui de la Vanoise. Dans le massif de la Vanoise, les cols de la Vanoise et de la Leisse permettent de relier la Tarentaise à la Maurienne. Le contrôle du débouché de ces cols par le vallon du Doron de Termignon est confié aux (Palet) et (Vanoise) compagnies du . avant-poste de la Vanoise ().

Vallée de la Maurienne La vallée de la Maurienne est le débouché du col du Mont-Cenis, d'où descendait la (l'actuelle ). Le commandement de la vallée dispose d'une puissante artillerie, y compris une pièce d'artillerie lourde sur voie ferrée pour tirer sur le Val de Suse : groupe du pour le sous-secteur de la Moyenne-Maurienne : à Charmaix (quatre canons de L 1913 et quatre canons de C 1915 Saint-Chamond) ; au Paquier (trois canons de L 1877), à Rieu-Roux (trois canons de L 1877), à Saint-André-le-Col (deux canons de 1916) et à Saint-Étienne (deux canons de 1916) ; groupe du pour le sous-secteur de la Basse-Maurienne : au fort du Replaton (dix canons de 1897 et quatre mortier de T), à la cascade Saint-Benoît (deux canons de L 1877) et au fort de la Turra (deux canons de 1897) ;