Alain Colas, né le à Clamecy (Nièvre) et disparu en mer le au large des Açores au Portugal lors de la première Route du Rhum, est un navigateur français. Il est notamment connu pour sa victoire dans la Transat anglaise 1972 ainsi que pour son record du tour du monde à la voile en solitaire en 1973, ces deux résultats obtenus sur rebaptisé Manureva. Par la suite, il est l'initiateur de la construction du grand monocoque Club Méditerranée avec lequel il termine cinquième de la Transat anglaise 1976. Homme de communication, il est le premier à s'appuyer sur le pouvoir des médias pour développer le sponsoring dans la course au largeRégis Le Sommier, Ces Bretons qui ont fait la France, Grasset, 2018, p. 100.
Sa disparition en lors de la première Route du Rhum est entourée de mystères qui ont notamment nourri l'écriture par Serge Gainsbourg de la chanson Manureva interprétée en 1979 par Alain Chamfort.
Biographie Jeunes années Les parents d'Alain Colas sont Roger (1907-1993), ancien ouvrier tourneurAlain Colas, l'Océan lui a refusé sa revanche , Guy Lagorce, Paris Match n°1545, 5 janvier 1979, https://www.parismatch.com/Actu/Sport/Route-du-Rhum-1978-disparition-Alain-Colas-Manureva-1588555, et Fernande Colas qui dirigent la faïencerie de Clamecy.. Il a deux frères, Christian (son aîné) et Jean-François, surnommé Jeff, son cadet.. Il étudie de la cinquième à la première au lycée Jacques-Amyot d'Auxerre. avant de passer une année au lycée Paul-Bert d'Auxerre où il obtient un baccalauréat philosophie en 1961. Il étudie ensuite à la faculté de lettres de Dijon puis poursuit ses études à la Sorbonne à Paris en anglais. En , à dix-neuf ans, il crée le club de canoë-kayak de Clamecy.
vignette|gauche|Vue du , où Alain Colas enseigne la littérature française à partir de 1966.|alt=Photographie d'un bâtiment scolaire en Australie.
En 1965, alors qu'Alain Colas est esseulé à Paris et résolu à voyager, son père lui fait parvenir une annonce parue dans Le Monde dans laquelle l'université de Sydney recherche un , c'est-à-dire un chargé d'enseignement, et non un lecteur comme le croit le jeune homme. Il postule aussitôt et prépare son départ.. De son propre aveu, s'il avait connu le sens précis du terme anglais, il n'aurait jamais osé postuler au poste proposé. Sans avoir reçu de réponse, il réserve un billet pour l'Australie sur un paquebot au départ de Marseille le . Le , il reçoit la réponse de l'université australienne : elle est négative. Néanmoins, il maintient son voyage. À chaque escale, il envoie diverses candidatures vers l'Australie. Arrivé à Sydney, il rencontre le responsable des études en français de la faculté, qui parvient à lui obtenir un poste de chargé d'enseignement : il enseigne alors la littérature française au . Avec quelques collègues, il découvre alors l'univers de la voile qu'il se met à pratiquer intensivement.. En , il est engagé comme équipier d'un bateau néo-zélandais sur la course Sydney-Hobart..
Navigation avec Éric Tabarly vignette| en 2008.|alt=Photographie d'un bateau. À l'arrivée à Hobart, il rencontre Éric Tabarly qui vient de remporter la course avec . Les deux hommes sympathisent et comme la plupart des membres de l'équipage repartent vers la France (à l'exception de trois équipiers dont Olivier de Kersauson), Éric Tabarly propose à Alain Colas d'embarquer pour le trajet qu'il envisage vers la Nouvelle-Calédonie. C'est l'époque des vacances universitaires : Alain Colas accepte donc la proposition. Arrivés à Nouméa, ils se rendent ensuite à l'Île des Pins puis à Ouvéa où ils mouillent le soir du . Ils y subissent à partir de minuit le cyclone Brenda avec des vents dépassant les et ne s'échappent du piège que grâce au sang-froid de Tabarly et à la solidité du bateau, volontairement couché sous toute sa toile pour éviter de talonner..
Cette rencontre initiatique avec Tabarly et avec le gros temps est décisive pour Alain Colas, et il décide de prendre une année de congé sans solde pour se consacrer à la navigation.. Officiellement, il retourne à la Sorbonne pour terminer le cycle qu'il avait entamé en anglais. Il rentre en France et arrive à Paris en plein . Il va alors à Lorient où Tabarly peaufine en vue de la toute proche Transat anglaise. Alain Colas aide quelque temps Tabarly sur le chantier du trimaran.
Après l'échec de sur la Transat, Tabarly s'engage sur le « » (en équipages) à Cowes et recrute Alain Colas comme équipier pour cette course multicoque disputée en .. Au retour de cette compétition, Tabarly décide de participer à la « Transpacifique » entre Los Angeles et Honolulu avec . Alain Colas est de l'expédition en tant qu'équipier. et décide alors d'envoyer sa lettre de démission à Sydney pour se consacrer totalement à la voile. L'équipage part le , traverse l'Océan Atlantique, fait escale à Fort-de-France, traverse le canal de Panama avant d'arriver en Californie.. Là, Alain Colas laisse quelque temps ses coéquipiers pour retourner en France en avion voir sa famille.
À son retour en Californie en , il apprend que n'est pas autorisé à courir Los Angeles-Honolulu car l'épreuve est strictement réservée aux monocoques. Il participe tout de même en marge de la course officielle et arrive avant le premier monocoque. Alain Colas retourne alors en France et participe à des régates sur Coriolan et sur , ce dernier barré par Gaston Defferre. Par la suite, Tabarly remonte une équipe en vue des courses Honolulu-Tahiti et Tahiti-Nouvelle-Calédonie.
C'est à cette période, fin 1969, qu'Alain Colas formalise son désir d'acheter , dont Tabarly veut se séparer depuis longtemps : il verse un premier acompte sur les réclamés. C'est l'époque de la vente de quelques récits de voyages dans la presse ainsi que de quelques photographies mais c'est très insuffisant pour envisager le rachat total du bateau.. Pour convaincre un investisseur, Alain Colas comprend qu'il lui faut réussir un exploit médiatisé.
La course selon Alain Colas vignette|gauche| devenu Manureva, ici en 1978.|alt=Photographie noir et blanc d'un bateau. Alain Colas affrète donc le Narragansset, un voilier de , et participe en à San Francisco-Papeete. : la course est un échec notamment à cause de plusieurs avaries subies durant la course. Arrivé à Tahiti, il décide de naviguer jusqu'aux Îles Pitcairn dont il repart le ..
En France, le père d'Alain, Roger Colas, parvient à convaincre les banques et obtient un crédit de manière à acheter définitivement . Il retrouve ce bateau à Nouméa et procède avec l'aide de Tabarly à un grand ravalement des coques du bateau qui mouille au Cercle nautique calédonien.
En , il engage sur Sydney-Hobart. courue deux ans avant en tant qu'équipier et qui lui avait permis de rencontrer Tabarly à l'arrivée. La course démarre bien et le bateau est rapidement en tête (officieusement car c'est un multicoque) jusqu'au moment où de graves déchirures de voile assorties d'une panne radio le laissent perdu pendant quarante-huit heures.. Alain Colas décide alors de ramener en France et entame un retour via La Réunion et le cap de Bonne-Espérance avec sa compagne Téura rencontrée à Tahiti. Peu à l'aise sur un bateau, celle-ci décide finalement de rentrer en avion vers la métropole. De son côté, il arrive à La Trinité-sur-Mer, le ..
En , Alain Colas conduit à Plymouth en vue du prochain départ de la Transat anglaise 1972.. Le départ est donné le ; le , il arrive vainqueur à Newport aux États-Unis, pulvérisant le record de l’épreuve en vingt jours, treize heures et quinze minutes.. Il bat donc le grand favori Jean-Yves Terlain qui courait sur le monocoque soutenu financièrement par Claude Lelouch..
En , il participe à une table ronde consacrée à « sport et qualité de la vie » animée par Anne-Aymone Giscard d'Estaing. et devient Chevalier de la Légion d'honneur..
Son objectif suivant est de réaliser le premier tour du monde en solitaire en multicoque avec rebaptisé Manureva, l’oiseau du voyage en tahitien.. À bord de ce bateau, légèrement modifié pour affronter les mers difficiles de l'hémisphère sud, Alain Colas part de Saint-Malo le . Après une escale à Sydney, il franchit le cap Horn le . Arrivé à Saint-Malo le , il bat de trente-deux jours le record du tour du monde en solitaire détenu par Sir Francis Chichester, en monocoque.. Ce périple de a été accompli en parallèle de la première édition de la , une course autour du monde en équipage en monocoques, notamment courue par Tabarly qui ne l'initiative de Colas de courir seul sur multicoque au moment de la , profitant ainsi de sa couverture médiatique. Une certaine distance s'installe alors entre Tabarly et Colas, que les médias contribuent à présenter comme une rivalité.
Le projet de quatre-mâts vignette|gauche|Le monocoque quatre-mâts Club Méditerranée, ici en 2011.|alt=Photographie d'un voilier. En 1975, Alain Colas conçoit et met en œuvre la construction d’un quatre-mâts, voilier de de long, à la pointe de la technologie, pour la Transat anglaise 1976. C'est l'architecte naval Michel Bigouin qui l'accompagne dans ce projet.. Pour le financement du projet, il bénéficie de l'aide de Claude Collard président du comité national olympique et sportif français ainsi que de celle de Gaston Defferre avec qui il a régaté par le passé.. Ce dernier réussit à obtenir des encarts publicitaires « gratuits » dans la presse écrite régionale en échange de récits de ses navigations. Rapidement Gilbert Trigano acquiert la totalité des encarts pour le compte de l'entreprise Club Méditerranée.
vignette|upright=0.75|Club Méditerranée devenu le Phocéa, ici en 1995.|alt=Photographie d'un voilier.
Accaparé par le projet Grand Bateau, Alain Colas trouve tout de même le temps de naviguer quelques jours sur Manureva.. Le , dans le port de La Trinité-sur-Mer, Alain Colas est victime d'un accident : sa cheville droite est sectionnée par le cordage d'une ancre du bateau. D'abord hospitalisé à l'hôpital Saint-Jacques de Nantes., il subit vingt-deux opérations qui lui permettent de conserver son pied, et continue à superviser la réalisation du Club Méditerranée depuis son lit de l'hôpital de Nantes. Il demande au fabricant de mâts suisse Nirvana, Albert Cœudevez, d'adapter ses réalisations à un éventuel handicap (selon les conseils de son ami alpiniste René Desmaison). Le , le « Grand Bateau » est lancé à l'arsenal du Mourillon à Toulon. Une équipe de volontaires réalise ensuite les équipements très sophistiqués du navire, qui fait sa première sortie en mer le en présence d'Alain Colas toujours convalescent.
Le , Alain Colas est au départ, sur le « Grand Bateau » baptisé Club Méditerranée, de la cinquième Transat anglaise en solitaire, à Plymouth. Les jours suivants, cinq tempêtes se succèdent dans l'Atlantique nord, coulant plusieurs bateaux. Sur Club Méditerranée, elles provoquent la rupture des drisses. Tabarly étant alors faussement localisé en tête, la course paraît jouée. Alain Colas décide d'une escale technique à Terre-Neuve, qui dure trente-six heures. Le , il arrive second à Newport, après Éric Tabarly. Mais le comité de course le pénalise de , le rétrogradant à la cinquième place, parce qu'il a été aidé par des équipiers à hisser ses voiles lors de son départ de Terre-Neuve... Les scellés de son moteur n'étaient plus en place, mais rien ne lui fut reproché sur ce point : .. Après la course, il représente la France avec Club Méditerranée, lors du défilé des navires organisé sur le fleuve Hudson du bicentenaire des États-Unis. Puis il regagne la France et organise, en et en , l'opération « Bienvenue à bord ». Amarrant son voilier géant dans les grands ports de la Manche et de l'Atlantique, il accueille gratuitement les visiteurs le matin ; l'après-midi, il propose des sorties en mer avec participation aux frais, suivies de projections et de conférences. Ces manifestations, qui rencontrent le succès, sont l'occasion de vendre les livres d'Alain Colas et les objets ornés de son logo.