Le parc national de Björnlandet () est un parc national de Suède situé dans le sud-est de la province de Laponie, dans le comté de Västerbotten. Il couvre , dont la majeure partie est occupée par une forêt primaire ou ancienne.

Le paysage est vallonné, avec plusieurs collines dont les flancs sont localement entaillés de falaises. Ces falaises ont été creusées par des glaciers, qui sont aussi à l'origine du grand nombre de blocs rocheux dans le paysage. Ce terrain rocheux, avec un sol maigre, donne lieu à des forêts de pins avec une végétation au sol assez pauvre. Cependant, cette forêt ancienne constitue un refuge pour un grand nombre d'espèces de lichens, mousses, champignons et d'insectes, ainsi que pour certains oiseaux, dont la survie dépend de la dynamique naturelle des forêts, y compris les feux de forêts, et qui ont en grande partie disparu des forêts fortement exploitées du nord suédois. Dans les vallées, les terrains plus humides donnent lieu à des environnements différents, allant de forêts d'épicéas aux tourbières d'aapa.

L'histoire du parc est liée aux populations sames qui vivaient dans la région. Elles subsistaient essentiellement de la chasse et la pêche, et n'avaient un impact que très limité sur les forêts. Progressivement, à partir du , les Suédois commencent à s'installer, et au , l'exploitation intensive des forêts de la région débute. Cependant, notamment du fait de la difficulté d'accès aux terrains, Björnlandet parvient à échapper en grande partie à cette exploitation. L'excellent état de préservation de ses forêts est remarqué lors d'un grand inventaire national des forêts dans les années 1980, et il est immédiatement proposé de les protéger. En 1991, le parc national est créé, d'une superficie de . Il est étendu à la surface actuelle en 2017. En parallèle à l'extension du parc, les infrastructures touristiques sont améliorées, et il accueille maintenant par an.

Géographie Localisation et frontières Le parc national de Björnlandet est compris dans la commune d'Åsele du comté de Västerbotten au nord de la Suède. Il est situé à l'intérieur des terres au sud-est de la province de Laponie, à d'Åsele et environ à l'ouest de la grande ville côtière d'Umeå. Il s'étend sur .

Relief Björnlandet se situe dans une région vallonnée, formant un paysage appelé (approximativement « relief ondulant de collines ») caractéristique du Norrland. Dans la région, les massifs s'étendent selon une direction principale nord-ouest sud-est ; le parc lui-même recouvre principalement un massif dont le sommet, , culmine à d'altitude, mais qui comprend aussi entre autres les sommets et . Ce massif s'élève ainsi environ au-dessus de la vallée de la rivière Flärkån qui borde le parc à l'Est. En dehors de ce massif principal, le parc inclut d'autres sommets, dont en particulier , point culminant du parc avec , () et (). Le parc est traversé par une vallée assez large orientée ouest-est comprenant le lac , et les massifs eux-mêmes sont coupés de ravines étroites et parfois profondes. Une autre caractéristique du relief est la présence de falaises, avec des éboulis à leurs pieds, la plus connue étant la falaise au sud de , atteignant environ .

vignette|centre|upright=1.6|alt=Carte topographique du parc, montrant un relief généralement compris entre 300 et 500 m d'altitude.|Carte du parc national.

Géologie vignette|gauche|alt=Deux blocs erratiques sur des mousses avec en arrière-plan une forêt de conifères.|Deux gros blocs erratiques dans le parc.

La roche principale du parc est le granite de Revsund, caractérisé par une texture porphyrique à grains grossiers et une couleur grise parfois rougeâtre. Ces granites sont datés d'environ , et sont inclus dans la province ignée transcandinave.. Ils se sont formés à la bordure de la chaîne des Svécofennides, dans un contexte de subduction similaire à l'actuelle cordillère des Andes.

L'ensemble de ces reliefs fut par la suite érodé, jusqu'à former une surface essentiellement plate que l'on appelle la pénéplaine subcambrienne. Durant le cambrien, une transgression marine aboutit à des dépôts sédimentaires sur cette surface, la protégeant de l'érosion, mais un soulèvement tectonique durant le mésozoïque fait à nouveau émerger ces terrains, redémarrant le processus d'érosion. Le climat chaud et humide entraine une érosion importante avec kaolinisation des granites, qui sur ces terrains surélevés creuse d'importantes vallées, suivant initialement les lignes de fractures de la roche. Finalement, une nouvelle transgression marine va à nouveau protéger ce paysage, empêchant une nouvelle pénéplanation comme on peut l'observer dans d'autres régions du nord de la Suède. Ces sédiments ont été depuis à nouveau érodés, laissant apparaître la surface ondulante du mésozoïque qui forme donc la base du paysage actuel.

Si les reliefs datent en grande partie du mésozoïque, les glaciations quaternaires ont elles aussi laissé leur empreinte dans le paysage. En particulier, les glaciers ont inlassablement arraché des gros blocs rocheux aux collines et montagnes, et les ont déposés dans les dépressions, sous forme de blocs erratiques et de vastes champs rocheux. De même, l'action répétée du gel est à l'origine des falaises qui apparaissent en de nombreux points sur les versants des collines. Enfin, les glaciations sont visibles par les moraines qui recouvrent l'essentiel du parc et donnent lieu à un sol très pauvre pour la végétation.

Climat Le climat de la région est un climat continental froid, avec des grandes variations de température entre l'été et l'hiver. Les précipitations atteignent un peu plus de par an, avec un maximum en été-automne. Elles se font sous forme de neige pendant une grande partie de l'année et finalement, la couverture neigeuse se maintient en moyenne pendant 175 à , avec une épaisseur maximale de 120 à . Du fait des différences d'altitude, mais aussi de l'orientation, il y a d'importantes variations dans le climat local.

Hydrographie Le principal cours d'eau du parc est , qui prend le nom d' à la sortie du lac .. Ce dernier est le plus grand lac de , avec . se jette dans la rivière juste à la sortie du parc, et cette rivière est elle-même un des principaux affluents du fleuve . Les principaux affluents de sont , en provenance du nord, et qui est entièrement situé dans le parc. Les vallées à fond plat de et comprennent un vaste réseau de tourbières., ponctuées de petits lacs. On trouve aussi des petites tourbières et petits lacs sur les hauteurs du parc. Enfin, au sud-ouest du parc s'écoule le ruisseau dans une vallée profondément découpée. Il est l'émissaire du lac qui borde le parc à l'ouest et fait aussi partie du bassin versant du .

Le débit maximal des ruisseaux du parc correspond à la fonte des neiges à la fin du printemps, avec un maximum secondaire avec les fortes précipitations d'automne.

vignette|center|upright=2.0|alt=Lac entouré de collines couvertes de forêts de conifères.|Panorama du lac Angsjön.

Milieux naturels Le parc national de Björnlandet est d'après la classification du Fonds mondial pour la nature (WWF), situé dans l'écorégion terrestre de la taïga scandinave et russe. Il constitue un îlot de forêt primaire ou ancienne dans une vaste région forestière autrement fortement exploitée. Si la forêt est, de loin, l'écosystème dominant du parc, quelques zones humides sont aussi présentesp. 8. Selon la classification de la directive habitats, l'habitat dominant est la taïga occidentale (9010), avec , suivi par les tourbières de transition et tremblantes (7140) avec , les tourbières boisées (91D0) avec et une trentaine d'hectares de lacs et mares dystrophes naturels (3160) et de forêts fennoscandiennes à Picea abies riches en herbes (9050).

Flore vignette|alt=Gros plan sur les branches d'un conifère recouvertes de lichens.|Lichens sur les branches des conifères de Björnlandet.

Les forêts de Björnlandet sont principalement des forêts anciennes de pins sylvestres (), les plus vieux ayant plus de , datant d'après l'incendie de 1508, mais la plupart datent d'après l'incendie de 1831p. 17. Les pins résistent assez bien aux feux de forêt et sont aussi fortement dépendants des feux pour la pousse de nouveaux individus. En revanche, avec le temps, la concurrence des épicéas communs () devient de plus en plus importante, et, en l'absence d'incendie, ceux-ci finissent par dominer les forêts. Ainsi, les feux de forêts sont un élément important de l'équilibre naturel des forêts suédoises. Ils ont eu lieu en moyenne tous les 91 ans à Björnlandet, mais sont devenus plus rares depuis le , étant systématiquement combattus par l'Homme. Pour cette raison, la proportion d'épicéa commun dans le parc est de plus en plus importante.

Les forêts anciennes de pins sont présentes à travers le parc, mais en particulier autour de certaines zones, comme le sud et est de Björnberget, et certaines zones sur les collines d'Angsjöberget, Rönnlandet, Svedjeberget et Storberget. Il s'agit en général de zones riches en blocs rocheux ou comportant de fortes pentes, qui ont empêché l'exploitation de la forêt avant qu'elle ne soit protégéep. 19-21. La végétation au sol est en général pauvre, ce qui est assez typique de la régionp. 32-34. Le parc comprend de plantes vasculaires, les plus caractéristiques étant l'airelle (), la myrtille () et la camarine noire (). La flore la plus notable de ces forêts est au niveau des lichens, mousses et champignons, avec beaucoup d'espèces qui apprécient les forêts anciennes et se font rares dans les forêts fortement exploitées du reste de la région. 195 espèces de lichens ont été recensées dans le parc, dont 31 sur la liste rouge suédoise des espèces menacées. La plupart des lichens sont associés aux sols rocheux ou au bois mort, y compris quelques espèces liées au bois brulé. De la même façon, de champignons ont été observées, dont 39 sur la liste rouge nationale, les espèces les plus notables étant celles se développant sur le bois mort, telles que et les espèces de la famille des , considérées comme bon indicateurs de l'état des forêts.

Lorsque le terrain se fait plus humide, la flore se fait plus riche et plus variée. Il existe un gradient allant des forêts humides aux tourbières totalement dénuées d'arbres. Les forêts humides sont dans les vallées, à proximité des ruisseaux, et sont le plus souvent dominées par les épicéas. En effet, si les épicéas sont présents aux côtés des pins dans une grande partie des forêts du parc, ils sont l'essence principale dans les vallées et les zones plus humides, qui sont plus rarement affectées par les incendies. S'ils sont en général plus jeunes que les pins, ils peuvent tout de même atteindre dans ces zones refuges. Les zones les plus humides abritent aussi une certaine proportion de feuillus, autrement relativement rares dans le parc. Il s'agit surtout du bouleau pubescent (), de l'aulne blanc () et du sorbier des oiseleurs (). Le tremble () et le saule marsault () sont présents localement et sont associés à une flore spécifique. Les forêts humides se reconnaissent aussi à leur végétation au sol, avec des fougères, telles que la fougère autruche () et le polypode du Chêne (), mais aussi des plantes vasculaires telles que la listère cordée (), et la renoncule de Laponie (), cette dernière étant une espèce rare et protégée.

Enfin, bien qu'elles ne représentent qu'une petite partie du parc ( soit environ 5 % de la surface), les tourbières du parc, en particulier celles de la vallée de Björkbäcken sont considérées comme de très bonne qualité. Les tourbières des grandes vallées sont minérotrophes, l'eau ruisselant le long des faibles pentes, formant parfois des structures cordées caractéristiques de la tourbière d'aapa.

Faune