La désertion est l'acte d'abandonner ou de retirer l'appui à une entité à laquelle quelqu'un avait prêté serment ou avait prétendu devoir allégeance, responsabilité ou loyauté ou à laquelle il avait été contraint d'appartenir. .

Dans une unité militaire, la désertion est l'acte de quitter l'unité. La désertion est considérée très souvent comme un crime grave, particulièrement en temps de guerre, mais les peines varient très largement, de la peine de mort à la dégradation.

Par extension le terme de désertion a été utilisé dans un cadre différent de l'appartenance aux différentes forces armées, dans le corps médical, dans le corps judiciaire...

Guerre anglo-américaine de 1812 Durant la guerre anglo-américaine de 1812, on recense cas de désertion sur un total d’environ et volontaires dans les rangs de la milice du Bas-Canada à la suite entre autres de mauvaises conditions matérielles d’accueil des recrues..

Dans le code de justice militaire de 1857 La désertion est définie par les articles 231 à 239 du code de justice militaire de 1857, regroupés dans les sections II (désertion à l’intérieur), III (désertion à l’étranger) et IV (désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi) du Chapitre V du Code de justice militaireCode de justice militaire pour l'armée de terre (9 juin 1857). Annexes, formules, modèles et dispositions diverses. édition, mise à jour des textes en vigueur jusqu'au 1er octobre 1908, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1908, p. 51 et s. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k164962b?rk=21459;2). La désertion suivant ces neuf articles peut être à l’intérieur, à l’étranger, en temps de guerre, en temps de paix, en présence de l’ennemi ou non. L’article 231 définit la désertion à l’intérieur, en disposant :

L’article 235 définit quant à lui la désertion à l’étranger en disposant :

Les articles qui les accompagnent, respectivement l’art. 232 et 236 définissent les peines pour les sous-officiers, caporaux, brigadiers et soldats. La justice est plus clémente avec les déserteurs à l’intérieur (deux à cinq ans d’emprisonnement en temps de paix, et deux à cinq ans de travaux publics en temps de guerre) qu’avec les déserteurs à l’étranger (deux à cinq ans de travaux publics en temps de paix, et cinq à dix ans de la même peine en temps de guerre)Ces articles prévoient également des circonstances aggravantes comme l’emport d’effets appartenant à l’État.. Enfin les officiers sont distingués du reste du corps et leurs punitions pour désertion sont données par les articles 233 et 237.

Ce fait que constitue la désertion, bien que mal connu pour les périodes des , renseigne sur un mal-être des soldats et sur la volonté des autorités militaires de maintenir les hommes à leur posteIbid., p. 139.. la désertion est alors assimilé par Emmanuel Saint-Fuscien à une « désobéissance impersonnelle et distanciée » de la part du celui qui en est l’auteur. En d’autre terme pour l’armée ce délit est une rupture du lien d’autorité qui met en danger l’institution tout entière de par son caractère délétère envers la discipline et le consensus, qui permet l’adhésion (voir la soumission en temps de guerre) des hommes à l’autorité ; le Manuel de l’officier de police judiciaire de 1881 qualifie à ce propos la désertion de « fait qui ne lèse les intérêts de personne en particulier », mais qui « est une infraction grave au service et à la discipline du corps »Daniel Pierre & CHAMPOUDRY Alphonse, Manuel de l'officier de police judiciaire militaire, Paris, L. Larose, 1881, p. 25. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k164962b/f51.image).

Première Guerre mondiale thumb|right|L'affiche du Groupe des conscrits de la Fédération communiste anarchiste, octobre 1912.

En , l'état-major de l'armée française escomptait 13 % de réfractaires ; il n'y en eut que 1,5 %. Le nombre des condamnations pour désertion augmente brusquement pendant et après les mutineries de 1917 (21 174 en 1917). Il y a eu environ 600 fusillés dans les rangs des troupes françaisesDe nombreux en réchappent, tel Paul Grappe qui se travestit pour échapper aux poursuites., à la suite de condamnations prononcées pour refus d'obéissance, mutilations volontaires, désertion, mutinerie (en 1917), dont un certain nombre de soldats fusillés pour l'exempleNicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 21 : 2 pour capitulation en rase campagne, 393 pour abandon de poste en présence de l’ennemi, 19 pour instigateurs de révoltes, 109 pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi, 4 pour désertion.. L'armée belge compta en 1916, en 1917, durant les 5 premiers mois de 1918.. 306 soldats de l'armée britannique furent fusillés pour désertion, mutinerie ou refus de combattre. Sur ce total, 266 militaires britanniques furent exécutés pour désertion durant ce conflit contre un seul durant la seconde guerre des Boers.. 750 militaires de l'armée italienne furent exécutés pour le même motif. Officiellement, l'armée allemande n'a eu que 28 exécutions pour ce motif. 61 Canadiens français ont été reconnus coupables de désertion.. 23 soldats canadiens furent exécutés. 5 soldats néo-zélandais furent exécutés. Plus d'un million de déserteurs russes pour l'année 1917.

Seconde Guerre mondiale

vignette|Affiches posées dans les rues de Dantzig en février 1945 avertissant les soldats que s'enfuir avec les civils serait considéré comme de la désertion. ont été condamnés à mort et furent exécutés pour désertion et/ou trahison pendant le conflit par les tribunaux militaires, certains le furent même quelques jours après la reddition du Troisième Reich tels que Bruno Dorfer et Rainer Beck, exécuté le . Environ ont été condamnées à des peines d'emprisonnement. En 1997, le Parlement allemand a déclaré que les condamnations prononcés pendant la Seconde guerre mondiale par les tribunaux de la Wehrmacht à l'encontre des déserteurs, des objecteurs de conscience et des soldats reconnus coupables d'atteinte au moral des troupes constituaient des dénis de justice et il a attribué 7 500 deutschemarks aux deux-cents survivants. En 2009, il a réhabilité quelque 30 000 « traîtres de guerre »Article du Monde: L'Allemagne et l'Autriche débattent de la reconnaissance des « traîtres de guerre » du 6 septembre 2009 ». Plusieurs centaines de milliers d'Autrichiens ont été enrôlés dans l'armée nazie et quelque d'entre eux, selon les historiens, ont été exécutés pour avoir refusé d'en porter l'uniforme. Pour Richard Wadani, 92 ans en 2014, lui-même déserteur de la Wehrmacht et président d'honneur du Comité des victimes de la justice militaire nazie, « ce régime était un régime pour lequel on ne pouvait moralement pas se battre. » La république n'a pleinement réhabilité les victimes de la justice militaire nazie qu’en 2009. Du cardinal Christoph Schönborn à Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature, de nombreuses voix se sont ensuite exprimées en faveur de l'érection d'un mémorial rendant hommage aux déserteurs. Ce mémorial est inauguré, en , en plein centre de Vienne. Les Forces armées des États-Unis comptèrent environ officiellement recensés. furent traduits en cour martiale, à mort mais un seul fut exécuté : Eddie Slovik fusillé à Sainte-Marie-aux-Mines (France) le . Les autres reçurent pour la plupart des peines de travaux forcés de moins de six mois. Les chiffres concernant l'Armée rouge ne sont guère précis mais on compta de à durant l'opération Barbarossa, en majorité des soldats dont l'unité s'était disloquée et se retrouvant derrière les lignes ennemies. Les commissaires politiques avaient l'ordre de tirer à vue sur tout soldat n'obéissant pas aux ordres ou reculant devant l'ennemi. Des dizaines de milliers de prisonniers de guerre soviétiques libérés après la guerre furent jugés comme déserteurs. En France, Pierre Mendès France, Pierre Viénot, Alex Wiltzer et Jean Zay, qui avaient quitté Le Verdon-sur-Mer à bord du paquebot Massilia alors qu'ils n'avaient pas voulu bénéficier, en tant que parlementaires, d'une exemption de service militaire, ont été arrêtés le à leur arrivée à Casablanca, rapatriés en métropole et traduits par le gouvernement du maréchal Pétain devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand pour abandon de poste et désertion ; seul Jean Zay a été inculpé pour « désertion en présence de l'ennemi », ce que le code de justice militaire de l'époque punissait de la peine de mort ; la désertion a été requalifiée postérieurement au , date de l'armistice ! Les députés ont été jugés et condamnés séparément ; Jean Zay, dès le , à la déportation (sans limite de temps) et à la dégradation ; Pierre Mendès France condamné à six ans de prison et dix ans de privation de droits civiques et familiaux, Pierre Viénot à huit ans de prison avec sursis ; A. Wiltzer a bénéficié d'un non-lieu. L'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean Zay a purgé sa peine à la prison de Riom, non loin du gouvernement de Vichy qui lui a concédé fin le régime politique, ce qui permettait à sa femme de lui rendre visite. À la fin de la guerre, il a été extrait de sa cellule par des miliciens chargés de le transférer à Melun, et assassiné le , à Molles, près de VichyGérard Boulanger, L'affaire Jean Zay. La République assassinée. Camann-Lévy, 2012 ; Christaine Rimbaud, L'affaire du Massilia, été 40. Le Seuil, 1884 ; Olivier Loubes, "Jean Zay : le premier procès politique de Vichy", L'Histoire, , ..

Guerre froide Plusieurs militaires du bloc de l'Est sont devenus des transfuges et passèrent dans le camp occidental. Parmi les cas célèbres, citons le soldat est-allemand Conrad Schumann qui a déserté à la suite de la construction du Mur de Berlin et le pilote soviétique Viktor Belenko qui atterrit au Japon avec un MiG-25.

Corée du Nord

De la fin de la guerre de Corée à aujourd'hui, on compte six déserteurs américains vers la Corée du Nord en passant par la Zone coréenne démilitarisée entre 1962 et 1982. James Dresnok Charles Robert Jenkins Larry Allen Abshier Jerry Wayne Parrish Roy Chung Joseph T. White

Guerre du Viêt Nam vignette|Etudiants américains manifestants contre la guerre du Viêt Nam

Durant la guerre du Viêt Nam, on compte de nombreuses désertions et personnes refusant la conscription. Les chiffres sont divergents selon les sources.

Un livre de 1978 indique que personnes ne se sont pas soumises aux obligations militaires. Un total de déserteurs et insoumis combinés est allé au CanadaChance and Circumstance: The Draft, the War and the Vietnam Generation, Alfred A. Knopf, 1978). Bien que leur présence y était d'abord controversée, le gouvernement du Canada a finalement choisi de les accueillir. L'insoumission n'est pas une infraction pénale en vertu du droit canadien.

Un article de 2008 cite le chiffre de insoumis qui sont allés au Canada. En 1969, le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau déclarait que le Canada et accordait le statut de résident permanent aux objecteurs de conscience..

Selon un article de 2006 d'un site anarchiste, et non sourcé, l'armée de terre des États-Unis comptait, entre et , militaires ayant quitté leur poste sans permission, (en)"Absent Without Official Leave" (AWOL), et à la signature des accords de paix, d'entre eux étaient portés manquants..

Des déserteurs et insoumis américains présents en France s'organisent et sont soutenus par des personnalités comme Jean-Paul Sartre, Alfred Kastler, Claude Bourdet et Daniel Mayer. Le , le Mouvement de la paix, le Mouvement contre l'armement atomique, le Comité Vietnam national, le Collectif intersyndical universitaire et les Amis de Témoignage chrétien appellent au « soutien politique, matériel et moral de tous les résistants. »

Le Conseil œcuménique des Églises (C.O.E.), dont le siège est à Genève, soutient les déserteurs et insoumis américains.

L'ex-Yougoslavie