thumb|right|La Tour sud du World Trade Center, après avoir été percutée par le vol 175 United Airlines lors des attentats du 11 septembre 2001.

Un attentat-suicide est un type d'attaque violente dont la réalisation implique la mort intentionnelle de son auteur. Il est le plus souvent organisé par des groupes paramilitaires ou des individus comme une tactique du terrorisme, propre à la guerre psychologique. Les termes de « bombe humaine » ou « kamikaze » sont également usités.

Utilisées par les kamikazes comme technique de combat par l'armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, les attaques suicides, selon Robert A. Pape (2003Robert A. Pape, The Strategic Logic of Suicide Terrorism, originellement publié dans American Political Science Review 97 (3), août 2003, .), correspondent, à proprement parler, aux situations dans lesquelles un attaquant planifie sa mort dans son projet d'attaque. Plus récemment les attentats-suicides sont utilisés dans le cadre de campagnes terroristes, comme les attentats du 11 septembre 2001.

Les attentats-suicides sont caractéristiques des conflits asymétriques où l'un des adversaires dispose d'une puissance de feu nettement inférieure à l'autre. Toutefois, certains auteurs ont contesté cette interprétation Donald Trump, « Les kamikazes sri lankais », Cultures et Conflits, 63, automne 2006..

Cette pratique est systématiquement dénoncée par les institutions internationales (ONU, etc.) lorsqu'elle touche des populations civiles, conduisant à qualifier leurs auteurs de terroristes. Les groupes auteurs d'attentats-suicides tendent eux-mêmes à considérer l'attentat-suicide sinon comme leur unique moyen efficace de lutte, du moins l'un des plus efficaces. Dans de nombreux cas, des conditionnements psychologiques pour amener des « candidats » au suicide ont également été observés.

Les attaques aléatoires des attentats-suicides visent à produire une paranoïa dans les populations ciblées, constituant ainsi une forme de guerre psychologique.. Certaines formes récentes d'attentats-suicides tentent aussi de provoquer une logique de repli communautariste ou renforcer la cohésion de l'organisation. Ils peuvent aussi être invoqués pour justifier la mise en place de politiques sécuritaires. Malgré la possible inefficacité de celles-ci, certains auteurs, comme Sprinzak, soutiennent de telles mesures (par exemple des barrières de séparation) en considérant qu'elles rassurent le public et seraient donc efficaces du point de vue symbolique. D'autres, comme Scott Atran, considèrent totalement inefficaces de telles mesures, et préconisent plutôt d'encourager les tendances modérées au sein des groupes responsables d'attentats-suicides..

L'efficacité relative (faibles coûts, au sens économique strict, en dehors de la vie du kamikaze / grand nombre de victimes) de ces opérations, selon plusieurs auteurs, explique leur augmentation constante depuis les années 1980. Si ces attentats ont un faible coût, ils exposent toutefois leurs responsables à des représailles massives, ainsi qu'à des sanctions économiques, juridiques ou politiques importantes (y compris en s'exposant à des critiques venant de l'intérieur du mouvement ou de ses soutiens).

L'attentat-suicide est aujourd'hui principalement pratiqué par des mouvements terroristes islamistes (tels que l'Etat Islamique) ou communistes (PKK), généralement dans le cadre de luttes armées.

Histoire Dès le , la secte des Haschischins commettait des attaques-suicides. Ensuite, cette tactique a été utilisée au par les habitants de certaines régions musulmanes en Inde (sur la côte de Malabar), dans l'Aceh (Sumatra) et à Mindanao et Sulu aux Philippines pour chasser le colon européen de leur territoire. L'acte n'était pas alors conçu par ses auteurs comme un suicide, mais comme un acte de martyr au nom de Dieu et de la communauté. Certains auteurs, tel Ehud Sprinzak, affirment toutefois que ni cette forme ancienne de terrorisme, ni sa forme moderne, n'est simplement le produit d'une ferveur religieuse.

Début du Au début du siècle dernier, une athée, Evestilia Rogozinkova a commis un attentat-suicide en 1907, à Saint-Pétersbourg.. Le leader de cette démarche est alors le nihiliste Bazarov selon qui « si l'on veut tout faucher, il ne faut pas épargner ses propres jambes ».

Kamikazes japonais vignette|droite|Attaque kamikaze sur l' (11 mai 1945). L'attentat-suicide est parfois assimilé aux méthodes pratiquées par les Forces impériales japonaises lors de la Seconde Guerre mondiale dans l'océan Pacifique contre les troupes américaines. Les pilotes kamikazes japonais utilisaient leurs avions pour percuter des cibles stratégiques de l'armée américaine afin de causer un maximum de dommages et de pertes.

Ce type d'attaques aurait connu des antécédents lors de la guerre de Shanghai en 1932, une bataille qui oppose pendant plusieurs semaines l'armée japonaise et l'armée chinoise et durant laquelle des jeunes japonais équipés d'explosifs se seraient fait sauter dans les tranchées chinoises. Il semble que ce soit la première fois que ce genre de phénomène soit apparu dans l'histoire de l'humanité..

Néanmoins, les attaques kamikazes ciblaient des combattants, et non des civils, ce qui les distinguent de nombreux attentats-suicides, notamment au regard du droit et en particulier du droit de la guerre et du droit humanitaire. Robert Pape souligne cependant que si les attentats-suicides ciblant des civils attirent davantage l'attention, « toutes les campagnes d'attentats-suicides dans les deux dernières décennies ont inclus des attaques directes contre des forces militaires étrangères dans le pays, et la plupart ont été menées par des organisations de guérilla qui utilisent aussi des méthodes d'attaques plus conventionnelles contre ces forces ».. Bien que le terme « Kamikaze » soit aujourd’hui communément utilisé pour désigner toute personne commettant un attentat suicide, notamment les terroristes djihadistes qui se positionnent comme martyrs, les terroristes se distinguent par leur volonté de créer un impact psychologique auprès de la population civile, alors que les kamikazes japonais ne visaient que des objectifs militaires. Les cibles visées recelaient alors un véritable intérêt stratégique (navire ennemi, têtes de pont) qui entravait la progression américaine, même si elle était dérisoire, alors que les attaques contre les civils par les djihadistes ont un intérêt stratégique nul sur le plan militaire (ce qui ne les empêche pas d'atteindre un but sur le plan politique). Toutefois, les deux logiques sont tout autant employées par les djihadistes, par exemple avec le recours aux camions d'explosifs conduits par des soldats suicidaires pour débloquer le « front ». Suivant la motivation militaire ou médiatique, le terme « terroriste-suicidaire » devrait être utilisé alternativement à « kamikaze »..

Années 1970 à 2003, les débuts du « terrorisme international » thumb|gauche|320px|Tableau des Tigres tamouls commémorant (dans une logique de martyre) les membres de leur commando, les Tigres noirs, spécialisés dans les attentats-suicides. Les Tigres Tamouls ont été responsables de 75 des 186 attentats-suicides de 1980 à 2001, soit près de la moitié d'entre eux. L'attentat contre l'aéroport de Lod en 1972, perpétré notamment par des membres de l'armée rouge japonaise, est peut-être le début des attentats-suicides terroristes. Au lendemain de cet attentat, le colonel Kadhafi s'étonne que ce soit des Japonais qui sacrifient leur vie en Palestine et incite les Arabes à faire de même.

Les premiers attentats-suicides, dans les années 1980, ont été perpétrés dans le cadre de la guerre du Liban (attaques du Hezbollah contre les États-Unis et la France à partir d', puis contre Israël à partir de ). En 1985, le Hezbollah revendique un attentat-suicide à la voiture piégée à Emir, au Koweït, qui ne fait aucun mortSans compter le kamikaze ; la cible de l'attentat survit. Voir Robert Pape, 2003, op.cit.. Cette tactique était alors loin de faire l'unanimité au sein du Hezbollah, le sheikh Fadlallah levant ainsi des objections juridiques, affirmant que l'islam interdisait à ses membres de se suicider.

Cette tactique a ensuite été reprise, à partir de , par les Tigres tamouls (LTTE), un groupe laïc, marxiste-léniniste, dans la guerre civile du Sri Lanka. Le premier attentat-suicide revendiqué (mais isolé) par les LTTE date néanmoins du , faisant 18 morts dans la péninsule de Jaffna. Selon , les organisations laïques seraient responsables de près de la moitié des attentats-suicides durant cette période (1981-).

Cette tactique a ensuite été reprise par le Hamas et le Djihad islamique, dans le cadre du conflit israélo-palestinien, à partir d', soit quelques mois après la signature des accords d'Oslo (). Lors de cette campagne d'attentats-suicides, la sixième répertoriée par Pape, deux attentats ont été perpétrés par le Hamas contre Israël, le 6 et le , faisant respectivement 9 et 6 morts. Le , l'accord de Jéricho-Gaza complétait les accords d'Oslo, investissant l'Autorité palestinienne de pouvoirs limités. Une campagne d'attentats-suicides avait été annoncé en mars par le Hamas, en tant que vengeances contre le massacre d'Hébron perpétré par Baruch Goldstein (). Mais après le vote de la Knesset du et l'accord de Jéricho-Gaza, le Hamas a annulé trois autres attentats-suicides prévus, faisant dire à Pape (qui s'appuie entre autres sur des déclarations du Premier ministre Yitzhak Rabin, du Hamas lui-même et d'observateurs indépendants) qu'ils s'intégraient ainsi dans une stratégie visant à obtenir un but limité, stratégie ayant réussi, dans la mesure où, selon lui, il n'y en allait pas d'un intérêt vital d'Israël (celui-ci se réservant le droit de réinvestir les terrains désengagés si nécessaire).

Une nouvelle campagne d'attentats-suicides eut lieu à partir d', perpétrés par le Hamas et le Djihad islamique. Le , le Groupe islamique armé (GIA) revendique un attentat-suicide à Alger, qui fait 42 morts. C'est néanmoins le seul attentat-suicide revendiqué par le GIA et recensé par Pape. À partir de , c'est Al-Qaïda qui frappe des bases militaires américaines en Arabie saoudite, avant de poursuivre avec les attentats de Nairobi (Kenya) et de Dar es-Salaam (Tanzanie) en , qui font 250 morts. Le groupe sunnite fondamentaliste ré-utilise la méthode des attentats-suicides contre l'USS Cole, un navire de guerre américain, au Yémen en , puis contre le chef de guerre tadjik d'Afghanistan Ahmed Chah Massoud, le , deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001. En 1996, puis en 1999, c'est le PKK kurde qui utilise la même tactique contre la Turquie. Selon Robert Pape, c'est un des rares cas où cette tactique n'a eu aucun succès politique de quelque mesure que ce soit.