Le monastère royal de Saint-Bernard, plus connu sous le nom de couvent des Feuillants, était un monastère parisien fondé en 1587 par Henri III pour les religieux de l'ordre cistercien réformé des Feuillants. Situés rue Saint-Honoré, derrière les actuels -235 de cette rue, près de l'angle de l’actuelle rue de Castiglione, ses bâtiments ont été rasés au début du .

Sécularisé et nationalisé par les décrets des 13 et , le couvent a servi notamment de lieu de réunion à un éphémère rassemblement politique, le Club des feuillants.

La nef de l'église des Feuillants, achevée en 1608 et consacrée à saint Bernard de Clairvaux, a été utilisée comme atelier du peintre Jacques-Louis David pour la réalisation de son tableau Le Serment du jeu de paume.

Du monastère détruit sous le Consulat, il ne reste que des immeubles de rapport, rue Saint-Honoré (-235), construits par l'architecte Denis Antoine en 1776 et classés aux Monuments historiques en 1987voir la fiche du couvent sur la base Mérimée, ainsi que le chevet arrondi de l’église, repérable dans la cour d’un de ces immeubles.

Histoire Fondation du couvent (1587) 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris « Rue Saint-Honoré ». Entre la fin du et le début du , le faubourg situé au-delà de la deuxième porte Saint-Honoré accueillit, le plus souvent à l'initiative de la monarchie, les établissements de plusieurs ordres issus de la Réforme catholique et de la Contre-Réforme. Ainsi, c'est la reine Catherine de Médicis, dont le palais des Tuileries était proche du faubourg, qui y installa des capucins en 1576.

Moins de dix ans plus tard (1585), le roi Henri III fit l’acquisition de l'hôtel des CarneauxSelon Paul et Marie-Louise Biver , le terme « Carneaux » vient de « créneaux », désignant ainsi une ancienne maison forte., dont les bâtiments et les terrains étaient limitrophes de ceux des capucins, pour y implanter un nouveau couvent. Tout d'abord destinés à accueillir des Hiéronymites, les lieux furent finalement attribués à une soixantaine de religieux issus de l'abbaye des Feuillants de Toulouse. Ceux-ci, arrivés près de Paris dès le , s'installèrent au couvent le huit septembre de la même année.

Des travaux de construction et d'aménagement furent alors confiés à l'architecte du roi, Baptiste Androuet du CerceauAdolphe Berty, Topographie historique du vieux Paris. Région du Louvre et des Tuileries, t. I, Paris, Imprimerie impériale, 1866, ., et leur exécution fut dirigée par l'un des moines.

Développement sous l'égide des Bourbons (1597-1789) vignette|redresse=1.0|Détail du plan de Mérian (1615) montrant l'emplacement du couvent, dont le cloître n'a pas encore été construit et dont l'église est encore dépourvue de façade. vignette|redresse=1.0|Bas-relief, par Anguier, du portail (1676) de la rue Saint-Honoré (gravure de 1790). Si le réformateur des Feuillants, l’abbé Jean de La Barrière, était resté fidèle à Henri III, dont il prononça l’oraison funèbre à Bordeaux, plusieurs de ses disciples avaient participé à la Ligue. Le couvent, qui ne comptait plus que neuf religieux à la fin des troubles, continua cependant à bénéficier de la bienveillance royale après les guerres de Religion.

Le , Jacques de Montholon fait donation de tous ses biens au couvent Archives de Paris, carton : 6 AZ 1293 Note sur la donation de Jacques de Montholon, de tous ses biens au couvent des Feuillants

Par lettres patentes en date du , accorda à la maison des Feuillants sa protection ainsi que tous les privilèges propres aux fondations royales. Le de la même année, il agrandit le terrain du monastère en lui donnant une maison acquise par Henri III auprès du duc de Retz et située du côté du couvent des Capucins. Par la suite, grâce à une promesse d'Henri IV réalisée par son successeur, le couvent reçut en commende les revenus de la riche abbaye du Val.

C’est également sous le règne du premier souverain Bourbon que l’église des Feuillants fut construite grâce aux aumônes du jubilé de 1600. Achevée en 1608 et consacrée à saint Bernard de Clairvaux, c’est grâce à la générosité de Louis XIII qu’elle fut dotée d’une façade monumentale en 1624.

En 1621, les Feuillants installèrent leur noviciat au faubourg Saint-Jacques (au de l'actuelle rue des Feuillantines) puis le transférèrent en 1633 dans la rue d'Enfer (aux -105 de l'actuel boulevard Saint-Michel) pour céder la place, selon le vœu d'Anne d'Autriche, à un couvent de la branche féminine de l'ordre, les feuillantines.

Outre les importants revenus tirés des terres de l’abbaye du Val, les Feuillants disposaient de ceux de plusieurs immeubles de rapport dont ils firent l’acquisition ou qu’ils firent construire sur leurs terrains. L’un d’eux, bâti en 1676, devint quatre ans plus tard le logis de La Sablière, qui y accueillit Jean de La Fontaine.

Après 1789 Sous la monarchie constitutionnelle thumb|Emplacements de la salle du Manège et du couvent des Feuillants selon le plan de Turgot (1736). thumb|Toile (inachevée) du Serment du jeu de paume à laquelle travaillait Jacques-Louis David dans la nef de l'église des Feuillants. La Révolution marque un coup d’arrêt dans l’histoire du couvent. En exécution des décrets des et qui mettaient à disposition de la nation l’ensemble des biens ecclésiastiques, les bâtiments et les terrains des Feuillants furent nationalisés. Progressivement abandonnés par les religieux (dont une partie s'installa pour quelque temps dans l'ancien couvent de la Mercy, rue du Chaume), ils échappèrent cependant à la vente en raison de leur proximité avec la salle du Manège, lieu de réunion de l’Assemblée nationale à partir de 1791.

Ses locaux accueillirent ainsi de nombreux bureaux et comités et sa bibliothèque reçut (pendant quelques mois) les Archives nationales. La présence de ces activités politiques et de ces services administratifs justifia l’ouverture des lieux, dont les passages et les cours se remplirent de tréteaux et d’étals de commerçants, d’artisans, de limonadiers et de cafetiers. La garde nationale de la section de la place Vendôme s'y réunissait également.

L’église elle-même fut comprise dans cette réaffectation générale, sa nef ayant été concédée à l’automne 1791 au peintre Jacques-Louis David, qui en fit son atelier pour y réaliser Le Serment du jeu de paume. Outre les dimensions de la nef, adaptées à la création de cette très grande toile, c’est la proximité des lieux avec l’Assemblée qui justifiait cette utilisation, David avait fait poser tous les députés qui avaient pris part au célèbre événement.

Cette même proximité de l’Assemblée motiva l’installation, dans les bâtiments de l’ancien couvent, d’un club politique, qui fut par conséquent appelé Club des feuillants. Ses membres étaient des dissidents de la « société des Amis de la Constitution », plus couramment appelée Club des jacobins car elle se réunissait, non loin de là, dans l’ancien couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré. La scission s’était produite à l’occasion de la fusillade du Champ-de-Mars (), un événement qui marquait la défiance croissante du peuple à l’encontre d’un roi qui avait tenté de fuir. Opposés aux partisans d’une déchéance de , les membres les plus modérés du Club quittèrent par conséquent le couvent des Jacobins et établirent une « société des Amis de la Constitution séante aux Feuillants ». La présence de ce club politique au sein de locaux affectés aux services de l’Assemblée nationale entraîna d’ailleurs une vive polémique parlementaire en .

Le Club des feuillants, composé de partisans de la monarchie constitutionnelle, disparut avec ce régime le 10 août 1792, lors de l’arrestation du roi et de sa famille. Ces derniers, qui s’étaient placés sous la protection de l’Assemblée après l'assaut donné au Palais des Tuileries, furent logés aux Feuillants durant trois nuits, avant leur transfert, le , à la Tour du Temple.

Sous la République En 1793, la Convention délaissa le Manège et les Feuillants au profit des Tuileries. À l’automne, les bâtiments de l’ancien couvent furent par conséquent destinés à accueillir l’administration et les magasins de la manufacture extraordinaire d’armes. Le musée d'artillerie y fut également établi avant d'être transféré en 1796 au couvent des Jacobins.

Sous le Consulat, les arrêtés des 17 vendémiaire et an X ( et ) mirent en application une partie des travaux proposés par le « Plan des Artistes »Annie Jacques et Jean-Pierre Mouilleseaux, Les Architectes de la liberté, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Arts » (), 1988, . en ordonnant la création, aux dépens des bâtiments du Feuillants, des futures rue de Rivoli et de Castiglione. Le couvent désaffecté fut donc entièrement démoli, à l’exception des immeubles de rapport de la rue Saint-Honoré (-235) et du chevet arrondi de l’église, repérable dans la cour d’un ces mêmes immeubles.

Description des bâtiments Bâtiments donnant sur la rue Saint-Honoré thumb|Portail d'entrée du couvent. Dessin de Jean-Baptiste Lallemand (). Le portail d’entrée, probablement construit par Jean Richer d'après un dessin de Libéral Bruand, fut construit entre 1676 et 1677. Il était constitué d’une grande porte surmontée d’un bas-relief et encadrée par des colonnes corinthiennes géminées qui supportaient un fronton triangulaire contenant les armes de France et de Navarre. Le bas-relief, sculpté par Anguier, représentait Henri IV présentant aux religieux les plans de l’église.

Au , ce portail classique constituait l’aboutissement de la perspective de la place Louis-le Grand (place Vendôme), face au portail du nouveau couvent des Capucines situé à l'extrémité opposée. Il donnait accès à la cour située devant l’église et au passage qui reliait le couvent au manège des Tuileries et à la terrasse des Feuillants. C’est ce passage qui, élargi, est à l’origine de la rue de Castiglione, dont l’ouverture entraîna la destruction du portail du couvent.

Situé à gauche du portail (et donc à l’est de l’angle de la rue de Castiglione), l’immeuble correspondant aux à 235 de la rue a été construit entre 1776 et 1782 par l’architecte Denis Antoine. Il s’agit d’un des principaux immeubles de rapport qui appartenaient au couvent. Ce grand immeuble néoclassique existe toujours, son corps central surmonté d’un fronton semi-circulaire correspondant au de la rue. L'ensemble est inscrit au titre des monuments historiques.

L'église Saint-Bernard thumb|Cour des Feuillants, vue depuis l'entrée sur la rue Saint-Honoré (gravure du début du d'après une œuvre d'Israël Silvestre). thumb|L'église Saint-Bernard, par Jacques van Merlen d'après un dessin d'Israël Silvestre - ca. 1650 thumb|Façade de l'église Saint-Bernard (gravure de 1790). Conçus par le frère Étienne de Saint-Ignace, les plans de l’église des Feuillants sont à l'origine de l'un des premiers lieux de culte français construits selon les préceptes de la Contre-Réforme mis en application à l’église romaine du Gesù : transept peu saillant (les croisillons étaient ici occupés par des chapelles), sanctuaire visible depuis la nef grâce à l’absence de jubé (ici remplacé par une simple rampe de fer) et bas-côtés remplacés par des chapelles latérales. Contrastant avec ces innovations, les voûtes d'ogives du chœur et l'absence de dôme rattachaient l'église conventuelle à la tradition gothique.